Guêpes jaunes (paramilitaire)

Guêpes jaunes (en serbe : Žute ose) est une formation paramilitaire serbe active durant la guerre de Bosnie-Herzégovine. Le groupe était dirigé par Vojin Vučković, surnommé Žućo, et son frère Duško Vučković, surnommé Repić. En 1998, les deux frères ont été condamnés pour le meurtre de 17 civils bosniaques commis dans la région de Zvornik en 1992, dans le cadre de la campagne de nettoyage ethnique visant la population bosniaque de la vallée de la Drina.

Guêpes jaunes
Création Avril 1992
Dissolution Novembre 1993
Allégeance République serbe de Bosnie
Type Paramilitaire
Surnom Tchetniks
Šešeljevci (« hommes de Šešelj »)
Guerres Guerre de Bosnie-Herzégovine
Commandant Vojin Vučković, Dušan Vučković

Contexte

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Au début des années 1990, dans le cadre du projet visant à regrouper l'ensemble des populations serbes au sein d'un même État, les autorités de Serbie, dirigées par Slobodan Milošević, mettent en place plusieurs structures destinées à soutenir les Serbes vivant en Croatie et en Bosnie-Herzégovine. Les services de la Sûreté de l'État serbe (RDB) créent, entraînent, financent et arment plusieurs unités spéciales[1], notamment la Garde des volontaires serbes et les « Bérets rouges »[2],[3],[4]. Aux côtés de l'Armée populaire yougoslave (JNA), ces unités participent à la prise de contrôle de territoires revendiqués par les autorités serbes en Croatie puis en Bosnie-Herzégovine.

Parallèlement, avant même le déclenchement de la guerre en Bosnie-Herzégovine, des milliers de volontaires sont recrutés en Serbie pour combattre aux côtés des forces serbes de Bosnie[5],[6]. Les partis nationalistes, notamment le « Mouvement tchetnik serbe » devenu Parti radical serbe de Vojislav Šešelj, le « Renouveau national serbe »(SNO) de Mirko Jović et le Mouvement serbe du renouveau de Vuk Drašković, organisent le recrutement de nombreux volontaires, dont plusieurs groupes paramilitaires sont ensuite armés et équipés avec le soutien de la JNA[7].

Au cours de la guerre de Bosnie-Herzégovine, ces formations paramilitaires participent à de nombreuses opérations de nettoyage ethnique, aux côtés de la JNA puis de l'Armée de la Republika Srpska (VRS). Plusieurs d'entre elles sont impliquées dans des massacres, des exécutions sommaires, des actes de torture, des violences sexuelles, des pillages et des expulsions forcées de la population non serbe[8]. Parmi ces formations figurent notamment les « Guêpes jaunes », les « Aigles blancs », ainsi que plusieurs groupes de volontaires liés à Vojislav Šešelj, notamment les « Niški », les « Pivarski » (originaires de Kraljevo), les « Gogićevci » (issus de Loznica (Mačva)) et les « Tchetniks de Sima ». D'autres unités paramilitaires serbes participent également aux opérations menées pendant le conflit[9].

Les « Guêpes jaunes » se distinguent par leur implication dans plusieurs crimes commis dans la région de Zvornik en 1992.

Organisation et activités durant la guerre

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Les « Guêpes jaunes » sont principalement composées de volontaires venus de Serbie, dont plusieurs sont liés aux réseaux nationalistes serbes et au recrutement organisé par le Parti radical serbe de Vojislav Šešelj. Comptant entre soixante-dix et cent personnes, l'unité est dirigée par Vojin Vučković, surnommé « Žućo »[5]. Originaire d'Umka, près de Belgrade, il exerce le métier d'électricien, pratique les arts martiaux et a été entraîneur de l'équipe de judo du ministère de l'Intérieur (Serbie). Peu d'informations précises existent sur la structure interne du groupe. Comme plusieurs autres formations paramilitaires actives pendant les guerres de Yougoslavie, les « Guêpes jaunes » ne constituent pas une unité militaire régulière intégrée officiellement à une chaîne de commandement étatique. Les sources judiciaires les décrivent plutôt comme un groupe de combattants irréguliers opérant aux côtés d'autres forces serbes, notamment les structures de police locales, la « Défense territoriale serbe », des unités de l'Armée populaire yougoslave (JNA), puis de l'Armée de la Republika Srpska (VRS), ainsi que d'autres formations paramilitaires. Le degré de coordination entre les « Guêpes jaunes » et les forces régulières varie selon les périodes et les zones d'opération.

Le groupe est principalement actif dans l'est de la Bosnie-Herzégovine, notamment dans la région de Zvornik en 1992. Dans cette région, les « Guêpes jaunes » participent à des opérations contre des localités majoritairement peuplées de Bosniaques. Les crimes qui leur sont attribués comprennent des expulsions forcées, des arrestations de civils, des pillages, des actes de torture et des exécutions[10],[9],[8].

Selon les éléments établis par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) et par les juridictions nationales concernant les crimes commis en Bosnie orientale, les formations paramilitaires serbes impliquées dans ces opérations participent notamment à :

  • des arrestations massives de civils bosniaques ;
  • des expulsions forcées de populations ;
  • des pillages et destructions de biens civils ;
  • des détentions illégales dans des centres improvisés, où des prisonniers sont soumis à des tortures, des traitements cruels et inhumains, et parfois tués ;
  • des exécutions sommaires de civils.

Crimes de guerre

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Après la prise de contrôle de la ville de Zvornik par les forces serbes au printemps 1992, plusieurs villages environnants sont soumis à une campagne de persécution, d'expulsions forcées et de violences contre la population bosniaque.

Le , environ 3 000 habitants bosniaques du village de Divič, situé sur la rive gauche de la Drina, sont expulsés de leur domicile et transférés par autobus vers Zvornik. Les habitants sont détenus pendant une nuit dans la ville. Le lendemain, les femmes et les enfants sont transférés vers Tuzla, alors contrôlée par les autorités de la République de Bosnie-Herzégovine. Environ 180 hommes ont été séparés du groupe et transférés dans un centre de détention aménagé dans le bâtiment administratif « Novi Izvor » ; ils y ont été retenus pendant plusieurs jours, période durant laquelle certains ont disparu, et leurs corps ont été retrouvés plus tard dans une fosse commune[11].

Le , Duško Vučković (Repić) et d'autres membres des « Guêpes jaunes » arrivent au centre de détention de Čelopek. Selon les témoignages recueillis lors des procédures judiciaires, les détenus sont soumis à des actes de torture et à des violences extrêmes. Plusieurs prisonniers sont battus à mort ou exécutés par arme à feu, tandis que d'autres détenus sont contraints de transporter les corps, dont certains n'ont jamais été retrouvés. Dans les semaines suivantes, Duško Vučković et d'autres membres des « Guêpes jaunes » continuent à se rendre au centre de détention de Čelopek, où des prisonniers sont soumis à des passages à tabac, des tortures et des exécutions[11]. Le , Duško Vučković ouvre le feu avec une mitrailleuse sur les prisonniers détenus à Čelopek, tuant plusieurs dizaines d'entre eux. Les crimes commis dans ce centre de détention constituent l'un des épisodes les plus graves attribués aux « Guêpes jaunes » dans la région de Zvornik[12].

Procédure judiciaire

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Outre les crimes commis à l'encontre de la population bosniaque de la région de Zvornik, plusieurs membres des « Guêpes jaunes » ont également été accusés d'avoir pillé des Serbes locaux. Les autorités serbes de Bosnie procèdent alors à leur expulsion vers la Serbie, où ils sont arrêtés et détenus à la prison de Šabac en 1992. Ils sont cependant libérés quelques jours plus tard après l'intervention de responsables du Parti radical serbe, dont certains membres des « Guêpes jaunes » étaient proches. Dans le contexte des sanctions internationales imposées à la République fédérale de Yougoslavie et des demandes de coopération avec les juridictions internationales, les autorités serbes engagent des procédures contre certains ressortissants impliqués dans des crimes de guerre commis en Bosnie-Herzégovine[13]. En mai 1994, Duško Vučković et Vojin Vučković comparaissent devant le tribunal de Šabac. En 1996, Duško Vučković est condamné à sept ans de prison pour des crimes de guerre commis contre des civils bosniaques détenus à Čelopek. Le tribunal reconnaît qu'il a participé à des actes de torture, de mutilation et de meurtre, tout en estimant qu'il souffrait de troubles mentaux au moment des faits[14].

La procédure est critiquée par plusieurs observateurs en raison du faible nombre de témoins acceptant de déposer contre les frères Vučković, certains par crainte de représailles, d'autres en raison de liens politiques ou idéologiques[14].

Après appel, la Cour suprême de Serbie porte la peine de Duško Vučković à dix ans d'emprisonnement pour crimes de guerre contre la population civile et viol. Vojin Vučković est condamné à quatre mois de prison pour détention illégale d'armes, de munitions et d'explosifs[15],[9].

Plusieurs critiques soulignent que les condamnations prononcées ne couvrent qu'une partie limitée des crimes attribués aux « Guêpes jaunes » et que les activités plus larges du réseau politique auquel certains membres étaient liés, notamment le Parti radical serbe, n'ont pas fait l'objet d'une enquête approfondie dans cette procédure.

Le , trois autres membres des « Guêpes jaunes », Dragan Slavković, Ivan Korać et Siniša Filipović, sont condamnés pour des crimes de guerre commis à Zvornik[16],[17].

Dans une autre procédure liée aux crimes commis dans la municipalité de Zvornik, Branko Grujić, président de la municipalité pendant la guerre, et Marko Pavlović (également connu sous le nom de Branko Popović), commandant de la Défense territoriale de Zvornik, sont poursuivis pour le déplacement forcé de civils. Ils ont été condamnés à six et quinze ans de prison pour des crimes de guerre contre la population civile[18],[9].

Voir aussi

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Références

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  1. ↑ Florence Hartmann, Milosevic, la diagonale du fou, Gallimard, (ISBN 978-2081206694), p. 271-277
  2. ↑ (en) « Stanisic and Simatovic, Belgrade’s Security Strongmen », sur BIRN,
  3. ↑ (en) « Serbian secret police chiefs face verdict over atrocities in Croatia and Bosnia »,
  4. ↑ (en) « Money Trail: How Paramilitaries’ Per Diems Proved Serbian Officials’ Guilt »,
  5. 1 2 TPIY, « Le Procureur c/ Momčilo Krajišnik, IT-00-39-T, Jugement », , p. 82-86
  6. ↑ « Guerres en Yougoslavie : les milices paramilitaires serbes, outils de Milošević pour semer la terreur », sur currierdesbalkans,
  7. ↑ (en) Iva Vukušić, Serbian Paramilitaries and the Breakup of Yugoslavia: State Connections and Patterns of Violence, Routledge, (ISBN 978-1032044477, lire en ligne), p. 48-51
  8. 1 2 (sr) Dejan Anastasijević, « Kratka istorija paravojnih jedinica u jugoslovenskim ratovima 1991-1995 - Grabljive zveri i otrovne bube », sur yuhistorija.com
  9. 1 2 3 4 (sr) « Presuda od 22. novembra 2010. godine »
  10. ↑ « Le Procureur c/ Mićo Stanišić et Stojan Župljanin, jugement, tome 1 », TPIY, , p. 623-626
  11. 1 2 « Le Procureur c/ Mićo Stanišić et Stojan Župljanin, jugement, tome 1 », TPIY, , p. 646-650
  12. ↑ TPIY, « Le Procureur c/ Momčilo Krajišnik, IT-00-39-T, Jugement », , p. 146
  13. ↑ (en) « Serbia: War Criminals Praised, War Trials Delayed »,
  14. 1 2 (sr) « Tragovi “Žute ose” », sur Vreme,
  15. ↑ (en) Organization for Security and Co-operation in Europe (OSCE), Mission to Serbia and Montenegro, « War crimes before domestic courts »,
  16. ↑ (en) BIRN, « Serbia: Celopek War Crimes Indictment Issued »,
  17. ↑ (sr) « „Žute ose” osuđene za zločin u Zvorniku »,
  18. ↑ (en) « Branko Grujic and Branko Popovic », sur BIRN