Milieu Sabouraud
Le milieu Sabouraud est un milieu de culture légèrement sélectif utilisé en microbiologie pour la culture de toutes sortes d'espèces fongiques peu exigeantes, qu'il s'agisse de moisissures (champignons filamenteux) ou de levures (champignons unicellulaires). Sa formulation simple est proposée par Raymond Sabouraud à la fin du XIXe siècle dans une série de publications abordant la question de la standardisation des milieux de culture utilisés pour le diagnostic des dermatophytoses, et en particulier des teignes[1],[2].






C'est toujours l'un des milieux de culture fongique les plus courants en laboratoire. Avec une composition actualisée, il fait partie des milieux recommandés pour la culture (surtout secondaire, c'est-à-dire après isolement) des champignons pathogènes dans les prélèvements cliniques[3],[4].
Principe
modifierLa formule d'origine de R. Sabouraud était dérivée de la composition du moût de bière, qui donnait de bons résultats pour la culture des dermatophytes mais n'était pas standardisée[1]. Elle comportait 10 g/L de peptone, 40 g/L d'un glucide quelconque (maltose principalement, mais aussi glucose, lactose, mannitol, etc.) et de la gélatine en quantité suffisante pour solidifier le milieu[5].
Actuellement le glucide utilisé est presque toujours le D-glucose ou dextrose, d'où le nom de « gélose Sabouraud dextrosée » (Sabouraud dextrose agar, ou SDA). Sa concentration élevée favorise une production abondante de déchets acides sous l'effet du métabolisme fongique, et l'acidification qui s'ensuit participe à l'inhibition des contaminants bactériens éventuels[6]. Un mélange de peptones complète la base nutritive. Le pH est ajusté en zone faiblement acide à l'aide d'acide chlorhydrique.
L'agar est l'agent gélifiant.
Composition
modifierLa variabilité de la composition des géloses Sabouraud commerciales a été soulignée dans la littérature[7],[8]. Une formulation proche de la version originale est la suivante, pour 1 000 mL de milieu[9] :
- glucose : 40 g
- peptone pancréatique de caséine : 5 g
- peptone peptique de viande : 5 g
- agar : 15 g.
Ajuster le pH à 5,6 ± 0,2 à 25 °C (après autoclavage).
Variantes
modifierSabouraud Emmons
modifierLa variante la plus notable est celle décrite par C.W. Emmons en 1977, dans laquelle la quantité de glucose est divisée par deux et le pH ramené à 6,9 ± 0,1[10]. Ces modifications sont destinées à assurer une croissance optimale de la majorité des espèces fongiques pathogènes[réf. souhaitée].
Autres
modifierL'agar peut être omis pour obtenir un milieu liquide (bouillon Sabouraud)[11].
L'inhibition des contaminants bactériens, partiellement assurée par la faible acidité du milieu Sabouraud original, peut être renforcée par des antibiotiques. Les fournisseurs proposent ainsi diverses formulations sélectives additionnées de chloramphénicol, gentamicine, pénicilline, streptomycine, tétracycline, etc.[12],[13] Du cycloheximide peut aussi être incorporé pour limiter la croissance des moisissures saprophytes[10].
La culture de la levure lipophile Malassezia furfur peut être facilitée — à défaut de milieux spéciaux — en déposant de l'huile d'olive stérile à la surface d'une gélose Sabouraud[12]. Une alternative consiste à incorporer de l'huile d'olive et du polysorbate 80 (« Tween 80 ») directement dans le milieu de base avant l'autoclavage[14].
Un milieu Sabouraud Emmons additionné de TTC a été utilisé dans une méthode expérimentale de phénotypage des sous-espèces de Candida[15].
Préparation
modifierAucun ingrédient n'étant thermosensible, il suffit de les dissoudre à chaud dans le volume correspondant d'eau distillée et de stériliser à l'autoclave (15 min à 121 °C). Le mélange est ensuite réparti dans des contenants stériles[réf. souhaitée].
Notes et références
modifier- 1 2 Raymond Sabouraud, Les trichophyties humaines, Paris, Rueff & Cie, (lire en ligne), p. 49
- ↑ Gérard Tilles, « L’invention du “milieu de Sabouraud“, un progrès décisif en mycologie médicale », La Presse médicale, vol. 35, no 9, , p. 1403–1405 (ISSN 0755-4982, DOI 10.1016/S0755-4982(06)74824-2, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) KC Hazen & SA Howell « Processing specimen for fungal culture » in: Leber AL (ed.) Clinical microbiology procedures handbook. Washington, DC : 4e ed, 2016, p. 8.4.1. (ISBN 9781555818807)
- ↑ (en) KL McGowan « Specimen selction, transport and processing : mycology » in: Jorgensen JH & Pfaller MA (eds.) Manual of clinical microbiology. 11e ed, 2015, p. 1944. (ISBN 978-1-55581-737-4)
- ↑ Raymond Sabouraud, Les teignes, Paris, Masson, (lire en ligne), p. 72
- ↑ (en) « Sabouraud Agar for Fungal Growth Protocols », sur ASM, (consulté le )
- ↑ (en) F.C. Odds, « Sabouraud('s) agar », Journal of Medical and Veterinary Mycology, vol. 29, no 6, , p. 355–359 (ISSN 1365-280X, DOI 10.1080/02681219180000581, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) F.C. Odds, C.A. Hall et A.B. Abbott, « Peptones and mycological reproducibility », Sabouraudia, vol. 16, no 4, , p. 237–246 (ISSN 0036-2174, DOI 10.1080/00362177885380341, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) « Sabouraud Glucose Agar (Sabouraud Dextrose Agar) » in: Atlas RM. Handbook of microbiological media. Boca Raton : CRC Press, Taylor & Francis Group, 4th ed, 2010, p. 1530. (ISBN 978-1-4398-0406-3)
- 1 2 (en) Emmons CW et al. Medical mycology. Philadelphia : Lea & Febiger, 3rd ed, 1977, p. 535. (ISBN 0-8121-0566-4)
- ↑ « Sabouraud Glucose Broth » in: Atlas RM. Handbook of microbiological media. Boca Raton : CRC Press, Taylor & Francis Group, 4th ed, 2010, p. 1531. (ISBN 978-1-4398-0406-3)
- 1 2 (en) T Acharya & J Hare « Sabouraud dextrose agar & other fungal growth media » in: Gupta VK & Tuohy MG. Laboratory protocols in fungal biology. Cham : 2de ed, 2022, Springer, p. 69 (ISBN 978-3-030-83749-5)
- ↑ (en) Per Sandven et Jørgen Lassen, « Importance of Selective Media for Recovery of Yeasts from Clinical Specimens », Journal of Clinical Microbiology, American Society for Microbiology, vol. 37, no 11, , p. 3731–3732 (PMID 10523586, PMCID 85742, DOI 10.1128/jcm.37.11.3731-3732.1999, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) « Sabouraud Glucose Agar with Olive Oil » in: Atlas RM. Handbook of microbiological media. Boca Raton : CRC Press, Taylor & Francis Group, 4th ed, 2010, p. 1531. (ISBN 978-1-4398-0406-3)
- ↑ (en) G Quindós, M Fernández-Rodríguez, A Burgos et M Tellaetxe, « Colony morphotype on Sabouraud-triphenyltetrazolium agar: a simple and inexpensive method for Candida subspecies discrimination », Journal of Clinical Microbiology, American Society for Microbiology, vol. 30, no 10, , p. 2748–2752 (PMID 1400981, PMCID 270515, DOI 10.1128/jcm.30.10.2748-2752.1992, lire en ligne, consulté le )