Hagiozacharitès
La famille Hagiozacharitès (Hagiozacharitai pour le pluriel byzantin) est une famille aristocratique de l’Empire byzantin, active entre le Xe siècle et le XIe siècle et dont les premiers membres connus sont les frères Théodore et Nicétas.
Histoire
modifierIl est possible que les Hagiozacharitai viennent de la banlieue homonyme de Constantinople, où l'église Hagios Zacharias du nom du saint Zacharie a pu donner son patronyme à la famille et contribuer à lancer le culte de ce saint[N 1]. La famille se fait connaître au Xe siècle après s’être installée en Asie Mineure, probablement dans les Anatoliques. Elle y établit son domaine et certains de ses membres servent dans les couches inférieures de l’élite militaire et administrative de la région. Jean-Claude Cheynet estime que les Hagiozacharitai appartiennent à « l'aristocratie micrasiatique[N 2] » car ils se sont rangés du côté de Bardas Sklèros lors de sa révolte [1]. Plus tard, très probablement à la fin du règne de Basile II ou après sa mort, la famille se divise entre carrières civiles à la capitale et fonctions militaires en province. Au XIe siècle, les Hagiozacharitai perdent peu à peu leur influence politique puis disparaissent des sources après le troisième quart du siècle. Ce déclin s’explique par des transformations politiques et sociales, l’affaiblissement de leurs positions en province et les raids seldjoukides, plutôt que par l’arrivée au pouvoir des Comnènes[2].
Membres connus
modifier| Nom | Période | Notes |
|---|---|---|
| Théodore (1) Hagiozacharitès | Vers 977 | Les frères Théodoros et Nicétas Hagiozacharitai prennent part à la tentative d’usurpation de Bardas Sklèros avant de faire défection et de rallier les forces impériales loyalistes de Basile II. À l’automne 977, ils participent à une bataille au lieu dit Ragéas sur la route entre Cotyaion et Iconium[3]. L'armée impériale y subit une défaite et les deux frères sont capturés aux côtés de leur commandant le protovestiaire Léon. Les Hagiozacharitai sont alors aveuglés publiquement devant l’ensemble de l’armée de Sklèros[4], un châtiment impérial typique contre les révoltés. Le caractère exemplaire de la punition atteste de leur position éminente, mais les titres et fonctions qu’ils ont exercés sont inconnus[5]. |
| Nicétas (1) Hagiozacharitès | ||
| N. 1 Hagiozacharitès | Vers 988 | Cet Hagiozacharitès anonyme est le destinataire d’une lettre de l’évêque Léon de Synades en 988, dont les termes révèlent son statut social élevé et une certaine proximité avec l’expéditeur[6]. Ce membre anonyme pourrait être parent de Théodore et Nicétas ou bien être l’un d’entre eux. |
| N. 2 Hagiozacharitès | Fin du Xe siècle –début du XIe siècle | Cet Hagiozacharitès est connu d'après un sceau en tant que hypatos, protospathaire et chartulaire du drome, son prénom y est cependant difficilement lisible et fait débat entre Théodore et Constantin[N 3],[7]. |
| Manuel Hagiozacharitès | Xe siècle – XIe siècle | Il est connu d'après un sceau comme spatharocandidat et épi tou Chrysotriklinos[8]. |
| Nicétas (2) Hagiozacharitès | Dernier tiers du Xe siècle – premier tiers du XIe siècle | Il est connu d’après deux sceaux comme anthypatos, patrice et vestès[9]. Malgré la date tardive des sceaux et l’aveuglement du premier Nicétas, il n’est pas totalement exclu que ce soit la même personne[10]. |
| Nicétas (3) Hagiozacharitès | Première moitié du XIe siècle | Connu d'après un sceau comme protospathaire[11], la différence de datation et du choix des saints protecteurs le différencie des autres Nicétas (le revers du sceau arbore un buste de Saint Nicolas contrairement à ceux de Nicétas (2) ornés de Saint Théodore)[12]. |
| Léon Hagiozacharitès | Première moitié du XIe siècle | Il est connu d'après un sceau comme protospathaire impérial et stratège de Limnia[13]. |
| Théodore (2) Hagiozacharitès | Vers 1020–1055 | Connu de nouveau grâce à des sceaux, Théodore Hagiozacharitès a été protospathaire et stratège des Bucellaires[14]. Il a pu être assimilé au premier Théodore mais la date d'émission des sceaux, très ultérieure à 977, semble contredire cette théorie[12]. |
| Théophylacte Hagiozacharitès | Deuxième quart du XIe siècle | Patrice et stratège de Samos, la carrière Théophylacte est attestée par au moins trois sceaux, frappés par le même boullotérion[15]. Parce que le thème de Samos, district littoral, dispose d’une flotte de la fin du IXe au début du XIe siècle, il se peut que Théophylacte Hagiozacharitès ait contribué à repousser les Petchenègues ou la Rus’ de Kiev, bien qu’on ne puisse le confirmer[16]. |
| Théodore (3) Hagiozacharitès | Première moitié–troisième quart du XIe siècle | Connu d’après deux groupes de sceaux associant le même nom à un même saint patron et donc assimilables à la même personne, Théodore Hagiozacharitès a été anthypatos, patrice, vestès et magistros[17]. |
| Stylianos Hagiozacharitès | XIe siècle | Stylianos Hagiozacharitès est connu d’après trois sceaux identiques sans qu’on n’en sache plus sur sa position ou sa fonction[18]. |
| Anne Hagiozacharitissa | Vers 1035–1060 | Anne Hagiozacharitissa est la seule femme connue de la famille d’après un unique sceau[19]. |
Notes et références
modifierNotes
modifier- ↑ Ce patronyme peu commun peut venir d’un lieu homonyme, soit d'une banlieue de Constantinople, d'un monastère existant à l’époque, ou bien d'un petit kastron fortifié ou d'un village, car il était courant dans le monde byzantin que les localités et les quartiers tirent leur nom d’une église qui a constitué le noyau de leur développement. Par exemple la famille byzantine Blachernitès tire son nom du quartier des Blachernes à Constantinople. Il se peut aussi qu'il y ait eu un culte familial du saint qui conduisit à la fondation d’une église consacrée, puis ce nom fut adopté par la famille. Ce culte est suggéré par la présence du saint sur l’avers de certains sceaux en plomb des Hagiozacharitai.Antanov 2020, p. 763.
- ↑ L'aristocratie micrasiatique désigne une élite sociale et politique spécifique à l'Empire byzantin, originaire d'Asie Mineure. Elle occupe une position dominante dans l’empire du IXe au XIe siècle. Contrairement à l'aristocratie de Constantinople, qui est davantage liée à l'administration civile et à la proximité du palais impérial, c’est une aristocratie foncière et militaire qui se spécialise dans la défense des frontières de l'empire.Cheynet 1996, p. 321-336.
- ↑ Certains spécialistes (Laurent, Seibt, Zarnitz, Stavrakos) proposent d'y lire le prénom Théodore. À l'inverse, Ivan Jordanov y lit le prénom Constantin. Antanov qualifie quant à lui l'inscription du prénom sur ce sceau comme ayant une "lecture incertaine". Antanov 2020, p. 765.
Références
modifier- ↑ Cheynet 1996, p. 229.
- ↑ Antanov 2020, p. 771.
- ↑ Whittow 1996, p. 363.
- ↑ Skylitzès 2003, paragraphe 322, p. 269-279.
- ↑ Antanov 2020, p. 764.
- ↑ Synada 1985, n°3.
- ↑ Seibt et Zarnitz 1997, 127 ; Stravakos 2000, 48 ; Jordanov 2006, 39.
- ↑ Schlumberger 1905, n°229.
- ↑ Un sceau provint du musée de l'Ermitage (Šandrovskaja et Seibt 2005, n°98; 114, n. 35) et un autre inédit appartient à l’Institut Français d’Etudes Byzantines.
- ↑ Antanov 2020, p. 765.
- ↑ Barnea 1987, n°4
- 1 2 Antanov 2020, p. 766.
- ↑ Sceau inédit appartenant à l’Institut Français d’Etudes Byzantines [lire en ligne].
- ↑ Speck 1986, n°10 et Seibt et Zarnitz 1997, 3.2.5.
- ↑ Un sceau provient de la collection de Dumbarton Oaks [lire en ligne] et deux autres du musée de Veliki Preslav Jordanov 2009, n°1427-1428.
- ↑ Antanov 2020, p. 766-767.
- ↑ Un sceau provient de la collection de G. Zakos (Šandrovskaja et Seibt 2005, 114, n. 33) et deux autres publiés dans Sode 1997, n°395 et Stavrakos 2000, n°1.
- ↑ Jordanov 2009, p. n°1800-1802
- ↑ Šandrovskaja et Seibt 2005, n°99.
Annexes
modifierSources
modifier- Jean Skylitzès (trad. Bernard Flusin et annoté par Jean-Claude Cheynet), Synopsis historiôn, Paris, P. Lethielleux, , 465 p. (ISBN 2283604591, lire en ligne)
- (en) Leo of Synada (trad. Martha Pollard Vinson), Leonis Synadorum Metropolitae et Syncelli Epistolae, Washington, D.C.,
Revues numismatiques
modifier- Gustave Schlumberger, Sceaux byzantins inédits (cinquième série), Paris, C. Rollin et Feuardent, , 36 p.
- (de) V.S. Šandrovskaja et W. Seibt, Byzantinische Bleisiegel der Staatlichen Eremitage mit Familiennamen, 1 Teil: Sammlung Lichačev – Namen von A bis I., Vienne,
- Ion Barnea, « Sceaux byzantins de Dobroudja », Studies in Byzantine Sigillography (SBS), vol. 1, , p. 77-88
- (de) Paul Speck, Byzantinische Bleisiegel in Berlin (West) (Poikila byzantina 5), Bonn, R. Habelt, , 261 p. (ISBN 3774921970)
- (de) Werner Seibt et Marie Luise Zarnitz, Das byzantinische Bleisiegel als Kunstwerk, Vienne, ÖAW, , 231 p. (ISBN 978-3-7001-2672-0)
- (de) Claudia Sode, Byzantinische Bleisiegel in Berlin II (Poikila byzantina 14), Bonn, R. Habelt, , 338 p.
- (de) Christos Stavrakos, Die byzantinischen Bleisiegel mit Familiennamen aus der Sammlung des Numismatischen Museums Athen, Wiesbaden, , p. 449
- (en) Ivan Jordanov, Corpus of Byzantine Seals from Bulgaria, vol. 3, Sofia, , 580 p. (ISBN 978-954-92395-5-3)
Bibliographie
modifier- (en) Symeon Antanov, « Hagiozacharitai. A Little-known Byzantine Aristocratic Family from the 10th-11th c. », dans Konev, N. ; Khrissimov, Ruler, State and Church on the Balkans in the Middle Ages. In Honour of the 60th Anniversary of Prof. Plamen Pavlov, Veliko Tarnovo, Faber, (lire en ligne), p. 762-74
- Jean-Claude Cheynet, Pouvoir et contestations à Byzance (963-1210), Paris, Éditions de la Sorbonne, , 523 p. (ISBN 978-2859441685, lire en ligne)
- (en) Mark Whittow, The Making of Byzantium, 600-1025, Berkeley and Los Angeles, University of California Press, , 457 p. (ISBN 978-0-520-20496-6)