Homme malade de l'Europe
L'expression « homme malade de l'Europe » est fréquemment utilisée pour désigner un pays d'Europe faisant face à de grandes difficultés, qu'il s'agisse de troubles politiques ou le plus souvent du plan économique.

Origine de l'expression
modifierCette formule a été utilisée pour la première fois pour désigner un pays qui ne faisait alors que partiellement partie du continent européen : l'Empire ottoman. Cette expression est attribuée à l'empereur de Russie, Nicolas Ier. Lors d'un entretien en 1853 avec l'ambassadeur britannique, Sir George Hamilton Seymour, il aurait désigné l'Empire ottoman comme « un homme malade, un homme très malade »[1]. La précision « de l'Europe » ne semble quant à elle pas avoir été utilisée par Nicolas Ier lui-même, mais figure dans un article du New York Times du pour désigner l'empire d'Autriche[2].
Usage
modifierL'expression désigne tour à tour différents pays :
- L'Empire ottoman avant la Première Guerre mondiale[réf. nécessaire] ;
- L'Autriche-Hongrie avant la Première Guerre mondiale[réf. nécessaire] ;
- La France de la Quatrième République[réf. nécessaire] ;
- Le Royaume-Uni dès les années 1960[3] ;
- L'Allemagne au début des années 2000[4] ;
- Le Portugal en 2007 en raison de son faible taux de croissance[5] ;
- La France en 2007 (dans un rapport sur la crise[Laquelle ?], Morgan Stanley la désigne comme étant le nouvel homme malade de l'Europe[6] ; l'expression est ensuite reprise dans les années 2010 par plusieurs médias, dont The Guardian[7],[8]) ;
- La Grèce à la suite de la crise de sa dette souveraine à partir de 2008[9] ;
- L'Italie en 2013 avec la baisse du pouvoir d'achat[10] ;
- La Finlande entre 2015 et 2016, en raison de la récession que le pays connaissait alors ;
- Le Royaume-Uni à la suite du vote conduisant au Brexit, en 2017.
Au Royaume-Uni
modifierL'expression « Homme malade de l'Europe » est utilisée dès la seconde partie des années 1960 en France pour qualifier le Royaume-Uni en évoquant un différentiel de croissance entre la France et l'Angleterre[3] après la perte du statut de monnaie de réserve par la livre en 1967[3], mais « en réalité, jamais au cours de son histoire la Grande Bretagne n'a connu une prospérité » égale à celle des Trente Glorieuses[3], avec une croissance moyenne de 2,5 %, le double de celle de l'âge d'or 1820-1870[3]. L'expression revient dans une enquête de Nicole Bernheim dans Le Monde fin 1973, après le premier choc pétrolier, pour dépeindre l'inflation émergeant en Grande-Bretagne pendant l'année 1972-73 sur les prix alimentaires. Celle-ci renforce la combativité des syndicalistes, sur fond de reprise de l'expansion et de forte diminution du chômage, notamment via la grève partielle des mineurs qui, fin , dure depuis plusieurs semaines, en raison de la crise du pétrole. Les « gueules noires » du Yorkshire et du Pays de Galles se découvrent « indispensables à l'économie », alors qu'ils étaient « convaincus depuis des années que leur profession n'avait plus d'avenir »[11]. Cette situation qui fait du Royaume-Uni « un des pays emblématiques de la crise de 1973 »[12].
Cette expression qualifie alors plus généralement l'Angleterre de la seconde moitié du xxe siècle, qui voit « s'amenuiser son rôle et sa puissance », en raison de « l'un des handicaps les plus lourds, le déséquilibre régional dont souffrent les régions pauvres du Royaume-Uni », au moment des « difficultés que rencontre à Bruxelles la mise en œuvre du fonds de développement régional » européen, après des années de « développement de l'industrie textile en Asie » concurrençant celle de l'Angleterre et de fermeture progressive des mines anglaises. Déjà touchées par la crise économique des années 1930, celles-ci avaient été sauvées par la Seconde Guerre mondiale car ayant « assez peu souffert des bombardements allemands », d'où la conservation d'un « vieux matériel, une main-d'œuvre excédentaire et mal adaptée à la technologie moderne »[11]. Au sommet de Copenhague des 14 et , il n'est décidé ni fonds régional, ni coopération énergétique, ni soutien monétaire à un Royaume-Uni qui reconnait pourtant ses faiblesses. La Communauté économique européenne, qu'il vient de rejoindre, sans référendum, le , avec l’Irlande et le Danemark, n’apparaît alors plus comme « la planche de salut espérée », ce qui marque ses relations avec l’Europe[12].
Symbole de cette situation de détresse, des dizaines de milliers de foyers britanniques se retrouvent sans électricité pendant une heure et demie le à 22 h 30, et d'autres coupures de courant, en et , deviennent « une partie du quotidien des Britanniques »[12]. La persistance de la grève des mineurs britanniques de 1974 amène le Premier ministre conservateur Edward Heath à annoncer à la télévision qu'à partir du , les entreprises seront limitées dans leur consommation d'énergie[12].
Références
modifier- ↑ (en) Christopher de Bellaigue, « ‘The Sick Man of Europe’ », The New York Review of Books, vol. 48, no 11, (ISSN 0028-7504, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) « Austria in Extremis », New York Times, (lire en ligne)
- 1 2 3 4 5 Agnès Tachin, Amie et rivale: la Grande-Bretagne dans l'imaginaire français à l'époque gaullienne, Peter Lang, (ISBN 978-90-5201-495-1)
- ↑ Alternatives Economiques. Allemagne : l'homme malade de l'Europe, mai 2002
- ↑ (en) « A new sick man of Europe », The Economist, (ISSN 0013-0613, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) The New Sick Man of Europe (Part 1), 2 mars 2007, Eric Chaney, Morgan Stanley
- ↑ (en-CA) « Why Hollande’s France is the sick man of Europe », The Globe and Mail, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en-GB) Larry Elliott, « France: the new sick man of Europe », The Guardian, (ISSN 0261-3077, lire en ligne, consulté le )
- ↑ « La Grèce, présidente fragile de l'Union européenne », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Les Échos. Pourquoi l'Italie est le vrai homme malade de l'Europe 4 octobre 2013
- 1 2 Enquête de Nicole Bernheim dans Le Monde du 27 décembre 1973
- 1 2 3 4 Romaric Godin, « Royaume-Uni, 1973 : le grand malaise », sur Mediapart, (consulté le )