Ihar Alinevich
Ihar Uladzimiravich Alinevich (en biélorusse : Ігар Уладзіміравіч Аліневіч) est un anarchiste biélorusse, prisonnier politique. Le 22 décembre 2021, il a été condamné par un tribunal biélorusse à 20 ans de prison[1].
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Ihar Uladzimiravich Alinevich |
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Biographie
modifierAlinevich a obtenu son diplôme de l’Université d'État de Bélarus d'informatique et de radioélectronique, avec l’ingénierie électronique comme spécialité. Au cours de ses études, il a pris une année sabbatique pour travailler sur un navire de croisière dans les Caraïbes. Depuis sa scolarité, il s’intéressait à l’histoire, et notamment au mouvement anarchiste. Il lisait les œuvres de Mikhaïl Bakounine, Piotr Alexeïevitch Kropotkine et Nestor Makhno[2].
Le 28 novembre 2010, Ihar Alinevich a été arrêté à Moscou par des agents de sécurité en civil. Il a été révélé par la suite qu’il avait été transféré au centre de détention provisoire du KGB à Minsk. Le 27 mai 2011, il a été condamné à huit ans de privation de liberté dans une colonie pénitentiaire. Il était accusé de hooliganisme ainsi que de dégradation de biens par un procédé présentant un danger pour le public et à une échelle particulièrement importante[2]. Plus précisément, les accusations portaient sur sa participation à une action menée près de l’état-major général des forces armées de Biélorussie le 19 septembre 2009, ainsi que sur une attaque contre l’ambassade de Russie à Minsk dans la nuit du 30 au 31 août 2010. Cette même nuit, deux cocktails Molotov ont été lancés dans l’enceinte de l’ambassade, provoquant l’incendie d’un véhicule de service[3]. Par la suite, il a également été accusé d’attaques contre le casino «Shangri La», le bureau de la banque «Moscou-Minsk» le 31 mai 2010, ainsi que le centre de détention provisoire d’Okrestina le 6 septembre 2010[2].
Les organisations de défense des droits humains soulignent que le procès d’Ihar Alinevich et des autres accusés a été entaché de nombreuses violations de la procédure. Ainsi, l’arrestation d’Alinevich à Moscou et son transfert ultérieur vers le centre de détention provisoire du KGB à Minsk étaient contraires à la procédure d’extradition applicable aux citoyens biélorusses depuis la Russie. Lors de son arrestation, il a été privé de la possibilité de bénéficier de l’assistance d’un avocat et, par conséquent, de contester son arrestation.
Alors qu’il était encore détenu, Alinevich a relaté dans son livre "Sur la route de Magadan" son expérience de la détention et les événements qui l’ont entourée. En 2013, il a reçu pour cet ouvrage le premier prix littéraire Frantsichak-Aliakhnovitch. Ce prix est décerné par Radio Liberty et le Centre PEN biélorusse à des auteurs ayant écrit leur œuvre en détention. Le livre a également été traduit en français.
En août 2015, Alinevich a été gracié et libéré avec cinq autres prisonniers politiques, parmi lesquels Mikalaj Statkevitch[4].
Dans la nuit du 28 au 29 octobre 2020, Alinevich a été arrêté avec trois autres anarchistes — Dzmitry Rezanovitch, Dzmitry Dubouski et Siarhei Ramanau — à la frontière entre la Biélorussie et l’Ukraine. Les quatre hommes ont été accusés de terrorisme, de possession d’armes ainsi que d’incendies criminels visant des véhicules de représentants des autorités, le siège de la police routière et le Comité d’État d’expertise médico-légale. Ihar Alinevich a été condamné à 20 ans de prison. Plusieurs organisations de défense des droits humains, dont Viasna, le Comité Helsinki biélorusse, le Centre PEN biélorusse ainsi que l’Association biélorusse des journalistes, considèrent les quatre anarchistes comme des prisonniers politiques[5].
Lors de son procès, Alinevich a déclaré ce qui suit: "Dans les conditions de l’autoritarisme biélorusse, la révolution n’a été rendue possible que précisément grâce à la décentralisation. Je voulais contribuer à faire évoluer davantage les événements dans une direction décentralisée, afin que le régime tombe sous l’assaut de l’unité du peuple, et non à la suite de négociations et de concessions menées en coulisses. Ainsi, l’objectif de ma participation à la lutte clandestine n’était ni d’intimider la population, ni d’influencer les autorités, ni de déstabiliser une société déjà déstabilisée. Au contraire, mon objectif était d’inspirer la population afin que, par des actions courageuses, elle croie en sa propre force. Je voulais libérer la personnalité révolutionnaire et radicaliser les consciences, afin que l’être humain surmonte les schémas habituels de soumission et les dogmes autoritaires"[6].
Alinevich est privé d’appels téléphoniques et de communications, y compris pour des raisons médicales. Il reçoit des lettres, mais uniquement de la part de membres de sa famille et pas de toutes les personnes qui lui écrivent. Il a été placé à plusieurs reprises en cellule disciplinaire. Au début du mois de juillet 2024, il a été révélé qu’Ihar avait été hospitalisé pendant une semaine en raison d’une suspicion d’ulcère gastrique. Cette aggravation de son état de santé est survenue après la grève de la faim qu’Ihar avait menée du 13 au 26 juin dans le SHIZO de la prison n° 8 de Jodzina[1].
Références
modifier- 1 2 (en) « 18 to 20 years in prison: anarchists sentenced in Minsk », Wjasna, (consulté le )
- 1 2 3 (be) « Ігар Аліневіч », Radio Liberty, (consulté le )
- ↑ (ru) « Коктейль Молотова возмутил посольство РФ в Минске », British Broadcasting Corporation, (consulté le )
- ↑ (en) « Belarus Releases Six Political Prisoners », Freedom House, (consulté le )
- ↑ (en) « Statement on recognition of Dzmitry Dubouski, Dzmitry Rezanovich, Ihar Alinevich and Siarhei Ramanau as political prisoners », PEN Belarus, (consulté le )
- ↑ (en) « ‘I couldn’t miss these pivotal historical times-I’ve waited 20 years of my life for them’ », Nottoday.media