Indo-Caribéens

peuple des Caraïbes d'origine indienne

Les Indo-Caribéens sont une minorité ethnique des Caraïbes et de l'Océan Indien originaire du sous-continent indien. Ils descendent des travailleurs engagés par les Britanniques, les Néerlandais et les Français pendant l'ère coloniale, de la fin de l'esclavage (au milieu du XIXe siècle) au début du XXe siècle.

Caraïbes
Îles de l'Océan Indien

Si l'engagisme prévoit, à l'origine, un retour en Inde pour les travailleurs, la réalité est tout autre : une grande partie des engagés déplacés restent dans les Caraïbes et dans l'Océan Indien à la fin de leur contrat. En fonction des régions, le traitement historique de ces populations varie fortement : Maurice est considéré comme un des territoires les plus cruels durant la période engagiste et de nombreux rapports sont rédigés sur les mauvaises conditions de vie sur les plantations caribéennes. Cependant, la force de pression du capitalisme fait durer le travail forcé pendant environ 70 ans.

Dès la Seconde guerre mondiale apparaissent de nouvelles vagues de migrations indiennes à la fois au départ de et vers les Caraïbes. La culture indo-caribéenne se renforce à partir des années 1990 dans la région ainsi qu'à New York, aux Pays-Bas et en Angleterre grâce à leur diaspora. L'héritage indien des Caraïbes investit tous les pans de la culture : de la cuisine à la littérature en passant par la musique, le sport et le cinéma.

Répartition

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En 2021, on estime à environ 2,5 millions la population indo-caribéenne dans le monde[1]. Elle réside notamment à Trinité-et-Tobago et au Guyana où elle représente 40% de la population[2],[3], et à Suriname où elle représente 27% de la population[4],[5]. Elle est aussi présente sur les autres îles des Caraïbes : la Guyane, la Martinique (2 à 3%), la Guadeloupe (7 à 15%)[6],[7] et la Jamaïque[8]. Les chercheurs estiment à 12% la part d'Indo-descendants dans les Caraïbes anglophones[9.1].

La CARICOM comprend les pays suivants : Antigua-et-Barbuda, Belize, Dominique, Grenade, Guyana, Haïti, Jamaïque, Montserrat, Saint-Christophe-et-Niévès, Sainte-Lucie, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, Suriname et Trinité-et-Tobago. Cependant, la région des Caraïbes est souvent étendue aux Mascareignes en ce qui concerne l'identité indo-caribéenne, notamment Maurice qui est, à la période engagiste, un centre important de la migration forcée[7].

Les Caribéens originaires d'Inde représentent également une part importante de la population américaine, canadienne, britannique et néerlandaise bien que les estimations soient incertaines[5],[10].

Identité indo-caribéenne

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Terminologie

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Les populations issues de l'émigration indienne aux Caraïbes portent des noms différents en fonction des régions et des cultures auxquelles elles appartiennent : Indo-Caribéens, Indo-Caraïbiërs, Hindous des Caraïbes, Desi Caribéens. En anglais, surtout aux États-Unis, elles se désignent parfois par le terme brown ou south-asian[11]. Lomarsh Roopnarine propose le terme People of Indian Origin pour désigner les Indo-descendants[9.1]. L'État indien inclut les Indo-Caribéens les plus diplômés dans la désignation Non-Resident Indians (NRI).

Dans la francophonie, les Indo-Caribéens sont désignés par le terme Malbar ou Malabar (en référence à leur région d'origine majoritaire) ou Tamoul[12].

Historiquement, les Indo-Caribéens sont appelés Girmitiya, Hindoustanis, Kantraki, Mulki (Mulkin au féminin), Jahazi (Jahazin au féminin). À Suriname, ils sont appelés Hindustani[13],[14]. Ils sont aussi désignés par le terme Coolie en anglais, qui englobe tous les engagés d'Asie pendant la période coloniale, et qui est aujourd'hui considéré comme péjoratif[15]. Il fait l'objet d'efforts de réhabilitation de la part d'écrivains et chercheurs depuis les années 1990[9.2].

Sentiment d'appartenance

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Procession d'Indiens musulmans à Trinité-et-Tobago (1948)

Au XIXe siècle, le terme « Créole » désigne exclusivement la majorité métis afro-européenne des Caraïbes. Les Indo-Caribéens s'en distinguent catégoriquement[16]. Cependant, ils ne forment pas une entité culturelle unique mais, au contraire, ont évolué différemment en fonction des régions. L'existence même d'une communauté indo-caribéenne est contestée car la recherche, jusqu'aux années 2010, l'aborde selon des explications jugées simplistes par Lomarsh Roopnarine[9.3]. Par ailleurs, la colonisation française impose l'effacement culturel des Indo-descendants de Martinique et de Guadeloupe par des politique d'intégration forcée[9.4].

Les NRI, des Indiens ayant émigré librement aux Caraïbes après 1947, et leurs descendants, ne se reconnaissent pas dans la culture indo-caribéenne. Ils se voit plutôt comme strictement Indiens. Historiquement, ils tendent à mépriser les Indo-Caribéens dont ils considèrent la culture et l'identité comme « impure »[17],[9.5]. Cette conception provient de la perte de deux éléments culturels fondamentaux pour les Indiens d'Inde : le système de caste et la religion (hindoue ou musulmane). À Sainte-Lucie, Grenade et Saint-Vincent, les Indo-descendants ont perdu ces aspects identitaires et sont considérés par les Indiens d'Inde comme appartenant à la même catégorie ethnique que les Afro-descendants[9.6].

Dans les pays où les Indo-descendants forment une part importante de la population, les coutumes indiennes restent mais se mélangent aux valeurs occidentales, ce qui entraîne la transformation du système de caste en système de classe, plus poreux[9.6]. Leurs attaches à la culture indienne est souvent transmise par la production bollywoodienne, en plus des coutumes familiales et communautaires[17].

Il est cependant clair qu'ils forment un groupe culturel distinct, bien que leur mode de vie ne soit pas le même qu'il aurait été en Inde[9.6]. Les liens entre les Indo-Caribéens, forgés dans le travail et la migration forcée, sont souvent expliqués par le paradigme du « jahaji-bhai » (en français : frères de navire). Le terme tient son origine de la période engagiste, et désigne les relations d'entraide qui naît sur les bateaux d'engagés. Les Indiens déplacés doivent recréer des liens communautaires en l'absence de famille et de structure sociale pré-établie[18].

Conceptualisation

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Gayatri Spivak, figure indienne des études postcoloniales (2012)

Dans les années 1980, les chercheurs considèrent les Indo-Caribéens comme un peuple créole, c'est-à-dire qu'ils auraient développé une culture et un mode de vie fondamentalement différent de leurs ancêtres Indiens d'Inde. Ce phénomène et cette théorie sont nommés créolisation. Ce concept décrit habituellement les population afro-descendantes issues de l'esclavage qui ont perdu l'attache à leurs racines et leur cultures africaines. Les Indo-Caribéens, au contraire, gardent un mode de vie hérité de l'Inde, au moins en partie, surtout dans les régions à forte population indo-descendante[9.7].

En opposition à la créolité naît le concept d'Indianité, d'abord élaboré par Laurent Farrugia et Michel Ponnamah puis transformé en projet politique dans les Antilles françaises à la fin des années 1980 par Gilbert Francis Ponaman et Ernest Moutoussamy. Le premier Festival de l'Indianité est organisé en Guadeloupe en 1991[16]. Dans les années 1990, Homi Bhabha traite de la même problématique sous le terme « hybridation »[19.1]. L'Indianité est une façon de revendiquer la différence indienne au sein du système français qui impose l'intégration culturelle, c'est-à-dire la suppression des différences au nom d'une identité nationale commune. Avec le temps, l'Indianité est revendiquée par de nombreuses personnes différentes, dont des groupes politiques qui recherchent un « retour » aux valeurs hindoues traditionnelles[20].

Les années 2000 sont marquées par le concept de la coolitude, mis au point par Rajkumari Singh, Khal Torabully et David Dabydeen, et étayée par la suite en réaction à l'hypothèse de la créolisation[9.7]. Depuis les années 2010, la coolieologie, une théorie élaborée par Marina Carter en 2002 et dérivée du concept de coolitude, cherche à comprendre l'impact contemporain du passé engagiste sur les Indo-descendants[21],[9.3].

Les Douglas sont les enfants nés d'un parent Africain et Indien dans les Caraïbes, surtout au Guyana, à Trinité-et-Tobago et à Suriname. Le terme est d'origine hindoue et signifie « mélange ». La douglarization est un phénomène datant de la période engagiste, quand les populations indo-descendantes et afro-descendantes commencent à se mélanger. Historiquement, ces enfants et leurs parents sont victimes de stigmatisation, surtout de la part des populations indiennes[9.8].

Les efforts de de compréhension par les concepts de coolitude, indianité et créolisation sont souvent critiqués pour leur tendance à éluder l'expérience féminine au sein de l'identité indo-caribéenne[7]. Ils posent également de nombreux soucis liés à l'essentialisme, puisqu'ils supposent un « héritage indien » homogène, souvent limité aux traditions hindoues, qui pourrait être délivré tel quel de génération en génération. En réalité, l'ethnicité indienne et la culture caribéennes impactent différemment les individus en fonction de leur héritage familial spécifique, leur genre, leur religion, leur orientation sexuelle et leur implantation géographique ou nationale[17],[22].

Histoire de l'engagisme : 1828-1912

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Village indien en Guyane britannique (env. 1880)

L'émigration forcée des Indiens dans les colonies européennes est remarquée dès la fin du XVIIIe siècle, cependant, c'est au XIXe siècle qu'elle se développe massivement[23.1]. Entre 1838 et 1917, plus d'un demi million d'Indiens sont transportés depuis le Raj britannique vers les Caraïbes sous un contrat d'engagisme, selon les rapports officiels. Selon d'autres sources, il s'agirait plutôt d'1,5 million, dont seulement 90,000 seraient retournés en Inde. Ces chiffres ne tiennent pas compte de l'immigration illégale et des lacunes des documents pédatant 1860, date à laquelle les registres commencent à être mieux tenus. L'historien Hugh Tinker estime le chiffre réel à plus de 2 millions[9.9],[23.2].

Dans le système engagiste, un Indien doit travailler gratuitement pendant 3 à 10 ans pour le propriétaire terrien qui a financé son trajet en bateau, sous le prétexte d'un apprentissage[23.3]. Leurs conditions de travail s'apparentent à l'esclavage qui vient d'être aboli et leur retour en Inde n'est pas garanti[23.4].

La majorité des Indo-Caribéens sont issus des population des régions de Bhojpur et Awadh, au sein de la ceinture hindie, et de la région du Bengale qui regroupe aujourd'hui les États Uttar Pradesh, Bihar, Bengale et Jharkhand. Une minorité provient de la province historique de Madras, principalement des États Tamil Nadu et Andhra Pradesh[24]. La plupart des Indo-Caribéens francophones viennent des régions sud de l'Inde, tandis que ceux de Barbade sont majoritairement issus du Bengale et de Gujarat[25]. Les populations déplacés partent le plus souvent du port de Calcutta et proviennent de toutes les castes et religions d'Inde[23.5].

La politique du laissez-faire : 1826-1860

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Dès 1826, un arrêté français décrit le protocole à suivre pour importer des Indiens à La Réunion. Les autorités indiennes ne s'aperçoivent du phénomène que quatre ans plus tard, alors que 3,000 personnes ont déjà été déplacées[23.6].

C'est à partir de 1833 que l'émigration s'accélère. À cette date est promulguée le Slavery Abolition Act pour mettre fin à l'esclavage au sein de l'Empire britannique. Les esclaves des colonies peuvent quitter leurs anciens propriétaires, qui, en théorie, ne peuvent donc plus exploiter leurs plantations de coton et de canne à sucre[9.10]. En réalité, les colons gardent de nombreux ex esclaves sous leur joug en utilisant des stratagèmes divers[23.7]. Quoi qu'il en soit, l'économie européenne est à la recherche de corps dociles pour travailler sur les plantations, au plus bas coût possible[9.10].

Les colons se tournent donc vers l'Inde dont la démographie explose tandis que les conditions économiques se dégradent, ce qui créé une large population à la recherche d'un emploi[23.8]. À la fin des années 1830, les empires français, britanniques et néerlandais déplacent ces populations aux Caraïbes, sur une douzaine de territoires, en échange de main d'œuvre quasi-gratuite[23.9]. C'est à cette période que naît le terme anglais Hill Coolies pour désigner les engagés dhangars[23.10]. Les différentes colonies légifèrent sur les conditions d'import de la main d’œuvre mais aucun protocole de retour en Inde n'est mis en place[23.11].

Dès 1839, des intellectuels Indiens, comme David Hare et Longueville Clarke à Calcutta, enquêtent sur le phénomène engagiste et décrient publiquement les conditions désastreuses de l'émigration forcée. Les années suivantes, diverses enquêtes sont menées par les autorités indiennes sur les lieux de travail des Indiens déplacés aux Caraïbes[23.12]. En 1856, l'émigration vers Maurice est suspendue pendant un an pour cause de mauvais traitements[23.13].

L'émigration depuis l'Inde atteint son paroxysme en 1858-1859[23.14]. En 1840, 18,000 nouveaux arrivants indiens constituent la majorité de la force de travail sur Maurice, le territoire qui présente la forme la plus violente d'engagisme[23.15] En 1871, la population est composée de 216,258 indo-descendants contre 99,784 afro-descendants[23.5].

Construction d'un système esclavagiste : les années 1860

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Engagés sur une plantation de canne à sucre à Maurice (env. 1870)

En 1848, la France abolit l'esclavage. En 1860, Napoléon III déclare qu'à partir de 1872 les anciens esclaves africains de La Réunion, la Martinique, la Guadeloupe et la Guyane peuvent racheter les terres qu'ils labourent. Il interdit l'importation de nouveaux Africains sur les îles. La main d'œuvre est progressivement remplacée, à partir des années 1860, par des engagés « libres » provenant d'Inde, sous des contrats de 5 ans[23.3]. En 1870, l'Inde commence à exporter sa main d'œuvre à Suriname, en collaboration avec les Pays-Bas et selon les principes déterminés avec la France[23.16].

Jusqu'aux années 1860, l'engagisme se construit au grès de décisions et négociations entre les empires coloniaux et le gouvernement indien. À partir des années 1860, le conseil du Gouverneur Général tente de rédiger des textes de lois pour réguler l'émigration indienne vers les colonies françaises et britanniques[23.17]. À cette période, l'économie indienne se développe beaucoup. La population prête à émigrer pour le travail s'amenuise puisqu'il est dorénavant plus facile de trouver un emploi sur place, ce qui pousse les recruteurs à chercher des engagés plus loin dans les terres et les faire descendre à Calcutta ou Madras pour embarquer[23.18].

Critiques du système : 1870-1901

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Mauvais traitements

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Janey Tetary, meneuse d'une rébellion d'engagés en 1884 à Suriname

En 1871, le contrôle de l'Inde sur l'engagisme s'élargit grâce à des reconfigurations ministérielles. Sous l'égide d'Allan Octavian Hume, l'Inde commence à traiter l'engagisme selon son impact sur la société indienne, au lieu de calquer son attitude sur celle des autorités britanniques qui cherchent avant tout le profit[23.19].

Au même moment, les colonies révisent le droit du travail pour mieux exploiter leur nouvelle main d'œuvre, allongent le temps d'engagement et tentent d'abolir le financement des voyages de retour de leurs engagés. Maurice et La Réunion sont particulièrement impactées par des lois qui rendent le travail forcé encore plus difficile pour les engagés[23.20]. Les premiers bateaux d'engagés qui débarquent à Suriname présent un bilan humain désastreux (la plantation de Zoelen atteint 33% de mortalité). L'émigration vers Suriname est suspendue entre 1874 et 1877 par le gouvernement indien. Entre 1866 et 1874, le nombre d'Indiens engagés sur l'île de La Réunion passe de 52,000 à 44,000, alors qu'aucun n'est rapatrié en Inde, laissant présager d'un taux de mortalité important. D'autres rapports alarmants mettent en cause les colonies françaises qui laissent la maladie et la misère emporter de nombreux engagés, notamment en Guyane[23.21].

Au milieu des années 1880, l'industrie de la canne à sucre connaît une période de crise et l'immigration en provenance de l'Inde diminue fortement en conséquence[23.22]. En ce qui concerne les colonies françaises, l'émigration indienne s'arrête progressivement en raison des mauvais traitement passés, mais les Indiens déjà déplacés ne sont que rarement rapatriés en Inde[23.23].

La place des femmes

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Indiennes en Martinique (début XXe siècle siècle)

Jusqu'en 1870, le ratio femme-homme au sein des populations engagés est extrêmement bas : 3 pour 100 en 1838. Plusieurs raisons expliquent ce fossé. Du côté des Indiennes, la perspective de l'émigration n'est pas encourageante : quitter son foyer pour travailler n'est pas accepté socialement et le protocole médical de l'engagisme inclut des examen invasifs voire des viols, ce que la plupart des femmes veulent éviter. Pour ces raisons, convaincre des femmes d'émigrer coûte plus cher. Du côté des propriétaires de plantation, l'importation de main d'œuvre féminine n'a pas de sens puisqu'ils cherchent seulement des travailleurs temporaires pour remplacer l'esclavage. Le but n'est pas d'encourager des couples à se former ou s'installer sur les colonies, ce qui rendrait le contrôle sur la vie des travailleurs plus compliqué pour les autorités[9.11].

En 1870, le gouvernement indien met en place un quota de 40 femmes pour 100 hommes sur les bateaux d'engagés. Le quota est très rarement respecté, la plupart des engagés restent des hommes[9.11].

À la fin des années 1880, les colonies réalisent que rivaliser avec le sucre européen, produit à partir de betteraves, nécessite une main d’œuvre enracinée. Encourager les engagés à rester dans les Caraïbes permet également de faire des économies sur les voyages de retour. Les colons font miroiter aux engagés la perspective d'une petite parcelle de terre, donnée par les propriétaires des plantations à la fin de l'engagement. C'est à cette période que l'immigration des femmes commence à être encouragée[9.11].

En tout, seulement 25% des émigrés indiens aux Caraïbes sont des femmes. La plupart sont mariées et rejoignent leur mari dans les plantations. Les autres sont célibataires, veuves ou prostituées. Une part importante cherche à fuir la pauvreté en Inde. Dans le système engagiste, les femmes mariées ne travaillent pas la terre mais sont cantonnées au travail domestique ou aux infirmeries. Cependant, les mariages hindous et musulmans ne sont pas reconnus, ce qui force de nombreuses femmes mariées à travailler dans les plantations avec les hommes. Toutes les femmes qui travaillent la terre sont moins payées que les hommes[9.11].

Fin de l'engagisme : 1901-1912

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Au tout début du XXe siècle, la demande de main d'œuvre indienne augmente fortement, notamment dans les colonies africaines. Le gouvernement indien tente tout d'abord d'utiliser cette demande croissante pour réguler les conditions de vie et de travail des engagés, mais un changement ministériel en 1905 remet en marche le système[23.24]. Cependant, l'émigration globale des Indiens est beaucoup moins importante qu'au siècle précédent[23.25]. De plus, les mauvais traitement continuent : entre 1908 et 1911, le taux de mortalité des Indiens en Guyane britannique est entre 33% et 38%[9.12].

Les Indiens qui parviennent à revenir en Inde après leur contrat le font parfois avec des fonds de côté accumulés sur les plantations : en moyenne 142 roupies pour le Guyana et 386 pour Trinité-et-Tobago en 1909. Cependant, la majorité des anciens engagés repartent sans aucun argent de côté. Environ un tiers des anciens engagés qui retournent en Inde portent des séquelles psychologiques ou physiques graves et sont emprisonnés jusqu'à un an, en Inde, avant d'être renvoyés dans leurs familles[9.13].

Sur toute la période, certains engagés désertent leurs plantations, bien que la désertion soit punie d'une amende de 5 livres, l'équivalent de 100 jours de travail pour un homme, 200 pour une femme[9.14]. Une partie des déserteurs rejoint les villes et devient mendiante. D'autres survivent en forêt, loin des zones contrôlées par les autorités. Une partie se déplace sur d'autres régions des Caraïbes, notamment au Venezuela, où les déserteurs peuvent trouver du travail auprès des populations locales qui profitent de leur condition pour les exploiter à leur tour[9.15]. Lomarsh Roopnarine estime que sur les 70 ans d'engagisme, 7.000 Indiens désertent avant même d'embarquer en Inde, simplement pour bénéficier du paiement des recruteurs[9.16].

À partir des années 1860, les colons pensent que faire don d'une parcelle de terrain aux engagés en fin de contrat coûterait moins cher que de les rapatrier en Inde. Ils mettent en place ce système, alors que nous savons aujourd'hui qu'il aurait été plus rentable, in fine, de payer les trajets en bateau. En réalité, les colons voient l'intérêt de garder à portée de main une main d'œuvre à bas coût. Les parcelles distribuées sont désavantageuses (stériles, éloignées les unes des autres) et aucune mesure d'urbanisme n'est prise pour permettre un accès à l'eau potable ou l'évacuation des déchets. Malgré tout, de nombreux Indiens acceptent ce paiement : en 1911, la moitié de la population Indienne du Guyana vit légalement en dehors des plantations[9.15].

En 1911, l'Anti-Slavery Society commence à militer plus agressivement contre l'engagisme[23.26]. Des manifestations sont organisées à Bombay pour contester le système[23.27]. Maurice montre des signes de rébellion quand, en 1909, Manilal Doctor lance le journal politique Hindusthani[23.28]. En 1910, l'engagisme est rendu illégal en Afrique du Sud et à Maurice[23.25]. En 1912, un long débat mène à la stricte réglementation de l'engagisme à destination de Fiji, Demerara, Trinité-et-Tobago, Suriname et la Jamaïque. Il n'est plus question d'envoyer des Indiens dans les colonies françaises[23.29]. Au fur et à mesure que la population indienne libre se développe, elle gagne en indépendance économique grâce à l'agriculture (riz, élevage) et au commerce local[9.15].

Il faut attendre la fin de l'engagisme pour que la servitude induite par le système soit reconnue comme une forme d'esclavage[23.30]. Cependant, même les fonctionnaires de l'empire britannique reconnaissent, à partir de années 1860, que l'engagisme est malhonnête et que les colons mentent aux Indiens pour les convaincre d'embarquer pour leurs plantations[23.4]. Les sévices infligés aux travailleurs sont également connus des hommes d'État[23.27]. La première étude globale de l'engagisme indien est publiée en 1974[23.30]. Les publications anglophones sur l'engagisme deviennent monnaie courante dès la fin des années 1990, mais les études comparatistes qui donnent un point de vue analytique sur les cultures indo-caribéennes restent rares[9.17].

Histoire indo-caribéenne depuis la Première guerre mondiale

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Visite de Bhairon Singh Shekhawat au Monument de l'immigration indienne du Guyana (2006)

Une fois l'engagisme abolit, les anciens engagés retournent en Inde ou s'installent aux Caraïbes sur des plantations indépendantes, puis en zone urbaine[9.18]. Environ deux tiers de la population engagée sur toute la période finit par s'installer dans les Caraïbes[9.19]. Ils s'insèrent peu à peu dans les sphères économiques et politiques et conservent une partie de leur culture tout en s'adaptant à celle des Caraïbes. Avec le temps, les religions hindoue et musulmane perdent du terrain dans les communautés indo-caribéennes[9.4].

Les Indo-Caribéens se déplacent également entre les différents pays des Caraïbes, et sont d'ailleurs parfois victimes de xénophobie : les ouvriers indiens de Guyana sont mal vus par les populations de Barbade et Trinité-et-Tobago, par exemple[9.18]. De manière générale, depuis les années 1860, les Indiens libres et les Indo-descendants émigrent entre les régions des Caraïbes, majoritairement pour trouver du travail, pour faire affaires ou pour aller à l'université[9.20].

Les chercheurs estiment que 40% de la population est victime de pauvreté[9.21].

Dans les pays à faible population indo-descendante

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L'histoire des communautés indo-descendantes dans les pays où ils constituent une petite minorité est souvent éludée, ainsi que les migrations en provenance de l'Inde depuis le XXe siècle[9.17]. Dans la majorité des pays de la région, ils constituent moins de 5% de la population : Sainte-Lucie, Saint-Vincent-et-les-Grenadines, la Jamaïque, la Martinique et la Guadeloupe, par exemple[9.4].

Leur culture indienne s'érode et se transforme pour qu'ils puissent s'intégrer dans la population afro-descendante. Les mariages mixtes se multiplient et les indo-descendants perdent la mémoire de leur héritage ethno-culturel, bien que des éléments religieux restent. Le cas de la Martinique et la Guadeloupe sont d'autant plus parlant quant à l'effacement culturel puisqu'il a été orchestré par les forces coloniales françaises de façon à forcer l'intégration de soi-disantes valeurs républicaines[9.4].

Dans les pays à forte population indo-descendante

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Au Guyana et à Trinité-et-Tobago, la population indo-descendante atteint les 40%[5],[4], et 27% à Suriname[2],[3]. Dans ces pays, les Indo-descendants occupent une place importante, détiennent des terres et des entreprises, dominent le secteur agraire, sont des acteurs politiques et culturels de premier plan et deviennent médecins et avocats. Ils gardent un intérêt et un lien fort avec l'Inde et travaillent à la conservation de leur culture, souvent en opposition à l'impérialisme occidental. Cependant, le système des castes et les langues indiennes disparaissent, à l'exception de quelques survivances à Suriname[9.21].

Vagues de migration

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Depuis les Caraïbes

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Célébration de Holi à La Haye (2008)
Temple hindou du Queens, à New York

Suite à la Seconde guerre mondiale, une deuxième diaspora a lieu quand une part importante des Indo-Caribéens retournent en Inde ou émigrent en Europe et en Amérique du Nord[9.18]. La majorité de ces migrations sont intracoloniales, au départ d'une colonie (ou ancienne colonie) vers la métropole. Dans un premier temps, la migration est encouragée car les grandes puissances européennes doivent remplacer la main d'œuvre tuée pendant la guerre. Depuis les années 1960, le phénomène ralentit à cause de lois migratoires de plus en plus strictes[9.22]. Cependant, les Caraïbes connaissent une intensification des tensions ethniques et raciales à cette période[19.2]. Ces tensions sont largement provoquées par des politiques ségrégationnistes[19.3]. De plus en plus de migrants visent les États-Unis pour fuir la situation[9.22]. Le journaliste Joseph Berger qualifie ces populations d' « Indiens au second degré », en allusion à cette double diaspora[26].

Certains choisissent de quitter les Caraïbes pour obtenir une meilleure éducation. Le premier cas recensé de migration indo-descendante intracoloniale est celui de Balgobin Persaud, fils d'un engagé Indien du Guyana, qui entre à Oxford en 1916. Au fil du temps, la population prend de l'importance et se réunit autour de communautés hindoues caribéennes[9.22]. Arif Ali fonde le Caribbean Times à Londres dans les années 1970[27]. Les estimations démographiques de la population indo-caribéenne actuelle au Royaume-Uni se situent entre 7.000 et 30.000 personnes[9.22].

À partir des années 1950, les Indo-descendants de Suriname commencent à rejoindre les Pays-Bas dans l'espoir d'améliorer leurs conditions de vie. Le phénomène s'accélère dans les années 1970 jusqu'aux années 2000 à cause des crises politiques du pays. D'abord accueillis à bras ouverts pour reconstruire le pays après la guerre, les migrants vivent ensuite une période de misère et de ségrégation sociale jusqu'à ce que le gouvernement leur propose des logements sociaux. Dans les années 1990, les Pays-Bas mettent en place une politique d'assimilation pour les Indo-descendants de Suriname, qui devient plus stricte suite au 11 septembre 2001. Néanmoins, ils parviennent à conserver une culture Indo-Caribéenne et à construire des institutions culturelles, bien qu'ils restent absents du champ politique. La population indo-descendante des Pays-Bas s'élève à 350.000, la plus grande communauté se trouve dans le quartier Little Suriname à La Haye[9.23].

Les Indo-descendants des anciennes colonies britanniques et de Suriname choisissent aussi de partir des Caraïbes pour s'installer en Amérique du Nord. Une communauté Indo-Guyanaise prospère dans le Queens, à New York[9.24]. En 2021, la ville renomme l'avenue principale du quartier « Little Guyana Way » en symbole de reconnaissance envers la population d'origine guyanaise[21]. Les migrants en provenance de pays à faible population indo-descendante tendent à s'intégrer dans des communautés américaines non-indiennes, souvent créoles ou afro-descendantes. La motivation pour quitter le Guyana sont d'ordre économique et politique, et parfois liée à la peur de la marginalisation raciste[9.24]. Une importante communauté se développe également à Toronto[28].

Vers les Caraïbes

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Quelques individus libres émigrent de leur propre chef aux Caraïbes dès la période engagiste. Il s'agit surtout d'autorités religieuses qui cherchent à maintenir la foi et les pratiques religieuses des engagés hors d'Inde. Vers la fin de la période, ils les défendent contre les tentatives de conversion de la part des missionnaires chrétiens. Des marins et marchands indiens libres émigrent également avant les années 1920[9.25].

Mais c'est à partir de l'indépendance de l'Inde, en 1947, que les premières vagues de migration à proprement parler commencent. La première a lieu suite suite à la Seconde guerre mondiale, en direction des Îles Vierges. Les Indiens qui s’exilent occupent un statut privilégié, leurs salaires dépassant les revenus moyens des autres groupes ethniques des mêmes pays[9.5].

En 1972, le gouvernement indien créé le Centre Culturel Indien au Guyana pour renforcer les liens des Indo-Caribéens avec l'Inde. Les citoyens indiens envoyés pour gérer cette institution appartiennent à la catégorie Non-Resident Indians (NRI) : une partie privilégiée de la population indienne, composée de diplomates, médecins, enseignants et autorités religieuses, envoyées à l'étranger pour promouvoir la culture indienne. Aux Caraïbes, les NRI tendent à ne pas se mélanger au reste de la population indienne[9.25].

Psychologie

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Malgré le manque de documentation sur le sujet, il est établi que les taux de suicide chez les hommes indo-caribéens sont exceptionnellement élevés au Guyana, à Suriname et à Trinité-et-Tobago, les trois pays caribéens à plus forte population indo-descendante[19.4]. Le taux de suicide au Guyana est le deuxième plus élevé au monde[19.5]. Son taux d'alcoolisme est également plus élevé qu'ailleurs dans la région[19.6].

Certains professionnels, en se basant sur les écrits du psychiatre Franz Fanon, considèrent que le traumatisme de la colonisation se transmet de génération en génération : les Indo-Caribéens de deuxième ou troisième génération vivent encore les séquelles des maltraitances subies par leurs ancêtres[19.7]. Le racisme et l'exclusion sociale sont des facteurs importants qui expliquent la santé mentale dégradée de la communauté indo-caribéenne[29].

Les problèmes socio-économiques comme l'alcoolisme, le suicide et les violences domestiques sont fréquemment prises en charge par les communautés religieuses, d'autant plus que les Indo-Caribéens constituent une communauté souvent délaissée par les services publics[9.26].

Physiologie

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Des remèdes traditionnels indiens, non reconnus par les autres communautés des Caraïbes, sont souvent utilisées par les Indo-descendants, comme le massage[9.26]. De manière générale, la diaspora indienne tend à se méfier des autorités médicales. Il en résulte des taux élevés de diabète et de maladies cardiovasculaires[30],[31].

Culture

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Musée indo-caribéen de Trinité-et-Tobago.

Le groupe indo-caribéen est considéré comme créole, c'est-à-dire qu'il est défini par l'intégration de cultures diverses (ici, celle des Caraïbes et de l'Inde), à travers la religion, l'éducation, la langue, les rites sociaux, l'art et la cuisine[19.4],[9.27]. Depuis les années 1990, les chercheurs observent un regain d'intérêt des populations indo-caribéennes pour leur propre culture, qu'ils s'efforcent de préserver dans un élan de résistance contre la mondialisation et l'impérialisme culturel[28].

Temple tamoul de Saint-Denis à La Réunion.

Religion

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Dès la fin du XIXe siècle, des missionnaires chrétiens encouragent la conversion en proposant aux Indiens fraîchement libres un emploi ou une éducation[9.20]. Dans les pays à forte population indienne, et lorsqu'elles sont autorisées à vivre ensemble en communauté, la culture indienne est conservée et protégée de l'assimilation. Bien qu'une petite part des Indo-Caribéens se convertisse au christianisme par le biais des missionnaires, beaucoup restent dans leur religion d'origine grâce à la résistance culturelle de ces communautés face à l'occidentalisation et la créolisation[9.28].

Les Hindous sont surtout présents au Guyana (28% en 2002)[32], à Suriname (23% en 2015)[33] et à Trinité-et-Tobago (22% de la population en 2011)[34]. Dans les années 2010, un mouvement religieux extatique autour de la déesse indienne Kali prend de l'ampleur, surtout dans les communautés féminines indo-descendantes de New York. Le phénomène est remarquable car de plus en plus de femmes entrent en transe dans les temples malgré le découragement de la pratique par les autorités religieuses traditionnelles. Le regain d'intérêt pour l'énergie féminine (shakti) se fait également ressentir au Guyana et à Trinité-et-Tobago[35].

Les musulmans d'origine indienne sont moins nombreux mais restent une population importante. À Trinité-et-Tobago, la célébration chiite annuelle de mouharram (appelé « Hosay » dans la région), est l'aspect le plus visible de la culture musulmane[36].

Les rites et fêtes religieuses (mariages, Holi, Divali et le Ramadan, par exemple) permettent à la culture indienne de perdurer[9.26].

Cuisine

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Le roti, un sandwich au curry, est un plat traditionnel indo-caribéen, c'est-à-dire qu'il trouve son origine dans la culture indienne mais évolue aux Caraïbes et, petit à petit, devient un plat à part entière[37]. Parmi les autres plats traditionnels, les plus populaires sont l'aloo pie et le dhal puri[38].

Le syncrétisme culturel aux Caraïbes fait naître de nouveaux objets culinaires, comme le porc halal de Trinité-et-Tobago[28].

Musique et danse

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Le dholak, un instrument utilisé dans la musique chutney

Le chant « tan » et le chutney sont les genres musicaux indo-caribéens les plus populaires. Ils trouvent leur origine à la période engagiste, et sont employés par les travailleurs indiens pour recréer un sentiment communautaire et pour résister à l'hégémonie culturelle et religieuse des pouvoirs coloniaux. Bien que ces pratiques soient originaires d'Inde, elles se développent tant et si bien qu'elles deviennent des styles à part entière, uniquement présents dans les Caraïbes. Le chutney se transforme de deux façons, puisqu'il passe d'une pratique indienne à une pratique essentiellement indo-caribéenne, mais aussi d'un style musical sensuel reservé à l'espace privé à des chants et danses de protestation. Il évolue également en tandem avec le soca afro-caribéen et le sous-genre musical chutney-soca mêle ses héritages multiples[21],[37]. Sundar Popo est un représentant important de la musique populaire indo-caribéenne[28].

Depuis les années 1990, la création de chorales dans les régions à forte population indo-descendante permet de raviver l'héritage indien. À Trinité-et-Tobago, une scène musicale amateure indo-caribéenne importante se réunit autour des compétitions Mastana Bahar[28].

Les chants musulmans maulud et qasida deviennent de plus en plus populaire dans la région, en partie grâce à l'expansion de la foi musulmane[28].

Chandani Persaud, chorégraphe d'origine indo-caribéenne, utilise la danse pour raconter les traumatismes liés à la colonisation et au racisme. Une captation de 2019 connaît un grand succès auprès de la diaspora indienne sur Internet[21].

Littérature

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Samuel Selvon et le prix Nobel V. S. Naipaul sont les tout premiers auteurs indo-caribéens. Cependant, ils sont rarement examinés en tant qu'auteur indo-descendants issus de la diaspora aux Caraïbes. Cette première génération accueille rapidement d'autres auteurs d'importance : David Dabydeen, Moses Nagamootoo, Elly Niland et Lakshmi Persaud[39].

Maurice Virassamy est à l'origine du premier roman indo-caribéen francophone : Le Petit Coolie noir. Il est rejoint par Ernest Moutoussamy, Raphaël Confiant et Michel Ponnamah. À l'origine, le genre est dominé par des auteurs masculins, mais de nouvelles voix féminines se font entendre à partir des années 2000, comme Ananda Devi, Nathacha Appanah et Ryhaan Shah[7]. Au Guyana, la littérature indo-caribéenne est représentée par Rohit Jagessar, Joseph Rahomon et Shana Yardan[40].

Malgré leurs différences et désaccords, tous ces auteurs, de près ou de loin, traitent de questions raciales, et détaillent les dynamiques racistes des Caraïbes à leur encontre[41].

Loisirs, sport et fêtes populaires

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Hommes sikh pratiquant le gatka.

Depuis les années 2010, le carnaval caribéen, souvent associée à la culture afro-descendante, est réinvesti par les Indiennes qui y apportent leurs propres pratiques culturelles[42].

En Martinique, tous les ans est organisée la fête de Pongal par les associations Swamy Koumoudou, Savana Savita et l’Association Culturelle Martinique Inde. À l'origine, cet événement indien célèbre la période des moissons mais en Martinique la fête se transforme en célébration de la mémoire indo-caribéenne[43]. Le nouvel an tamoul est également fêté par l’Association Culturelle Martinique Inde[44].

Quelques pratiques sportives indiennes survivent, notamment à Trinité-et-Tobago qui organise régulièrement des tournois de kabaddi, un sport d'équipe qui connaît une renaissance dans les années 1980[45],[46]. Le gillidanda est joué en équipe à Trinité-et-Tobago, au Guyana et en Jamaïque. Eka buka, un jeu d'enfants accompagné d'une comptine est présent sur toute la région avec plusieurs variations. Le kushti, une forme de lutte indienne est également populaire. Gatka, un art martial traditionnel d'Inde fait également partie des souvenirs des Indo-Caribéens les plus vieux[45].

Arts visuels

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Les arts visuels sont fondamentaux pour l'expression des problématiques politiques du colonialisme, du racisme, de la religion et la sexualité. Les représentations visuelles sont à la fois des expressions et des outils de remodelage de l'imaginaire caribéen, en particulier de l'Indianité. La peinture et les arts plastiques des Caraïbes sont souvent portés par des femmes artistes, qui évoquent aussi des problématiques féminines et féministes, comme Shalini Seereeram, Betsy Karim, Bernadette Persaud, Portia Subran, Kelly Sinnapah Mary, et Danielle Boodoo-Fortuné[47].

L'identité indo-caribéenne est aussi traitée par le cinéma de Richard Fung et Ian Harnarine, notamment à travers la cuisine[48]. Les films hindi sont aussi très populaires depuis les années 1940 et sont régulièrement programmés (en langue originale, sans sous-titres) à la télévision[28].

Genre, féminisme et enjeux LGBT+

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Féminisme indo-caribéen

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Arrivée des premiers engagés indiens à Maurice (1834)

L'identité indo-caribéenne est souvent représentée dans l'art, la politique et la recherche par des hommes qui parlent d'autres hommes. Les Antilles francophones sont particulièrement marquées par le masculinisme et la misogynie, la glorification de la virilité et de la soumission des femmes[49],[7].

Dans les années 2000, le travail de Patricia Mohammed sur les rapports de genre au sein des communautés indo-caribéennes change la donne. Grâce à l'exemple de l'histoire trinidadienne, elle analyse les négociations de nouveaux rôles de genre à la fin de la période engagiste puis l'émergence d'une conscience du genre grâce au féminisme de deuxième vague[50]. L'analyse féministe de la masculinité prend de l'ampleur à la même période[49]. En 2013, Gaiutra Bahadur démontre la violence sexiste perpétrée par les hommes indo-caribéens sur les femmes depuis le XIXe siècle et l'analyse comme une reproduction des violences coloniales perpétrées par les propriétaires de plantations sur leur main d’œuvre indienne. Les passages à tabac et les féminicides restent des problématiques contemporaines[51]. Cependant, cette conception des dynamiques de genre est décriée comme simpliste, et ne prend pas en compte la complexité des masculinités caribéennes[18].

Le féminisme indo-caribéen se réapproprie le concept de « jahaji-bhain » (sœur de navire), une forme de sororité née à la période engagiste qui cristallise les résistances et revendications féministes depuis le XIXe siècle[18],[7]. Le roman Jahajin de Peggy Mohan explore les effets de l'engagisme et de la migration forcée sur les populations contemporaines, notamment la place des femmes dans la conservation du patrimoine culturel indien[50]. Dans ce rôle, les femmes sont coincés entre la préservation des coutumes indiennes valorisées socialement car considérées comme pures et authentiques, et les revendications d'autonomie dévalorisées car considérées comme des influences coloniales[22].

Selon Patricia Mohammed, Kamala Kempadoo et Rhoda Reddock, le féminisme indo-caribéen s'attelle longtemps à sa distinction du féminisme afro-caribéen[18]. Nicki Minaj est parfois considérée comme une figure du féminisme dougla qui exprime l'intersection des identités afro-caribéennes et indo-caribéennes[50].

Condition LGBT+

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Encuentro de Diversidades Sexuales y de Género à l'Université nationale de Córdoba (2024)

Comme pour la majorité des région occidentales ou occidentalisées, les traditions religieuses et sociales caribéennes sont plutôt hostiles à la diversité sexuelle et de genre. Les attitudes conservatrices sont liées au degré d'adhérence à la religion, peu importe la confession et en opposition aux interprétations tolérantes des textes religieux[22]. Dans la majorité des pays de la région, l'homosexualité est soit illégale, soit récemment légalisée, et généralement vu par la population comme un export colonial qu'il faut résister[18].

Le premier cas d'homosexualité masculine indo-caribéenne est recensé en 1898, à bord d'un navire d'engagés. Les hommes homosexuels continuent de bénéficier d'une certaine place dans les communauté indo-caribéennes, notamment dans le domaine de la danse hindoue[18]. La population LGBT+ indo-caribéennes actuelle est invisible dans la sphère publique car être visiblement queer expose à des risques majeurs. Cependant, elle se rassemble en ligne autour de projets de cybermilitantisme, comme la Coalition Advocating the Inclusion of Sexual Orientation, la Silver Lining Foundation et I am One[22]. Certains individus LGBT+ sont contraints à l'exil[18].

Les artistes caribéens, comme Shalini Seereeram, Shani Mootoo, Paule Marshall et Patricia Powell cherchent à montrer les vies et les enjeux LGBT+ de la région, souvent dans un but politique[18],[47].

Articles connexes

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Bibliographie

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Notes et références

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