Idris (prophète)
Idris (arabe : إِدْرِيس, d'étymologie incertaine) est, dans l'islam, un prophète. Idris est aussi le premier homme à avoir écrit avec un calame. Il est, selon les commentateurs, identifié soit à Hénoch, soit à Élie.

Dans le Coran
modifierIdris n'est mentionné qu'à deux reprises dans le texte coranique, dans la sourate 19 (Maryam) et la sourate 21 (Al-Anbiya). Néanmoins, ces passages sont « elliptiques » et ne donnent que peu d'information sur la vie de ce prophète coranique[1]. Les deux passages[1] sont, selon les traductions dont on peut en retenir trois (celle de Malek Chebel[2], celle de Jacques Berque[3] et celle d'Albert Kazimirski[4]) :
« (...) Et Ismaël, Idris et Dhoul-Kifl : ils étaient tous des persévérants. Nous les avons admis en Notre miséricorde, car ils étaient parmi les justes (...) »
— Le Coran, Malek Chebel, Sourate XXI LES PROPHÈTES (AL-ANBIYA) versets 85-86.
« (...) Dans le Livre, mentionne Idris, qui était un prophète véridique. Nous l'élevâmes très haut. (...) »
— Le Coran, Sourate XIX MARIE (MERYAM) versets 56-57, Traduction de Malek Chebel
Dans la tradition
modifierDans les hadiths
modifierSi le Coran ne donne presque aucune information sur Idris, la tradition musulmane donne d'autres éléments sur cette figure. Le corpus des hadiths raconte que Mahomet aurait, lors de son voyage nocturne, rencontré Idris au quatrième Ciel[1].
Chez les commentateurs
modifierLes commentateurs ont fait le lien entre ce hadith attribué à Mahomet et la mention d'une ascension par le Coran, qui utilise le terme rafa'a pour désigner également l'élévation d'ʿĪsā dans un passage évoquant la Crucifixion de ce dernier[5]. Ils partagent cette élévation avec Élie (Ilyâs) et Al-Khidr, autre personnage mystérieux du Coran uniquement mentionné dans la sourate 18 (Al-Kahf). En raison de cette ressemblance, Idris a été associé alternativement à Hénoch ou à Élie, ces deux personnages bibliques ayant aussi connu une telle "élévation". Il est parfois identifié comme étant Khadir, lui même identifié à Élie[1]. Les principales sources d'information pour les commentateurs sont les isrâ'iliyyat, récits judéo-chrétiens, présent en particulier dans le corpus des midrash et transmis à l'islam par un Juif converti nommé Ka'b al-Ahbar. Si Ibn Kathir émet quelques réserves quant à ces récits, il est obligé de s'en contenter, faute d'autres sources[1].
Ces récits servent à Tabari dans son Commentaire du Coran. Selon ces récits, Idris aurait tenté de négocier avec l'Ange de la mort pour augmenter ses jours et permettre d'augmenter ces œuvres d'adoration. Transporté au cieux, son esprit aurait été enlevé par 'Izrâ'îl pour le déposer au quatrième ciel[1]. Néanmoins, Tabari, dans sa Chronique, cite un autre récit des événements, récit aussi présenté par Tha'labî dans ses Histoires des Prophètes. Dans ce second récit, 'Izrâ'îl, impressionné par la piété d'Idris, lui aurait proposé d’exaucer un vœu. Ce dernier aurait alors demandé d'enlever son esprit, lui présentant que Dieu le lui rendra si son destin était de vivre encore. Ainsi, Dieu le ressuscita juste après qu''Izrâ'îl lui a enlevé son esprit. Quelques années plus tard, il aurait eu l'autorisation divine de visiter les Enfers et le Paradis. Il entra dans ce dernier à la condition qu'il ne s'y attarde pas. Idris aurait alors refusé d'en sortir et obtint, après une longue controverse avec le gardien des portes, d'y rester[1].
Ce récit a la particularité d'assigner à Idris deux ascensions et deux vies sur terre. Cela rejoint le personnage d'Hénoch dans les littératures apocalyptiques (comme dans Les trois livres d'Hénoch) et kabbalistiques. Dans la tradition juive (Livre des Jubilés), Hénoch est le premier homme à apprendre l'écriture et la science. La tradition musulmane attribuera ces caractéristiques à Idris[1]. Selon Tha'labî, son nom dérivant de la racine trilittere da-ra-sa signifie « étudier ». Ces caractéristiques font que les traditions musulmanes l'ont identifié au premier des trois Hermès, antérieur au Déluge et à l'origine des constructions des pyramides[1]
Certains auteurs ont associé Idris à Élie. C'est le cas de Bukhari, qui s'appuie sur les opinions d'Ibn Abbas. Ce dernier a développé tout une doctrine sur les quatre prophètes toujours vivant selon la doctrine musulmane, les « quatre piliers qui soutiennent l'Univers et grâce auquel il subsiste ». Dans cette doctrine se retrouve beaucoup de traits attribués à Hénoch par les littératures apocalyptiques et kabbalistiques. En cela, Idris va jouer un rôle important dans la littérature hermétiste musulmane[1]. Ibn Arabi décrit Idris comme le « prophète des philosophes », vu le nombre de connaissances qu'il aurait apporter[6].
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Addas Cl., "Idris" dans DIctionnaire du Coran, 2007, Paris, p.410-412
- ↑ Malek Chebel, Le Coran, Paris, Fayard, , 735 p. (ISBN 978-2-253-08917-9)
- ↑ Jacques Berque, LE CORAN ESSAI DE TRADUCTION, Paris, Albin Michel, , 842 p. (ISBN 978-2-226-45120-0)
- ↑ Albert Kasimirski, Le Coran, Paris, J'ai lu, , 823 p. (ISBN 978-2-290-37335-4)
- ↑ Sourate 4 (An-Nisa), versets 157 à 158 : « 157. et à cause leur parole: "Nous avons vraiment tué le Christ, Jésus, fils de Marie, le Messager de Dieu"... Or, ils ne l'ont ni tué ni crucifié; mais ce n'était qu'un faux semblant! Et ceux qui ont discuté sur son sujet sont vraiment dans l'incertitude: ils n'en ont aucune connaissance certaine, ils ne font que suivre des conjectures et ils ne l'ont certainement pas tué. 158. mais Dieu l'a élevé vers Lui. Et Dieu est Puissant et Sage. »
- ↑ G. Vajda, Encyclopedia of Islam, Idris.
Articles connexes
modifierBibliographie
modifier- Claude Addas, article « Idrîs » in M. Ali Amir-Moezzi (dir.) Dictionnaire du Coran, éd. Robert Laffont, 2007, p. 410-413.