La honte est une émotion complexe résultant d'une non conformité à certaines exigences sociales (image de soi, caractéristiques physiques, maitrise de codes culturels…) ou d'une culpabilisation collective (grossophobie, sérophobie, mépris de classe…). Selon Lazarus, la honte survient lorsque l'individu n'atteint pas un soi idéal, c'est-à-dire ce qu'il aspire à être[réf. nécessaire].

Expression de la honte.

Cette émotion se distingue des autres par ses dimensions sociale, narcissique, corporelle et spirituelle. Souvent confondue avec la culpabilité, elle diffère en ce sens que la honte touche directement le soi, tandis que la culpabilité se concentre sur le comportement de l'individu.

La honte peut être à la fois adaptative et inadaptée, comportant des aspects à la fois positifs et négatifs, comme nous le décrirons dans les deux sections à venir.

Émotion complexe

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La honte est un mélange d'émotions simples (peur, colère, tristesse) et de sentiments (impuissance, rage retenue, désespoir triste, vide…).

La honte est une émotion plus archaïque que la culpabilité, car elle émerge durant le développement du narcissisme, tandis que la culpabilité se manifeste plus tard, avec l'évolution de la conscience morale.

Dans ses travaux sur le traumatisme psychique Jacques Roisin, après avoir étudié le cas d'Antoine , distingue trois types de honte : la honte du désarroi, la honte du presque-rien et la honte de déshumanisation[1].

Aspects positifs

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Peinture du XVe siècle de Masaccio représentant Adam et Ève bannis du paradis. Une expression de honte se lit sur leurs visages .

Les aspects positifs de la honte sont de l'ordre de l'éducation, de l'apprentissage de la vie sociale, de l'humanisme. La honte régule les relations sociales. Elle protège chacun en signalant les limites à ne pas dépasser.

Selon l'anthropologue Ruth Benedict, les cultures peuvent être classées en fonction de l'importance de l'utilisation de la honte ou de la culpabilité pour réguler socialement les activités de leurs membres. Les cultures asiatiques, par exemple la Chine ou le Japon, sont considérées comme des cultures de la honte. Les cultures européennes et américaines modernes sont considérées comme des « cultures de la culpabilité ». La société japonaise traditionnelle et celle des Grecs Anciens sont parfois plutôt considérées comme basées plus sur la honte que sur la culpabilité car les conséquences sociales d'« être attrapé » sont vues comme plus importantes que les sentiments individuels. Néanmoins aucune culture ne se base sur un seul de ces sentiments. Les anthropologues rejettent de nos jours ce type de classification des cultures générales.

Aspects négatifs

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Le sentiment de honte est susceptible d'influencer les capacités cognitives. La mémoire dite de travail est en effet liée à l'état émotionnel éprouvé. Ce type de mémoire est un processus d'encodage dynamique par lequel l'information est acquise et mise à jour de façon répétée avec l'arrivée de nouvelles informations. Le sentiment de honte provoque une augmentation du taux de cortisol, hormone impliquée dans la détérioration des capacités cognitives. La honte (et la culpabilité) provoque par contre une diminution importante du taux de dopamine, hormone qui joue quant à elle un rôle très positif sur la mémoire[2].

Image corporelle

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  • La honte a une dimension corporelle. Elle est liée à la frontière corporelle, à la peau et à l'hygiène du corps. Elle est très souvent associée au thème de la sexualité et de l'image de soi par le corps. Les personnes souffrant de troubles alimentaires sont particulièrement affectées par ce sentiment, celles souffrant d'anorexie la ressentent dans l'acte indulgent de s'alimenter, les personnes boulimiques la ressentent dans leurs épisodes de suralimentation[2]. La honte modifie l'image corporelle et s'ancre parfois dans le faux sentiment d'être sale, laid, monstrueux, difforme…
  • La honte a une dimension visuelle. Elle survient lorsqu'on est visible dans un aspect de soi qu'on juge très négativement.

Dimension sociale

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« La honte est d'emblée et toujours, un sentiment social »[3]. Il s'agit d'un « sentiment structurant des sociétés occidentales, tant au niveau des normes que des interdits sociaux. Leur analyse est un des éléments qui nous permettent de comprendre l'imprégnation du social tant au niveau de la subjectivité que de la dimension sociale de l'être »[4].

La sociologie des mouvements sociaux appréhende les effets de la honte, comme sentiment qui tend à cacher, à individualiser, à faire taire.

Aussi, la honte est socialement signifiante dans une analyse sous l'angle des rapports et processus de domination. Selon Pierre Bourdieu : « Les actes de connaissance et de reconnaissance pratiques de la frontière magique entre les dominants et les dominés que la magie du pouvoir symbolique déclenche, et par lesquels les dominés contribuent, souvent à leur insu, parfois contre leur gré, à leur propre domination en acceptant tacitement les limites imposées, prennent souvent la forme d'émotions corporelles - honte, humiliation, timidité, anxiété, culpabilité »[5].

Notes et références

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  1. ↑ Jacques Roisin, De la survivance à la vie. Essai sur le traumatisme psychique et sa guérison, p.80-81, Puf, 2010, 254 p.
  2. 1 2 (en) Cesare Cavalera, Alessandro Pepe, Valentino Zurloni et Barbara Diana, « Negative social emotions and cognition: Shame, guilt and working memory impairments », Acta Psychologica, vol. 188,‎ , p. 9-15 (ISSN 0001-6918, DOI 10.1016/j.actpsy.2018.05.005)
  3. ↑ Serge Tisseron, La Honte, psychanalyse d'un lien social, Paris, Dunod, , 219 p. (ISBN 978-2-10-070716-4)
  4. ↑ Radoslav Gruev, « Éditorial », Pensée plurielle, vol. 44, no 1,‎ , p. 7-10 (ISSN 1376-0963, DOI 10.3917/pp.044.0007, lire en ligne, consulté le )
  5. ↑ Pierre Bourdieu, La Domination masculine, Paris, Seuil, , 142 p. (ISBN 2-02-035251-6), p. 44

Annexes

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Bibliographie

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  • Christophe André, La peur des autres
  • Boris Cyrulnik, Mourir de dire la honte, Odile Jacob
  • Vincent de Gaulejac, Les sources de la honte
  • Claude Janin,La honte, ses figures et ses destins
  • Michelle Larivey, La puissance des émotions
  • Ruwen Ogien Pourquoi tant de honte ?
  • Jean-Pierre Martin, Le livre des hontes, Seuil
  • Patricia Potter-Efron-Ronald Potter-Efron, Se libérer de la honte
  • Jacques Roisin. De la survivance à la vie. Essai sur le traumatisme psychique et sa guérison. p.80-81 Puf. 2010 (254p)
  • Serge Tisseron, La honte, psychanalyse d'un lien social, DUNOD, 1992, réédition 2007.
  • Serge Tisseron, Du bon usage de la honte, Ramsay, 1998
  • François Tricaud, L'Accusation, Recherche sur les figures de l'agression éthique, Dalloz, 1977, réed. 2001
  • La revue Sigila a consacré son numéro 14 (2004) au thème de la honte.
  • André Polard , "Cet obscur sentiment qu'est la Honte", article l'Harmattan.

Liens externes

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