Ilbide est en quelque sorte une route sacrée, car elle est le trait d'union établi entre la maison et sa sépulture. C'est le chemin par où passent la croix, les morts et le cortège funèbre ; c'est également là que l'on brûle le lit du défunt et que l'on prie pour lui le jour de l'enterrement.

Chemin entre Igeldo et Orio.

Étymologie et appellations

modifier

Il signifie « mort » en basque. Ce terme concerne les êtres humains et les abeilles (Erle), animal sacré chez les Basques. Pour les animaux, domestiques ou sauvages, on emploie le mot Galdu[1].

Ilbide est une appellation basque du chemin funéraire traditionnel, c'est-à-dire le chemin emprunté pour transporter le défunt de sa maison à l'église et au cimetière. Le terme hilbide est également attesté. Ces chemins, particulièrement documentés dans les régions d'habitat dispersé du Pays basque, reliaient les maisons aux lieux de culte et de sépulture. Ils étaient traditionnellement considérés comme des itinéraires déterminés, dont le tracé ne devait pas être modifié librement[2].

Plusieurs appellations sont attestées dans la documentation ethnographique et lexicographique basque :

  • Hilbide : littéralement « chemin des morts », composé de hil (« mort ») et de bide (« chemin ») ;
  • Andabide : chemin des brancards ou des moyens de portage du cercueil ; cette appellation est également documentée sous les formes andabidea et andabideak[3] ;
  • Gorputz-bide et gorpuzbide : chemin du corps ou chemin funéraire. Les formes gorpuzbidea et gorpuzbideak sont également relevées dans les enquêtes ethnographiques[4] ;
  • Elizbide ou eleizbide : chemin de l'église. Cet itinéraire pouvait servir aux funérailles, mais aussi à d'autres déplacements rituels entre la maison et l'église, notamment les baptêmes, les mariages et le transport du viatique[3] ;
  • Kurutzebide, kurutzebidea, kuruzbide et kurtzebide : appellations associées au chemin de la croix et attestées dans différentes localités du Pays basque[3],[4] ;
  • Herri-bide : chemin du pays ou chemin communal. Le terme est aussi attesté au sens de chemin funéraire, notamment lorsque d'anciens itinéraires mortuaires sont devenus des chemins de circulation ordinaires[5] ;
  • Zurrunbide : autre appellation recensée dans le lexique basque des chemins funéraires[4].

La forme erribide doit être traitée avec prudence. La documentation ethnographique relève erribidea dans certains contextes locaux et montre que les chemins funéraires ont parfois été confondus avec les chemins vicinaux. Le rapprochement avec herri-bide est donc plausible, mais il ne suffit pas à démontrer que toutes les occurrences de erribide résultent d'une mauvaise transcription[3],[5].

De même, korputzbide n'est pas la graphie normalisée à privilégier dans une rédaction générale : les sources consultées attestent notamment gorputz-bide et gorpuzbide. Quant à kuutzebide, cette graphie n'a pas été confirmée dans les références vérifiées ; les formes kurutzebide et kuruzbide sont mieux documentées. La graphie exacte kurtzeko bide, prise comme appellation autonome, reste également à vérifier.

Usages, traditions et croyances

modifier
cortège funèbre à Saint-Sébastien en 1941.

Le cortège funèbre, ou l'ensemble des personnes accompagnant le défunt de la maison mortuaire à l'église puis au cimetière, devait traditionnellement emprunter un itinéraire déterminé reliant la maison à son lieu de sépulture. Ces chemins funéraires, appelés notamment hilbide, andabide, gorpuzbide ou elizbide selon les régions, étaient particulièrement caractéristiques des zones rurales à habitat dispersé du Pays basque[6].

Ces chemins étaient considérés comme fixes et inviolables, et leur tracé bénéficiait d'un respect religieux. Dans plusieurs localités, chaque maison ou ferme disposait de son propre itinéraire jusqu'à un chemin commun conduisant à l'église. Ces voies étaient entretenues collectivement et leur tracé pouvait être soumis à des règles coutumières relatives au passage des cortèges funèbres.

Dans certaines localités, le passage du cadavre, de la croix paroissiale ou du cortège funèbre sur une propriété privée pouvait entraîner la création d'une servitude de passage, voire être interprété comme l'établissement d'un chemin public. Cette croyance n'était toutefois pas universelle. Dans d'autres localités, un détour exceptionnel ne créait aucun droit de passage permanent[7]. Certaines pratiques visaient notamment à empêcher qu'un passage occasionnel sur une propriété privée ne crée automatiquement un droit de passage permanent[2],[3].

L'ilbide revêtait ainsi une dimension symbolique et religieuse : il constituait le lien entre la maison familiale et la sépulture, et était parcouru par la croix paroissiale, le défunt et le cortège funèbre. Dans certaines localités, ces chemins servaient également à d'autres pratiques religieuses, notamment aux processions et aux prières collectives[6],[3].

Une autre coutume funéraire consistait à brûler le matelas de paille ou la paillasse sur laquelle le défunt avait reposé. Cette pratique, appelée lastaira erre en basque, était encore répandue dans différentes régions su Pays basque au début du XXe siècle. La combustion avait généralement lieu au carrefour le plus proche de la maison mortuaire, parfois sur le chemin conduisant à l'église. Les voisins qui accomplissaient ce rite récitaient habituellement un Pater noster ou d'autres prières, dans certaines localités, le feu était également aspergé d'eau bénite. Les cendres laissées sur place rappelaient le décès aux passants, qui pouvaient à leur tour prier pour l'âme du défunt[8].

L'usage de ces chemins a progressivement diminué avec la construction de routes plus commodes, l'évolution des modes d'habitat et l'apparition des véhicules funéraires. Leur existence demeure néanmoins documentée dans les enquêtes ethnographiques consacrées aux rites funéraires basques et dans la toponymie locale[2],[3].

Références

modifier
  1. ↑ (es) « Aviso a las abejas. «Erletxuak, erletxuak» », Atlas Etnográfico de Vasconia (consulté le )
  2. 1 2 3 (eu) Etniker Euskalerria, « Hilbideak », Bilbao, Labayru Fundazioa (consulté le )
  3. 1 2 3 4 5 6 7 (eu) « Vasconia peninsular. Andabideak », Bilbao, Labayru Fundazioa (consulté le )
  4. 1 2 3 (eu) « Camino del féretro », Bilbao, Labayru Fundazioa, Labayru Hiztegia (consulté le )
  5. 1 2 (eu) « Herri-bide », Bilbao, Labayru Fundazioa, Labayru Hiztegia (consulté le )
  6. 1 2 (eu) Etniker Euskalerria, « Hilbideak », Bilbao, Labayru Fundazioa, Atlas Etnográfico de Vasconia (consulté le )
  7. ↑ (es) « Significación jurídica de los caminos mortuorios », Bilbao, Labayru Fundazioa, Atlas Etnográfico de Vasconia (consulté le )
  8. ↑ (es) « Quema del jergón. Lastaira erre », Bilbao, Labayru Fundazioa, Atlas Etnográfico de Vasconia (consulté le )

Bibliographie

modifier

Articles connexes

modifier