La guerre des camps désigne une phase de la guerre du Liban s'étendant d' à . Cet affrontement oppose le mouvement chiite Amal, soutenu par la Syrie, certaines factions palestiniennes et des éléments de l'armée libanaise (notamment la sixième brigade), aux factions palestiniennes fidèles à l'Organisation de libération de la Palestine, retranchées dans les camps de réfugiés de Beyrouth et du Sud-Liban.

Origines

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La dégradation des relations entre l’OLP et certaines composantes de la société libanaise tout au long de la guerre civile, puis l’expulsion de l’OLP après l’invasion israélienne de 1982, ont entraîné une remise en cause profonde des relations entre Palestiniens et Libanais, au détriment des premiers. Le départ de l’OLP, qui encadrait les réfugiés en leur donnant du travail, des aides sociales, mais aussi des perspectives d’avenir, laisse la population palestinienne sans défense dans un conflit où elle est prise pour cible[1].

Le conflit résulte de la volonté du mouvement Amal, dirigé par Nabih Berri, d'exercer un contrôle sécuritaire exclusif sur les zones chiites de Beyrouth-Ouest et du Sud-Liban, afin d'éviter le retour de l'OLP et de prévenir de nouvelles représailles israéliennes, qui causaient de lourds dégâts collatéraux pour les populations chiites[2]. Les relations entre la Syrie et l'OLP sont difficiles, en partie en raison du rapprochement de l'OLP avec les Frères musulmans, principaux opposants au régime baasiste en Syrie[1].

Déroulement

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De à , la milice Amal, appuyée par la Syrie, entreprend d'éradiquer l'organisation de l'OLP du Liban : les camps de Sabra, Chatila et Bordj el Barajneh sont assiégés, bombardés, privés de nourriture et de médicaments.

Le conflit se caractérise par trois sièges principaux.

Mai 1985 : Assaut d'Amal sur les camps de Sabra, Chatila et Bourj el-Barajneh à Beyrouth.

La Première Phase (mai - ) : L'implosion du front libanopalestinien

Le conflit éclate le lorsque la milice chiite Amal, cherchant à asseoir son hégémonie sur Beyrouth-Ouest, lance un assaut coordonné contre les camps de Sabra, Chatila et Bourj el-Barajneh[3]. Cette offensive bénéficie du soutien logistique de la 6e brigade de l'armée libanaise, composée majoritairement de soldats chiites, marquant une rupture avec l'ancienne alliance "Libano-Progressiste"[4]. L'implication de Damas dans cette manœuvre vise à briser définitivement l'autonomie de la décision palestinienne au Liban-Sud et dans la capitale[5].

Les tireurs posté sur les immeubles environnants interdisent tous mouvement, transformant les venelles des camps en couloirs de la mort pour les civils[6].

1986 : Extension des combats vers le Sud-Liban, visant les camps de Rachidieh et de Ain el-Heloué.

Pendant le blocus du camp de Rashidiyyeh, les combats alternent avec des périodes de calme relatif. Une famine finit par se déclarer en conséquence du blocus. La milice Amal permet aux civils de quitter le camp mais la majorité choisit de rester, par crainte de ne jamais pouvoir revenir[1].

En juillet 1986, le siège est levé autour des camps de Borj Barajneh et Chatila, ce qui permet à certains réfugiés de retourner chez eux[1].

1987 : Durcissement des blocus imposant une famine prolongée aux populations à l'intérieur des camps.

Plusieurs membres d'Amal, désapprouvant cette guerre inter-arabe, quittent cette organisation pour passer au Hezbollah.

La « guerre des camps » fait plusieurs milliers de morts palestiniens et libanais, Sabra est totalement détruit, Chatila à 85 %, Bordj el Barajneh à 50 %. En juin-, des groupes palestiniens dissidents, appuyés par la Syrie, achèvent de déloger l'OLP de Chatila et Bordj el Barajneh.

Bilan humain

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Le nombre de victimes fait l'objet d'estimations convergentes selon les sources internationales et les rapports médicaux de l'époque[2]

En 1985, dès le premier mois de combat, le Croissant-Rouge palestinien et les services hospitaliers de Beyrouth recensent plus de 600 morts[2].

L'Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) rapporte une destruction des infrastructures des camps à hauteur de 80 % à 90 % à Chatila et Bourj el-Barajneh[2]. Elle dénombre 48 000 personnes déplacées[1].

Issue du conflit

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La guerre prend fin suite à l'intervention militaire de la Syrie à Beyrouth-Ouest en 1987 pour stopper l'anarchie des milices, et à la signature d'un accord en . Les camps restent sous contrôle de sécurité libanais et syrien, limitant l'influence politique de l'OLP sur le territoire.

Voir aussi

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Bibliographie

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  • Elizabeth Picard, Liban, État de discorde : des fondations aux guerres fratricides, Flammarion, coll. « Champs », 2006 (ISBN 978-2080811943).
  • Edgar O'Ballance, Civil War in Lebanon, 1975-92, Palgrave Macmillan, London 1998. (ISBN 0-333-72975-7)
  • Éric Micheletti and Yves Debay, Liban – dix jours aux cœur des combats, RAIDS magazine n.º41, October 1989 issue. ISSN 0769-4814 (in French)
  • Samer Kassis, 30 Years of Military Vehicles in Lebanon, Beirut: Elite Group, 2003. (ISBN 9953-0-0705-5)
  • Moustafa El-Assad, Civil Wars Volume 1: The Gun Trucks, Blue Steel books, Sidon 2008. (ISBN 9789953012568)
  • Rex Brynen, Sanctuary and Survival: the PLO in Lebanon, Boulder: Westview Press, Oxford 1990. (ISBN 0 86187 123 5) – [1]
  • Joe Stork, The War of the Camps, The War of the Hostages, MERIP Reports, No. 133 (June 1985), p. 3–7,22 .
  • Robert Fisk, Pity the Nation: Lebanon at War, London: Oxford University Press, (3rd ed. 2001). (ISBN 0-19-280130-9) – [2]
  • The War of the Camps, Journal of Palestine Studies, Vol. 16, No. 1 (Autumn, 1986), p. 191–194.
  • Zachary Sex & Bassel Abi-Chahine, Modern Conflicts 2 – The Lebanese Civil War, From 1975 to 1991 and Beyond, Modern Conflicts Profile Guide Volume II, AK Interactive, 2021.
  • Fawwaz Traboulsi, Identités et solidarités croisées dans les conflits du Liban contemporain; Chapitre 12: L'économie politique des milices: le phénomène mafieux, Thèse de Doctorat d'Histoire – 1993, Université de Paris VIII, 2007.
  • Jean Sarkis, Histoire de la guerre du Liban, Presses Universitaires de France - PUF, Paris 1993. (ISBN 978-2-13-045801-2) (in French)
  • Samir Kassir, La Guerre du Liban: De la dissension nationale au conflit régional, Éditions Karthala/CERMOC, Paris 1994. (ISBN 978-2865374991)
  • Samir Makdisi and Richard Sadaka, The Lebanese Civil War, 1975-1990, American University of Beirut, Institute of Financial Economics, Lecture and Working Paper Series (2003 No.3), p. 1–53.
  • Itamar Rabinovich, The war for Lebanon, 1970-1985, Cornell University Press, Ithaca and London 1989 (revised edition). (ISBN 978-0-8014-9313-3), 0-8014-9313-7

Notes et références

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  1. 1 2 3 4 5 Mohamed Kamel Doraï, « Les déplacements forcés des Palestiniens au Liban. Recompositions géopolitiques et spatiales », sur books.openedition.org,
  2. 1 2 3 4 Elizabeth Picard, Liban, état de discorde: des fondations aux guerres fratricides, Flammarion, (ISBN 978-2-08-211536-0)
  3. Elizabeth Picard, Liban : État et société en crise, Éditions du CNRS, , p. 158
  4. Michel Seurat, L'État de barbarie, Seuil, , p. 162
  5. Jihane Sfeir, L'Exode palestinien au Liban : 1948-2006, Karthala, , p. 210
  6. Nadine Picaudou, Le mouvement national palestinien, L'Harmattan, , p. 145