Huit immortels

divinités du taoïsme et de la religion populaire chinoise

Les Huit Immortels (chinois : 八仙 ; pinyin : Bāxiān ; Wade : Pa¹hsien¹) sont des divinités du taoïsme et de la religion populaire chinoise. Ils sont souvent représentés dans l’iconographie populaire et religieuse, en personne ou sous la forme des talismans grâce auxquels ils luttent contre le mal, appelés les Huit joyaux (八寶) ou les Huit immortels cachés (暗八仙). Le thème iconographique date au plus tard des Tang (618-907), mais leur identité exacte a été fixée sous les Ming (1368-1644). Le thème du groupe de huit est connu depuis les Huit Immortels de Huainan, conseillers de Liu An. Il existe d’autres groupes moins connus comme les Huit Immortels de Shu.

Formation du groupe des Huit

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Les huit immortels traversent la mer. Depuis la poupe, dans le sens des aiguilles d'une montre : He Xiangu, Han Xiangzi, Lan Caihe, Li Tieguai, Lü Dongbin, Zhongli Quan, Cao Guojiu et (sur l'âne) Zhang Guolao. E.T.C. Werner, 1922.

Les Immortels taoïstes sont le plus souvent des individus isolés, voire des ermites, et le groupe des Huit constitue un contre-exemple rare de ce fait. Il s'agit d'un échantillon de différents personnages représentant toutes les catégories de la société, et devenus immortels[1]. Le groupe a été formé vers la fin de la dynastie Song (1127-1279), et les peintres ont joué un rôle important dans la constitution de cet ensemble[2]. Le thème pictural (baxiantu 八仙圖) date de la dynastie Tang[réf. nécessaire]. Il se peut que leur nombre ait été retenu pour des questions de numérologie. Selon P.-H. de Bruyn, c'est en fait sous la dynastie Yuan (1277-1367) qu'ils ont été réunis en un même groupe, et ils devinrent célèbres bien plus par le théâtre théâtre populaire que par la littérature religieuse[1]. Ils inspirent en effet des dramaturges et apparaissent dans le théâtre[N 1], leur nombre et leurs caractères correspondant aux huit principaux rôles du théâtre chinois : Zhang, le vieillard ; Lü, le lettré ; Cao, le noble ; Li, l'infirme ; He, la femme ; Lan, le jeune (et mendiant) ; Han, le jeune - et par ailleurs, sous ces traits, les spectateurs les identifiaient facilement. Ils sont toujours ivres, ou prêts à s'enivrer, car l'ivresses est un état qui s'approche de l'extase[2]. Cela permit aux Huit de prendre la place, en quelques décennies, des centaines d'immortels qui figurent au panthéon des immortels taoïstes[2].

Toutefois, leur identité définitive n’est fixée que sous la dynastie Ming grâce au roman de Wu Yuantai (吳元泰)[réf. nécessaire], Pérégrination vers l'est (Dongyouji 東遊記)[N 2] et à l’ouvrage anonyme Les Huit Immortels traversent la mer (八仙過海 Bāxiān guòhǎi).

Personnages littéraires autant que religieux, les Huit Immortels présentent un aspect pittoresque et vivant, qui se distingue de l’image de perfection lointaine de leurs homologues purement divins. Ils sont censés avoir vécu sous les Tang ou les Song, à l’exception de Zhongli Quan (Han).[réf. nécessaire]

Caractéristiques des Huit Immortels

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Lü Dongbin et Zhongli Quan sont souvent considérés comme les chefs du groupe. Un autre personnage d’ermite taoïste, Liu Hai (劉海) ou Liu Haichan (劉海蟾), remplace parfois Zhang Guolao dans le Jiangxi et Lan Caihe à Taïwan.

  • Cao Guojiu (曹国舅), oncle d’un empereur Song, représenté en habits de cour et tenant à la main une plaquette de jade, insigne de sa noblesse, ou une paire de castagnettes ; il est le protecteur des acteurs.
  • Han Xiangzi (韓湘子), neveu du lettré Han Yu, représenté avec une flûte, patron des musiciens.
  • He Xiangu (何仙姑), représentée tenant une fleur de lotus à la main.
  • Lan Caihe (藍采和), mendiant excentrique représenté vêtu d'une robe bleue, chaussé d’une seule chaussure et portant un panier de fleurs.
  • Lü Dongbin (呂洞賓), alchimiste taoïste, représenté avec une épée comme un redresseur de torts.
  • Tieguai Li (鉄拐李, « Li béquille de fer »), boiteux souvent ivre représenté avec une canne et une calebasse contenant de l'alcool.
  • Zhang Guolao (張果老), maître taoïste, souvent représenté sur un âne blanc, avec un yugu (instrument de musique à percussion) ; il est le patron des peintres et calligraphes.
  • Zhongli Quan (鐘離権) ou Han Zhongli (漢鐘離), général de la dynastie Han ; grassouillet, il possède un éventail lui servant à ranimer les morts.
Statuettes des Huit Immortels. Musée de l'Université du Sichuan.

Place dans la religion

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Il existe en Chine des temples des Huit Immortels, comme le Baxiangong (八仙宮) de Xi'an. Lü Dongbin et Zhongli Quan occupent une place importante dans l’école Quanzhen, qui les considère comme patriarches.

Le groupe fait partie des personnages qui suivent le dieu principal lors des processions de temple. Les Huit Immortels ivres (醉八仙, Zuì Bāxiān) et Les Huit Immortels célèbrent l'anniversaire [de la déesse] (八仙祝壽, Bāxiān zhùshòu) sont deux scènes jouées pour les dieux avant les représentations d’opéra populaire[N 3]. La seconde rappelle que les Huit Immortels se rendent régulièrement au « festin de pêches » (蟠桃會, pántáohuì) ou « festin d’immortalité » de la déesse Xiwangmu à son anniversaire, faisant du groupe un symbole de prospérité et de longévité. Dans certaines régions comme Taïwan, des banderoles de satin rouge brodé représentant les immortels sont accrochées au-dessus des portes ou des fenêtres pour porter chance lors de certains événements (emménagement, naissance, anniversaire d’une personne âgée…).

Les Huit Immortels traversent la mer

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Représentation en opéra kunqu.

L’épisode le plus célèbre de leurs aventures littéraires est celui intitulé Les Huit Immortels traversent la mer (八仙過海, Bāxiān guòhǎi). La plus ancienne version connue est une saynète de la dynastie Yuan intitulée Les Huit Immortels traversent la mer grâce à la plaquette de jade (爭玉板八仙過海, Zhēngyùbǎn Bāxiān guòhǎi). Ce thème a été interprété dans différents ouvrages et opéras. Plus récemment, le thème a été adapté en film et en dessin animé.

Se préparant à rentrer d’une visite sur l’île magique de Penglai ou chez Xiwangmu, les Immortels décident, à l’initiative de Lü Dongbin ou Tieguai Li, de se passer de bateau, chacun transformant son talisman en embarcation pour prouver ses dons de magie. Ce mode peu orthodoxe de navigation déplait au Roi-dragon de la mer orientale qui mobilise ses troupes. Lan Caihe est capturé, les sept autres résistent et tuent le fils du roi-dragon. La bataille dégénère, le roi appelant à la rescousse ses homologues des mers occidentale, méridionale et septentrionale. Tandis que les dragons déchaînent les vagues, Cao Guojiu réussit à écarter les eaux grâce à sa plaquette de jade. Finalement, le bodhisattva Guanyin (ou le bouddha Rulai selon les versions) intervient pour réconcilier les deux parties et faire libérer Lan Caihe.

Art martial

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Les Huit Immortels ont également inspiré un art martial dont le style évoque les mouvements d'un homme ivre, suivant certainement un poème écrit sous la dynastie Tang, intitulé « Les Huit Immortels dans le vin » et décrivant les Immortels s'enivrant.

Notes et références

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  1. Par exemple : Le Pavillon Yueyang (岳陽樓, Yuèyāngloù) de Ma Zhiyuan (馬致遠), Le Bateau en feuilles de bambou (竹葉船, Zhúyèchuán) de Fan Zi'an (范子安) , Le Saule au sud de la ville (城南柳, Chéngnánliǔ) de Gu Zijing (谷子敬).
  2. Titre complet : Récit du voyage des Huit Immortels partis vers l’Orient (八仙出處東游, Bāxiān chuchù dōng yoújì). Trad. en français, Gallimard, 1993 sous le titre Pérégrination vers l'est (Voir Bibliographie).
  3. Dans le théâtre populaire chinois, dont les représentations ont lieu à proximité d’un temple, un passage adressé aux dieux pour les remercier de leur hospitalité précède le spectacle proprement dit.

Références

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  1. 1 2 de Bruyn 2014, p. 102
  2. 1 2 3 Perront 2020, p. 7

Voir aussi

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Bibliographie

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Traductions

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  • Wu Yuantai (trad. du chinois, présenté et annoté par Nadine Perront), Pérégrination vers l'Est, Paris, Gallimard, coll. « Connaissance de l'Orient » (no 59), (1re éd. 1993), 270 p. (ISBN 978-2-070-73387-3)
  • (en) Kwok Man Ho (Ed.) et Joanne O'Brien (Ed.) (Introduction by Martin Palmer (en)), The Eight Immortals of Taoism. Legends And Fables of Popular Taoism, London, Penguin, , 160 p. (ISBN 978-0-452-01070-3)

Études

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  • Pierre-Henry de Bruyn, Le taoïsme. Chemins de découverte, Paris, CNRS Éditions, coll. « Biblis » (no 94), (1re éd. 2009), 282 p. (ISBN 978-2-271-08258-9), chap. 4 (« Un corps en quête d'immortalité : Ge Hong »), p. 87-111
  • Vincent Gossaert et Caroline Gyss, Le taoïsme. La révélation continue, Paris, Gallimard, coll. « Découvertes Gallimard » (no 558), , 126 p. (ISBN 978-2-070-43653-8)
  • Nadine Perront, « Préface ; Notes », dans Wu Yuantai, Pérégrination vers l'est, Paris, Gallimard, , 270 p., p. 7-9 ; 195-265
  • (en) E.T.C. Werner, Myths & Legends of China, London - Bombay - Sydney, George G. Harrap & Co. Ltd., (lire en ligne)
  • (en) Walter Perceval Yetts, « The Eight Immortals », The Journal of the Royal Asiatic Society of Great Britain and Ireland for 1916, (lire en ligne)

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Articles connexes

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Liens externes

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