Guerre des Oranges
La guerre des Oranges, en 1801, oppose l'Espagne au Portugal, qui refuse de participer au blocus que Napoléon Bonaparte tente d'imposer au Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande, pays allié aux Portugais. Le ministre espagnol, Manuel Godoy, soutient la France napoléonienne en envoyant son armée envahir le Portugal, où elle s'empare d'Olivence en . Au cours du siège d'Elvas, Godoy envoie des oranges cueillies sous les murailles de la ville à sa maîtresse, la reine d'Espagne, et donne ainsi le nom de cette guerre.
| Date |
- (20 jours) |
|---|---|
| Lieu | Péninsule ibérique et Amérique du Sud |
| Casus belli | Refus du Portugal de rompre son alliance avec les Britanniques, malgré les menaces Napoléoniennes. |
| Issue | Victoire Franco-Espagnole par le Traité de Badajoz |
| Changements territoriaux | La ville portugaise d'Olivence et le village de Taliga sont annexés par l'Espagne. Expansion du territoire brésilien dans les Misiones Orientales. |
| Dom João Carlos de Bragança e Ligne | Manuel Godoy Charles Victoire Emmanuel Leclerc |
| 18 000 hommes | 30 000 hommes[1] |
| Inconnues | Inconnues |
Ce conflit se termine par le traité de Badajoz, signé en , qui oblige le Portugal à céder aux Espagnols le territoire frontalier d'Olivence, à l'origine de revendications territoriales portugaises qui sont encore d'actualité. En revanche, cette guerre a des conséquences positives sur le territoire brésilien, où les Portugais réussissent à prendre des territoires à l'Espagne.
Antécédents politiques et acteurs du conflit
modifierCe conflit s'inscrit dans la lutte que se livrent la France et l'Angleterre pour obtenir l'hégémonie sur le plan international. Depuis le coup d'État du 18 Brumaire, qui a conduit Napoléon Bonaparte au pouvoir, on a assisté à l'union des monarchies contre la France.
Le Portugal de Marie Ire de Portugal cherche à rester neutre dans ce conflit, afin de protéger ses intérêts commerciaux avec les deux puissances.
Mais la France, désireuse de rompre la vieille Alliance anglo-portugaise et ainsi fermer les ports portugais au commerce britannique, fait pression sur l'Espagne pour envahir le Portugal. Depuis la signature secrète du traité de San Ildefonso (1796), l'Espagne est alliée avec la France contre l'Angleterre.
La pression sur le Portugal augmente après sa participation à la destruction de l’armada espagnole au large du cap Saint-Vincent en et au blocus anglais à Alexandrie, en Égypte ().
En 1800, avec la signature d'un nouveau traité à San Ildefonso, la France obtient de nouvelles concessions de la part des Espagnols. Les deux pays unissent leur flotte militaire. Ils finissent même par signer la convention d'Aranjuez, au terme de laquelle un ultimatum commun est adressé au Portugal (). Celui-ci exige :
- l'abandon de la vieille alliance avec l'Angleterre ainsi que la fermeture de ses ports aux navires anglais et leur ouverture à la France et à l'Espagne ;
- la cession de territoires correspondant à un quart de la population métropolitaine comme garantie de dévolution ou de cession des îles espagnoles aux mains anglaises (Trinidad, Minorque et Malte) ;
- le paiement de réparations de guerre à la France et à l'Espagne ;
- la révision des frontières avec l'Espagne.
En cas de refus, le Portugal se verrait envahi par l'Espagne. La France s'est engagée à participer à une telle invasion avec 15 000 hommes.
Malgré l'envoi d'un ambassadeur à Madrid, la guerre est déclarée.
Le Portugal ne dispose alors que de 2 000 cavaliers et de 16 000 fantassins, commandés par Dom João Carlos de Bragance e Ligne, 2e duc de Lafões, alors âgé de 82 ans. De nombreux émigrés français sont engagés aux côtés des Portugais. L'armée espagnole est, quant à elle, dirigée par le premier ministre espagnol Manuel de Godoy. L'armée d'invasion compte en tout 30 000 hommes. Les troupes françaises devaient être dirigées par le général Charles Victoire Emmanuel Leclerc, mais la guerre fut tellement rapide que les troupes ne participèrent pas aux combats.
Conflit au Portugal
modifierC'est par l'Alentejo que les Espagnols pénètrent au Portugal le . Ils occupent alors Olivence, Juromenha, Terena, Arronches, Portalegre, Castelo de Vide, Ouguela et Barbacena sans résistance. Campo Maior résiste, elle, durant 18 jours, avant de tomber avec les honneurs militaires. La cité d'Elvas eut à subir un siège durant toute la durée de la guerre, mais ne tomba pas aux mains des Espagnols. Rapidement, les Espagnols sont maîtres du Haut-Alentejo.

Le nom du conflit vient d'un épisode survenu lors du siège d'Elvas () : deux soldats auraient cueilli des branches d'oranger chargées de fruits qui auraient été envoyées par leur commandant, Manuel de Godoy, à la reine Marie-Louise, épouse de Charles IV d'Espagne, avec le message suivant : « Je manque de tout, mais sans rien j'irai à Lisbonne ». Certains auteurs virent dans ce geste la preuve d'une relation plus intime entre Godoy et sa reine.

Abandonné par son allié anglais, qui semble négocier la paix avec la France, le Portugal, défait et démoralisé, n'a pas d'autre choix que de signer la paix, le (traité de Badajoz). La paix est ramenée sur tous les territoires des deux nations. Les ports portugais sont, dès lors, fermés aux navires britanniques. Le Portugal recouvre l'ensemble des villes conquises, à l'exception d'Olivence ainsi que des territoires situés sur la marge orientale du Guadiana, restés aux mains des Espagnols. La contrebande est interdite dans cette zone, et le Portugal forcé de payer des indemnités de guerre.

Le traité est ratifié par le prince régent Jean le et par le roi Charles IV d'Espagne le . Néanmoins, Napoléon, trouvant que le traité n'est pas suffisamment dur, le rejette. Un nouveau traité sera signé à Madrid le , plus sévère pour le Portugal, mais lui évitant, pour quelque temps, une nouvelle violation de son territoire. Le Portugal accepte l'entrée des draps français, et s'engage à payer une indemnité de guerre de 25 millions de francs. L'exécution des clauses traînera en longueur, le Portugal ne pouvant se permettre de mécontenter les Anglais.
Conflit au Brésil
modifierDans la colonie portugaise, cette guerre se traduit au contraire par une expansion, puisque le gouvernement de Rio Grande do Sul en profite pour envahir les territoires voisins, au détriment de la colonie espagnole. En juin, il s'empare de San Miguel Arcángel, San Francisco de Borja, San Juan Bautista, Santo Ángel Guardián, San Lorenzo Mártir, San Luis Gonzaga et San Nicolás. La province augmente ainsi sa superficie d'un tiers.

L'Espagne essaye de répliquer en s'attaquant au point faible de la colonie portugaise, le Fort Coimbra, actuel district de Forte Coimbra, Corumbá, État du Mato Grosso do Sul (). Malgré plusieurs tentatives, ses troupes échouent, et se retirent le .
De son côté, la colonie portugaise contre-attaque et envoie une petite troupe commandée par Francisco Rodrigues Prado. Elle s'empare du fort São Jorge, sur la rive sud du Río Apa, ce qui permettra d'y fixer définitivement la frontière du Brésil. Ces gains territoriaux bénéficient principalement au Brésil, qui proclame son indépendance du Portugal dès 1822. Ce territoire sera réclamé par le Paraguay lors de la Guerre de la Triple Alliance.
Traité de Badajoz
modifierLe traité de Badajoz est le traité qui met fin à la guerre des Oranges le 6 juin 1801.
Par ce traité, le Portugal doit :
- Fermer ses ports aux navires britanniques.
- Autoriser l'importation de lainages français.
- Céder Olivence à l'Espagne.
- Déplacer, en faveur de la France, la frontière entre la Guyane française et le Brésil (fixée sur le fleuve Oyapock depuis 1713) vers le sud jusqu'au fleuve Araguari.
- Payer une indemnité de 20 millions de francs.
Cependant, Napoléon refuse de ratifier le traité, affirmant que Lucien Bonaparte qui l'a signé et son ministre des Affaires étrangères, Talleyrand, qui a accepté les termes avaient tous deux été soudoyés par les Portugais .
Une version modifiée est adoptée en septembre 1801, connue sous le nom de Traité de Madrid.
Pour minimiser l'impact de l'interdiction d'utiliser les ports portugais, une force britannique occupe en juillet l'île de Madère ; elle est utilisée par la Royal Navy pour rassembler des convois de navires marchands qui sont ensuite escortés dans les ports britanniques .
Le Portugal reste neutre jusqu'à ce que l'Espagne et la France signent le traité de Fontainebleau en 1807 prévoyant la division du pays entre elles. Le traité de Badajoz contenant une clause stipulant que toute violation de ses termes le rendait nul ; le Portugal déclare que le traité de Fontainebleau constitue une telle violation et annule l'accord. C'est l'une des raisons pour lesquelles le Portugal conteste la souveraineté espagnole sur Olivence, l'autre étant que son occupation contrevient au traité de Vienne .
En 2003, José Ribeiro e Castro, un député européen portugais, soulève la question auprès du Conseil de l'Europe, mais même si le problème reste d'actualité, il ne perturbe pas les relations entre les deux pays. En 2008, Olivence et plusieurs autres villes portugaises et espagnoles sont devenues partie intégrante de l'Eurorégion de l'Extrême-Alentejo .
Notes
modifier- ↑ Ce conflit est tellement bref que l'armée française, conduite par Charles Victoire Emmanuel Leclerc, n'a pas le temps de rejoindre l'armée espagnole sur le théâtre des opérations. Ces effectifs sont donc juste ceux de l'armée espagnole
Sources bibliographiques
modifier- (en) War of the Oranges, in Encyclopædia Britannica, 2005 (Encyclopædia Britannica Premium).