Igue de Planagrèze
L'igue de Planagrèze est une cavité souterraine naturelle. Elle se développe dans le secteur de la Braunhie, sous le territoire de la commune de Caniac-du-Causse, dans le département du Lot dans la région Occitanie en France[2].
| Coordonnées | |
|---|---|
| Pays | |
| Région | |
| Département | |
| Massif | |
| Localité voisine |
| Altitude de l'entrée |
330 m |
|---|---|
| Longueur connue |
1542 m[1] |
| Dénivelé |
275 m |
| Type de roche | |
| Température |
13 °C |
Situation
modifierL'igue de Planagrèze se situe dans la forêt de la Brauhnie. De Caniac-du-Causse prendre la route de Fontanes (D 42) sur 2,5 km environ. Prendre le chemin carrossable qui part à l'Est en face de la route de Poujade et de Las Combes. Un panneau de direction au bord de la route D42 indique le parking de l'igue[3]. Le vaste orifice de l'igue se trouve à gauche du chemin à 400 m de la route à proximité de son grand panneau explicatif. Un chemin descend au fond d'une petite dépression boisée où l'orifice de la cavité est entouré d'un garde-corps métallique.
Toponymie
modifierPlanagrèze signifie : grèze plate, grèze désignant la terre inculte[4].
Risques
modifierL'igue de Planagrèze présente plusieurs risques :
- L'entrée et les puits présentent des dangers de chute mortelle en cas de franchissement des garde-corps pour des personnes non formées aux techniques spéléologiques : notamment dans le puits d’entrée de 63 m de profondeur.
- Les eaux du Lac peuvent monter de plus de 100 mètres et envahir le fond du puits d'entrée (cote −60 mètres)[5].
- Risque de noyade dans la Rivière Suspendue et le Lac.
Géologie et Spéléogénèse
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Les calcaires de l'igue de Planagrèze se sont formés au jurassique supérieur. Différentes couches de roches sont visibles[3] :
- Près de la surface, des calcaires compacts beiges à pâte fine. Ils contiennent un niveau à gros cristaux trapézoïdaux de calcite qui surmonte un niveau à Astartes ; ils appartiennent au séquanien.
- Aux cotes −20 m et −25 m,des calcaires en petits bancs entre deux joints corrodés.
- Jusqu'à la cote −35 m, un calcaire plus tendre jusqu'à un nouveau joint corrodé.
- jusqu'à la cote −60 m , la roche devient plus pâle et très cristallisée ; les joints sont rares et peu marqués sur une trentaine de mètres. Dans cette tranche, R. Séronie-Vivien note un calcaire à oolithes rares, riche en foraminifères (Trocholines et Valvucinelles).
Pour R. Séronie-Vivien, la tectonique en plissement de La Brauhnie est caractérisée par un axe synclinal est-ouest qui passe entre l'igue de Planagrèze et l'igue de L'Aussure[3].
Les zones de surface près de l'Igue de Planagrèze forme des lapiès avec un calcaire à pâte très cristallisée, qui parait plus propice à ce type de corrosion que les calcaires à pâte fine[3].
Hydrologie
modifierLe secteur de la Braunhie formant une dépression fermée joue le rôle d'impluvium, participe aussi au drainage souterrain avec des cavités comme Planagrèze. Les eaux de Planagrèze refont surface aux émergences de Saint-Sauveur et Fontbelle. Elles sont collectées par la partie sud-ouest du bassin versant de l'Ouysse et de la Dordogne[6].
La circulation pérenne des eaux dans l'igue de Planagrèze s'effectue : dans des galeries horizontales au niveau de la Rivière Suspendue qui coule vers le nord et en zone noyée à partir de la côte −184 m sous le Lac Terminal[3].
En période de crue, l'eau du lac remonte sensiblement, en , le Puits Maury était totalement noyé, l'eau ayant atteint la côte de la rivière (−112 m)[4]. Jean Lesur indique que lors d'une crue centennale, les eaux du Lac peuvent noyer la Rivière Suspendue, le Tuyau de Poêle et monter de plus de 100 mètres pour envahir le fond du puits d'entrée (cote −60 mètres)[5].
Description
modifierPuits d'entrée
modifierL'igue est centrée sur une importante doline de diamètre : 50 mètres, occupée au Sud par un bosquet tandis que des arbustes bordent sa partie Nord et le muret du chemin[3].
Un garde-corps métallique entoure le puits d'entrée de 65 m qui présente un redan au bas duquel se trouve la première arrivée d'eau temporaire de la cavité. Le ruissellement se jette dans la cannelure de la seconde partie du puits de forme allongée. Un sol caillouteux à la cote −73 m conduit au nord à un ressaut de 8 m qui donne sur une salle nommée La Castine servant de perte aux écoulements. Un petit réseau remonte verticalement jusqu'à une lucarne impraticable à proximité de l'arbre servant traditionnellement à la fixation des cordes de spéléologie[3].
Vers la Rivière Suspendue
modifierL'igue se poursuit en remontant une courte pente argileuse au sud-est, par un puits de 43 m appelé le Tuyau de Poêle. Ce puits donne sur une dalle qui surplombe la Rivière Suspendue[3]. Ce courant d'eau très calme se développe à la côte −112 m. L'eau s'étend sur 65 mètres environ dans une galerie en forme de conduite forcée terminée à l'amont par trois siphons, longs respectivement de 110 m, 160 m et plus de 150 mètres et séparés par des galeries émergées[3]. Vers l'aval, l'eau s'engouffre dans un conduit étroit suivi d'une diaclase verticale, longue de 5 mètres environ, qui se poursuit par des puits très étroits et arrosés noyés à la cote −140 mètres[7].
Vers le Lac Terminal
modifierÀ l'extrémité aval de la Rivière Suspendue s'ouvre le Puits Maury, oblique et fractionné en six tronçons. Il débouche sur le Lac Terminal situé à l'étiage à la cote −184 m. Dans ce puits, vers la cote -155m, se présentent quatre puits parallèles, témoins probables du recul d'une cascade aujourd'hui fossile[3]. Le Lac terminal a été plongé jusqu'à la profondeur de 89 mètres sans en atteindre le fond[8].
Historique des explorations
modifierLe puits d'entrée
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Édouard-Alfred Martel explore le puits d'entrée de l'igue de Planagrèze le au lendemain de sa deuxième visite à l'igue de Viazac. Il décrit l'igue de Planagrèze dans son ouvrage les Abîmes[9].
Dans une première partie, il expose qu'en surface, l'igue en forme d'entonnoir est formée par un cloup profond 12 mètres. Pour lui, cette doline est le point bas d'une zone de 2 à 3 kilomètres de diamètre, fermé de tous côtés et il affirme que ce gouffre collecte toutes les eaux d'orages qui convergent vers lui[9].
Il présente le premier à-pic de 63 mètres, coupé à 28 mètres par un redan, comme une diaclase agrandie par l'érosion, rétrécie vers la base et terminée par une fente impénétrable à 15 mètres plus bas que le fond du premier puits. Il note que la partie supérieure du grand puits est forée et polie par l'eau en hélice, puis de façon verticale sous le redan. Le talus de débris au fond du gouffre, composé d'une brèche de cailloux, de terre, de branchages et d'ossements, présente selon lui la particularité de s'interrompre brusquement en forme de croissant sur toute sa largeur et sur 2 mètres de hauteur, à la verticale de l'orifice. Martel estime que seule une chute d'eau a pu entamer et défoncer cette brèche en accord avec la situation topographique du gouffre. Il conseille de déboucher la dernière fissure pour savoir si d'autres puits la continuent, ou si une couche marneuse imperméable interrompt la chute des eaux. Il s'est arrêté à 90 mètres en-dessous du bord du cloup, soit 78 m sous l'orifîce de l'igue[9].
Dans un renvoi de bas de page, il compare bizarrement la forme de Planagrèze avec celle du gouffre de Bèdes situé au sud de Gramat et voisin du gouffre des Vitarelles, qu'il a visité deux ans plus tôt[9].
En 1946, Guy de Lavaur tente de progresser dans l'exploration du gouffre, mais ne dépasse pas la base du puits d'entrée[10]. Lors de cette sortie, il initie Jean Lesur aux techniques de l'époque : la descente à l'échelle de corde[11].
Des escalades dans le puits d'entrée montrent un petit réseau remontant qui débouche actuellement par un conduit impénétrable sur une petite ouverture proche du garde-corps et fermée par des barreaux[4].
La Rivière Suspendue et le Lac Terminal
modifierLe , Le Groupe Spéléologique du Quercy (GSQ) découvre, après escalade, le passage du Tuyau de Poêle qui nécessite d'être élargi. En 1956, après des travaux, le GSQ atteint la Rivière Suspendue à la côte −112 mètres. Le , ils atteignent le Puits Maury qui les mène au Lac Terminal à la cote −184 mètres[10],[4],[3].
Le Groupe Spéléologique Massat et Groupe Spéléologique de Corrèze s'associent pour explorer en plongée souterraine les siphons de la Rivière Suspendue. Le premier siphon, long de 110 mètres, et la galerie qui suit sont explorés les 1er et . Le , le deuxième siphon, long de 160 mètres, est franchi et le début du 3ème est entrepris sur 150 mètres. Les expéditions de 1973 sont contrariées par de mauvaises conditions météorologiques qui provoquent des crues de la rivière[10],[4].
En 1973 et 1974, Le G.S. Corrèze élargi encore plus le tuyau de Poêle à l'explosif, afin de faire passer le matériel des plongeurs[3].
Enfin en , Le GSQ déverse sans résultat dans la rivière vingt kilogrammes de fluorescéine[3].
La topographie du siphon 2 est effectuée à la Toussaint 1978[12].
Les 5 et , au niveau de la dalle qui surplombe la rivière à côte −103 mètres, le Groupe Spéléologique et Archéologique d'Agen et le GSQ-Fumel ouvre à l'explosif un passage très étroit permettant un regard sur la cascade où se jette la Rivière. Ce passage étroit et vertical est dépassé en utilisant un narguilé et en colmatant temporairement l'évacuation de la rivière. La cote −140 mètres est atteinte avec un arrêt sur un nouveau passage étroit noyé[7].
Du 3 au , le club spéléologique A.S. Roto-Sports plonge le Lac Terminal. Le plongeur Denis Sablé s'équipe sur les arches 15 mètres au-dessus de l'eau. Il explore une grande galerie de 10 à 15 mètres de diamètre jusqu'à une profondeur de 52 mètres sans en atteindre le fond[13]. De retour du 28 au , il atteint le fond du puits précédent à la profondeur de 60 mètres constitué d'une grande salle baptisée Salle du Collier avec une pente très argileuse et vers le nord une petite galerie de 1,5 mètres. La roche est couverte de concrétions en forme de choux-fleurs et d'argile[14].
Des topographies sont levées en 1957 (GSQ), 1963 (Jean Lesur), 1976 (G. S. Massat)[3] et 2008[15].
À Pâques 2007, l'équipe PlongéeSout, rassemblant douze spéléologues et onze plongeurs allemand, anglais, suisses et français, reprend les plongées du Lac Terminal et de la Rivière Suspendue. Ils établissent une plateforme en bois au-dessus du Lac et atteignent la profondeur de 89 mètres sans atteindre le fond de la cavité[16]. Dans la Rivière Suspendue, ils sont bloqués dans le 3ème siphon par un passage rétréci[8].
Notes et références
modifier- ↑ CDS46-spéléoguide du Lot, « Igue de Planagrèze » (consulté le )
- ↑ Jean Taisne, Contribution à un inventaire spéléologique du Département du Lot : coordonnées et situation de plus de 1300 cavités, Labastide-Murat, Comité Départemental de Spéléologie du Lot (CDS46), , 365 p. (ISBN 2-9509260-1-0), p. 116.
- 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 M. Faucher, A. Mautref , D. Millon, F. Péquignot , J-F. Renault, Sous la Brauhnie, Rueil-MalMaison, J-F. Renault, , p. 52
- 1 2 3 4 5 Spéléo Club de la Banque de France, Causse Toujours 2, Paris, , 144 p.
- 1 2 Jean Lesur, « Préface - Naissance des Vitarelles », Bulletin du Comité Départemental de Spéléologie du Lot (CDS46), no 11, , p. 5
- ↑ Jean-Noël Salomon, « Le causse de Gramat et ses alentours : les atouts du paysage karstique », Karstologia, no 35, , p. 1-12 (ISSN 0751-7688, lire en ligne)
- 1 2 Philippe Masson, « Echo des profondeurs - Lot - Igue de Planagrèze », Spelunca, no 8, octobre - décembre 1982, p. 10 (ISSN 0242-1771)
- 1 2 Franck Vasseur, « Écho des profondeurs - Lot - Igue de Planagrèze », Spelunca, no 109, , p. 8 (ISSN 0242-1771, lire en ligne)
- 1 2 3 4 Les abîmes : les eaux souterraines, les cavernes, les sources, la spéléologie : explorations souterraines effectuées de 1888 à 1893 en France, Belgique, Autriche et Grèce, Paris, Librairie Ch. Delagrave, , 578 p. (lire en ligne), chap. XIX (« Le Causse de Martel »), p. 335-336.
- 1 2 3 Groupe Spéléologique Massat et Groupe Spéléologique de Corrèze, « Igue de Planagrèze », Bulletin du Comité Départemental de Spéléologie du Lot (CDS46), no 2, , p. 28-32
- ↑ Jean Lesur, « Guy de Lavaur - Pionnier de la plongée souterraine en scaphandre autonome et spéléologue très attaché aux Causses du Lot », Bulletin du Comité Départemental de Spéléologie du Lot - CDS46, no 8, , p. 2
- ↑ Daniel Millon, « Retour à Planagrèze. », sur plongeesout.ffspeleo.fr (consulté le )
- ↑ Denis Sablé, « Écho des profondeurs - Lot - Igue de Planagrèze », Spelunca, no 34, avril - juin 1989, p. 5 (ISSN 0242-1771)
- ↑ Denis Sablé, « Écho des profondeurs - Lot - Igue de Planagrèze », Spelunca, no 37, janvier - mars 1990, p. 8 (ISSN 0242-1771)
- ↑ Pierre Boudinet, « échos des profondeurs France Lot-Igue de Planagrèze », Spelunca, no 114, , p. 4-5 (lire en ligne)
- ↑ Jean-marc Belin, « Des recycleurs à Planagrèze. », sur plongeesout.ffspeleo.fr (consulté le )
Voir aussi
modifierArticles connexes
modifierBibliographie
modifier- Jean Marc Belin, « Planagrèze », Plongéesout Mag, no 4, , p. 42-47 (lire en ligne).