Guillaume le Pieux

duc d'Aquitaine

Guillaume le Pieux (né vers – mort le à Lyon ; inhumé à Brioude le [2]) est un grand aristocrate de la fin de l’époque carolingienne, membre de la famille des Guilhelmides.

Guillaume le Pieux
Illustration.
Guillaume le Pieux, d'après une lettrine enluminée (BNF, Ms. Lat. 17716, f°85).
Titre
Duc d'Aquitaine
fin du IXe siècle[1]
Prédécesseur Ramnulf II de Poitiers
Successeur Guillaume II d'Aquitaine
Marquis de Gothie

(32 ans)
Prédécesseur Bernard Plantevelue
Successeur Eudes de Rouergue
Comte d'Auvergne

(32 ans)
Prédécesseur Bernard Plantevelue
Successeur Guillaume II d'Aquitaine
Comte de Bourges

(29 ans)
Prédécesseur Hugues
Successeur Guillaume II d'Aquitaine
Biographie
Dynastie Guilhelmides
Surnom Le Pieux
Date de naissance vers 875
Date de décès
Lieu de décès Lyon
Père Bernard Plantevelue
Mère Ermengarde
Conjoint Engelberge

Fils de Bernard Plantevelue, il hérite en 886 des principaux honores familiaux en Auvergne et en Gothie. Les actes contemporains le qualifient principalement de comes et de marchio ; le titre de dux apparaît à partir de la fin du IXe siècle et s’impose progressivement dans les diplômes royaux, notamment sous le règne de Charles III[3].

Marquis de Gothie et comte notamment d’Auvergne, de Bourges, de Mâcon et de territoires du Lyonnais, il exerce une autorité étendue dans le centre et le sud du royaume franc occidental. L’historiographie contemporaine voit en lui l’un des principaux « princes territoriaux » de la fin du IXe siècle, en raison de l’ampleur de ses pouvoirs comtaux, de son autonomie politique relative et de la transmission héréditaire de ses charges[4].

Il reste surtout connu comme fondateur de l’abbaye de Cluny en 909, établissement placé directement sous la protection du pape, fondation qui marque durablement l’histoire monastique et politique de l’Occident médiéval.

Biographie

modifier

Origines et héritage (886)

modifier

Guillaume est le fils de Bernard Plantevelue, comte d'Auvergne, et de son épouse Ermengarde[5]. À la mort de son père en 886, il recueille les principaux honores familiaux, notamment en Auvergne et en Gothie.

Les actes contemporains le qualifient principalement de comes et de marchio ; l’usage du titre de dux apparaît progressivement à la fin du IXe siècle, dans un contexte de recomposition du pouvoir aristocratique en Aquitaine[6].

Titres et construction du pouvoir

modifier

Guillaume exerce l’autorité comtale en Auvergne, dans le Limousin, à Bourges, à Mâcon et dans le Lyonnais. Son autorité s’appuie sur un ensemble de charges publiques et de possessions patrimoniales réparties dans le centre et le sud du royaume franc occidental, plutôt que sur un territoire unifié au sens institutionnel moderne.

En 901, il reçoit le duché de Lyon. Il y accorde plusieurs chartes, dont l’une en 913 au profit des églises Saint-Just et Saint-Irénée[7].

L’historiographie le considère comme l’un des principaux « princes territoriaux » de la fin de l’époque carolingienne, en raison de l’ampleur de ses pouvoirs, de sa capacité à nommer des comtes et de l’autonomie relative qu’il exerce vis-à-vis du roi. Les règnes de Eudes puis de Charles III voient la reconnaissance progressive du caractère héréditaire de ses charges[8].

Fondation de Cluny (909)

modifier

Guillaume demeure surtout connu pour la fondation de l’abbaye de Cluny le . Il confie l’établissement à Bernon de Baume et place l’abbaye sous la protection directe du pape, la soustrayant ainsi à l’autorité ducale, royale et épiscopale.

L’acte de fondation précise que les moines ne seront soumis « à aucune puissance terrestre », disposition qui souligne l’originalité institutionnelle de l’établissement[9]. En échange, la communauté doit assurer une prière perpétuelle pour le salut de Guillaume et de ses proches[10].

Il favorise également d’autres établissements religieux, notamment par le don de la villa Magenciacum (Moissat-Bas) à l’abbaye Saint-Lomer de Blois en 912, confirmé par une bulle du pape Jean X en 914.

Mariage et descendance

modifier

Avant 898, Guillaume épouse Engelberge, fille du roi de Bourgogne-Provence Boson de Vienne et d’Ermengarde, fille de l’empereur Louis II le Jeune.

Engelberge donne probablement naissance à des filles[6] et à un fils, Boson[11],[12], qui ne peut cependant lui succéder.

Mort et succession

modifier

Guillaume meurt le et est inhumé à la basilique Saint-Julien de Brioude le suivant[13].

Ses deux neveux, Guillaume II le Jeune puis Acfred, lui succèdent brièvement. Leur disparition sans héritier direct ouvre une période de tensions et de rivalités pour le contrôle de l’Aquitaine, notamment entre la maison de Poitiers et la maison de Toulouse.

Notes et références

modifier
  1. Lauranson-Rosaz, 2010, p. 54.
  2. Pierre Ganivet, 2000
  3. Christian Lauranson-Rosaz, 2006.
  4. François Saint-Bonnet et Yves Sassier, 2008.
  5. Mathieu, 2007, p. 577-607.
  6. 1 2 Lauranson-Rosaz, 2006, p. 79.
  7. Paradin, Mémoires de l'histoire de Lyon, p. 114.
  8. Saint-Bonnet & Sassier, 2008.
  9. Keller & Hurel, 2019, p. 17.
  10. Oudart, 1876, p. 124-128.
  11. Cartulaire de Saint-André-le-Bas, acte n°24.
  12. Cartulaire de Cluny, acte n°446.
  13. Ganivet, 2000.

Annexes

modifier

Bibliographie

modifier
  • Christian Lauranson-Rosaz, « Ermengarde, Ava, Ingelberge et les autres… », dans La Place et le rôle des femmes dans l'histoire de Cluny, 2010, p. 54.
  • Christian Lauranson-Rosaz (Laurent Macé (dir.)), « Les Guillelmides : une famille de l’aristocratie d’empire carolingienne dans le Midi de la Gaule (VIIIe–Xe siècles) », dans Entre histoire et épopée. Les Guillaume d’Orange (IXe–XIIIe siècles), Toulouse, Presses universitaires du Midi, (lire en ligne)
  • Pierre Ganivet, Recherches sur l'évolution des pouvoirs dans les pays lyonnais de l'époque carolingienne aux lendemains de l'an mil, Lyon, Université d'Auvergne Clermont I,
  • Jean-Noël Mathieu, « Recherches sur Ermengarde, mère de Guillaume le Pieux, duc d'Aquitaine », Revue belge de philologie et d'histoire, vol. 85, no 3, , p. 577-607 (DOI 10.3406/rbph.2007.5095)
  • François Saint-Bonnet et Yves Sassier, Histoire des institutions avant 1789, Paris, Montchrestien,
  • Christiane Keller et Daniel-Odon Hurel, Mayeul, 4ème abbé de Cluny, un homme de foi, d'audace et d'humilité, an mil, Allier, Diocèse de Moulins,
  • Hervé Oudart, Recueil des chartes de l'abbaye de Cluny, A. Bernard et A. Bruel,
  • Paradin, Guillaume, Mémoires de l'histoire de Lyon.

Articles connexes

modifier

Liens externes

modifier