In questa reggia Dans ce palais ») est un air d'opéra pour soprano chanté par Turandot, personnage principal de l'opéra éponyme Turandot de Giacomo Puccini, sur un livret en italien de Giuseppe Adami et Renato Simoni. Le texte est basé sur l'adaptation par Friedrich Schiller de la pièce Turandot de Carlo Gozzi. L'air d'ouverture de Turandot dans cet opéra se déroule dans la seconde scène du deuxième acte, et est chanté principalement par la cruelle princesse (à l'exception d'une réponse de Calaf (ténor), le Prince mystérieux, à la fin de l'air). Il préfigure le défi des trois énigmes de l'Acte II.

Le défi des trois énigmes

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Cet aria s'inscrit dans la seconde moitié de l'Acte II de la pièce : la Princesse Turandot, appelée par le gong des prétendants, se porte avec son père, l'Empereur, à la rencontre du Prince mystérieux (dont l'identité – le Prince Calaf– ne sera dévoilée qu'à la fin de l’œuvre), dans la cour du palais. Calaf a en effet souhaité se porter prétendant pour épouser la cruelle Princesse, après être tombé éperdument amoureux d'elle dans le premier acte. En dépit des avertissements de son père (le roi déchu Timur) et de sa servante (Liu), il prend le risque de se voir ôter la vie en tentant sa chance. En effet, il doit affronter l'épreuve des trois énigmes (celle-ci est d'ailleurs rappelée par un Pékinois dans la pièce[1]) : chaque prétendant doit répondre à une série de trois énigmes proposées par la Princesse; il doit répondre juste aux trois pour pouvoir l'épouser, sinon il est décapité sur le champ. C'est dans ce contexte de la pièce qu'intervient l'air d'ouverture (premier air joué par un personnage dans une pièce d'opéra) de Turandot[2].

Dans l'air, Turandot explique qu'elle a conçu les trois énigmes comme un test pour tout prince qui voudrait l'épouser. Elle explique que dans le même palais, il y a d'innombrables générations (des milliers d'années), une princesse régnante Lou-Ling a été conquise par le roi des Tartares, puis violée et assassinée. Elle s'attarde notamment sur le dernier cri de la princesse et sur sa mort, tuée par un homme. Se basant sur ce souvenir et sur l'idée que ce cri a été transmis de génération en génération jusqu'à Turandot elle-même, elle décide de venger cette mort en l'imposant à tous les hommes qui échouent à l'épouser. Elle prévient le prince que s'il ne répond pas à l'une des trois énigmes, il mourra[2].

Le point culminant de l'air se produit avec le mot « grido » (« cri » ou « crier ») et il est clair que Turandot revit et personnifie les derniers moments de son ancêtre, son outrage et sa vengeance tant attendue.

Fichier audio
1926 recording
noicon
Bianca Scacciati and Francesco Merli
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L'orchestre souligne son distique final inquiétant :

Straniero! Non tentar la fortuna!
Gli enigmi sono tre, la morte una!

Étranger ! ne tente pas la fortune !
Les énigmes sont trois, La mort est une !

Mais Calaf, en signe de provocation et comme pour marquer sa détermination à réussir là où les autres prétendants ont échoué, lui répond cela :

No, no... gli enigmi sono tre, una è la vita!

Non, non ! Les énigmes sont trois,
La vie est une !

Puccini a développé la chanson folklorique chinoise « Mo Li Hua » (Fleur de jasmin) comme leitmotiv de la splendeur de Turandot[3]. Une partie de la musique très distinctive qui termine cet air réapparaît brièvement dans le duo de l'acte 3 « Principessa di morte » (tel qu'interprété par Alfano), alors que Calaf embrasse enfin une Turandot encore réticente.

Paroles

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Les paroles de cet air ont été écrites en italien par Guiseppe Adami et Renato Simoni et présentées dans un livret[1],[4],[5]. Elles n'ont pas été traduites de façon unique en français et plusieurs traductions de cet air existent.

Turandot
In questa reggia,
or son mill'anni e mille,
un grido disperato risonò.
E quel grido,
traverso stirpe e stirpe
qui nell'anima mia si rifugiò!
Principessa Lou-Ling,
ava dolce e serena
che regnavi nel tuo cupo silenzio
in gioia pura,
e sfidasti inflessibile e sicura
l'aspro dominio,
oggi rivivi in me!

La folla
Fu quando il Re dei Tartari
le sette sue bandiere dispiegò.

Turandot
Pure nel tempo che ciascun ricorda,
fu sgomento e terrore e rombo d'armi.
Il regno vinto! Il regno vinto!
E Lou-Ling, la mia ava,
trascinata da un uomo
come te, come te, straniero,
là nella notte atroce
dove si spense la sua fresca voce!

La folla
Da secoli ella dorme
nella sua tomba enorme.

Turandot
O Principi,
che a lunghe carovane
d'ogni parte del mondo
qui venite a gettar la vostra sorte,
io vendico su voi,
quella purezza, quel grido
e quella morte!
Mai nessun, nessun m'avrà!
L'orror di chi l'uccise
vivi nel cuor mi sta!
No, no! Mai nessun m'avrà!
Ah, rinasce in me l'orgoglio
di tanta purità!
Straniero! Non tentar la fortuna!
Gli enigmi sono tre,
la morte una!

Calaf
No, no! Gli enigmi sono tre,
una è la vita!

Turandot
No, no! ...
... Gli enigmi sono tre, la morte è una!

Calaf
Gli enigmi sono tre,
una è la vita!

La folla
Al Principe straniero
offri la prova ardita,
o Turandot! Turandot!

Turandot
Dans ce palais,
Il y a mille et mille ans,
Retentit un cri de désespoir.
Et ce cri,
Par-delà des générations et des générations,
A trouvé refuge dans mon âme !
Princesse Lo-ou-Ling,
Aïeule douce et sereine,
Qui régnais dans ton silence sombre,
Dans une joie pure,
Toi qui as défié, inflexible et sûre,
L’âpre domination,
Aujourd’hui, tu revis en moi !

La foule
Ce fut quand le Roi des Tartares
Déploya ses sept drapeaux !

Turandot
En ce temps-là, que chacun se remémore,
Il y eut de l’angoisse, de la terreur et le fracas des armes !
Le royaume fut vaincu ! Le royaume fut vaincu !
Et Lo-ou-Ling, mon aïeule,
Fut entraînée par un homme,
Semblable à toi, semblable à toi, étranger ;
Là, dans l’atroce nuit,
Se perdit sa voix fraîche !

La foule
Depuis des siècles elle dort
Dans son tombeau énorme !

Turandot
Ô Princes,
Qui en longues caravanes
Venez de tous les coins du monde
Jouer ici votre sort,
Je venge sur vous
Cette pureté, ce cri
Et cette mort !
Jamais nul ne m’aura !
L’horreur de celui qui la tua
Est vivante dans mon cœur !
Non, non ! jamais nul ne m’aura !
D’une telle pureté
L’orgueil renaît en moi !
Étranger ! ne tente pas la fortune !
Les énigmes sont trois,
La mort est une !

Calaf
Non, non ! Les énigmes sont trois,
La vie est une !

Turandot
Non, non! ...
... Les énigmes sont trois,
La mort est une !

Calaf
Les énigmes sont trois,
La vie est une !

La foule
Au Prince étranger
Offre la dure épreuve,
Ô Turandot ! Turandot !

Enregistrements notables

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Les enregistrements historiques remontent presque à la première représentation. Plusieurs sont considérés comme remarquables par des critiques, spécialistes, commentateurs ou amateurs, tels que ceux d'Eva Turner[6],[7],[8] (Turner était présente à la première représentation et a interprété l'opéra sept mois plus tard et tout au long des années d'avant-guerre[9]), d'Eva Marton[10],[11], de Birgit Nelsson[12] ou encore de Maria Callas[13].

Références

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(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « In questa reggia » (voir la liste des auteurs).
  1. 1 2 « Turandot - G. Puccini », sur LivretPartition.com (consulté le )
  2. 1 2 « TURANDOT, Puccini (1926) – dossier - Première Loge », sur www.premiereloge-opera.com (consulté le )
  3. W. Anthony Sheppard, « Music Box as Muse to Puccini's Butterfly », The New York Times, (lire en ligne, consulté le )
  4. (en) « In questa reggia. Turandot. Giacomo Antonio Puccini », sur Opera-Arias.com (consulté le )
  5. ,« Turandot libretto (French) - opera by Giacomo Puccini », sur www.murashev.com (consulté le )
  6. (en) « Stars of English Opera, Volume 2 », sur Gramophone (consulté le )
  7. (en) Harold Rosenthal et Alan Blyth, « Turner, Dame Eva », Grove Music Online, Oxford University Press, (lire en ligne Inscription nécessaire)
  8. [vidéo] « Eva Turner "In questa reggia" (1937) », Marx 7811, , 6:25 min (consulté le )
  9. Roger Blanchard et Roland de Candé, Dieux et Divas de l’Opéra, Plon,
  10. (es) Fernando Cansado Martínez, « Momentos memorables: In questa reggia », sur Operamania, (consulté le )
  11. [vidéo] « Puccini: Turandot - "In questa reggia" - Eva Marton and José Carreras », Henry Espinosa, , 6:49 min (consulté le )
  12. [vidéo] « Turandot - "In questa reggia" - Birgit Nilsson & Franco Corelli », IDontGetOpera, , 6:10 min (consulté le )
  13. [vidéo] « Maria Callas - In Questa Reggia », GreekCallas, , 6:23 min (consulté le )

Liens externes

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