Centre de mise à mort de Hartheim
Le centre de mise à mort de Hartheim (en allemand : NS-Tötungsanstalt Hartheim) était un lieu d'exécution dans le cadre du programme eugéniste nazi appelé Aktion T4. Il consistait à exterminer systématiquement par asphyxie les citoyens allemands présentant un déficit mental ou physique incurable. La législation nazie autorisait des stérilisations forcées dès et les euthanasies non consenties furent menées dans le plus grand secret. Selon les nazis, il s'agissait non seulement d'« hygiène raciale » mais aussi d'alléger l’État des charges économiques représentées par ces populations[1]. Les exécutions ont perduré après l'abrogation de la loi en 1942 et ont aussi frappé des Juifs, des communistes et d'autres profils que l'État considérait comme indésirables. Des prisonniers des camps de concentration, s'ils n'étaient plus en état de travailler, étaient eux aussi envoyés au centre de Hartheim, de même que ceux jugés perturbateurs.

Le centre de mise à mort se trouvait dans le château de Hartheim, sur le territoire de la municipalité d'Alkoven, près de Linz en Haute-Autriche. Le château était depuis 1898 une institution pour personnes handicapées gérée par une association qui fut expropriée par les nazis en 1939. Les travaux de rénovation, ainsi que l’intégration des installations de mise à mort prirent entre quatre et cinq semaines environ[2].
Il y eut plusieurs centres de mise à mort dont Hadamar et Sonnesstein appelé aussi « die Sonne » (le « soleil » [sic]).
Le personnel du centre
modifierChristian Wirth , surnommé « Christian le féroce », était responsable des centres de mises à mort du Troisième Reich[3]. Selon Franz Stangl, il s'agissait avant tout pour Wirth « d'en finir avec les bouches inutiles » et toutes réticences ou remarques du personnel étaient selon lui des « pleurnicheries qui lui donnaient envie de dégueuler[3] ».
Stangl dirigea le centre à son ouverture en 1940 : l'équipe comprenait le Dr Rudolf Lohnauer et son adjoint Georg Renno ainsi que quatorze infirmiers, pour la plupart envoyés des bureaux de l'Aktion T4 de Berlin ou de la région[3],[2]. Selon Schwanninger, « un seul d’entre eux, Franz Sitter, demanda son départ de l’institut de mise à mort, acceptant en contrepartie son enrôlement dans la Wehrmacht[2] ».
Certains furent condamnés lors du procès de Hartheim.
Statistiques du centre de Hartheim
modifierEn , lors de l'enquête des forces armées des États-Unis sur le centre d'exécution par le gaz, l'officier enquêteur Charles Dameron force un coffre-fort en acier où se trouvaient les statistiques de Hartheim. Cette plaquette de 39 pages, à usage interne dans le cadre du programme Aktion T4, recensait les statistiques mensuelles d'exécution des patients physiquement et mentalement handicapés (que le document évoque sous le terme de « désinfection ») dans les six centres de mise à mort sur le territoire du Troisième Reich[4]. En 1968 et 1970, un ancien employé, entendu en tant que témoin, révèle qu'il a dû compiler les données fin 1942[5]. Aux statistiques de Hartheim était jointe une page de calcul selon laquelle la « désinfection » de 70 273 personnes, présentant une espérance de vie de 10 ans, avait économisé une quantité de nourriture équivalant à 141 775 573,80 Reichsmarks[6].
Victimes lors de la première phase d'extermination à Hartheim
modifierD'après les statistiques de Hartheim, 18 269 personnes ont été exécutées dans les chambres à gaz du château sur la période de 16 mois entre et le [7] :
| 1940 | 1941 | Total des victimes | ||||||||||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Mai | Juin | Juil | Août | Sept | Oct | Nov | Déc | Jan | Fév | Mars | Avril | Mai | Juin | Juil | Août | |
| 633 | 982 | 1,449 | 1,740 | 1,123 | 1,400 | 1,396 | 947 | 943 | 1,178 | 974 | 1,123 | 1,106 | 1,364 | 735 | 1,176 | 18,269 |
Ces statistiques portent seulement sur la première phrase du programme Aktion T4, à laquelle Adolf Hitler a mis fin le en raison des protestations de l'église catholique romaine et de la pression de l'opinion publique.
Au total, certaines estimations veulent que 30 000 personnes aient été tuées à Hartheim, dont les personnes malades et handicapées ainsi que des détenus de camps de concentration. Les prisonniers étaient asphyxiés par intoxication au monoxyde de carbone.
Programme 14 f13 de « traitement spécial »
modifierTrois jours seulement après la fin officielle des opérations de l'Aktion T4, un camion est arrivé à Hartheim, transportant 70 détenus juifs du camp de concentration de Mauthausen qui ont été exécutés au château[8]. Hartheim a atteint une notoriété particulière non seulement parce qu'il détenait le record des exécutions de malades mais aussi en tant que participant à l'Aktion 14f13 : c'est à Hartheim que sont assassinés la plupart des prisonniers de camps de concentration ; selon les estimations, les victimes s'élèvent à 12 000[9].
Les détenus de Mauthausen, s'ils n'étaient plus capables de travailler (notamment dans les carrières) et ceux qui étaient indésirables sur le plan politique étaient envoyés à Hartheim, où ils étaient exécutés. Dans les documents officiels, ces transferts étaient maquillés sous le nom de « permission récréative ». Dans la catégorie « malades » étaient enregistrés les « Germanophobes », les « communistes », les « fanatiques polonais ». À partir de 1944, les prisonniers n'étaient plus sélectionnés par des médecins dans le cadre du programme Aktion T4 : l'objectif consistait simplement à dégager rapidement de l'espace au camp de Mauthausen[10]. D'autres convois provenaient de Gusen et vraisemblablement de Ravensbruck en 1944, composés de détenues qui, souvent, étaient atteintes de tuberculose ou considérées comme mentalement déficientes[11].
Victimes
modifierVictimes notables
modifier- Franz Haindl (1879-1941), ancien député au Reichstag
- Bernhard Heinzmann (1903–1942), prêtre catholique allemand
- Friedrich Karas (de) (1895–1942), prêtre catholique autrichien
- Jan Maria Michał Kowalski (en) (1871–1942)
- Ida Maly (1894–1941), artiste autrichienne
- Werner Sylten (de) (1893–1942), théologien protestant
- Marie Caroline de Saxe-Cobourg-Gotha (1899-1941)[12],[13]
- Hilde Ephraim (1905-1940), membre du Parti socialiste ouvrier d'Allemagne
Membres du clergé
modifierDes prêtres ont été exécutés : 310 Polonais, 7 Allemands, 6 Tchèques, 4 Luxembourgeois, 3 Néerlandais et 2 Belges. Beaucoup d'entre eux proviennent du Block des prêtres du camp de concentration de Dachau[14].
Notes et références
modifier- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Hartheim Euthanasia Centre » (voir la liste des auteurs).
- ↑ Johann Chapoutot, Christian Ingrao et Nicolas Patin, Le monde nazi, 1919-1945, Paris, Tallandier, , 629 p. (ISBN 979-10-210-4580-4), p. 448.
- 1 2 3 Florian Schwanninger, « Le château de Hartheim et le « Traitement spécial 14f13 » », Revue d’Histoire de la Shoah, vol. 199, no 2, , p. 313–350 (ISSN 2111-885X, DOI 10.3917/rhsho.199.0313, lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 Gitta Sereny et Colette Audry, Au fond des ténèbres: de l'euthanasie à l'assassinat de masse, un examen de conscience, Denoël, coll. « Médiations », (ISBN 978-2-207-24150-9), p.58
- ↑ Page from the Hartheim Statistics « https://web.archive.org/web/20131006190917/http://en.mauthausen-memorial.at/db/admin/de/get_document.php?id=60 »(Archive.org • Wikiwix • Google • Que faire ?), (accessed on 22 November 2010)
- ↑ Zur Fundgeschichte siehe: Klee: Euthanasie im NS-Staat, p. 478 and note 23. For the location of the originals see also: Friedlander: Der Weg zum NS-Genozid, p. 518 f. in note 99.
- ↑ Klee: Euthanasie im NS-Staat, p. 24.
- ↑ Klee: Dokumente zur Euthanasie, p. 232 f.
- ↑ Klee: Euthanasie“ im Dritten Reich, p. 266.
- ↑ Klee: Euthanasie im Dritten Reich, p. 290.
- ↑ Klee: Euthanasie im Dritten Reich, p. 292.
- ↑ (en) Sarah Helm, If This Is A Woman : Inside Ravensbrück: Hitler's Concentration Camp for Women, (ISBN 978-0-7481-1243-2, lire en ligne), p. 453-455.
- ↑ Olivier Defrance et Joseph van Loon, « Philipp Josias de Saxe-Cobourg et Gotha, un cousin méconnu de nos rois », Museum Dynasticum, vol. XXX, no 1, , p. 5-21 (ISSN 0777-0936, lire en ligne, consulté le ).
- ↑ Olivier Defrance et Joseph van Loon, « The Last Kohary - The life of Philipp Josias of Saxe-Coburg and Gotha », Royalty Digest Quarterly, no 4, , p. 1-12 (ISSN 1653-5219).
- ↑ Stanislav Zámečník, Comité International de Dachau (ed.): Das war Dachau. Fischer-Taschenbücher, Vol. 17228, Die Zeit des Nationalsozialismus. S. Fischer, Frankfurt am Main 2007, (ISBN 3-596-17228-4), S. 219–222.
Annexes
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: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
Bibliographie
modifier- Henry Friedlander (en), Johanna Friedmann (trans.): Der Weg zum NS-Genozid. Von der Euthanasie zur Endlösung. Berlin-Verlag, Berlin 1997, (ISBN 3-8270-0265-6). – Inhaltsverzeichnis online (pdf).
- Heinz Eberhard Gabriel (ed.), Wolfgang Neugebauer (ed.): Vorreiter der Vernichtung? Von der Zwangssterilisierung zur Ermordung. Zur Geschichte der NS-Euthanasie in Wien, Vol. 2. Böhlau, Vienna, 2002, (ISBN 3-205-99325-X). – contents online (pdf).
- Mireille Horsinga-Renno, Martin Bauer (trans.): Der Arzt von Hartheim: Wie ich die Wahrheit über die Nazi-Vergangenheit meines Onkels herausfand. rororo paperback. Rowohlt, Reinbek bei Hamburg, 2008, (ISBN 978-3-499-62307-3). – text online.
- Brigitte Kepplinger: Die Tötungsanstalt Hartheim 1940–1945. 21 pages. o. J., o. O. – full text online (pdf).
- Brigitte Kepplinger (ed.), Gerhart Marckhgott (ed.), Hartmut Reese (ed.): Tötungsanstalt Hartheim. 2nd expanded edition. Oberösterreich in der Zeit des Nationalsozialismus, Vol. 3. Oberösterreichisches Landesarchiv, Linz 2008, (ISBN 978-3-900313-89-0). – description of contents online (pdf).
- Ernst Klee (ed.): Dokumente zur Euthanasie. (Original ed. from 1985). Fischer-Taschenbücher, Vol. 4327. Fischer, Frankfurt am Main, 1997, (ISBN 3-596-24327-0)
. - Ernst Klee: Deutsche Medizin im Dritten Reich. Karrieren vor und nach 1945. S. Fischer, Frankfurt am Main 2001, (ISBN 3-10-039310-4). (Chapter 10: Österreich).
- Ernst Klee: Euthanasie im NS-Staat: die Vernichtung lebensunwerten Lebens. unabridged edition, 12th ed. Fischer-Taschenbücher, Vol. 4326. S. Fischer, Frankfurt am Main, 2009, (ISBN 3-596-24326-2)
. - Ernst Klee: Euthanasie im Dritten Reich. Die Vernichtung lebensunwerten Lebens. fully reworked edition. Fischer-Taschenbücher, Vol. 18674, Die Zeit des Nationalsozialismus. Fischer, Frankfurt am Main, 2010, (ISBN 978-3-596-18674-7). – Inhaltstext online. (formerly under the title: Euthanasie im NS-Staat)
. - Walter Kohl: Die Pyramiden von Hartheim. Euthanasie in Oberösterreich 1940 bis 1945. Edition Geschichte der Heimat. Steinmaßl, Grünbach, 1997, (ISBN 3-900943-51-6). – Inhaltsverzeichnis online (pdf).
- Walter Kohl: "Ich fühle mich nicht schuldig". Georg Renno, Euthanasiearzt. Paul-Zsolnay-Verlag, Vienna, 2000, (ISBN 3-552-04973-8).
- Kurt Leininger: Verordnetes Sterben – verdrängte Erinnerungen. NS-Euthanasie in Schloss Hartheim. Verlagshaus der Ärzte, Vienna, 2006, (ISBN 978-3-901488-82-5).
- Tom Matzek: Das Mordschloss. Auf den Spuren von NS-Verbrechen in Schloss Hartheim. 1. Auflage. Kremayr & Scheriau, Vienna, 2002, (ISBN 3-218-00710-0). (Description of contents).
- Johannes Neuhauser (ed.): Hartheim – wohin unbekannt. Briefe & Dokumente. Publication P No 1 – Bibliothek der Provinz. Bibliothek der Provinz, Weitra, 1992, (ISBN 3-900878-47-1).
- Franz Rieger: Schattenschweigen oder Hartheim. Roman. (Zeitkritischer Roman). Styria, Graz (u.a.) 1985, (ISBN 3-222-11641-5). (Ausgabe 2002: (ISBN 3-85252-496-2)).
- Jean-Marie Winkler, Gazage de concentrationnaires au château de Hartheim. L'action 14f13 en Autriche annexée. Nouvelles recherches sur la comptabilité de la mort, éditions Tirésias - Michel Reynaud, Paris, 2010 (ISBN 9782915293616)
Liens externes
modifier- Online presence of the Schloss Hartheim memorial site
- Mühldorf History Society – Information on the residents of the Ecksberg Handicapped Centre, who were executed at Hartheim.
- Procès des responsables nazis de meurtres par euthanasie