Histoire de la diplomatie
L’histoire de la diplomatie est une discipline historiquement orientée sur l’étude des relations entre États dans une période de temps donnée. La diplomatie, qui vient du mot « diplôme » qui signifiait aux temps modernes, « acte juridique », est une négociation aboutissant à des actes planifiant et régulant les relations entre les États.
Origines de la diplomatie dans la culture européenne
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Antiquité
modifierJusqu'aux temps modernes (c'est-à-dire approximativement la Renaissance), la diplomatie telle qu’on la connait n'existait pas. Les émissaires envoyés par les différents États (cités grecques, tribus gauloises, Empire romain, empires orientaux, Empire carolingien et ses missi dominici, etc.) était la plupart du temps de simples messagers. Les ambassades existent depuis l'Antiquité, se maintiennent au Moyen Âge et peuvent avoir un pouvoir de négociation, mais ce ne sont pas des professionnels[1]
Moyen Âge
modifierAu Moyen Âge, les diplomates sont la plupart du temps de grands dignitaires -évêques, princes- et/ou des proches du roi. La plupart de ces envoyés ne réalisent qu'une ou deux ambassades au cours de leur vie[2]. Les ambassades permanentes font leur apparition en Italie au XVe siècle[1].
Il n'y a pas de cour de justice internationale au Moyen Âge. Toutefois, des princes en conflit peuvent soumettre leur différend à un tiers dans le cadre d'une procédure d'arbitrage. Beaucoup de ces procédures restent toutefois inabouties. A l'heure de la réforme grégorienne, le pape a tenté de s'imposer comme arbitre des conflits entre les princes européen. Les résultats de cette entreprise restent mitigés. Ainsi, lorsque Boniface VIII, dernier grand pape théocrate, propose un arbitrage entre Edouard Ier d'Angleterre et Philippe le Bel, ce dernier n'accepte la médiation de Boniface VIII uniquement comme personne privée (sans reconnaître une prééminence pontificale)[3].
Le latin domaine au Moyen Âge comme langue de la diplomatie. En Angleterre, la plupart des lettres scellées du grand sceau sont écrites en latin, tandis que le français est en usage pour le sceau privé jusqu'au règne d'Henri VI[4]. Le latin est la langue commune de la Chrétienté et constitue une langue neutre. Toutefois le latin n'est pas compris par tous. En Angleterre, hormis les clercs, peu de monde manie le latin. La plupart des rois sont lettrés, mais ils maîtrisent davantage le français que latin[4]. La situation est semblable en France sous Philippe V, lorsque le roi envoie une mandat relatif à la croisade : en latin pour les clercs, en Français pour les laïcs. Lors des échanges diplomatiques internationaux, le français est couramment utilisé entre France et Angleterre, mais aussi dans les relations avec l'Empereur Adolphe de Nassau[4]. Les échanges entre les autres royaume se font en latin.
Émergence de la raison d’État
modifierSelon le diplomate américain de la guerre froide, Henry Kissinger, auteur de Diplomacy, le premier diplomate digne d'être connu est le cardinal de Richelieu (1586-1642), premier ministre du roi Louis XIII. C'est lui, en effet, qui a créé une notion inédite en matière de politique étrangère : la « raison d'État ». Ce principe consiste à privilégier la sûreté de l'État et du territoire (et ainsi, de facto de la population) par rapport aux autres priorités. L'application directe et, sûrement la plus représentative, de cette règle a eu lieu sous le « pseudo-règne » du cardinal. Alors que la France n'avait pas fini de panser les plaies terribles des guerres de Religion du XVIe siècle, un autre pays d'Europe, le Saint-Empire, était encore en plein chaos (l'empereur catholique luttait tant bien que mal contre des princes germaniques protestants). Dans le même temps, la situation internationale de la France était assez précaire dans la mesure où le royaume d'Espagne et le Saint-Empire étaient aux mains de la toute-puissante famille des Habsbourg. Prise en tenaille, la France craignait à chaque instant une double invasion par les Pyrénées et le Rhin. Afin de mettre fin à cette situation intenable qui ne permettait pas d'envisager un avenir stable, le rusé cardinal prit une décision allant à l'encontre même de son habit rouge : il ordonna que des moyens financiers, militaires et matériels soient fournis aux princes protestants germaniques afin de continuer à déstabiliser l'empereur Habsbourg, et, si possible, affaiblir durablement le pouvoir du Saint-Empire. Les ordres furent suivis et, malgré les récriminations que subit Richelieu – des anciens ligueurs français jusqu'à la Curie romaine – ce tour diplomatique permit à la France de sécuriser ses frontières est et sud-ouest (l'Espagne n'osant plus se montrer menaçante sans un allié fort pour l'appuyer). C'est cette suprématie française sur le continent qui permit, entre autres, à Louis XIV, d'étendre son royaume à l'est, jusqu'en Hollande. Dans le courant du XVIIe siècle, la règle de la « raison d'état » fut adoptée par tous les pays européens, ôtant à la France son avantage en politique étrangère.
En réalité, ce n'est pas Richelieu qui a inventé le concept de « raison d'État » en tant que tel. On le doit à deux auteurs italiens, Nicolas Machiavel dans le Prince (De Principatibus, 1513) et Giovanni Botero, De la raison d'État (Della Ragione del Stato, 1589). Machiavel ne cite jamais la « raison d'État », mais toute sa doctrine y correspond. Pour preuve, ce passage assez laconique du chapitre XV de son œuvre majeure : « Bien des gens ont imaginé des républiques et des principautés telles qu'on n'en a jamais vu ni connu. Mais à quoi servent ces imaginations ? Il y a si loin de la manière dont on vit à celle dont on devrait vivre, qu'en n'étudiant que cette dernière on apprend plutôt à se ruiner qu'à se conserver ; et celui qui veut en tout et partout se montrer homme de bien ne peut manquer de périr au milieu de tant de méchants ». L'homme d'État n'est donc pas l'homme de bien rêvé par nombre de philosophes mais en réalité un être rompu à la turpitude des évènements socio-politiques et n'hésitant pas à faire acte de cynisme le cas échéant.
L'avènement du système westphalien
modifierLes traités de Westphalie (ou paix de Westphalie), signés le , concluent simultanément deux séries de conflits en Europe. D'une part, la guerre de Trente Ans, un conflit majeur de l'Europe moderne qui a impliqué l'ensemble des puissances du continent dans le conflit entre le Saint-Empire romain germanique et ses États allemands protestants en rébellion ; d'autre part, la guerre de Quatre-Vingts Ans, opposant les Provinces-Unies révoltées à la monarchie espagnole.
Modifiant profondément les équilibres politiques et religieux en Europe et dans le Saint-Empire, ils sont aussi à la base du « système westphalien », expression utilisée a posteriori pour désigner le système international spécifique mis en place, de façon durable, par ces traités. Carl von Clausewitz, officier pendant les guerres napoléoniennes, évoquera dans une formule lapidaire le rôle de la diplomatie en ces termes : « La guerre est le prolongement de la politique par d'autres moyens », politique étant à comprendre dans le sens affaires internationales. Ainsi guerre et diplomatie ne sont pas forcément antinomiques dans l'esprit clausewitzien, mais plutôt complémentaires dès lors que l'objectif recherché a été fixé.
Rare femme dans un domaine « réservé » aux hommes, Zara Steiner publie en 1982 le Times Survey of Foreign Ministries of the World, « une entreprise savante majeure, impliquant des dizaines d'historiens »[5]. Ses deux volumes massifs et magistraux, The Lights That Failed (2005) et The Triumph of the Dark (2011), dans le cadre de l'Oxford History of Modern Europe, témoignages de la minutie et de l'érudition de leur auteur, sont des ouvrages de référence[6],[5].
Bibliographie
modifier- Stéphane Péquignot et Jean-Marie Moeglin, , coll. « Nouvelle Clio. L'histoire et ses problèmes », 2017
- Lucien Bély, L'art de la paix en Europe, 2007.
- (en) Keith Hamilton & Richard Langhorne, The practice of diplomacy : its evolution, theory and administration, New York, Routledge, 2011 (ISBN 978-0-4154-9764-0)
- (en) Henry Kissinger, Diplomacy, New York, Simon & Schuster, 1994 (ISBN 978-0-6716-5991-2)
- Henry Kissinger (trad. Marie-France de Paloméra), Diplomatie, Paris, Fayard, 1996 (ISBN 978-2-2135-9720-1)
- Nicole Bensacq-Tixier, Histoire des diplomates et consuls français en Chine (1840-1912)
- D. Fedele, Naissance de la diplomatie moderne (XIIIe – XVIIe siècles). L'ambassadeur au croisement du droit, de l'éthique et de la politique, Baden-Baden - Zürich/St. Gallen, Nomos - Dike Verlag, 2017 (ISBN 978-3-8487-4127-4)
Notes et références
modifier- 1 2 Stéphane Péquignot et Jean-Marie Moeglin, Diplomatie et "relations internationales" au Moyen Âge (IXe-XVe siècle), coll. « Nouvelle Clio. L'histoire et ses problèmes », (lire en ligne)
- ↑ Stéphane Péquignot, Au nom du roi: pratique diplomatique et pouvoir durant le règne de Jacques II d'Aragon, 1291-1327., vol. 42, coll. « Bibliothèque de la Casa de Velázquez », (lire en ligne)
- ↑ Jean Favier, Philippe le Bel, Paris, Fayard,
- 1 2 3 Pierre Chaplais, English diplomatic practice in the Middle Ages, (lire en ligne)
- 1 2 (en) « Zara Steiner obituary », sur the Guardian, (consulté le )
- ↑ (en-GB) Maya Jaggi, « George and his dragons », The Guardian, (ISSN 0261-3077, lire en ligne, consulté le )
