Gustave Laguionie
Gustave Laguionie est un entrepreneur et homme d'affaires français qui prend la succession de Jules Jaluzot à la tête des grands magasins du Printemps en 1905.
| Naissance | |
|---|---|
| Décès | |
| Nom de naissance |
Laguionie |
| Nationalité |
française |
| Conjoint |
Victoria Céline Della Rocca (1861-1953) |
| Enfant |
Pierre Henri Jean Laguionie (1884) |
| A travaillé pour | |
|---|---|
| Distinction | Chevalier de la Légion d'Honneur (31 mai 1900) Officier de la Légion d'Honneur (11 octobre 1906) |
Reprise du Printemps
modifierA la réouverture de son magasin après l'incendie de 1881, les affaires sont florissantes et Jules Jaluzot décide de diversifier son activité. Il investit, par exemple dans les spéculations sucrières[1]. Au cours de l'année 1905, une grave crise dans ce domaine le ruine et le pousse à démissionner, vitupéré par la presse. On appelle cet épisode le Krach Jaluzot[2].
Lors de l'assemblée générale du 28-29 août 1905[3],[4],[5] le nom de Gustave Laguionie est accepté immédiatement par les actionnaires car ce dernier n'est pas un inconnu de la Maison. Il y était entré en 1867, soit deux ans à peine après l'ouverture du Printemps, rejoignant ainsi l'aventure à ses commencements[6],[3],[1]. Il apprit le métier auprès de Jaluzot lui-même, avant de quitter l'entreprise en 1881 pour prendre la direction d'une maison de tissus en gros, rue Vivienne[4].
La confiance placée en Gustave Laguionie est totale. Après avoir rétabli l'équilibre financier, il entame d'importants travaux de rénovation dans le magasin en collaboration avec l'architecte René Binet, apprécié du grand public depuis l'Exposition Universelle[4],[7],[8]. Quatre escaliers sont par exemple placés aux quatre angles du magasin. En 1906, Laguionie choisit le jour du Printemps pour l'inauguration de ces nouveaux aménagements[9].
Il complète les travaux par la location de bâtiments pour des ateliers dans les rues Joubert, Mogador et Rochechouart ainsi que par l'achat de nouveaux emplacement rue Caumartin et rue de Provence[10]. Il vise également l'extension du premier magasin. Le 23 mai 1907, la première pierre d'un nouveau bâtiment est posée sur le quadrilatère voisin. René Binet est en charge des travaux[11]. Ce nouveau bâtiment, inauguré en 1910, est nommé Nouveaux Magasins, aujourd'hui Printemps de la Femme.
Son fils, Pierre Laguionie, entré au Printemps en 1905[12] sur les conseils de son père suite à son service militaire, est nommé co-gérant à ses côtés à l'issue de l'Assemblée extraordinaire du 27 novembre 1907[13],[14],[1]. Gustave est en effet soucieux de la continuer de son œuvre et souhaite épargner toute rupture dans la gestion et l'administration du magasin[15],[16],[12]:
L'intérêt de la société exige qu'aucune interruption ne puisse se produire dans l'administration de la maison. Cet intérêt demande également de la continuité de la raison sociale, ainsi que celle des méthodes d'organisation et de travail[12]...
La guerre 1914-1918
modifierEn 1912, le Printemps est en plein épanouissement. C'est en effet l'année de l'ouverture de l'atelier d'art Primavera, sous la responsabilité de René Guilleré et de son épouse, ainsi que de la première succursale du Printemps, à Deauville[17].
Si, vers 1910, le Printemps est le quatrième grand magasin derrière le Bon Marché, la Samaritaine et les magasins du Louvre[12],[11] Gustave Laguionie voit son élan freiné par la déclaration de guerre du 3 août 1914. Un grand nombre d'employés, dont Pierre Laguionie, sont mobilisés, les transactions commerciales sont stoppées, le manque de marchandises et les fluctuations économiques mettent en péril le magasin. Privé de son fils, toute la gérance repose sur Gustave Laguionie, bientôt aidé par l'ancien secrétaire général, Alcide Poulet, qui vient le seconder. Celui-ci est nommé co-gérant en 1917[18],[19].
Les années folles
modifierSi les affaires reprennent rapidement après la fin de la Première Guerre Mondiale, le Printemps traverse deux nouvelles épreuves : le décès de Gustave Laguionie en 1920 et un nouvel incendie qui ravage le Nouveau Magasin les 28-29 septembre 1921[20],[21],[22].
Lors de son décès, les journaux de l'époque soulignent son dévouement au Printemps:
Bien que l'heure du repos eut sonné pour lui, il n'hésita pas; et par son intelligence hardie, sa droiture, son travail acharné, il fit de ces grands magasins, transformés et agrandis, ce qu'ils sont aujourd'hui. Sa santé fut la rançon de cet effort [...] la mort de ce grand travailleur, de cet homme de bien sera unanimement regrettée[23],[24],[25]
Mesures pour le personnel
modifierA son arrivée, Gustave Laguionie et sa femme[12] mettent en place nombre de mesures bienveillantes pour le personnel, anticipant ainsi le Code du Travail ainsi que les mesures effectives de la Troisième République.
Comme il n'est pas d'entreprise prospère sans personnel profondément dévoué à sa maison, je me suis attaché, dans la mesure du possible, à améliorer le sort de nos employés, ouvriers et ouvrières, et à leur venir en aide quand l'âge ou la maladie rendaient leur travail plus difficile[26].
En 1906, est créé une caisse de secours, de retraite et de prévoyance, administrée par la gérance du Printemps[27],[26].
Le personnel ayant vingt-cinq années de présence dans le grand magasin, âgé de cinquante ans pour les hommes et quarante-six ans pour les femmes, ne disposant que de revenus peu élevés, bénéficie d'une pension annuelle de 360 francs. Les secours sont une aide attribuée par la gérance selon les cas[28].
D'autre part, à partir de 1908, des primes de mariage (200 francs) et de maternité (100 francs) sont distribuées pour celles et ceux qui ont une ancienneté d'au moins un an ainsi qu'un revenu inférieur à 3 000 francs. A partir de 1912, cette prime passe à 100 francs pour chaque nouvelle naissance[27].
Gustave Laguionie met également en place le premier délai-congé. Là où les précédents contrats de travail indiquaient : "liberté réciproque de séparation chaque jour sans aucune indemnité de part ni d'autre", il existe désormais un "préavis d'une huitaine"[29].
Enfin, dès 1908, à partir d'un an de maison, le personnel bénéficie du droit d'une semaine de congés payés[29], un véritable progrès social.
Ces diverses mesures sont relevés par la presse, par exemple lorsque Gustave Laguionie est fait Officier de la Légion d'Honneur en 1906 :
La rosette décernée à Gustave Laguionie en est la juste consécration : Au physique, un petit homme svelte, de fine et souriante physionomie; très aimé de son personnel à qui il a su communiquer sa foi, son ardeur inlassable au travail. Le type du "bon chef'[30]
Notes et références
modifier- 1 2 3 « L'âge d'or des grands magasins parisiens », dans Philippe VERHEYDE, Les grands magasins parisiens, Paris, Balland éditeur, (ISBN 978-2-35315-176-9), p. 31-32
- ↑ « Les suites de l'affaire Jaluzot, un nouveau krach », La Nouvelle Presse, 29 sept. 1905,, p. 1/4 (lire en ligne)
- 1 2 Jean-Paul CARACALLA, « Des années noires aux années folles », dans Jean-Paul CARACALLA, Le roman du Printemps. L'histoire d'un grand magasin., Editions Denoël, , 168 p. (ISBN 2-207-23624-2), p. 73-74
- 1 2 3 Bernard Marey, « 1907. Le Printemps de René Binet », dans Bernard Marey, Les grands magasins. Des origines à 1939, Paris, Editions Picard, , 272 p. (ISBN 2-7084-0045-2), p. 173
- ↑ « Le sauvetage du "Printemps" », Le Journal, , p. 1 (lire en ligne
) - ↑ Stéphane Carrère, « Express-portrait : Gustave Laguionie », Le Petit bleu de Paris, , p. 1 (lire en ligne
) - ↑ Georges Lecomte, « La vie artistique », Le Matin, no 10011, , p. 4 (lire en ligne)
- ↑ Fabien, « La vie de Paris. Le palais de la Mode », Le Figaro, no 76, , p. 1 (lire en ligne
) - ↑ Jean-Paul CARACALLA, « Des années noires aux années folles », dans Jean-Paul CARACALLA, Le romand du Printemps. Histoire d'un grand magasin, Saint-Amand-Montrond, Editions Denoël, , 168 p. (ISBN 2-207-23624-2), p. 76
- ↑ Bernard Marey, « 1907 : Le Printemps de René Binet », dans Bernard Marey, Les grands magasins : des origines à 1939, Paris, Editions Picard, (ISBN 2-7084-0045-2), p. 174
- 1 2 Jean-Paul CARACALLA, « Des années noires aux années folles », dans Jean-Paul Caracalla, Le roman du Printemps. L'histoire d'un grand magasin, Editions Denoël, , 168 p. (ISBN 2-207-23624-2), p. 80
- 1 2 3 4 5 « 1905-1914 : pour le Printemps la "Belle Epoque" fut une "Grande Epoque" », dans Edmond Rachinel, Solange Dumuis, Printania : cent ans de jeunesse, Sceaux, , 168 p., p. 58-61
- ↑ Jean-Paul CARACALLA, « Des années noires aux années folles », dans Jean-Paul CARACALLA, Le Roman du Printemps. Histoire d'un grand magasin, Editions Denoël, , 168 p. (ISBN 2-207-23624-2), p. 82
- ↑ « Le Printemps », L'Information financière, économique et politique, no 276, , p. 2-4
- ↑ Bernard Marey, « Biographies », dans Bernard Marey, Les grands magasins : des origines à 1939, Paris, Editions Picard, (ISBN 2-7084-0045-2), p. 261
- ↑ « Les Héritiers », dans Philippe Verheyde, Les grands magasins parisiens, Paris, Balland, (ISBN 978-2-35315-176-9), p. 126
- ↑ « Des années noires aux années folles », dans Jean-Paul Caracalla, Le roman du Printemps : histoire d'un grand magasin, Saint-Amand-Montronc, , 168 p., p. 85
- ↑ « Mort et obsèques de M. A. Poulet : co-gérant et directeur des grands magasins du Printemps », La Rumeur, no 190, , p. 2 (lire en ligne
) - ↑ « Informations : le monde et la ville », Le Journal, no 12995, , p. 2 (lire en ligne
) - ↑ « L'incendie du "Printemps" », L'Ouest-Éclair, no 7513, , p. 1 (lire en ligne
) - ↑ « Les Nouveaux Magasins du Printemps anéantis par le feu », Excelsior, no 3944, , p. 1-5 (lire en ligne
) - ↑ « Incendie du Printemps : derniers détails », La Patrie, , p. 1 (lire en ligne
) - ↑ « Le monde et la ville. Deuil », Le Figaro, no 76, , p. 2 (lire en ligne)
- ↑ « Nécrologie », La Voix nationale, no 268, , p. 2
- ↑ « Nécrologie », La Lanterne, no 15.572, , p. 3 (lire en ligne)
- 1 2 « L'envers vaut l'endroit : une histoire sociale », dans Rachline Sonia, C'est le Printemps. De 1865 à demain, l'histoire d'un grand magasin parisien, Printemps, un monde d'avance, Graficom, , 96 p. (ISBN 9782732467207), p. 51
- 1 2 Edmond RACHINEL, « Au Printemps la "Belle Epoque" fut aussi un temps de progrès social », dans Edmond Rachinel, Solange Dumuis, Printania. Cent ans de jeunesse, Sceaux, , 168 p., p. 72
- ↑ Jean-Paul CARACALLA, « Des années noires aux années folles », dans Jean-Paul CARACALLA, Le Roman du Printemps. Histoire d'un grand magasin, Editions Denoël, , 168 p. (ISBN 2-207-23624-2), p. 83
- 1 2 « Au Printemps la "Belle Epoque" fut aussi un temps de progrès social », dans Edmond RACHINEL, Solange DUMUIS, Printania. Cent ans de jeunesse, Sceaux, , 168 p., p. 73
- ↑ « Les décorations de Saint-Louis et de Liège », Le Figaro, no 287, , p. 3 (lire en ligne
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