Imprimerie Thaâlibia

maison d'édition algérienne

L’imprimerie Thaâlibia (en arabe : المطبعة الثعالبية) est une maison d’édition algérienne basée à Alger et fondée en 1895. Elle publie des ouvrages dans les domaines de la religion, du soufisme, de la littérature, de la pensée nationaliste, ainsi que de l’art et de la culture. Les Éditions Thaâlibia disposaient d’un vaste réseau de diffusion en Algérie et en Afrique du Nord. Elle s’est notamment distinguée en étant la première à imprimer le Coran en Algérie.

Imprimerie Thaâlibia
Repères historiques
Création 1895
Dates clés 1931 : première impression du Coran en Algérie
Fondée par Ahmed ben Mourad Roudoci
Kaddour ben Mourad Roudoci
Fiche d’identité
Forme juridique Société familiale
Statut Éditeur indépendant
Siège social Casbah d'Alger (Algérie)
Dirigée par Famille Roudoci ben Mourad
Personne(s) clé(s) Kaddour ben Mourad Roudoci
Spécialités Ouvrages religieux, patrimoine islamique, fiqh, littérature, soufisme
Titres phares Mus'haf Thaâlibia, Al-Jawâhir al-hisân fî tafsîr al-Qur’ân
Langues de publication Arabe
Français
Diffuseurs Réseau de diffusion en Algérie et en Afrique du Nord
Filiales Al-Maktaba al-Adabiya

Histoire

modifier

L’Imprimerie Thaâlibia est fondée en 1895 par les frères Ahmed et Kaddour ben Mourad Roudoci, d’origine turque. Elle est installée à la rue Ahmed Bouzerbia, dans la Casbah d'Alger. Les fondateurs y associent également une librairie et salle de lecture appelée « Al-Maktaba al-Adabiya » (« la Bibliothèque littéraire »)[1].

Roudoci Kaddour ben Mourad al-Turki était un marchand de livres originaire de l’île de Rhodes. L'historien, Abou el-Kacem Saadallah, indique que la famille Ben Mourad faisait partie des familles ottomanes établies en Algérie durant l'époque de la Régence d'Alger, avant d’être expulsée par l’occupation française lors de la conquête d’Alger et de se réfugier à Rhodes. Roudoci Kaddour ben Mourad développa ensuite un commerce de livres importés d’Égypte, du Liban et d’autres régions du Moyen orient. Au cours de ses activités commerciales, il entretint de bonnes relations avec les autorités françaises ainsi qu’avec leurs consuls présents dans plusieurs pays arabes. Ces liens lui permirent finalement d’obtenir l’autorisation de revenir en Algérie, après que le gouverneur général français Jules Cambon accepta son installation à Alger et l’exercice du commerce du livre dans la ville[2].

Considérée comme la première imprimerie établie en Algérie, elle est placée sous le nom de l’érudit Abdelrahmane Thaâlibi. Elle a joué un rôle important dans la diffusion d’ouvrages algériens et étrangers. Toutefois, malgré une production intellectuelle locale soutenue, les moyens techniques de l’imprimerie demeuraient limités, ce qui maintenait le recours aux Zaouïas en Algérie pour la reproduction manuscrite des textes savants[3],[4].

L’évolution des techniques d’impression s’est faite en deux étapes : d’abord l’usage du style dit « thaâlibi ancien », relevant de l’écriture maghrébine, puis l’adoption progressive de l’écriture orientale, notamment le style coufique[4].

Dans les premières éditions de l’imprimerie, vers 1911, figurait sur les ouvrages la mention : « Imprimerie Thaâlibia, appartenant à Ahmed ben Mourad al-Turki et à son frère ». En 1924, les ouvrages portaient la mention : « Imprimerie Thaâlibia et Bibliothèque littéraire, appartenant à Rodossi Kaddour ben Mourad al-Turki ». Puis, à partir des années 1970, cette formule fut remplacée par : « Société Rodossi Kaddour ben Mourad al-Turki et ses fils ». Cela témoigne de l’évolution de la propriété de l’imprimerie et de la librairie, passée des deux frères à un seul frère, puis aux descendants de la famille[1].

Publications

modifier
Le Mus'haf Thaâlibia rédigé selon la récitation de warch 'an naafi' et calligraphié en écriture maghrébine.

L’Imprimerie Thaâlibia a dépassé le simple cadre de la diffusion du patrimoine algérien. À travers ses publications, elle a également contribué à des dynamiques de réforme religieuse, culturelle et sociale. Elle s’imposa progressivement comme l’un des principaux centres d’impression des ouvrages religieux en Algérie, se spécialisant dans l’édition du Coran et des textes classiques du patrimoine islamique. Elle publia un important corpus d’ouvrages de référence, parmi lesquels le Tafsîr de l’imam Abderrahman et-Thaâlibi, celui d’Al-Tabari, le commentaire coranique d’Al-Baydawi, le Matn al-Shâtibiyya et son commentaire par Ibn al-Qâsih (ar), le Matn Tuhfat al-Atfâl, ainsi que le Sahih al-Bukhari accompagné du commentaire d’Ibn Hajar al-Asqalani et le Sahih Muslim avec l’exégèse d’Al-Nawawi. Grâce à l’ampleur de sa production, elle occupa une place dominante dans ce domaine, sans véritable concurrent en Algérie. Entre 1920 et 1927, elle entreprit également la réalisation de catalogues détaillés recensant l’ensemble de ses publications[2].

Catalogue des ouvrages

modifier

L’Imprimerie Thaâlibia publiait régulièrement des catalogues de ses ouvrages, dont on recense environ une trentaine entre 1920 et 1928. Parmi ceux-ci figure notamment un catalogue publié en 1928, qui dresse l’inventaire de ses productions et constitue l’un des témoignages les plus complets de son activité éditoriale à cette période. Cet ouvrage recense les livres imprimés en 1928 et présente un intérêt particulier pour les chercheurs en sciences de l’information, en bibliothéconomie et en archivistique, ainsi que pour l’étude des manuscrits et des sources documentaires[5],[6].

Impression du Coran

modifier
Colophon du Coran selon la récitation de Warsh d’après Nafi‘, imprimé à l’Imprimerie ath-Thaâlibiyya en Algérie

L’Imprimerie Thaalibiya s’est distinguée par l’impression du Coran  : une première édition parut en 1912, suivie d’une deuxième en 1917, puis d’une édition complète en 1922, avant de nouvelles éditions en 1931 et en 1937. L’édition de 1931 est considérée comme la première édition imprimée du Coran en Algérie. Elle fut réalisée en écriture maghrébine par le calligraphe algérien Mohammed Cheradi, dit Mohammed Sefati, selon la récitation de warch 'an naafi'[7],[8].

Le texte suit la tradition de Warsh d’après la lecture attribuée à Nafi‘ al-Madani, transmise par Uthman ibn Sa‘id al-Qurashi. L’orthographe et la vocalisation respectent notamment les règles exposées par Al-Kharrraz dans sa versification Mawrid al-Dham‘an. Le décompte des versets adopte la méthode coufique telle que présentée dans Al-Bayan d’Al-Dani, fixant le nombre des versets à 6 236. Les indications relatives aux sourates mecquoises et médinoises ont été reprises d’un Coran imprimé en Égypte en 1342 H, puis révisé en 1356 H par des spécialistes des sciences coraniques[7],[8].

Autres ouvrages

modifier

Selon les sources historiques, l’activité de l’Imprimerie Thaâlibia s’est particulièrement distinguée par la publication d’ouvrages et de livres de droit (fiqh) et de linguistique, parmi lesquels[3],[9],[10] :

  • Matn Khalil consacré au droit malékite, imprimé en 1903.
  • Matn al-Ashmûniyya (Tuhfat al-Hukkâm fî nukat al-‘uqûd wa-l-ahkâm) d’Abou Bakr Ibn ‘Âsim, imprimé en 1327 H.
  • Ta‘tîr al-akwân fî shadhâ nafahât ahl al-‘irfân de Mohammed ben El-Saghir ben El-Hadj El-Mokhtar, ouvrage biographique imprimé en 1916.
  • Manâr al-Ishrâf d’Achour ben Mohammed al-Khenqi (1914), suivi de sa réfutation par Abdelrahmane al-Diss dans Hadm al-Manâr, également imprimée par l’Imprimerie Thaâlibia.
  • Mu‘jam mukhtasar sharh mâ ubhima min Kitâb al-Jawâhir al-Hissân d’Abd al-Rahman al-Tha'alibi, imprimé en 1328 H.
  • Iqâdh al-wasnân fî al-‘amal bi al-hadîth wa-l-Qur’ân de Mohammed ibn Ali al-Sanoussi, imprimé en 1914.
  • Kashf al-rumûz fî sharh al-aqâqîr wa-l-ashâb d’Abdelrazzaq Ben Hammadouche, imprimé en 1928 puis réédité en 1930.
  • Al-Bustân fî dhikr al-awliyâ’ wa-l-‘ulamâ’ bi Tilimsân d’Ibn Maryam al-Tilimsani, imprimé en 1326 H / 1908.
  • Al-Jawâhir al-hisân fî tafsîr al-Qur’ân du cheikh Abd al-Rahman al-Tha'alibi, publié entre 1905 et 1907.
  • Mufîd al-muhtâj ‘alâ al-manzûma al-musammâ bi-l-Sirâj de Sahnoun ben Othman al-Wancharissi, imprimé en 1906.
  • ‘Unwân al-dirâya fî man ‘urifa min al-‘ulamâ’ fî al-mi’a al-sâbi‘a bi-Bijâya d’Abou al-‘Abbâs Ahmad al-Ghubrini, imprimé en 1930.
  • Al-‘Ulûm al-fâkhira fî al-nazar fî umûr al-âkhira d’Abd al-Rahman al-Tha'alibi, premier ouvrage imprimé par l’Imprimerie Thaâlibia en 1903 dans une édition établie par Mohammed ben Mustapha ben al-Khûja, puis réédité en 1930.

Postérité

modifier

Le cheikh Bachir Daïf ben Abou Bakr ben El-Bachir ben Omar al-Jazaïri s’est distingué en consacrant un ouvrage intitulé « Les efforts de l’Imprimerie Thaâlibia dans la diffusion et l’impression du patrimoine algérien », ainsi qu’une autre étude intitulée « Les débuts de l’imprimerie en Algérie », deux manuscrits qui demeurent inédits à ce jour. Il a également établi un catalogue recensant l’ensemble des ouvrages du patrimoine islamique et arabe imprimés par l’Imprimerie Thaâlibia[4].

Le , le ministre des Affaires religieuses et des Wakfs, Youcef Belmehdi, ainsi que le ministre de la Poste et des Télécommunications, Sid Ali Zerrouki, ont procédé au lancement d’un timbre-poste commémoratif consacré au Mushaf Rodossi. Cette émission philatélique a pour objectif de valoriser ce mushaf, considéré comme l’un des plus anciens exemplaires du Coran imprimés en Algérie en écriture maghrébine algérienne, et largement diffusé à travers l’Afrique sous l’appellation de « Mushaf d’Algérie »[11].

Références

modifier
(ar) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en arabe intitulé « المطبعة الثعالبية » (voir la liste des auteurs).
  1. 1 2 (ar) Redouane Ben Brahim Lekhchine, « مصحف المطبعة الثعالبية (أول مصحف مطبوع بالجزائر) عرض ودراسة » [« Le Coran de l’Imprimerie Thaâlibia (premier Coran imprimé en Algérie) : présentation et étude »], Al Mieyar, vol. 21, no 41, , p. 7-34 (lire en ligne, consulté le )
  2. 1 2 (ar) « تأسست بدعم فرنسي لكنها قاومت محاربة اللغة العربية وطبعت أول مصحف في الجزائر.. “المطبعة الثعالبية” » [« Fondée avec le soutien des autorités françaises, mais engagée dans la défense de la langue arabe et à l’origine de l’impression du premier Coran en Algérie : l’Imprimerie Thaâlibia »], sur Arabic post, (consulté le )
  3. 1 2 (ar) « المصحف العتيق"رودوسي" أول مصحف طبع بالجزائر سنة 1931 » [« Le vieux Coran “Rodossi”, premier exemplaire du Coran imprimé en Algérie en 1931 »], sur Radio Algérie, (consulté le )
  4. 1 2 3 (ar) « المَطْبعة الثَّعالبية » [« Imprimerie Thaâlibia »], sur Diwan alarabia (consulté le )
  5. (ar) « فهرس المطبعة الثعالبية، قائمة الكتب المطبوعة عام 1928م » [« Catalogue⁠ de l’Imprimerie Thaalibiya, liste des ouvrages imprimés en 1928 (PDF) »], sur Univeyes (consulté le )
  6. (ar) Mohamed Lahouazi, « مطابع الجزائر "منقذ تاريخي" من مخططات التغريب - فرنسا عمدت إلى احتكار حركة الطباعة والنشر منذ استعمارها البلاد عام 1830 » [« Les imprimeries en Algérie : un “sauvetage historique” face aux projets d’occidentalisation — la France a cherché à monopoliser l’activité d’impression et d’édition depuis son occupation du pays en 1830 »], sur Independent arabia, (consulté le )
  7. 1 2 (ar) Ikram Ben aïssa, « دراسة كوديكولوجية للمصحف الشريف العائلي (نسخة رودوسي المطبوعة سنة 1937م) » [« Étude codicologique du noble Coran familial (exemplaire Rodossi imprimé en 1937) »], AL-IBAR From Historical And Archaeological Studies, vol. 7, no 2, , p. 217-244 (lire en ligne, consulté le )
  8. 1 2 (ar) Abdelhadi Laguab, « تاريخ طباعة المصحف في الجزائر » [« Histoire de l’impression du Coran en Algérie »], Risālat al-Masjid, vol. 20, no 1, , p. 91-99 (lire en ligne, consulté le )
  9. (ar) « لمحة عن تاريخ الطباعة في الجزائر » [« Aperçu de l’histoire de l’imprimerie en Algérie »], sur Elwassat, (consulté le )
  10. (ar) Abu Bakr Belkacem Daïf, « المطبعة الثعالبية الجزائرية ودورها في نشر التراث العربي الاسلامي » [« L’imprimerie ath-Thaâlibiyya algérienne et son rôle dans la diffusion du patrimoine arabo-islamique »], sur Al-maktaba, (consulté le )
  11. (ar) Mohamed Bousselama, « بلمهدي وزروقي يشرفان على إطلاق طابع بريدي تذكاري مخلد لمصحف رودوسي » [« Youssef Belmehdi et Sid Ali Zerrouki président le lancement d’un timbre-poste commémoratif dédié au Mushaf Rodoussi »], sur Elayem⁠ News, (consulté le )

Voir aussi

modifier

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes

modifier

Liens externes

modifier