Guillaume de Deken, également nommé Guillaume le Doyen en français, Willem de Deken en néerlandais, Guillaume de Bruges ou Guillaume de Cany de Bruges selon Jules Viard) né vers 1274, est un bourgmestre de Bruges. Personnage influent, il est chargé à plusieurs reprises de négociations importantes avec l’Angleterre[1]. Il est considéré comme l’un des principaux dirigeants de la révolte flamande contre le roi de France survenue en août 1328. Reconnu coupable de haute trahison à Paris, il est condamné à être d’abord supplicié aux Halles de Paris, puis pendu au gibet de Montfaucon le 24 décembre 1328[2],[3].

Guillaume de Deken
Biographie
Décès
Époque
Nationalité
Belge
Activité
bourgmestre de Bruges, négociateur avec l’Angleterre

Biographie

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Guillaume de Deken entre en 1305 dans la corporation des épiciers. Les comptes de la ville le mentionnent comme fournisseur de poissons et de porcs[4]. En 1320, il est échevin de la ville de Bruges et négociateur du comte de Flandre auprès du roi d’Angleterre Édouard II[5]. Cette année-là, Guillaume de Deken et ses collègues se rendent en Angleterre et y concluent un accord avec le roi. Dans cet acte, Édouard II exprime son désir de maintenir la paix et la bonne entente entre les deux pays et restitue « aux Flamands les libertés commerciales dont ils avaient joui précédemment dans ses États et s’engage à faire terminer promptement toutes les affaires relatives aux dommages réclamés par des marins flamands à charge des Anglais »[6].

En 1324, Guillaume de Deken est déjà bourgmestre de Bruges[a] et se rend de nouveau en Angleterre dans le cadre d’une mission diplomatique, cette fois sur mandat du comte de Flandre, Louis de Nevers. Pendant ce long séjour, il tente d’y conclure un traité de paix[5].

Révolte flamande

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Pendant ce temps, pour couvrir les amendes prévues par le traité de paix de 1320, le comte Louis Ier de Flandre fait percevoir des impôts par ses collecteurs. Cette mesure provoque « un mouvement d’insurrection contre lui et ses partisans qui, pendant cinq longues années (1323-1328), sous la conduite de Nicolaas Zannekin, Jacob Peyt et Guillaume de Deken, agite la région côtière flamande, la Flandre maritime, et paralyse le pouvoir comtal. »[7] Impliqué dans cette révolte, Guillaume de Deken se rend de nouveau en juin 1328 en Angleterre pour convaincre le jeune roi Édouard III de prendre le titre de roi de France et d’apporter un soutien militaire aux Flamands insurgés, mais sans succès[8], Édouard III refuse toutefois de donner suite à ces demandes

Bataille de Cassel

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Bataille de Cassel, 23 août 1328
Enluminure par Loyset Liédet, XVe siècle.

À son retour, en tant que bourgmestre de Bruges, de Deken prend part au commandement des troupes de sa ville qui se dirigent vers Cassel. Les forces flamandes sont vaincues[9] par la chevalerie française. Cette défaite met fin à la révolte[10],[11] tandis que le comte Louis Ier de Flandre reprend le contrôle de son comté[12].

Exil et capture

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Après la défaite des Flamands à la bataille de Cassel, le 23 août 1328, Guillaume de Deken décide de s’exiler et s’enfuit en Brabant pour échapper aux représailles du comte Louis Ier de Flandre[9],[12]. Il espère y convaincre le duc Jean III de Brabant de se soulever contre le nouveau roi de France, Philippe VI de Valois[10],[13]. De Deken sollicite l’aide du duc pour mener une action armée contre le comte de Flandre. Il lui promet l’appui des communes flamandes en hommes, en armes, en chevaux, et une très grande somme d'argent[10],[12],[13]. Le duc refuse toutefois cette proposition. Guillaume de Deken tente alors de se placer sous la protection des communes du Brabant, mais celles-ci n’osent s’opposer à la volonté du souverain Philippe VI de Valois. Capturé, Guillaume de Deken est livré au duc Jean III de Brabant qui l’extrade vers le roi de France, Philippe VI de Valois[14],[15],[16].

Procès à Paris

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Constitué prisonnier, Guillaume de Deken est conduit à Paris où il est incarcéré et soumis à la torture[17]. Il y est jugé à la suite d’une enquête menée contre lui[16]. Henri Stein, dans Les conséquences de la bataille de Cassel pour la ville de Bruges et la mort de Guillaume de Deken, son ancien bourgmestre (1328) résume ainsi les griefs contre Guillaume de Deken[18] :

« … on reprochait à Guillaume de Deken d’avoir ameuté la Flandre contre le comte et le roi de France depuis la paix d’Arques (1326) ; d’avoir refusé d’accepter la monnaie royale au taux qui avait cours, et d’avoir refusé de payer les redevances obligatoires ; d’avoir cherché à soulever les populations de Dixmude, d’Ypres, de Bergues, de Poperinge et d’autres lieux contre le roi de France, vainqueur à Cassel ; d’avoir ensuite quitté Bruges et d’être allé en Brabant pour chercher des alliances, notamment avec l’Angleterre ; d’avoir enfin été l’instigateur des meurtres et des violences commis à Aardenburg ; d’avoir eu des complices, parmi lesquels notamment Z[egher] Janssone, capitaine du Franc de Bruges, un prêtre et plusieurs tisserands. »

Guillaume de Deken nie les faits qui lui sont reprochés, dans l’espoir d'échapper à la peine capitale, mais en vain. Convaincu de rébellion contre son souverain, il est reconnu coupable de haute trahison par le Parlement de Paris[11],[9],[19]. Les juges le condamnent à être exposé au pilori, à y avoir les deux mains coupées, à subir le supplice de la roue et, enfin, à être pendu au gibet de Montfaucon[16].

Exécution

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Le 23 décembre 1328, Guillaume de Deken est d’abord conduit au pilori des Halles[16] où il est attaché et exposé aux insultes de la foule[17]. Après l’amputation de ses deux mains mains, il est attaché à une roue[b],[16],[2] sur laquelle il demeure jusqu'au lendemain[19],[2],[20]. Retiré de la roue, il est attaché à la queue d’une charrette et traîné sur une claie d’osier à travers les rues de Paris jusqu’au gibet de Montfaucon lors d'une parade d'infamie [21]. Il y est pendu[22] tandis que ses mains sont suspendues à côté de lui[13],[19].

Notes et références

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  1. ↑ Le bourgmestre, entre autres choses, préside le conseil municipal et est chargé du maintien de l’ordre ainsi que de la direction des affaires militaires.
  2. ↑ Il s’agit d’une roue en bois, tournant sur un pivot et percée de trous par lesquels on faisait passer la tête et les bras de la personne condamnée. La roue pouvait être tournée afin que le condamné soit visible de tous côtés et être ainsi exposé aux regards et aux insultes de la foule… Il était permis de lui jeter de la boue et des ordures, mais non des pierres et autres objets susceptibles de le blesser.

Références

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  1. ↑ Stein 1899, p. 654.
  2. 1 2 3 Maillard 1863, p. 67.
  3. ↑ Varenbergh 1876, p. 78.
  4. ↑ Vandewalle 1978, p. 209.
  5. 1 2 Vandewalle 1978, p. 207.
  6. ↑ Varenbergh 1876, p. 78-79.
  7. ↑ Guyot-Bachy 2017, § 7.
  8. ↑ Vandewalle 1978, p. 207-208.
  9. 1 2 3 Vandewalle 1978, p. 208.
  10. 1 2 3 Varenbergh 1871, p. 98.
  11. 1 2 Van Caenegem 1953, p. 140.
  12. 1 2 3 Varenbergh 1876, p. 80.
  13. 1 2 3 Viard 1937, p. 95.
  14. ↑ Varenbergh 1876, p. 80-81.
  15. ↑ Varenbergh 1871, p. 98-99.
  16. 1 2 3 4 5 Gourdon de Genouillac 1890, p. 168.
  17. 1 2 Varenbergh 1876, p. 81.
  18. ↑ Stein 1899, p. 658-659.
  19. 1 2 3 Varenbergh 1871, p. 99.
  20. ↑ Stein 1899, p. 658.
  21. ↑ Maillard 1863, p. 20.
  22. ↑ Van Caenegem 1953, p. 141.

Voir aussi

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Bibliographie

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  • Henri Gourdon de Genouillac, Paris à travers les siècles : Histoire nationale de Paris et des Parisiens depuis la fondation de Lutèce jusqu’à nos jours, vol. 1, Paris, F. Roy, , 1221 p. (lire en ligne)
  • Isabelle Guyot-Bachy, La Flandre et les Flamands au miroir des historiens du royaume (xe-xve siècle), Lille, Presses universitaires du Septentrion, , 381 p. (ISBN 978-2-7574-1489-7, DOI 10.4000/books.septentrion.13081, lire en ligne)
  • Firmin Maillard, Le gibet de Montfaucon (étude sur le vieux Paris) : Gibets — Échelles — Piloris — Marques de haute justice. Droit d’asile — Les fourches patibulaires de Montfaucon — Documents historiques. Description — La légende des suppliciés. Scènes de la dernière heure, Paris, Auguste Aubry, , 106 p. (lire en ligne)
  • Henri Stein, « Les conséquences de la bataille de Cassel pour la ville de Bruges et la mort de Guillaume de Deken, son ancien bourgmestre (1328) », Compte-rendu des séances de la Commission royale d’histoire, deuxième série, vol. 9,‎ , p. 647-664 (DOI 10.3406/bcrh.1899.2291, lire en ligne)
  • Raoul Van Caenegem, « Nota over de terechtstelling van Willem de Deken te Parijs in 1328 » [« Note sur l’exécution de Guillaume le Deken à Paris en 1328 »], Handelingen van het Genootschap voor Geschiedenis te Brugge, vol. 90,‎ , p. 140-142
  • André Vandewalle, « Willem de Deken (+ 1328) : volksleider en makelaar », Handelingen van het Genootschap voor Geschiedenis, vol. 115, nos 1-4,‎ (DOI 10.21825/hvgg.v115i1-4.4423, lire en ligne)
  • Émile Varenbergh, « de Deken (Guillaume) », Biographie nationale, Bruxelles, Bruylant Christophe & Cie, vol. 5,‎ , p. 916 (lire en ligne)
  • Émile Varenbergh, « Épisodes des relations extérieures de la Flandre : Guillaume de Deken, le bourgeois négociateur (1317-1328) », Bulletins de l’Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique, Bruxelles, Hayez, 2e série, vol. 31,‎ , p. 438 (lire en ligne)
  • Jules Viard, « Les Grandes Chroniques de France », Publications de la Société de l’histoire de France, Paris, Honoré Champion, vol. 438,‎ , p. 392 (lire en ligne)