Il Giorno

quotidien italien

Il Giorno (« Le Jour ») est un quotidien généraliste italien publié à Milan depuis le 21 avril 1956. Créé à l’initiative d’Enrico Mattei, président de l’Eni, il prend pour modèle le Daily Express de Londres et se veut une alternative au Corriere della Sera. Il soutient le centre gauche.

Il Giorno
Pays Drapeau de l'Italie Italie
Langue Italien
Périodicité Quotidien
Genre Généraliste
Diffusion 13 620 ex.(décembre 2024)
Fondateur Cino Del DucaVoir et modifier les données sur Wikidata
Date de fondation
Éditeur QN Media
Ville d’édition Milan
Propriétaire LMDV Media (80 %)
Directeur de la rédaction Agnese Pini
ISSN 1124-2116
2499-3077
2499-3107Voir et modifier les données sur Wikidata
OCLC 759765507Voir et modifier les données sur Wikidata
Site web www.ilgiorno.it

Sous la direction de Gaetano Baldacci puis, à partir de la fin de 1959, d’Italo Pietra, il adopte une présentation qui rompt avec celle des quotidiens italiens de l’époque. Il publie de nombreux écrivains, dont Pier Paolo Pasolini, Carlo Emilio Gadda et Italo Calvino. Sa ligne politique lui vaut l’hostilité du patronat et d’une partie du monde politique.

Contrôlé par l’Eni jusqu’en 1997, le titre est ensuite racheté par Poligrafici Editoriale, éditeur d’Il Resto del Carlino à Bologne et de La Nazione à Florence. En 2026, une société de Leonardo Maria Del Vecchio acquiert 80 % de l’éditeur des trois quotidiens. La diffusion d’Il Giorno est de 13 620 exemplaires en décembre 2024.

Histoire

modifier

Fondation

modifier

La société éditrice du futur journal, la Società editrice lombarda (SEL), est constituée le . Son capital, d’un million de lires à l’origine, est porté à cent millions le mois suivant. Gaetano Baldacci en détient 9 %, Bruno Giussani 49 % pour le compte d’Enrico Mattei et Oreste Cacciabue 42 % pour le compte de l’éditeur Cino Del Duca. Le titre est enregistré au tribunal de Milan le . Le premier numéro paraît le  ; il revendique pour modèle le Daily Express de Londres et entend contester la position dominante du Corriere della Sera à Milan[1][2].

Le journal naît à l’initiative de Mattei[2], que la notice d’autorité de la Bibliothèque nationale de France présente comme son fondateur[3]. L’Eni le décrit comme l’un des principaux actionnaires du journal et l’un des acteurs de sa fondation[4]. Dans une lettre de mars 1959, Baldacci revendique au contraire la paternité du projet : « Il «Giorno» è stato disegnato da me, concepito da me ». Selon Mauro Forno, Mattei voulait moderniser la communication de l’Eni : les subventions versées aux journaux et aux journalistes présentaient à ses yeux des « limiti insuperabili »[1].

Direction de Gaetano Baldacci (1956-1959)

modifier

Venu du Corriere della Sera, Gaetano Baldacci dirige le journal dès 1956. Le démarrage est difficile. La même année, la direction supprime l’édition de l’après-midi et licencie plus de cent personnes. En octobre, Del Duca suspend son financement pour tenter d’écarter Baldacci[1]. D’après une note de la préfecture de Milan du , l’Eni devient alors le bailleur de fonds effectif du journal, par l’intermédiaire d’un contrat publicitaire[n 1]. Le , le ministre Mario Ferrari Aggradi déclare au Sénat que le journal est contrôlé par la société financière Sofid, détenue à 49 % par l’Eni, à 49 % par l’IRI et à 2 % par le ministère[1].

Le Conseil des ministres présidé par Antonio Segni officialise le renvoi de Baldacci le [n 2]. Selon plusieurs reconstitutions citées par Forno, Segni aurait agi sur l’indication de Giovanni Malagodi, en échange d’un appui extérieur de la droite à son gouvernement[1]. D’après Vittorio Emiliani, c’est à la fin de 1959 que Mattei révèle être le véritable éditeur du journal[5].

Direction d’Italo Pietra

modifier

Ancien partisan et proche de Mattei, Italo Pietra est nommé directeur à la fin de 1959. Il crée des suppléments hebdomadaires et des éditions locales. Il fait aussi entrer au journal Calvino, Gadda, Pasolini, Alberto Arbasino, Giorgio Bocca, Giampaolo Pansa et Enzo Forcella[1]. Vittorio Emiliani cite parmi les collaborateurs de cette période Tiziano Terzani, Natalia Aspesi et le dessinateur Tullio Pericoli. Selon lui, Pietra laisse une large liberté à ses journalistes, sauf sur la politique pétrolière. En juillet 1960, pendant la crise du gouvernement Tambroni, il refuse de renvoyer le titreur de la une comme le lui demandait Ferrari Aggradi[5].

Après la mort de Mattei, le , on prête à l’éditeur Angelo Rizzoli et à la société Montecatini l’intention de racheter le journal[1]. Pietra reste à sa tête une douzaine d’années. Il est écarté après le retour du centre droit au pouvoir, avec le gouvernement de Giulio Andreotti et de Giovanni Malagodi[5].

De 1972 à la cession de 1997

modifier

Gaetano Afeltra prend la direction du journal en 1972[6]. La notice du projet VIVIT situe le niveau de diffusion le plus élevé au milieu des années 1980, avant une crise des ventes[7].

En janvier 1997, l’Eni s’apprête à céder le titre, par l’intermédiaire de la Sogedit, à la société New Day, dirigée par Gianni Locatelli. Le groupe Poligrafici Editoriale avait fait une offre concurrente. Deux interrogations parlementaires adressées au président du Conseil demandent les raisons de ce choix[8]. L’Eni vend finalement le journal à Poligrafici Editoriale la même année[4][9]. Ce groupe publie déjà Il Resto del Carlino et La Nazione. Les trois quotidiens partagent depuis une édition nationale, Quotidiano Nazionale (QN), et conservent chacun leurs éditions régionales[9][7].

Depuis 2016

modifier

En avril 2016, lors du soixantième anniversaire, Giancarlo Mazzuca dirige le journal[10]. Depuis le , Agnese Pini dirige toutes les publications du groupe Editoriale Nazionale, dont Il Giorno[11].

Le , le conseil d’administration de Monrif, qui contrôle Editoriale Nazionale, accepte l’offre ferme de LMDV Capital, la société d’investissement de Leonardo Maria Del Vecchio[12][13]. En mai 2026, LMDV Media acquiert 80 % de la société éditrice d’Il Giorno, de La Nazione, d’Il Resto del Carlino et de QN. La famille Riffeser Monti en conserve une part[14][15]. Le site d’information Open s’appuie sur le bilan 2025 et sur l’acte notarié. D’après lui, Del Vecchio verse au total 54,777 millions d’euros, alors que la société a enregistré une perte en 2025 et que ses capitaux propres sont négatifs[n 3][16]. Le magazine nss France range ce contrôle d’Editoriale Nazionale parmi les activités d’édition de LMDV Capital, avec sa participation de 30 % dans Il Giornale[17].

Le journal célèbre ses soixante-dix ans le au Palazzo Bovara, à Milan, en présence du nouvel éditeur[2]. En juillet 2026, Mario Orfeo est désigné directeur éditorial de la société éditrice, rebaptisée QN Media, à compter de septembre. Agnese Pini est confirmée à la direction des journaux du groupe[18].

Formule et ligne éditoriale

modifier

Le journal rompt avec la mise en page uniforme des quotidiens italiens. Il paraît en couleur et publie un horoscope et des bandes dessinées[19]. La notice du projet VIVIT, réalisé avec l’Accademia della Crusca, relève ses gros titres, ses nombreuses brèves et ses commentaires vifs[7]. La rédaction s’installe via Settala, près de la gare centrale de Milan[19].

Selon Mauro Forno, le quotidien soutient le centre gauche et les réformes sociales. Il critique les grands groupes privés et la politique étrangère atlantiste, et s’intéresse au tiers-monde et aux mouvements de libération d’Afrique et d’Asie[1]. Omar Kerkeb écrit que Mattei s’en sert pour faire connaître la cause algérienne pendant la guerre d'Algérie[20]. Les notes d’informateurs étudiées par Forno signalent aussi des inflexions. En mars 1957, l’une d’elles estime que le journal « si allinea sul conformismo democristiano ». En septembre 1962, Mattei aurait souhaité « raddolcire la linea sinistroide del giornale », et Forcella est invité à « attenuare la colorazione » de ses articles[1].

Collaborateurs

modifier

Paolo Murialdi devient rédacteur en chef en 1956. De 1960 à 1967, il supervise aussi les pages culturelles, dont la page hebdomadaire Letteratura e arte nel mondo et le supplément mensuel Giornolibri (1963-1966). D’après une thèse de doctorat soutenue à l’université de Milan, ces pages s’écartent de la « terza pagina » traditionnelle de la presse italienne[21].

Parmi les écrivains publiés par le journal figurent Pasolini, Gadda, Calvino, Giorgio Bassani, Umberto Eco, Carlo Cassola, Goffredo Parise, Natalia Ginzburg, Giorgio Manganelli, Attilio Bertolucci, Fernanda Pivano et Leonardo Sciascia[2][19]. Pasolini y signe des récits du dimanche et des reportages[19]. À la fin de 1964, il accorde un entretien au supplément culturel[22]. Primo Levi y publie, sous le pseudonyme de Damiano Malabaila, des récits de science-fiction repris ensuite dans Storie naturali[19].

Diffusion

modifier

Les chiffres des premières années varient selon les documents réunis par Forno. Ils donnent une moyenne d’environ 180 000 exemplaires pendant les deux premières années, et de 90 000 à 100 000 exemplaires selon la préfecture en octobre 1956. Baldacci annonce environ 220 000 exemplaires en mars 1959, et une note d’octobre 1962 en compte environ 300 000[1]. D’après les chiffres ADS publiés par Il Post, la diffusion moyenne est de 13 620 exemplaires en décembre 2024, en baisse de 14 % sur un an[23].

Réception critique

modifier

Mauro Forno qualifie le journal de « sorvegliato speciale » (« surveillé spécial ») des informateurs de police. Selon les documents qu’il étudie, une circulaire de la Confindustria invite les entrepreneurs privés à boycotter le journal comme support publicitaire. Luigi Sturzo attaque Mattei, surtout en 1957 et 1958, tandis que Giovanni Malagodi et le Parti libéral italien sont hostiles au journal. En 1960 et 1961, des articles provoquent les protestations de l’ambassade d’Espagne et de la principauté de Monaco[1].

Goffredo Fofi a rendu compte de l’ouvrage de Vittorio Emiliani consacré au journal. Il estime que, sous ses premiers directeurs, Il Giorno était « il migliore dell’Italia » et a contribué à former une opinion publique nouvelle. Selon lui, il devient en 1972, sous Afeltra, « un giornaletto corrotto e corruttore come tanti ». Fofi ajoute que « lo uccise la destra democristiana »[6]. Emiliani présente Italo Pietra comme la « bestia nera » des dorotéens[5]. L’Eni, ancien propriétaire du titre, le décrit comme une école pour les jeunes journalistes de l’époque et des générations suivantes[4].

En janvier 1997, les députés Armaroli et Selva affirment que le quotidien « è costato ai contribuenti italiani decine di miliardi » de lires[8]. En 2026, Open écrit que l’achat par Del Vecchio a sauvé la société éditrice des trois quotidiens « in extremis dalla chiusura »[16].

Notes et références

modifier
  1. ↑ La préfecture fait état d’un contrat publicitaire d’« una somma iniziale di 240 milioni » de lires ; une autre note d’informateur évoque 200 millions versés par l’Agip[1].
  2. ↑ La décision est prise à la majorité le . Une note d’informateur du fait au contraire état d’une démission annoncée par Baldacci le [1].
  3. ↑ Open désigne la société sous le nom d’« Editoriale Italiana »[16], les autres sources sous celui d’Editoriale Nazionale[12][14][13].

Références

modifier
  1. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 (it) Mauro Forno, « Un «sorvegliato speciale». «Il Giorno» di Mattei nelle carte degli informatori di polizia », Contemporanea, no 2,‎ (DOI 10.1409/73532, lire en ligne, consulté le ).
  2. 1 2 3 4 (it) « Il Giorno, compie 70 anni lo storico quotidiano milanese », sur Sky TG24, (consulté le ).
  3. ↑ « Mattei, Enrico (1906-1962) », sur Catalogue général de la BnF, Bibliothèque nationale de France (consulté le ).
  4. 1 2 3 (en) « Publishing », sur Eni (consulté le ).
  5. 1 2 3 4 (it) Vittorio Emiliani, « Cento anni fa », L'Unità,‎ , p. 35 (lire en ligne, consulté le ).
  6. 1 2 (it) Goffredo Fofi, « Vittorio Emiliani, Orfani e bastardi. Milano e l’Italia viste dal Giorno », sur Internazionale, (consulté le ).
  7. 1 2 3 (it) « Il Giorno », sur VIVIT, Accademia della Crusca (consulté le ).
  8. 1 2 (it) « Allegato B ai resoconti, seduta del 20 gennaio 1997 » [PDF], sur Camera dei deputati, (consulté le ).
  9. 1 2 (it) « Motterle: una testata molto amata », sur VareseNews, (consulté le ).
  10. ↑ (it) « Il Giorno festeggia i suoi sessant'anni », sur VareseNews, (consulté le ).
  11. ↑ (it) Giorgio Catania, « Agnese Pini », sur Fortune Italia, (consulté le ).
  12. 1 2 (en) « Lmdv Capital becomes majority shareholder of Editoriale Nazionale », sur Il Sole 24 Ore, (consulté le ).
  13. 1 2 (it) « Leonardo Maria Del Vecchio comprerà i giornali del gruppo Editoriale Nazionale », sur Il Post, (consulté le ).
  14. 1 2 (en) « Editoriale Nazionale passes to Lmdv, deal with Monrif closed », sur Il Sole 24 Ore, (consulté le ).
  15. ↑ (it) Fabio Cupolo Carrara, « Leonardo Maria Del Vecchio rileva l'80% del gruppo Monrif », sur La Voce di New York, (consulté le ).
  16. 1 2 3 (it) Fosca Bincher, « Leonardo Maria Del Vecchio ha pagato 54,777 milioni l'80% della società che edita Nazione, Giorno e Resto del Carlino salvandola in extremis dalla chiusura », sur Open, (consulté le ).
  17. ↑ Lorenzo Salamone, « Leonardo Maria del Vecchio a quitté Luxottica. Il restera cependant actionnaire », sur nss France, (consulté le ).
  18. ↑ (it) Alessandro Rigamonti, « Mario Orfeo lascia la direzione di Repubblica. Diventerà il direttore editoriale di QN Media di Leonardo Maria Del Vecchio », sur Milano Finanza, (consulté le ).
  19. 1 2 3 4 5 (it) Francesca Brunati, « Il Giorno compie 70 anni tra rivoluzione grafica e grandi scrittori », sur L'Adige (ANSA), (consulté le ).
  20. ↑ (it) Omar Kerkeb, « Le relazioni italo-algerine: Enrico Mattei e la Guerra di Liberazione Nazionale Algerina (1954-1962) », Aleph. Langues, médias et sociétés, vol. 10, no 3,‎ , p. 31-51 (lire en ligne, consulté le ).
  21. ↑ (it) E. Castiglioni, « Paolo Murialdi e le pagine culturali del «Giorno»: letteratura e arte nel mondo (1960-67) (thèse de doctorat) », sur AIR – Università degli Studi di Milano, (consulté le ).
  22. ↑ (it) Alfredo Barberis, « «Mi è tornata la fantasia del narratore»: Pasolini cinquant'anni fa », Between, vol. 4, no 7,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  23. ↑ (it) « I quotidiani locali a dicembre », sur Il Post, (consulté le ).

Voir aussi

modifier

Bibliographie

modifier
  • (it) Vittorio Emiliani, Orfani e bastardi : Milano e l'Italia viste dal Giorno, Donzelli, 312 p.
  • (it) Mario Consani et Stefano Passarelli, Quelli che..Il Giorno, All Around

Articles connexes

modifier

Liens externes

modifier