Incident de Kaç Kaç

L’incident de Kaç Kaç (du turc kaçmak, « fuir »[1]) est un épisode de la campagne de Cilicie au cours duquel une partie de la population civile de la région de Çukurova prend la fuite fin [1]. Cet exode, provoqué par l’avancée des troupes franco‑arméniennes, s’accompagne de bombardements aériens ciblant tant les colonnes de réfugiés que l’hôpital militaire de Belemedik. La Çukurova – correspondant à l’ancienne Cilicie – constitue une région historique du sud de l’Anatolie, dont les limites ne coïncident pas exactement avec les divisions administratives modernes. Elle s’étend aujourd’hui sur les provinces turques de Mersin, Adana, Osmaniye et Hatay[2],[3].

Contexte

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L'effondrement de l'Empire ottoman au terme de la Première Guerre mondiale précipite la fragmentation de ses possessions levantines. En vertu des accords Sykes-Picot, les puissances mandataires britannique et française s'arrogent la tutelle de vastes étendues arabophones. Bien que l'armistice de Moudros, acté le , marque la cessation officielle des hostilités, les forces alliées poursuivent leur progression territoriale. Ce processus de démembrement s'opère au profit de la Grèce, de l'Italie, de la France et de l'Arménie, qui se voient attribuer diverses provinces anatoliennes. La plaine de la Çukurova, située dans la frange méridionale de la Turquie contemporaine, constitue l'un des premiers foyers d'occupation étrangère. Le processus débute le par un débarquement des contingents britanniques à Mersin, prélude à une mainmise militaire sur l'intégralité de la région. Cette hégémonie est toutefois de courte durée : le , les troupes françaises assurent la relève des forces britanniques et assument dès lors l'administration du territoire[3].

Çukurova sous domination française

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Sous l’égide du mandat qu’elle exerce en Syrie, l’administration mandataire française orchestre le rapatriement de cent vingt mille Arméniens, survivants des déportations, vers la plaine de Cilicie (Çukurova). Le corps expéditionnaire stationné dans la région bénéficie du concours de contingents arméniens ainsi que d’une brigade anglo-indienne[3]. Nonobstant cette présence militaire, l’occupation se heurte précocement à des tensions structurelles liées à l'administration des populations locales par les forces franco-arméniennes. Si le commandement français pérennise son assise sur le littoral méditerranéen, l’hinterland septentrional, caractérisé par un relief escarpé, s’avère réfractaire à toute pacification pérenne. L’insurrection coordonnée des forces nationalistes turques compromet l’intégrité des voies de communication, entraînant notamment la perte de l’artère ferroviaire reliant l’Anatolie centrale au nœud stratégique de Yenice. Le jalon décisif de ce conflit survient le lors de l'engagement de Karboğazı : la reddition des dernières unités françaises isolées dans le massif du Taurus précipite un infléchissement diplomatique et stratégique. Désormais, l'autorité française circonscrit ses ambitions territoriales à la zone méridionale située en deçà de la ligne Mersin-Osmaniye.

Juillet 1920

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Dans le cadre du renforcement de leur autorité au sud de la ligne de chemin de fer, les forces françaises procèdent, à l'été 1920, au déplacement contraint des populations civiles turques de la plaine de Çukurova. Le , une opération conjointe franco-arménienne est exécutée depuis Adana, déjà placée sous contrôle militaire français. Cette action provoque un mouvement de fuite des habitants turcs vers les zones rurales avoisinantes, puis vers les refuges offerts par les contreforts du Taurus[1],[3]. L’exode des civils est marqué par des conditions extrêmes. Les colonnes de réfugiés font l’objet de bombardements aériens par l’aviation française. Combinées à une chaleur estivale caniculaire, ces attaques aggravent une situation sanitaire déjà précaire, caractérisée par une pénurie critique d’eau potable. La propagation de maladies infectieuses contribue à une mortalité élevée parmi les personnes déplacées. Les infrastructures médicales ne sont pas épargnées, comme en témoigne le bombardement de l’hôpital de Belemedik, alors le seul établissement de soins opéré par les forces nationalistes turques dans la région montagneuse. Ce déplacement massif, dont la phase la plus intense dure quatre jours, s’étend rapidement à l’ensemble des agglomérations de la plaine de Çukurova[3]. Dans l’historiographie turque, cet épisode est désigné sous le nom d’« incident du Kaç Kaç », terme qui évoque par onomatopée les cris exhortant à la fuite (« cours ! cours ! »)[2].

Conséquences

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Le traité d’Ankara, conclu le , consacre la rétrocession à la Turquie de la région de Çukurova, à l’exception du sandjak d’Alexandrette, dont le statut demeure spécifique. Conformément à ces stipulations, les forces militaires françaises procèdent au retrait de leurs troupes des principaux centres urbains de la zone : Mersin est évacuée le , suivie d’Adana le , puis d’Osmaniye le du même mois.

Références

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(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Kaç Kaç incident » (voir la liste des auteurs).
  1. 1 2 3 (en) Robert Farrer Zeidner, The Tricolor Over the Taurus: The French in Cilicia and Vicinity, 1918-1922, Atatürk Supreme Council for Culture, Language and History, (ISBN 978-975-16-1767-5, lire en ligne)
  2. 1 2 Gauin, Maxime. "The relations between the French Republic and the Armenian committees, from 1918 to 1923." (2020).
  3. 1 2 3 4 5 Kemal, Çelik. (2008). French  [sic] and Spying Activities during the Occupation of Çukurova. Journal of Gazi Academic View.