Henchir Tebrouri

site archéologique antique en Algérie

Henchir Tebrouri est un site archéologique antique de Numidie situé dans la wilaya de Khenchela, en Algérie. Il se trouve dans le secteur d'El Mahmal, au nord-est de Khenchela. Le site comprend notamment les vestiges d'une fortification, un point d'eau et un cimetière comportant des éléments funéraires antiques.

Henchir Tebrouri
Henchir Tabrouri ; Henchir Tabroury ; Henchir al-Tabrouri
Localisation
Pays Drapeau de l'Algérie Algérie
El Mahmal (Wilaya de Khenchela)
Type Site archéologique
Coordonnées 35° 24′ 28″ nord, 7° 17′ 42″ est
Histoire
Culture Rome antique ; Empire byzantin
Antiquité ; Antiquité tardive
Géolocalisation sur la carte : Algérie
(Voir situation sur carte : Algérie)
Henchir Tebrouri
Henchir Tebrouri

Localisation

modifier

Henchir Tebrouri se trouve au nord-est de Khenchela, dans le secteur de la plaine de la Sbikha, à proximité du débouché d'El Fedj. Émile Masqueray, qui visita le site en 1876, le situe « au Nord-Est de Khenchela, au bord de la Sbîkha, près du débouché d'El Fedj ». Il décrit le site comme comprenant deux parties : un fort et un cimetière[1].

La documentation patrimoniale contemporaine situe également le site dans la commune d'El Mahmal, dans la daïra d'Ouled Rechache. La Carte du patrimoine culturel algérien y recense le site archéologique sous le nom de « HANCHIR AL TABROURI »[2],[3].

La position de Henchir Tebrouri est également attestée par les études consacrées aux voies antiques de la région. Masqueray indique qu'une voie passant entre le Tafrent et le Chettaya débouchait sur Henchir Tebrouri, puis desservait la partie nord-est de la plaine de la Sbikha jusqu'à Ksar el-Kelb[4]. Diehl précise de son côté que le col d'El-Fedj, associé à Henchir Tebrouri, était traversé par l'une des routes reliant Mascula à Theveste[5],[6].

Histoire des fouilles

modifier

Les premières données publiées relatives au site sont notamment liées aux travaux d'Émile Dewulf. Son étude sur les inscriptions découvertes dans le cercle d'Aïn Beïda fut publiée en 1867 dans le Recueil des notices et mémoires de la Société archéologique de la province de Constantine. Stéphane Gsell renvoie à cette publication pour Henchir Tebrouri[7].

Émile Masqueray visita Henchir Tebrouri en 1876 au cours de ses recherches dans l'Aurès et ses dépendances. La documentation relative à sa mission indique qu'à la fin de décembre 1876 il se dirigea vers le nord-est, en direction de Tébessa, entre le versant oriental du Djebel Tafrent et le versant occidental du Mahmel, et qu'il releva plusieurs ruines, parmi lesquelles Tebrouri[8].

Masqueray publia ensuite les inscriptions du site dans son étude intitulée « Inscriptions inédites de Imetterchou, Henchir Tebrouri, Henchir Bel-Qitan, Qçar El Kelb et Bou Tebina, Riren, Madaure, Saguia de Sidi Youcef, Kociba, Khamissa, Henchir Cherarag, Taourga, Ouad Trouch, Morsot, Cedia, Ouad Abdi », parue en 1882 dans le Bulletin de correspondance africaine[1]. Dans la notice consacrée à Henchir Tebrouri, il précise qu'il n'avait vu, lors de sa visite de 1876, que l'une des inscriptions funéraires déjà connue et la borne milliaire. Il donne également une nouvelle lecture de l'inscription funéraire alors enregistrée sous le numéro CIL 2317[1].

Masqueray décrit ensuite les vestiges de la fortification et du cimetière. Il indique que le fort était alors « tout à fait ruiné » et qu'il aurait pu fournir des découvertes intéressantes s'il avait été fouillé. Il signale également plusieurs inscriptions qu'il considère comme inédites. Dans le mur oriental du fort, il relève un fragment d'inscription très mutilé, tandis que du côté nord il découvre un fragment de dédicace impériale gravé sur une dalle de pierre blanche. Dans le cimetière, il dégage plusieurs inscriptions funéraires, qu'il numérote de 246 à 250[1].

Les recherches consacrées aux voies antiques de la région ont ensuite mentionné Henchir Tebrouri dans le réseau reliant les établissements de l'est de la Numidie. Une publication de 1893 indique que la voie de Lambèse à Theveste, passant par Thamugadi et Mascula, passait entre le Tafrent et le Chettaya, débouchait sur Henchir Tebrouri et se dirigeait ensuite vers Ksar-El-Kelb à travers la partie nord-est de la plaine de Sbikha[5].

Charles Diehl mentionne également Henchir Tebrouri dans son rapport sur ses missions archéologiques en Afrique du Nord. Il décrit la « grande redoute d'Henchir Tebrouri » comme dominant le col d'El-Fedj, par lequel passait une des routes de Mascula à Theveste. Il distingue ce fort des autres ouvrages de la région par ses dimensions et envisage, avec prudence, une fonction stratégique pour celui-ci[6],[9].

Stéphane Gsell reprend ensuite Henchir Tebrouri dans l'Atlas archéologique de l'Algérie, publié en 1911. Dans la notice N° 145 de la feuille 28, il signale des ruines assez étendues, un fort de type byzantin situé au-dessus d'une source et un cimetière. Il renvoie notamment aux travaux de Dewulf et de Masqueray ainsi qu'au Corpus Inscriptionum Latinarum pour les inscriptions découvertes sur le site[10].

Éléments du site

modifier

Le principal ensemble architectural est constitué par une fortification. Masqueray distingue, lors de sa visite, un fort « probablement byzantin », alors fortement ruiné. Il observe notamment des éléments remployés dans ses murs et y relève plusieurs fragments d'inscriptions. Dans le mur oriental, il signale une pierre très fruste portant autrefois une inscription de six lignes. Du côté nord, il découvre un fragment de dédicace impériale sur une dalle blanche. Ces deux documents sont publiés par lui comme inscriptions inédites[1]. Gsell décrit à son tour le monument comme un « fort de type byzantin » et le situe au-dessus d'une source[10].

Le site comprend également un point d'eau et un cimetière. La documentation patrimoniale contemporaine décrit deux parties principales : d'une part le fort, présenté comme byzantin, et d'autre part un puits et un cimetière comprenant des pierres funéraires. La même documentation renvoie aux travaux de Birebent sur les Aquae Romanae à propos de l'ancien puits situé au bord d'une route[2].

Le cimetière a livré plusieurs inscriptions funéraires. Masqueray indique que de belles pierres funéraires apparaissaient à fleur de sol et qu'il en a dégagé plusieurs. Les inscriptions 246 à 250 sont essentiellement des épitaphes comportant les formules funéraires habituelles, des noms de personnes décédées et, pour plusieurs d'entre elles, leur âge au décès. Certaines sont très fragmentaires et leur lecture demeure partielle dans la publication de Masqueray[1].

L'épigraphie de Henchir Tebrouri était déjà représentée dans le Corpus Inscriptionum Latinarum. Masqueray mentionne deux inscriptions funéraires, CIL 2316 et 2317, ainsi qu'une borne milliaire qu'il donne sous la référence CIL 10183. Il précise avoir personnellement vu en 1876 la seconde inscription funéraire et la borne milliaire[1]. Gsell, dans l'Atlas archéologique de l'Algérie, renvoie pour sa part aux CIL 2316-2317 et 17792-17800 et donne pour la borne militaire la référence CIL 10175 = 22281[10].

Protection

modifier

En 2018, la Direction de la culture de la wilaya de Khenchela avait constitué un dossier en vue de la classification de Henchir Tebrouri. Le dossier comprenait notamment des indications archéologiques, des photographies, une étude de la nature du terrain et une délimitation du site[3].

Le site archéologique de Henchir Tebrouri figure dans la liste des biens culturels protégés de la wilaya de Khenchela. Il est inscrit sur l'inventaire supplémentaire des biens culturels, par arrêté du wali N° 210 du 30 janvier 2019[11].

La protection du site demeure un enjeu signalé par les autorités culturelles. En 2023, Henchir Tebrouri figurait parmi cinq sites archéologiques de la wilaya ayant fait l'objet de fouilles illégales. La Direction de la culture et des arts de Khenchela a indiqué que des mesures avaient été prises en coordination avec les services de sécurité et les assemblées populaires communales concernées[12].

Références

modifier
  1. 1 2 3 4 5 6 7 Émile Masqueray, « Inscriptions inédites de Imetterchou, Henchir Tebrouri, Henchir Bel-Qitan, Qçar El Kelb et Bou Tebina, Riren, Madaure, Saguia de Sidi Youcef, Kociba, Khamissa, Henchir Cherarag, Taourga, Ouad Trouch, Morsot, Cedia, Ouad Abdi », Bulletin de correspondance africaine, vol. 1,‎ , p. 281-282 (lire en ligne).
  2. 1 2 « Le site archéologique « HANCHIR AL TABROURI » », Cartes Patrimoine Culturel Algérien, Direction de la culture de Khenchela (consulté le ).
  3. 1 2 « Khenchela : vers la classification de trois nouveaux sites archéologiques », sur Radio Algérienne, (consulté le ).
  4. ↑ Émile Masqueray, « Ruines anciennes de Khenchela (Mascula) à Besseriani (Ad Majores) », Revue africaine, vol. 22,‎ , p. 444-472 (lire en ligne [PDF]).
  5. 1 2 Auguste Vaissière, « Les Ouled-Rechaich », Revue africaine, vol. 37,‎ , p. 5-50 ; 136-150 (lire en ligne).
  6. 1 2 Charles Diehl, Rapport sur deux missions archéologiques dans l'Afrique du Nord (avril-juin 1892 et mars-mai 1893), Paris, Ernest Leroux, , 150 p. (lire en ligne).
  7. ↑ Émile Dewulf, « Inscriptions trouvées dans le cercle de Aïn Beida pendant l'année 1866 », Recueil des notices et mémoires de la Société archéologique de la province de Constantine, vol. 11,‎ , p. 209-240 (lire en ligne).
  8. ↑ Ouahmi Ould-Braham, « Mission scientifique de Masqueray dans l’Aurès et ses dépendances (1875-1878) », Études et Documents Berbères, no 17,‎ , p. 19-129 (lire en ligne).
  9. ↑ Charles Diehl, L'Afrique byzantine : histoire de la domination byzantine en Afrique (533-709), Paris, Ernest Leroux, , 222 p. (lire en ligne).
  10. 1 2 3 Stéphane Gsell, Atlas archéologique de l'Algérie, Alger ; Paris, A. Jourdan ; Fontemoing, (lire en ligne).
  11. ↑ « Liste générale des biens culturels protégés – Khenchela », Ministère de la Culture, Direction de la conservation et de la restauration du patrimoine culturel, (consulté le ).
  12. ↑ « Khenchela : 5 fouilles illégales sur des sites archéologiques en 2023 », DK News, (consulté le ).

Liens externes

modifier