Guerre du Djebel Akhdar

La guerre du Djebel Akhdar (en arabe : حرب الجبل الأخضر, Ḥarb al-Jebel el-ʾAkhḍar, littéralement « la guerre de la montagne verte ») est un conflit armé qui se déroule de 1954 à 1959 dans le sultanat de Mascate et Oman entre le sultanat d'oman, soutenu par le Royaume-Uni, et l'Imamat d'Oman, appuyé par l'Arabie saoudite et l'Égypte. Provoqué par la succession de l'Imam et des rivalités pétrolières, le conflit voit l'armée de libération de l'Oman (OLA) chasser initialement les forces sultaniques de l'intérieur des terres. Le Royaume-Uni intervient alors directement auprès du sultanat, restructure l'armée locale pour former les forces armées omanaises et déploie le special air service pour écraser la rébellion en janvier 1959, scellant l'unification du pays sous l'autorité du Sultan.

Guerre du Djebel Akhdar
Description de cette image, également commentée ci-après
Venom de la RAF du 8e escadron survolant Oman pendant la guerre de Jebel Akhdar.
Informations générales
Date 10 octobre 1954 – Janvier 1959
Lieu Oman (Djebel Akhdar)
Casus belli Succession de l'Imam, différends sur les concessions pétrolières et conflit de souveraineté entre le Sultanat et l'Imamat
Issue Victoire du Sultanat et de la Grande-Bretagne
• Dissolution de l'Imamat d'Oman
• Unification territoriale sous l'autorité du Sultan
Belligérants
Sultanat de Mascate et Oman
Drapeau du Royaume-Uni Royaume-Uni
Imamat d'Oman
• Tribus alliées du Djebel Akhdar
Soutenus par :
Drapeau de l'Arabie saoudite Arabie saoudite
Drapeau de l'Égypte Égypte
Commandants
Saïd ibn Taïmour
Drapeau du Royaume-Uni Anthony Eden
Drapeau du Royaume-Uni Harold Macmillan
Ghalib al-Hina'i
Talib al-Hina'i
Sulayman ibn Himyar
Forces en présence
• Unités sultaniques (Batinah Force, MOFF, Dhufar Force, puis SAF)
• Royal Air Force (bombardiers RAF)
• Special Air Service (2 escadrons du SAS)
• Force initiale de 200 combattants de l'OLA (1957)
• Ralliement des tribus locales du Djebel Akhdar

Conxtexte

modifier

La mort de l'Imam Mohammad al-Khalili le 3 mai 1954 constitue un tournant dans la centralisation du sultanat. Sous al-Khalili, un modus vivendi était de rigueur entre le Sultanat et l'Imamat, selon l'accord de Sib.

Ghalib al-Hina'i (en) succède à l'ancien imam à la suite d'une élection probablement truquée par son allié tribal Sulayman ibn Himyar et appuyée par des fonds saoudiens. Partisan radical de l'indépendance et hostile aux influences étrangères, Ghalib rejette l'autorité du sultan de Mascate[1].

Le Sultan Said bin Taimur et les Britanniques voient dans la mort de l'Imam un moyen pour renforcer la centralisation du pays. En 1954, le sultan autorise la compagnie pétrolière Iraq Petroleum Company (IPC) à prospecter du pétrole près de la localité de Fahud (en), située dans l'intérieur omanais sur les terres de l'imanat.

Redoutant des pénétrations sur son territoire, Ghalib al-Hina'i (en), aidé par son frère Talib, noue des liens avec l'Arabie saoudite et commençe à mener une diplomatie ouverte sur l'extérieur[2],[3],[4].

Malgré l'interdiction d'émigrer sans l'accord du sultan, de nombreux omanais s'exilent, surtout en Arabie saoudite.

Coté de l'imanat

modifier

Le 10 octobre 1954, l'IPC s'installe sur le site de Fahud accompagnée d'un contingent des Muscat & Oman Field Forces (MOFF). Le lendemain, ces forces occupent la localité voisine de Tanam (en).

Bien que les habitants locaux accueillent l'IPC dans l'espoir de retombées économiques, l'imam Ghalib s'oppose fermement à cette présence. Considérant que Fahud et Tanam se situent au cœur du territoire de l'Imamat, il réagit en menant une offensive contre les tribus locales favorables au sultan. Dans la foulée, il proclame l'indépendance de l'Imamat d'Oman et formule une demande d'adhésion à la Ligue arabe[1]. En réaction, une force de la MOFF prend les villes d'Adam et d'Ibri.

En novembre 1954, le frère de l'imam, Talib, se déplace au Caire afin de prendre contact lors de plusieurs réunions avec Fathi al-Deeb (en), le chef du Bureau égyptien pour les mouvements de libération arabe. Sur la base de ces réunions, l'Égypte envoie un attaché militaire à Djeddah, Ali Khashabah. Celui-ci s'infiltre en territoire omanais afin d'examiner la situation en mars 1955.

À son retour, il annonce que l'Égypte va soutenir l'imamat sur cinq plans : fournir une formation à la guérilla , livrer clandestinement du matériel, coordonner l'action avec les saoudiens, lancer une campagne médiatique dénonçant la présence coloniale britannique sur la station de radio Sawt al-Arab, et apporter un soutien diplomatique au sein de la Ligue arabe.

La décision est approuvé à la mi-juin 1955 lors d'une réunion du Conseil de la révolution présidée par le président Nasser. Un soutien saoudien substantiel fut également accordé et l'Armée de libération de l'Oman (OLA) de l'Imamat établit sa base principale à Dammam[2].

Cotée du sultanat

modifier

En janvier 1955, Anthony Eden, le secrétaire britannique aux Affaires étrangères, soumet une proposition visant à soutenir les efforts militaires du sultan contre l'Imamat. Eden explique que la souveraineté du sultanat à l'intérieur des terres est menacée par des tribus pro saoudiennes et par l'imam, encouragé par les saoudiens à causer des troubles. Il demande d'approuver l'octroi d'un soutien militaire et aérien limité. Sa demande est accordée en janvier 1955 lors d'une réunion avec le cabinet.

Le Royaume-Uni s'intéresse aussi à l'oasis de Buraimi, un carrefour stratégique soupçonné de receler du pétrole. En juillet 1954, le Royaume-Uni accepte de soumettre l'affaire de Buraimi avec l'Arabie saoudite à un arbitrage international[2].

Déroulement du conflit

modifier

Première phase

modifier

En octobre 1955 , face à l'échec annoncé de l'arbitrage international avec l'Arabie saoudite, le nouveau secrétaire aux affaires étrangères britannique Harold Macmillan déclenche une intervention militaire. Les britanniques expulsent la garnison saoudienne de l'oasis de Buraimi le 26 octobre 1955, puis prennent le contrôle total de l'Imamat 3 semaines plus tard, poussant l'Imam Ghalib al-Hina'i à fuir de Nizwa dans la nuit du 14 décembre.

Le 15 décembre, ils s'emparent de Nizwa , la capitale de l'Imamat. La MOFF, sous le commandement du lieutenant-colonel britannique Colin Maxwell, en parallèle assiège la ville de Rustaq, dont le wali est Talib bin Ali. Le fort tombe et Talib s'enfuit en exil en Arabie saoudite.

Afin d'asseoir son autorité sur l'intérieur du pays, le sultan Saïd ibn Taïmour quitte Salalah pour se rendre à Nizwa, située à environ 885 kilomètres plus au nord. Sur place, le sultan obtient la loyauté des chefs de tribu locaux et annonçe la dissolution de l'Imamat. Ghalib abdique et se retire dans le village de Bilad Sayt, son bastion tribal.

Suleymane ibn Himyar, son allié de longue date, se retire dans son fief de Tanuf. Il y réimpose un mode de gouvernement autoritaire sur les populations locales. Cela incluant de parcourir les villages locaux pour y exercer un droit de cuissage sur les femmes de la région en sa qualité de cheikh et de seigneur de la Montagne Verte (Jebel Akhdar)[1].

Deuxieme phase

modifier

En 1957, Talib bin Ali organise la lutte depuis son exil en Arabie saoudite et en Égypte.

En avril 1957, il envoie en éclaireur son lieutenant, Ibrahim bin Issa, qui pénètre sur le territoire omanais avec une force d'environ 72 Omanais expatriés[1].

Après une période de calme de deux mois, le Sultan invite Ibrahim en juin 1957 à son palais de Mascate afin de mener des négociations. Ibrahim accepte cette invitation en toute confiance, mais dès son arrivée au palais, il est arrêté puis immédiatement emprisonné au fort portugais de Jelali, à Mascate[1].

En mai 1957, l'OLA represente une armée 200 à 300 rebels[3] recrutés au près d'expatriés omanais lourdement armés. Ils commencent à opérer dans l'intérieur des terres avec un débarquement de la force principale près du hameau de pêcheurs de Suwayq sur la côte sud de la Al-Batinah. Une autre force de 70 hommes a débarqué sur la partie nord de la côte entre Sohar et Sour[1].

aucun des deux groupes n'a été repérée par les forces du Sultan pendant leur progression vers l'arrière-pays. Une fois au village montagneux de Bilad Sayt, Talib est sorti de sa clandestinité et a annoncé le rétablissement de l'Imamat. Ghalib a été convaincu de reprendre le poste d'Imam[1].

Les forces du sultan tentent de combattre les forces rebelles mais échouent en juillet lorsque les forces britanniques sont expulsés hors de l'imanant. En réponse, une intervention britannique directe a lieu[2].

Les discussions du cabinet révélent la réticence d'Harold Macmillan face à l'implication saoudo-égyptienne[2]. Échaudée par la crise de Suez, le Royaume-Uni craint qu'une intervention directe ne dégrade son image et n'indigne les Etats-Unis. Il priviligie la réorganisation des forces du sultan en une force capable de contrôler l'intérieur des terres après le retrait britannique[2].

Le 25 juillet 1958, un « échange de lettres » officialise cette assistance. En contrepartie, Londres obtient la prolongation du bail stratégique sur l'île de Masirah, clé de son réseau militaire dans l'océan Indien conduisant à la naissance effective des forces armées omanaises (SAF)[2].

À ce stade, les SAF ne jouent qu'un rôle de soutien, trop faibles pour contrer seules l'insurrection. L'effort principal est mené par l'armée britannique, culminant en janvier 1959 avec l'assaut de deux escadrons du SAS réengagés de Malaisie. Cette intervention écrase la rébellion, étendant la souveraineté du sultanat sur l'intérieur des terres et contraignant Ghalib al-Hina'i (en) à un exil permanent, reconnus par les États arabes mais incapables de reconquérir leurs territoires[2],[1].

Références

modifier
  1. 1 2 3 4 5 6 7 8 (en-GB) « British Modern Military History Society - The Jebel Akhdar War », sur British Modern Military History Society (consulté le )
  2. 1 2 3 4 5 6 7 8 (en) Abdel Razzaq Takriti (trad. de l'anglais), « Imperial Sovereignty in Omani History », dans ESTABLISHING THE COMMONWEALTH BY ACQUISITION, Monsoon Revolution : Republicans, Sultans, and Empires in Oman 1965–1976, Oxford, Oxford University Press, , 352 p. (ISBN 978-0-19-967443-5, lire en ligne), p. 22-24
  3. 1 2 (en) « Jebel Akhdar War | History, Combatants, & Facts | Britannica », sur www.britannica.com (consulté le )
  4. ↑ Marc Valeri, « 3 - Les conflits fondateurs de l’Oman contemporain », Recherches internationales, Karthala,‎ , p. 81–110 (lire en ligne, consulté le )