IHS (religion)
Le christogramme IHS (parfois IHC, JHS ou JHC) est une translittération imparfaite du nom de « Jésus » en grec ancien (Ἰησοῦς / Iēsoūs)[Note 1], qui a également pu être interprétée comme différents sigles liés au Christ.


Usages dans l'Église catholique
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Passage au latin
modifierLe monogramme trilittère grec IHΣ / IĒS (pour Ἰησοῦς / Iēsoūs, IHΣOYΣ en lettres capitales, le nom de Jésus) se rencontre déjà parmi les plus anciens symboles chrétiens. Lorsque le latin devient la langue dominante du christianisme occidental progressivement entre les IIIe et IVe siècles[Note 2], le monogramme est mal compris par les clercs et les copistes, le êta grec (en majuscule H), étant identique à la lettre latine H. Le monogramme devient alors I.H.S. et est interprété librement en se fondant sur des étymologies populaires :
- pour certains[Qui ?] venant du IHSV, le « IN HOC SIGNO VINCES » de l’empereur Constantin (« Par ce signe tu vaincras », mots que Constantin affirme avoir entendus avant la bataille du pont Milvius, en 312). On trouve ce sigle IHSV sur des tombes du haut Moyen Âge. Mais le monogramme couramment utilisé par Constantin et sous son règne est le chrisme.
- pour d’autres[Qui ?] le IESUS, HOMINUM SALVATOR (« Jésus, Sauveur des hommes »), IESUM HABEMUS SOCIUM (« Nous avons Jésus pour compagnon ») ou encore IESUS, HOMO, SALVATOR (« Jésus, Homme, Sauveur ») rencontré souvent dans des textes latins.
Retour au grec
modifier- Au XVe siècle, les franciscains encouragent la dévotion au nom de Jésus et utilisent à nouveau le monogramme IHS comme signifiant simplement Jésus. En particulier, Bernardin de Sienne, un éloquent prédicateur franciscain et force spirituelle de son temps, utilise beaucoup le monogramme dans sa prédication et montre aux foules un tableau peint sur bois (l'un d'eux est conservé à Volterra) sur lequel le symbole IHS, ou YHS en lettres gothiques, figure au cœur d'un soleil. Ce symbole du Christ a ensuite une immense diffusion. Bernardin mourut à L'Aquila et l'on retrouve fréquemment le monogramme dans la basilique où repose son corps.
- Au siècle suivant, Ignace de Loyola est sans doute influencé par cette dévotion au nom de Jésus. En route vers Rome, en , il a une vision à La Storta où le Père céleste le place près de son fils, Jésus-Christ. C'est de ce jour qu'il se détermine à appeler le groupe de compagnons qu'il a formé : Societas Iesu (Compagnie de Jésus). Il adopte le christogramme IHS dont il fait son sceau officiel de supérieur général : le H est surmonté d'une croix[Note 3] et sous le monogramme il ajoute des signes symboliques, une demi-lune flanquée de deux étoiles[Note 4], signes remplacés progressivement par un cœur transpercé par trois clous — symbole de la crucifixion — puis seulement par les trois clous considérés comme l’expression des vœux de pauvreté, chasteté et obéissance)[1], et par la suite ce sceau est représenté sur d'innombrables livres et publications, églises, collèges et, d'une manière générale, sur tout ce qui a la marque de la Compagnie de Jésus et, au passage, les jésuites lui donnent une nouvelle signification, le christogramme IHS devenant le sigle de Iesum Habemus Socium, « Nous avons Jésus pour compagnon »[2].
Usage en contexte protestant
modifierL'Église protestante de Genève utilise ce monogramme comme emblème, mais sous sa forme grecque. Au moment de la Réforme, l'emblème christique a ainsi été conservé (de préférence à la Croix), sous une forme grecque (IHΣ / IĒS), dans l'esprit de l'humanisme. Ces lettres sont représentées dans un soleil, en continuité avec le symbole utilisé par saint Bernardin de Sienne qu'il présentait peint sur un disque. L'interprétation donnée à ces trois lettres est soit celle du début du nom de Jésus en grec, soit « Iesous hemeteron soter », c'est-à-dire « Jésus notre Sauveur ».

À Genève, ce monogramme figure également en grec dans les armoiries de la République et de la Ville, en cimier (demi-soleil avec les trois lettres surmontées d'un signe abréviatif), c'est-à-dire directement au-dessus du blason.
Il figure également, avec le même signe abréviatif, sculpté en bas relief, sur le socle des statues monumentales des quatre Réformateurs du Mur de Genève.


Interprétations populaires
modifier- En latin IESUS HOMO (plus souvent : HOMINUM) SALVATOR, « Jésus Homme Sauveur » ou plus souvent, « Jésus Sauveur des Hommes »,
- En latin In hoc signo [vinces], « Par ce signe tu vaincras » (référence à la vision de Constantin, qui vaincra au Pont Milvius en mettant son armée sous l'emblème de la Croix),
- En allemand, JESUS HEILAND SELIGMACHER, « Jésus Sauveur Source de bénédiction »,
- En breton armoricain, JEZUZ HOR SALVER, « Jésus Notre Sauveur » [3],
- Pierre gravée de la Maison Bourlès dans le hameau de Kerbarguen à Botmeur.
Variante : le nombre 318
modifierLe nombre 318 était utilisé comme symbole du Christ dans l'Antiquité : c'est le cas dans la préface de la Psychomachie de Prudence. En effet, 318 s'écrit en grec ancien TIH / TIĒ (en minuscules, τιη'), où T, qui a la forme d'une croix, est associé aux deux premières lettres de Jésus en grec, Ι / I et Η / Ē[4].
Notes et références
modifierNotes
modifier- ↑ Dans la tradition byzantine, la lettre grecque sigma (Σ) est écrite à la finale sous une forme lunaire comme la lettre latine C, mais correspond bien phonétiquement à la sifflante du latin S. Les lettres latines I et J n'étant pas systématiquement distinguées jusqu'au XVIIe siècle, le monogramme peut apparaître sous les formes suivantes : IHS, IHC, voire JHS ou JHC.
- ↑ Alors que le grec de la koinè est la langue des tous débuts du christianisme du pourtour méditerranéen puisque cette langue est la langue vernaculaire des populations, c'est la langue des juifs dont la traduction de la Bible hébraïque en grec, la Septante, date des IIIe et IIe siècles av. J.-C., et que, même si la langue de Jésus est l'araméen, tous les textes canoniques du Nouveau Testament sont écrits en grec, la latinisation de l'Europe occidentale suit les conquêtes de l'Empire romain et progressivement le latin devient la langue vernaculaire des premiers chrétiens de l'ouest méditerranéen. Laure Carrion affirme : « Dès le milieu du IIIe siècle il [le latin] apparaît dans les lettres des évêques de Rome qui écriront désormais dans la langue maternelle de leur interlocuteur (le grec pour leur collègue d’Orient, le latin pour leur collègue d’Occident). […] La liturgie romaine enfin se latinise. Totalement grecque au début du IIIe siècle, elle sera totalement latine à la fin du IVe siècle avec les mesures prises sous Damase. Sa commande à Jérôme, en , d’une traduction latine de la Bible, ne signe-t-elle pas officiellement la latinisation définitive de l’Église d'Occident ? » Voir : Laure Carrion, « Latinisation de l’Église d’Occident : regard sur la conversion d’une langue », dans Didier Boisson et Élisabeth Pinto-Mathieu (dir.), La conversion : Textes et réalités, Rennes, Presses universitaires de Rennes, , 420 p. (ISBN 9782753533448, lire en ligne), § 15.
- ↑ Dans le nord de la France, le monogramme « ihs » en lettres gothiques minuscules est surmonté d'un petit trait horizontal indiquant qu'il s'agit d’une abréviation. La ligne verticale du « h » et ce trait horizontal minuscule donnant l'impression de former une croix, l'usage est gardé d'inscrire cette croix même dans le monogramme « ihs » en lettres majuscules.
- ↑ Ces signes symbolisant la Vierge Marie et les saints.
Références
modifier- ↑ IHS : le blason de la Compagnie
- ↑ François Bœspflug, Dieu et ses images. Une histoire de l'éternel dans l'art, Bayard, , p. 326
- ↑ Voir la maison Bourlès dans le hameau de Kerbarguen à Botmeur dans le Finistère https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Botmeur_Kerbarguen_Maison_Bourlès_mai_2012_004.JPG
- ↑ M. Lavarenne, note de la page 47 dans Prudence, III, préface de la Psychomachie, Les Belles Lettres, Paris, 1992.
Annexes
modifierBibliographie
modifier- Docteur Stéphen-Chauvet, « Particularités morphologiques des monogrammes religieux du Périgord », Bulletin de la Société historique et archéologique du Périgord, t. 71, , p. 32-44 (lire en ligne [PDF])
Articles connexes
modifier- Christogramme
- Chrisme
- Monogramme
- Ordre des Séraphins (dont c'est la devise)