Infantisme

forme d'âgisme

L'infantisme est l'ensemble des préjugés et discriminations à l'encontre des enfants (au sens de mineurs) du simple fait de leur âge.

Il s'agit donc d'une forme d'âgisme, de discrimination liée à l'âge, spécifique aux enfants.

L'infantisme peut prendre des formes variées : cette discrimination peut justifier des humiliations et le recours à la violence, qu'elle soit physique ou psychologique, jusqu'aux agressions sexuelles. La pédocriminalité et l’inceste s’inscrivent dans les mêmes logiques de domination que les violences psychologiques et corporelles[1].

L'infantisme se distingue de l'enfantisme, un mouvement de défense des droits des enfants[2].

L'infantisme reste méconnu et socialement accepté car, à l'inverse d'autres discriminations, comme le racisme, le sexisme ou l'antisémitisme, il peut sembler naturel que les enfants soient soumis, du fait de leur situation de dépendance vis-à-vis des adultes. Or, si ces derniers ont inévitablement plus de pouvoir que les enfants, et s'il existe bien une dépendance biologique des enfants à leurs parents, cela ne justifie en rien une infériorité sociale et un abus de pouvoir.

Concept

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Le néologisme « infantisme » est la traduction de l'anglais childism, un concept forgé aux États-Unis en 1975 sous la plume des psychiatres américains Chester M. Pierce et Gail B. Allen[3] :

« Childism is the automatic presumption of superiority of any adult over any child; it results in the adult's needs, desires, hopes, and fears taking unquestioned precedence over those of the child. It goes beyond the biologic necessity that requires adults to sustain the species by means of authoritative, unilateral decisions. What is at issue is how the decision is executed and how the child is afforded dignity and respect. »[4]

 Chester Middlebrook Pierce

Inventeur du concept de micro-agression, Chester Pierce considère que l'infantisme est « la forme fondamentale d'oppression dans notre société et qu'il est à l'origine de toute aliénation et de toute violence car il enseigne à chacun comment devenir un oppresseur et l'incite à se concentrer sur l'exercice d'un pouvoir brut plutôt que sur une humanité volontaire. »[N 1]. Pour lui, le sexisme et le racisme sont des dérivés de l'infantisme.

Au début des années 2010, le concept fait l'objet de travaux de la psychanalyste et philosophe Elisabeth Young-Bruehl[5],[6] qui distingue trois formes d'infantisme :

  • L'infantisme narcissique, qui repose sur des fantasmes de rébellion et de supplantation : l’enfant est vu comme une menace.
  • L'infantisme obsessionnel, lié à la peur du parasitisme : les enfants sont perçus comme des parasites, consommant des ressources et de l'énergie.
  • L'infantisme hystérique, qui consiste à considérer les enfants comme des ressources à manipuler et à exploiter : l’adulte attend de l’enfant qu’il réponde à ses propres besoins. Dans sa forme extrême, cela conduit à des violences sadiques ou sexuelles.

Le terme d'infantisme est introduit en France dans les années 2020 par la pédopsychiatre et sociologue française Laelia Benoit[3],[7].

Ce terme désigne tout un ensemble de stéréotypes, préjugés et discriminations envers les enfants, allant du manque de considération de la parole ou des émotions des enfants aux violences sexuelles incestueuses en passant par les violences éducatives ordinaires. Le concept replace le spectre de violences envers les enfants dans un système d’oppression qui l’autorise voire le légitime. Cela concerne non seulement les comportements individuels, comme les relations entre parents et enfants, mais aussi des choix politiques et économiques qui ne prennent pas suffisamment en compte les intérêts des enfants. L'infantisme se manifeste souvent par des remarques ou attitudes jugées inoffensives, mais qui révèlent des préjugés négatifs envers les enfants[5].

Dans une culture infantiste, les adultes considèrent que les enfants n’ont pas leur mot à dire. Ils doivent obéir sans exprimer leur point de vue et sans que l’adulte ait besoin de justifier ses décisions. Discuter un ordre revient à défier l’autorité, à se rendre coupable d’impertinence. Le premier réflexe de l’adulte à qui l’enfant se plaint d’une injustice est souvent de considérer qu’il exagère, et de chercher une excuse à l’adulte responsable[1].

L'infantisme se distingue de l'âgisme, qui est un préjudice du fait de l'âge (et pas spécifiquement à l'égard des enfants). Ce terme est utilisé le plus souvent pour évoquer les préjugés et les discriminations envers les personnes âgées.

Il se distingue aussi de l'adultisme, une notion centrée sur l'adulte, qui met en évidence un monde pensé par et pour les adultes, dont l'enfant est exclu. L'infantisme va au-delà de l'adultisme, dans la mesure où il ne se limite pas à une indifférence ou une négligence à l'égard des enfants mais se caractérise par un mépris systématique adressé aux enfants.

En France

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L'usage du concept d'infantisme pour désigner les discriminations dont sont victimes les enfants s'impose progressivement dans le débat public au milieu des années 2020 dans un contexte marqué par des décisions politiques (interdiction des violences éducatives ordinaires en 2019, création d'une Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants en 2020, création d'un haut-commissariat à l'enfance en 2025), des polémiques concernant des espaces sans enfants[8] ou encore la multiplication des « affaires » pédocriminelles (affaire Bétharram[1], affaire du périscolaire à Paris, affaire Lyhanna, etc.) et l'écho médiatique important qu'elles rencontrent.

L'infantisme est particulièrement présent dans la société française[9]. En 2024, dans un rapport relatif à l'éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle, le Conseil économique, social et environnemental déclare que « [la France] reste baigné[e] par la culture de l’infantisme »[10.1]. Il préconise un débat de société sur les droits des enfants et la nécessité de combattre l’infantisme, en précisant que :

« Cette notion va au-delà de la simple maltraitance ou négligence. Elle s’infiltre dans les attitudes, les politiques et les pratiques sociales, perpétuant une vision selon laquelle les enfants seraient des êtres inférieurs, moins compétents et donc, moins dignes de respect et d’autonomie. Ce sont ces préjugés envers les enfants qui font croire aux adultes qu’ils leur appartiennent et qu’ils peuvent les contrôler. Cette culture qui, comme le sexisme, imprègne la société tout entière. »

Dans ce texte, le CESE a documenté le continuum de violences masculines envers les enfants et envers les femmes, par la domination des corps et l’exploitation des vulnérabilités[10.2].

En 2026, une proposition de loi visant à lutter de manière intégrale contre les violences sexistes et sexuelles commises à l’encontre des femmes et des enfants est débattue au Parlement. Il s'agit de protéger les enfants face à tous les types de violences dont ils sont victimes, et participer ainsi à lutter contre l’infantisme[11].

Dans la culture populaire

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Notes et références

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  1. « We contend that childism is the basic form of oppression in our society and underlies all alienation and violence, for it teaches everyone how to be an oppressor and makes them focus on the exercise of raw power rather than on volitional humaneness ».

Références

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  1. 1 2 3 Claire Legros, « Laelia Benoit, pédopsychiatre : "Il est glaçant de constater qu’à Bétharram les enfants ont tenté d’alerter, mais n’ont pas été entendus" », Le Monde, (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le ).
  2. Olivier Laffargue, « Qu’est-ce que l’enfantisme, notion de plus en plus souvent associée aux luttes féministes ? », Le Monde, (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le ).
  3. 1 2 Laelia Benoit et Karine Hendriks, « Pourquoi vouloir dominer les enfants ? », L'école des parents, érès, vol. 650, no 1, , p. 49–51 (ISSN 0424-2238, DOI 10.3917/epar.650.0049, lire en ligne, consulté le ).
  4. (en) Chester M Pierce et Gail B Allen, « Childism », Psychiatric Annals (en), SLACK Incorporated, vol. 5, no 7, , p. 15–24 (DOI 10.3928/0048-5713-19750701-04, lire en ligne, consulté le ).
  5. 1 2 Quentin Lafay, « L'infantisme selon Laelia Benoît », Questions du soir, sur France Culture, (consulté le ).
  6. Camille Abbey, « "Quand je parle, tu te tais et tu obéis" : qu'est-ce que l'infantisme ? », sur France Inter, (consulté le ).
  7. Géraldine Mosna-Savoye, « Qu'est-ce que l'infantisme ? », Avec philosophie, sur France Culture, (consulté le ).
  8. « Espace "no kids" : un rapport alerte sur l’invisibilisation des enfants dans l’espace public », Le Monde, (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le ).
  9. Ali Rebeihi, « Et si nous prenions nos enfants au sérieux ? », Grand bien vous fasse, sur France Inter, (consulté le ).
  10. « Éduquer à la vie affective, relationnelle et sexuelle », sur Conseil économique, social et environnemental, (consulté le ).
    1. p. 18.
    2. p. 183.
  11. « Loi visant à lutter de manière intégrale contre les violences sexistes et sexuelles faites aux femmes et aux enfants dite « loi intégrale ». », sur Conseil économique, social et environnemental, (consulté le ), p. 5.

Voir aussi

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Bibliographie

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Articles connexes

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Liens externes

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