Ibrahim ibn al-Aghlab

émir aghlabide de l'Ifriqiya Tunisia

Ibrahim ibn al-Aghlab (arabe : إبراهيم بن الأغلب), né en 756 à Kairouan et décédé en 812, est le fondateur et premier émir de la dynastie des Aghlabides régnant sur l'Ifriqiya du à sa mort.

Ibrahim ibn al-Aghlab
Fonction
Émir de l'Ifriqiya (d)
-
Al-Fadl ibn Rawh ibn Hatim al-Muhallabi (en)
Biographie
Naissance
Décès
Nom dans la langue maternelle
إبراهيم بن الأغلبVoir et modifier les données sur Wikidata
Famille
Banu Al-Aghlab (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Père
Al-Aghlab ibn Salim at-Tamimi (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Enfants

Biographie

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Instabilité en Ifriqyia

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Il est le fils d'Al-Aghlab Ibn Salim, gouverneur de l'Ifriqiya entre 765 et 768[1]. Issu de la tribu arabe des Banu Tamim, originaire du nord-est de la péninsule Arabique. Sa famille s'installe d'abord dans les villes de garnison d'Irak (Kufa ou Bassora), avant de migrer vers la frontière orientale du Khurasan. À l'instar de nombreuses familles de cette région, les ancêtres d'Ibrahim rejoignent les troupes de la révolution abbasside. Son père figure parmi les officiers (quwwād) recrutés par Muhammad ibn al-Ash'ath al-Khuza'i (en) pour rétablir l'autorité caliphique en Ifriqiya en 761, après une période de crises déclenchées par les révoltes berbères kharidjites[2].

À la fin du VIIIe siècle, l'Ifriqiya traverse une instabilité politique et financière chronique, alimentée par l'insoumission du jund (les troupes d'origine syrienne et khurasanienne) qui exige le paiement régulier de sa solde (ʿaṭā). En 799–800, le gouverneur dépêché par Bagdad, Muhammad ibn Muqatil al-'Akki, fait face à une mutinerie générale menée par Tammam ibn Tamim al-Tamimi, l'administrateur financier de Tunis. Ibn Muqatil est chassé de Kairouan et se réfugie à Tripoli. Ibrahim ibn al-Aghlab, alors gouverneur du Zab, intervient dans le conflit et défend la légitimité abbasside. Il marche sur Kairouan et défait l'armée rebelle puis rétablit temporairement Ibn Muqatil avant de négocier avec le pouvoir abbasside[2].

Sur la recommandation d'anciens hauts dignitaires abbassides ayant servi dans la région (notamment Harthama ibn A'yan), le calife Haroun al-Rachid destitue Ibn Muqatil et transmet à Ibrahim son diplôme d'investiture (ʿahd). Ce document, parvenu au milieu du mois de juin 800, officialise la nomination d'Ibrahim comme gouverneur d'Ifriqiya et consacre l'acte de naissance de la dynastie aghlabide[2]. Il obtient la souveraineté sur l'Ifriqiya[3], pour lui et sa descendance, contre le versement d'un tribut annuel[1],[4],[5].

Bien qu'Ibrahim soit arrivé au pouvoir en tant que serviteur loyal de la cause abbasside, il s'emploie rapidement à structurer un pouvoir personnel face aux factions militaires hostiles. Pour se prémunir contre les rébellions de la population de Kairouan et du jund, Ibrahim fonde une résidence palatiale à environ trois kilomètres au sud de Kairouan, appelée al-'Abbasiyya (également connue sous les noms d'al-Qasr al-Qadim ou al-Qasr al-Abyad, le « Palais Blanc »). Il y transfère le siège du gouvernement (dār al-imāra), les armeries et les approvisionnements militaires[2],[6]. Afin de réduire sa dépendance envers le jund, récalcitrant et coûteux, Ibrahim achète et affranchit environ 5 000 esclaves (ʿabīd) qu'il installe autour d'al-'Abbasiyya pour former sa garde personnelle[2].

L'instauration du régime se heurte à des oppositions armées. Ibrahim doit affronter deux soulèvements majeurs du jund. En 802, il affronte Hamdis ibn 'Abd al-Rahman al-Kindi puis en 809 il affronte Imran ibn al-Muqallad. Grâce au soutien de sa garde d'esclaves et à la solidité de sa base fortifiée d'al-'Abbasiyya, Ibrahim parvient à réprimer ces deux insurrections. Il entretient par ailleurs des relations pacifiées avec les populations berbères environnantes[2].

Ibrahim ibn al-Aghlab meurt en juillet 812 après douze années de règne. Son fils Abdullah Ier lui succède, suivi par son autre fils Ziyadat Allah Ier en 817. La crise de succession caliphique à Bagdad empêchera le pouvoir central de s'immiscer dans la succession des fils d'Ibrahim, consacrant ainsi l'indépendance de fait de la dynastie aghlabide[2].

Indépendance

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L'historien Hugh Kennedy soulève que l'établissement d'une dynastie indépendante par Ibrahim n'est pas le résultat d'une revendication « nationale » ou autonomiste précoce, mais plutôt la conséquence de l'effondrement du pouvoir central caliphique. Ibrahim et sa famille appartenaient pleinement à l'élite abbasside (son fils Muhammad, dit « al-Ifriqi », est encore présent dans le cercle rapproché du calife al-Amin à Bagdad en 812). L'abandon progressif de l'Ifriqiya par les califes d'Irak a contraint Ibrahim et ses successeurs à forger leur propre modèle de légitimité et d'État autonome en Méditerranée centrale[2].

Notes et références

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  1. 1 2 (en) Jamil M. Abun-Nasr, A history of the Maghrib in the Islamic period, Cambridge, Cambridge University Press, (lire en ligne), p. 54.
  2. 1 2 3 4 5 6 7 8 Hugh Kennedy, « The Origins of the Aghlabids », dans The Aghlabids and their Neighbors, BRILL, , 31–48 p. (ISBN 978-90-04-35604-7, DOI 10.1163/9789004356047_003, lire en ligne)
  3. Roger Le Tourneau, « Le Maghreb au temps des Carolingiens », Le Monde, (ISSN 0395-2037, lire en ligne, consulté le ).
  4. Ibn Abi Dhiaf, Présent des hommes de notre temps : chroniques des rois de Tunis et du pacte fondamental, vol. I, Tunis, Maison tunisienne de l'édition, , p. 129.
  5. Mohamed Talbi, L'Émirat aghlabide (184/800-296/909) : historique politique, Paris, Adrien Maisonneuve,
  6. (en) J. Desmond Clark, J.D. Fage et Roland Oliver, The Cambridge history of Africa, vol. II, Cambridge, Cambridge University Press, , p. 528.