Historjá (2003–2007)

Historjá est une broderie monumentale de 24 mètres de long réalisée entre 2003 et 2007 par l’artiste sámie suédoise Britta Marakatt‑Labba, figure majeure de l’art contemporain sámien. L’œuvre, exécutée à l’aiguille sur lin, est aujourd’hui considérée comme l’un des plus importants panoramas visuels de l’histoire, de la mythologie et de la vie quotidienne des Sámis[1].

Elle est fréquemment comparée à la Tapisserie de Bayeux en raison de son format (39 cm de haut pour 2 345 cm de long), de son ambition narrative et de son inscription dans une longue tradition de récits brodés.

Description de l’œuvre

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Historjá se présente comme une frise narrative en continu qui peut être lue aussi bien de gauche à droite que de droite à gauche, un principe souligné par l’artiste elle-même. Elle combine :

  • mythes sámis, incluant des figures féminines fondatrices comme Madder-Akka, déesse de l’enfantement ;
  • épisodes historiques, parmi lesquels l’insurrection de Kautokeino de 1852, événement fondateur dans la lutte pour les droits sámis ;
  • scènes de la vie quotidienne : élevage de rennes, migrations saisonnières, pratiques artisanales et spirituelles ;
  • évocations de l’oppression étatique et des politiques d’assimilation ;
  • réflexions sur l’environnement et la fragilité de la nature menacée par l’exploitation industrielle.

L’artiste utilise un vocabulaire visuel d’une grande subtilité : les motifs sont souvent minimalistes, parfois réduits à quelques points de fil, mais s’organisent en une fresque dense où se mêlent paysages arctiques, silhouettes humaines, animaux et esprits.

Marakatt‑Labba inscrit son œuvre dans ce qu’elle nomme une « esthétique de la lenteur », où chaque point de broderie constitue un acte de mémoire et de réflexion. Pour elle, broder revient à « voyager dans le temps et l’espace », chaque point portant une charge d’expérience.

Réception et expositions

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L’œuvre a connu une large reconnaissance internationale :

  • Documenta 14 (Kassel et Athènes, 2017) : Historjá y a constitué un tournant dans la carrière de l’artiste, suscitant une visibilité mondiale.
  • Venice Biennale, 2022 : Marakatt‑Labba participe à l’exposition principale, consolidant son statut dans l’art contemporain.
  • Tournées muséales : l’œuvre a voyagé en Norvège, Suède, États‑Unis et Alaska, notamment présentée par le Nordnorsk Kunstmuseum dans l’exposition Sámi Stories (2014).
  • Expositions récentes :
    • Nasjonalmuseet, Oslo (2024) dans le cadre de la rétrospective Sylkvasse sting ;
    • KIN Museum, Kiruna (2024–2025) ;
    • Moderna Museet, Stockholm (2025) dans Where Each Stitch Breathes.

En 2025, le magazine ArtNews classe Historjá parmi les 100 œuvres les plus importantes du XXIᵉ siècle (35ᵉ position).

L’œuvre est généralement conservée à l’Université arctique de Norvège (UiT) à Tromsø, pour laquelle elle fut commandée par KORO, l’organisme national norvégien chargé de la programmation, de la production et de la mise en valeur de l’art dans l’espace public.

Interprétation et portée culturelle

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Historjá est largement perçue comme une archive visuelle sámie, une transcription textile d’une histoire en grande partie transmise oralement. Elle joue un rôle crucial dans la reconnaissance des récits autochtones en Scandinavie et dans les débats contemporains sur l’appropriation culturelle, les droits territoriaux, et la protection de l’environnement.

Le film documentaire Historjá – Stitches for Sápmi (2022)[2] , de Thomas Jackson, prend l’œuvre comme point de départ pour retracer le passé, les luttes et les défis contemporains du peuple sámien face au changement climatique et aux pressions extractivistes.

Bibliographie

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 (Consultable via la bibliothèque numérique UNESDOC, rechercher « Historjá » dans https://unesdoc.unesco.org)

Notes et références

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  1. « Historjá », sur Britta Marakatt-Labba Official Website (consulté le )
  2. (en) « Historjá – Stitches for Sápmi », sur Mer Film