Henchir Tarlist
Henchir Tarlist est un site archéologique antique de Numidie, situé dans la localité de Sidi Khallef, dans la commune d'Aïn Azel, dans la wilaya de Sétif, sur les hauts plateaux de l'est de l'Algérie. L'agglomération antique, établie sur la route reliant Zaraï à Diana Veteranorum et Lamasba, comprenait plusieurs édifices chrétiens. Parmi ceux-ci figurent une basilique et une chapelle décrites par Stéphane Gsell, puis une basilique fouillée en 1937 par Michel Labrousse.
| Henchir Tarlist Henchir Terlist ; Sidi Khallef | ||
| Localisation | ||
|---|---|---|
| Pays | ||
| Aïn Azel (Wilaya de Sétif) | ||
| Type | Site archéologique | |
| Coordonnées | 35° 49′ 04″ nord, 5° 30′ 40″ est | |
| Histoire | ||
| Culture | Christianisme antique | |
| Antiquité tardive | ||
| Géolocalisation sur la carte : Algérie
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Localisation
modifierLes ruines de Tarlist se trouvent sur les hauts plateaux de l'ancien département de Constantine, dans le pays des Ouled-Sellem, à environ 15 kilomètres à l'est d'Aïn Azel (dénommée Ampère pendant la colonisation française). Le site se situe à proximité du marabout de Sidi Khallef et relevait autrefois du douar de Beidha Bordj, dépendant de la commune mixte des Eulmas[1].
L'agglomération antique était implantée sur le rebord d'un plateau prolongeant vers le nord le Djebel-Fourhal et sur les terrasses descendant jusqu'au ravin de l'oued Tarlist. Michel Labrousse estime sa superficie à environ 10 à 12 hectares[1].
Tarlist appartenait à la Numidie et se trouvait sur une voie antique reliant Zaraï à Diana Veteranorum et à Lamasba, par le col de Tifélouine. Labrousse renvoie, pour cette voie, aux travaux de Gsell et aux inscriptions du Corpus Inscriptionum Latinarum[1].
Stéphane Gsell répertorie le site dans son Atlas archéologique de l'Algérie, sur la feuille 26 consacrée à Bou-Taleb, sous le numéro 71. L'inventaire de Fatima Zahra Boughanem identifie à cet emplacement une première église aux coordonnées 35°48′08″ N et 5°43′07″ E.[2],[3].
Historique
modifierLe site est connu des recherches archéologiques antérieures aux fouilles de 1937. Gsell en donne une description dans ses Les Monuments antiques de l'Algérie, où il distingue deux édifices chrétiens : une église et une chapelle[4].
Dans l'Atlas archéologique de l'Algérie, le site est également cartographié sous la référence « 71 » de la feuille 26. Labrousse reprend cette référence dans son étude consacrée à Tarlist et précise que les ruines étaient désignées sur la carte d'état-major sous le nom du marabout de Sidi-Krelif, qu'il corrige en Sidi-Khallef[2],[1].
En 1937, Michel Labrousse entreprend des fouilles dans la basilique. Ses recherches sont réalisées avec le soutien de Louis Leschi, alors directeur des Antiquités de l'Algérie, et donnent lieu à la publication, en 1938, de l'étude « Basilique et reliquaire d'Henchir-Tarlist (Algérie) » dans les Mélanges d'archéologie et d'histoire[1].
Des notes de travail consacrées à Zaraï et Henchir Tarlist, datées de 1937, sont également conservées dans le fonds Michel Labrousse de la bibliothèque du Musée Saint-Raymond à Toulouse[5].
L'ouvrage d'André Berthier, Fernand Logeart et Maurice Martin, Les vestiges du christianisme antique dans la Numidie centrale, publié en 1943, reprend Henchir Tarlist dans son étude des monuments chrétiens de la Numidie centrale[6].
Éléments du site
modifierLa basilique
modifierStéphane Gsell décrit une première église, non encore fouillée à son époque, dont les murs ne dépassaient guère le niveau du sol. Elle mesurait environ 36,85 m de longueur sur 15,66 m de largeur, hors atrium. Celui-ci, situé devant la façade, atteignait 13,90 m de longueur et avait la même largeur que la basilique ; Gsell n'y distinguait pas de portiques[4].
L'église présentait un plan rectangulaire terminé par une abside semi-circulaire. Une seule porte occupait le milieu de la façade. L'espace intérieur devait être divisé en trois vaisseaux par deux colonnades, dont aucun élément n'était encore en place, bien que plusieurs fragments fussent visibles dans les ruines[4].
Pour l'aménagement de l'abside, Gsell envisage deux possibilités : soit un mur transversal fermant le presbyterium et percé de passages vers la nef et les collatéraux, soit une rangée de colonnes disposées en demi-cercle, formant une galerie autour d'un espace central réservé au clergé. Il estimait que seules des fouilles permettraient de trancher entre ces hypothèses[4].
Les fouilles menées par Labrousse en 1937 ont permis de préciser le plan de l'édifice. Il donne une longueur d'environ 36 m et une largeur de 14,6 m pour la basilique, dimensions auxquelles s'ajoute l'atrium, portant la longueur totale à environ 54 m[1],[3].
Les différences entre les dimensions relevées par Gsell et celles de Labrousse tiennent notamment aux modalités de mesure : Boughanem considère les mesures de Gsell comme probablement extérieures et celles de Labrousse comme probablement intérieures[3].
Anne Michel inclut Henchir Tarlist parmi les églises de Numidie pour lesquelles les données disponibles permettent d'envisager une existence au au temps de saint Augustin, entre l'Antiquité tardive et la première moitié du Ve siècle[7].
La chapelle
modifierStéphane Gsell signale une seconde construction située environ 300 m au nord-est de la basilique. Il l'identifie comme une chapelle, alors non fouillée et mal conservée. Elle mesurait environ 18 m de longueur sur 13,05 m de largeur[4].
Une porte s'ouvrait sur la façade. Deux colonnades séparaient les trois vaisseaux et reposaient sur des bases de type attique à socle élevé. L'abside, dont le mur était courbe à l'intérieur comme à l'extérieur, ne dépassait pas le rectangle général de l'édifice. Elle était flanquée de deux sacristies, plus élevées que le reste de la chapelle[4].
L'inventaire de Boughanem reprend cette seconde église comme une construction distincte, non fouillée, située aux environs de l'église principale[3].
Découvertes
modifierLe reliquaire
modifierLes fouilles de Labrousse ont mis au jour dans la basilique un dépôt de reliques. Le reliquaire consistait en une cuve de pierre mesurant environ 0,95 m sur 0,56 m, pour une profondeur de 0,31 m. Il était placé sous le niveau du pavement du presbyterium et recouvert d'une dalle de plus de deux mètres de longueur[7],[1].
Le couvercle portait une inscription peinte dont les caractères ont été attribués, sur des critères paléographiques, à la seconde moitié du VIe siècle. Le texte mentionnait douze martyrs, parmi lesquels plusieurs saints orientaux dont le culte s'était diffusé en Afrique dans le contexte de la reconquête byzantine[7].
La datation de cette inscription conduit à distinguer le dépôt reliquaire de la phase initiale de construction de la basilique. Anne Michel considère en effet le dépôt de reliques de Henchir Tarlist comme tardif[7].
Les sépultures
modifierLa basilique comportait plusieurs sépultures, notamment dans le secteur du chœur. Deux tombes étaient disposées perpendiculairement à l'axe de l'église, au centre du chœur, à environ 30 cm sous le niveau du pavement. Elles étaient associées à un dispositif interprété comme un possible ciborium. Une dalle mesurant environ 2,10 m sur 1,10 m marquait l'emplacement présumé de l'autel[7],[1].
Immédiatement derrière cet ensemble se trouvait une construction composée de quatre colonnes reliées par de petits murs, disposée autour d'un massif couvrant une tombe profonde d'environ 1,20 m. Labrousse interprétait cet aménagement comme un autel tardif. Isabelle Gui proposait au contraire d'y voir un autel devant lequel auraient été regroupées des sépultures privilégiées sous un ciborium. Anne Michel estime que les données disponibles ne permettent pas de trancher définitivement entre ces interprétations[7],[1],[8],[9]
Une inscription funéraire, « memoria Paterini eips », était gravée sur le bloc de piédestal d'une colonne du chœur. Sa graphie a été attribuée à la fin du IVe siècle ou au début du Ve siècle. Labrousse l'avait interprétée comme une inscription relative à un évêque, tandis qu'Isabelle Gui l'a mise en relation avec l'une des sépultures situées sous le dispositif à colonnes[7].
D'autres tombes étaient aménagées contre les murs de l'église et dans le secteur du chœur. Anne Michel signale notamment une chambre funéraire d'environ 1,10 m sur 2 m et profonde de 1,50 m, ainsi que des tombes ayant livré un mobilier funéraire relativement abondant[7].
Ces aménagements ont été rapprochés des pratiques d'inhumation privilégiée dans les édifices chrétiens. L'hypothèse d'une tombe sainte ou martyriale a également été envisagée, mais elle ne peut être considérée comme établie avec certitude. Les sépultures de Henchir Tarlist peuvent ainsi être replacées dans le phénomène plus large des tombes privilégiées attesté en Maurétanie Césarienne, en Maurétanie Sitifienne et en Numidie[7],[10].
Chronologie et interprétation
modifierLes données disponibles montrent plusieurs phases dans l'histoire de l'ensemble chrétien de Henchir Tarlist. La basilique appartient à un groupe d'édifices de Numidie susceptibles d'avoir fonctionné durant la période augustinienne. Le dépôt reliquaire est en revanche postérieur et peut être rattaché à la seconde moitié du VIe siècle[7].
L'organisation du chœur et la présence de sépultures sous ou à proximité de dispositifs à colonnes témoignent de l'importance accordée aux inhumations privilégiées dans l'espace liturgique. Toutefois, l'interprétation de ces tombes comme sépultures de martyrs demeure hypothétique, les données pouvant également correspondre à des inhumations privilégiées de personnes bénéficiant d'une place particulière dans la communauté chrétienne[7],[10].
La basilique a ainsi connu une évolution de ses fonctions funéraires et cultuelles. À un premier état caractérisé par l'organisation liturgique et les sépultures du chœur s'ajoute, à une période plus tardive, un dépôt de reliques mentionnant plusieurs martyrs, dont certains saints orientaux[7].
Références
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 Michel Labrousse, « Basilique et reliquaire d'Henchir-Tarlist (Algérie) », Mélanges d'archéologie et d'histoire, vol. 55, , p. 224-258 (DOI 10.3406/mefr.1938.7288, lire en ligne)
- 1 2 Stéphane Gsell, Atlas archéologique de l'Algérie, Paris, (lire en ligne), chap. 71
- 1 2 3 4 Fatima Zahra Boughanem, L'héritage paléochrétien en Afrique du Nord : cas des monuments de la région Est de l'Algérie (Thèse de doctorat année 2024), Université Paris Nanterre, , PDF (lire en ligne)
- 1 2 3 4 5 6 Stéphane Gsell, Les Monuments antiques de l'Algérie, vol. II, Paris, Albert Fontemoing, , 293-294 p. (lire en ligne)
- ↑ « Notes sur Zaraï et Henchir-Tarlist (Algérie) », sur Catalogue collectif de France, Bibliothèque nationale de France,
- ↑ André Berthier, Fernand Logeart et Maurice Martin, Les vestiges du christianisme antique dans la Numidie centrale, Maison-Carrée, Imprimerie polyglotte africaine, , 231 p. (lire en ligne)
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 Anne Michel (dir.), « Aspects du culte dans les églises de Numidie au temps d’Augustin : un état de la question », Saint Augustin, la Numidie et la société de son temps, Bordeaux, Ausonius, no 14, , p. 67-108 (DOI 10.4000/books.ausonius.8103, lire en ligne)
- ↑ M. Debergh-Rassart, « M. M. Gui (Isabelle), Duval (Noël) et Caillet (Jean-Pierre). Basiliques chrétiennes d'Afrique du Nord (Inventaire et Typologie) », Revue belge de philologie et d'histoire, vol. 74, no 1, , p. 246-247 (lire en ligne)
- ↑ Noël Duval, Jean-Pierre Caillet, Pascale Chevalier et Alexandra Lorquin, Basiliques chrétiennes d'Afrique du Nord : Inventaire de l'Algérie. 2. Illustrations, Paris, Institut d'Études Augustiniennes, coll. « Collection des Études Augustiniennes. Série Antiquité », (lire en ligne), chap. 130
- 1 2 Paul-Albert Février, « Tombes privilégiées en Maurétanie et Numidie », La Méditerranée de Paul-Albert Février, Rome, École française de Rome, no 225, , p. 923-933 (lire en ligne)