L'iconicité (parfois appelée iconisation[1], iconicity[2] en anglais) est, en linguistique, le caractère de ressemblance ou de transparence d'un signe : le signe ressemble ainsi à ce dont il est l'icône (c'est le cas d'onomatopées[3]). Cette propriété, antonyme de l'arbitraire saussurien[4], est présente dans les langues parlées et surtout signées[5]. La possibilité qu'ont les gestes de créer des animations visuelles et celle de faire varier le point de vue exprimé, par le biais de signes dits classificateurs, fortement iconiques, explique l'importance de l'iconicité dans les langues des signes. Ainsi, une étude menée avec la langue des signes américaine montre que le point de vue résulte d'une combinaison de significations des mots et des représentations picturales, comme le ferait une bande-dessinée[6].

L'iconicité définie comme ressemblance entre forme et sens présuppose qu'un signe est d'autant plus iconique que l'on peut deviner ce qu'il représente sans le connaître (notion de transparence). Pourtant, une étude menée avec la langue des signes italienne[7]montre que le caractère transparent des signes dépend de la culture des locuteurs. Les non-locuteurs de la langue des signes italienne, mais locuteurs d'une autre langue signée, ne devinent pas les sens des mêmes signes que les Italiens ne connaissant pas la langue des signes italienne, ce qui, pour l'autrice Sarah Taub, oblige à penser l'iconicité en termes culturels. Elle considère ainsi que la ressemblance ou l'iconicité est un processus cognitif et non une ressemblance objective : par exemple, le signe "métaphore" (signes de penser et de pénétrer en langue des signes américaine) est perçu comme iconique dans son ouvrage[8].

Pour le professeur Jean-François Bordron, relèvent de l'iconicité l'intersémioticité (pour cet auteur, le caractère commun des sensations, par exemple l'expression commune de la matière, de l'intensité et de la forme, soit la direction, la limite...) et les relations de partie et de tout (étudiées par la méréologie). En revanche, la traduction, la négation, l'évocation du particulier pour le général ou l'inverse, la prédication ou la deixis sont exclus de l'iconicité, mais ces actions relèvent du symbole (et non de l'icône). L'iconicité s'étudie selon des lois logiques, comme la transitivité, pas toujours applicable (ainsi, le "vol d'oiseau" A contient au moins un "oiseau" B qui contient une "aile" C, mais il est étrange que l'aile soit conçue comme une partie du vol d'oiseau, donc que A contienne C si A contient B qui contient C)[3].

D'après une étude menée en 2018 avec une vingtaine de langues des signes[9], l'iconicité varie d'une langue à l'autre et dépend du champ sémantique et les propriétés phonologiques des signes interagissent avec celle-là. Certains procédés comme le contour, qui peut être partiel (par exemple, représenter un toit pour dire "maison" en langue des signes russe) participent de l'iconicité.

Le caractère iconique des langues des signes ne revient pas à assimiler ces signes au mime, une idée reçue existant dès l'époque de Michel de Montaigne, qui dans ses Essais énumère les possibilités des langues des signes[10].

Notes et références

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  1. GREIMAS, A.J. et COURTÉS, J. (1979) Sémiotique: dictionnaire raisonné de la théorie du langage, Tome I. Paris: Hachette.
  2. NEVEU, Franck. (2004) Dictionnaire des sciences du langage. Paris : Armand Colin.
  3. 1 2 Bordron, J.-F. (2011). L’iconicité. L'iconicité et ses images : Études sémiotiques (p. 143-175). Presses Universitaires de France.
  4. « iconicité », sur Glossaire français-anglais de terminologie linguistique, (consulté le )
  5. « La double nature du langage : comment grammaire et iconicité sont intégrées en langue des signes (et au-delà) | CNRS Sciences humaines & sociales », sur www.inshs.cnrs.fr, (consulté le )
  6. Schlenker P., Lamberton J., Iconological Semantics, Linguistics and Philosophy, 2024.
  7. Pizzuto, E., & Volterra, V. (2000). Iconicity and transparency in sign languages: A cross-linguistic cross-cultural view. In K. Emmorey & H. Lane (Eds.), The signs of language revisited: An anthology to honor Ursula Bellugi and Edward Klima (pp. 261–286). Lawrence Erlbaum Associates Publishers.
  8. Taub SF. Language from the Body: Iconicity and Metaphor in American Sign Language. Cambridge University Press; 2001.
  9. V. Kimmelman, A. Klezovich, G. Moroz, Iconicity pattern in sign languages, 2018.
  10. « Dictionnaire des idées reçues sur la langue des signes française (LSF) | Blog | Gallica », sur gallica.bnf.fr (consulté le )