Hanns In der Gand

Chanteur, folkloriste et ethnomusicologue suisse (1882-1947)
(Redirigé depuis Hanns in der Gand)

Hanns In der Gand, de son vrai nom Ladislaus Krupski, né le à La Vernaz, dans le Chablais français et mort le à Zumikon, dans le canton de Zurich en Suisse, est un chanteur, folkloriste et ethnomusicologue suisse d'origine polonaise.

Hanns In der Gand
Description de l'image Ladislaus_Krupski.jpg.
Informations générales
Surnom Le barde suisse
Nom de naissance Ladislas Krupski
Naissance
La Vernaz
Décès (à 65 ans)
Zumikon
Nationalité suisse
Genre musical Musique folklorique, musique militaire
Instruments Luth, chant
Influences Arthur Rossat

Biographie

modifier

Hanns In der Gand nait le à La Vernaz[1]. Sa famille est installée à Erstfeld dans le canton suisse d'Uri[2].

Son père, Stanislas Krupski, est un patriote polonais condamné à la déportation en Sibérie. Il parvient à s'enfuir en 1867 et émigre en Suisse, où il travaille comme médecin sur le chantier du tunnel du Gothard[3]. Sa mère, Elisabeth Hugler, vient de Brienzwiler dans l'Oberland bernois et est une excellente chanteuse populaire[4]. Son frère, Anton Krupski, sera professeur de médecine vétérinaire à Zurich et pionnier de l'alpinisme[3].

Il suit les cours du Gymnase de Lucerne, durant lesquelles il a l’occasion de rencontrer les philologues Renward Brandstetter et Theodor von Liebenau[4]. Il commence ensuite des études de philologie à l’université de Neuchâtel, qu'il abandonne pour aller apprendre le chant en Allemagne, dans les conservatoires de Francfort sur le Main et de Munich. Dans cette ville, il rencontre Juliana Magdalena Kreuz avec qui il se marie. Il travaille durant trois ans comme comédien à la cour de Altenburg en Saxe. Il part ensuite à Berlin où, pour la première fois sous le pseudonyme de Hanns In der Gand, il interprète des chansons populaires en s'accompagnant au luth[2].

Chanteur populaire

modifier

Dès le début de la Première Guerre mondiale, il rentre en Suisse et est engagé comme chanteur de troupe. Il donne à entendre un répertoire de vieilles chansons populaires et militaires lors de très nombreux concerts pour l'armée[5] ainsi que pour le public civil et rencontre un très grand succès[6]. Ses tournées lui permettent de collecter auprès des soldats de nombreux chants[6]. Il publie de 1915 à 1922 une série de recueils de chansons dans les quatre langues nationales[7],[8],[9],[10].

En 1917, il publie la chanson bilingue La petite Gilberte de Courgenay[11]. Ce chant, dont les couplets sont en allemand et les refrains en français, fait l'éloge de Gilberte Schneider-Montavon, serveuse à l'hôtel de la Gare de Courgenay[12]. Cette chanson connait rapidement une immense popularité dans l'armée suisse, à tel point que l’histoire de Gilberte de Courgenay devient un mythe patriotique[13],[14]. Lors de la Seconde Guerre mondiale celui-ci sera l'objet d'un roman, d'une pièce de théâtre[15], puis de deux films : Marguerite et les soldats en 1941[16], puis Gilberte de Courgenay en 1942[17].

Il effectue une tournée en 1922 aux États-Unis auprès des nombreux Suisses qui y sont installés. Après un début à New York[18], il passe à New Glarus[19] où de nombreuses personnes parlent encore le suisse allemand[2]. Il revient de sa tournée avec de nombreuses chansons conservées par les Suisses de l'étranger, notamment le Heimwehlied[20].

Ethnomusicologue

modifier

Dans l'entre-deux guerre, il délaisse petit à petit son rôle de chanteur populaire pour s’investir plus pleinement dans ses recherches ethnomusicologique[2].

Il collecte de très nombreuses chansons dans toutes les langues et patois de Suisse ainsi que des airs instrumentaux. Pour cela, il apprend l'italien et le romanche. Dans les montagnes, il se déplace à pied, transportant sur son dos un phonographe Edison[2]. En suisse romande, et notamment dans le Val d'Illiez et le val d'Anniviers dans lesquels il travaille près d'une année, il suit les traces du folkloriste suisse Arthur Rossat et retrouve certains de ses informateurs, qu'il enregistre[21]. Il en invitera plusieurs chez lui à Zumikon pour poursuivre le travail sur les chansons[2].

Il a pour ambition de « [...] sauver la chanson populaire suisse, surtout la chanson romande, dont la tradition orale est beaucoup plus riche et plus variée que celle de la Suisse alémanique. »[22] Il refuse de publier ses collectes car « lorsque les airs seront imprimés, le peuple ne les chantera plus »[22] mais les déposes aux archives de la Société suisse des Traditions populaires. Il collabore avec cette même société, dans les revues de laquelle il publie entre 1931 et 1938 plusieurs longs articles ethnomusicologiques en allemand et en italien[23].

In de Gandstrasse

Fin de vie

modifier

Durant la Seconde Guerre mondiale, dans le contexte de la défense spirituelle, il reprend ses tournées après des soldats et publie pour eux de nouveaux recueils de chants[2].

Il meurt de maladie le à Zumikon[2]. Une fontaine et une rue de ce village portent son nom[2],[24],[25].

Publications

modifier

Ouvrages

modifier
  • Schwyzerfähnli : Ernste und heitere Kriegs-, Soldaten- und Volkslieder der Schweizer., t. I et II, Bienne, Berne et Zurich, Ernst Kuhn Éditeur, 1915-1917.
  • Vieilles chansons populaires et militaires de la Suisse romande et italienne, t. I, II et III, Bienne, Berne et Zurich, Ernst Kuhn Éditeur, 1916, 1917 et 1922.
  • 35 Jäger-Lieder aus alter und neuer Zeit., Bienne, Berne et Zurich, Ernst Kuhn Éditeur, .
  • Alti Schwyzerlieder, Bienne, Berne et Zurich, Ernst Kuhn Éditeur, .

Articles

modifier
  • (de) Hanns in der Gand, « Pfeiferweisen aus dem Eifischtal (Val d'Anniviers) », Schweizerisches Archiv für Volkskunde = Archives suisses des traditions populaires, vol. 31, , p. 1-32 (lire en ligne)
  • (it) Hanns in der Gand, « Scelta di canzoni popolari ticinesi », Schweizerisches Archiv für Volkskunde = Archives suisses des traditions populaires, vol. 32, , p. 193-248 (lire en ligne)
  • (de) Hanns in der Gand, « Das Emmentalerlied : "Niene geit's so schön u luschtig, wie daheim im Ämmital" : ein Beitrag zu den Quellstudien schweizerischer Volkslieder », Schweizerisches Archiv für Volkskunde = Archives suisses des traditions populaires, vol. 35, , p. 193-198 (lire en ligne)
  • (de) Hanns in der Gand, « Volkstümliche Musikinstrumente der Schweiz : ein Beitrag zu ihrer Kenntnis », Schweizerisches Archiv für Volkskunde = Archives suisses des traditions populaires, vol. 36, 1937-1938, p. 73-120 (lire en ligne)

Enregistrements

modifier
  • Der Volksliedsänger und -forscher Hanns In der Gand. Enregistrements 1925-1934. Texte de présentation : Christine Burckhardt-Seebass. Microsillon Fata Morgana FM 84023, 1984.

Écouter en ligne

modifier
  • Gilberte de Courgenay[11]
  • Heimwehlied der Schweiz-Amerikaner[20]
  • Amusez vous fillettes[26]
  • Chant fribourgeois[27]

Bibliographie

modifier
  • (de) Roman Walker, HANNS IN DER GAND Soldatensänger, Liederfürst., Bâle, Zytglogge, , 200 p. (ISBN 978-3-7296-5141-8)

Notes et références

modifier
  1. Rolf Gisler-Jauch (trad. Laurent Auberson), « Hanns In der Gand » dans le Dictionnaire historique de la Suisse en ligne, version du
  2. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 « Chanteur ou folkloriste? Hanns in der Gand, un barde pour la Suisse | RTS », sur rts.ch, (consulté le )
  3. 1 2 Hans Stadler (trad. Pierre-G. Martin), « Krupski » dans le Dictionnaire historique de la Suisse en ligne, version du
  4. 1 2 Michele L. Straniero (trad. Georges Goormaghtigh), « Une collection de musique populaire suisse », Cahiers d'ethnomusicologie, vol. 3, , p. 254-259 (lire en ligne Accès libre)
  5. « Le concert à l'armée. », La Suisse, vol. 19, no 248, (lire en ligne Accès libre)
  6. 1 2 « Hanns in der Gand et ses chants populaires », La Suisse, no 307, (lire en ligne Accès libre)
  7. (de) Hanns In der Gand, Schwyzerfähnli : Ernste und heitere Kriegs-, Soldaten- und Volkslieder der Schweizer, t. I et II, Bienne, Berne et Zurich, Ernst Kuhn Éditeur, 1915-1917
  8. Hanns In der Gand, Vieilles chansons populaires et militaires de la Suisse romande et italienne, t. I, II et III, Bienne, Berne et Zurich, Ernst Kuhn Éditeur, 1916, 1917 et 1922
  9. (de) Hanns In der Gand, 35 Jäger-Lieder aus alter und neuer Zeit, Bienne, Berne et Zurich, Ernst Kuhn Éditeur,
  10. (de) Hanns In der Gand, Alti Schwyzerlieder, Bienne, Berne et Zurich, Ernst Kuhn Éditeur,
  11. 1 2 [vidéo] « Hanns in der Gand - Gilberte de Courgenay », chanté par Hanns in der Gand, enregistré en 1928, 2:56 min (consulté le )
  12. « La Petite Gilberte » Accès libre, sur Site de la mairie de Courgenay (consulté le )
  13. Beat Kuhn, « Gilberte: la seconde vie du mythe » Accès libre, sur nationalmuseum.ch, (consulté le )
  14. « Gilberte de Courgenay, deux guerres et une chanson - Le Temps », www.letemps.ch, (ISSN 1423-3967, lire en ligne, consulté le )
  15. « "Gilberte de Courgenay", un mythe renaît au Theater Neumarkt de Zurich | RTS », sur rts.ch, (consulté le )
  16. « S'Margritli und d'Soldate », sur www.telerama.fr (consulté le )
  17. « Gilberte de Courgenay », sur Cinémathèque Suisse (consulté le )
  18. « Hanns in der Gand in Swiss Songs. », New York Times, , p. 25 (lire en ligne Inscription nécessaire)
  19. « Hanns in der Gand », L’Illustré, , p. 2 (lire en ligne Accès libre)
  20. 1 2 [vidéo] « Heimwehlied der Schweiz-Amerikaner », interprété par Hans in der Gand (3:8 min) (consulté le )
  21. Isabelle Raboud-Schüle, Gabriela Schöb et Justin Winkler, « Six mille chansons de 1910 à 1994, questions et critères pour une éventuelle publication », ACTES DE LA CONFÉRENCE ANNUELLE SUR L’ACTIVITÉ SCIENTIFIQUE DU CENTRE D’ÉTUDES FRANCOPROVENÇALES « Le chant populaire », 21-22 décembre 1996, p. 15 (lire en ligne Accès libre)
  22. 1 2 « Le chansonnier Hans In der Gand », L'Illustré, , p. 1244 et 1248 (lire en ligne Accès libre)
  23. (de) Hanns In der Gand, « Pfeiferweisen aus dem Eifischtal (Val d'Anniviers) », Schweizerisches Archiv für Volkskunde = Archives suisses des traditions populaires, vol. 31, , p. 1-32 (lire en ligne Accès libre)
  24. [vidéo] « Meilensteine: Prof. Christoph Mörgeli über Volkslied-Virtuose Hanns In der Gand », DIE WELTWOCHE, , 21:40 min (consulté le )
  25. (de) Armée suisse, INVENTARIO ZÜRICH : Inventar der Armee- und Kriegsdenkmäler der Schweiz (lire en ligne Accès libre), p. 70
  26. [vidéo] « Amusez vous fillettes », Hanns in der Gand (3:19 min) (consulté le )
  27. [vidéo] « Chant fribourgeois », Hanns in der Gand (3:16 min) (consulté le )

Liens externes

modifier