Inondations de Missoula
Les inondations de Missoula, en anglais Missoula Floods, aussi appelées inondations de Spokane ou encore inondations de Bretz, désignent d'importantes vidanges brutales de lacs glaciaires qui ont ravagé périodiquement l'est de l'État de Washington et la gorge du Columbia à la fin de la dernière glaciation, vers [1].
Récits et hypothèses sur les inondations anciennes
modifierLes récits autochtones d'Amérique du Nord relatifs aux inondations se transmettent depuis des millénaires et pourraient avoir été inspirés par des témoins directs des anciennes méga-inondations[2]. Le peuple Kalapuya décrit un « atswin » (inondation) dans le récit de « la panthère, le coyote, la fille de la baleine, l'inondation, et l'obtention du feu »[3],[4]. La toponymie locale apporte également des preuves. Le nom sahaptin donné à la crête de Rattlesnake Ridge, près de Hanford, est « Laliik », qui signifie « qui se dresse au-dessus de l'eau ». Pourtant, aujourd'hui, il n'y a pas d'eau autour de Rattlesnake Ridge[5].
D'autres explorateurs, militaires, enseignants et scientifiques locaux avaient, dès le début, attribué les Scablands à d'importants cours d'eau. Les deux expéditions les plus pertinentes concernant cette inondation sont probablement celle du lieutenant Thomas William Symons (Corps des ingénieurs de l'armée américaine) en 1882, qui a nommé le lac glaciaire Lewis, et les explorations de T.C. Chamberlin en 1885, qui ont identifié le lac glaciaire Missoula comme source des eaux. En mars 1917, Thomas Bonser publia un article dans le Spokesman-Review sur la Spokane préhistorique, dans lequel il décrivait avec précision ce que l'on appelle aujourd'hui le lac glaciaire Columbia. En 1910, J. Pardee publia un article identifiant le lac glaciaire Missoula[6] .
Thomas Large, Alonzo Pearl Troth, Thomas Bonser, Joseph McMacken et d'autres ont mené des travaux de terrain à Spokane et dans ses environs, permettant une meilleure compréhension de la géologie et de la paléobotanique locales. Leurs recherches ont largement contribué à faire connaître l'existence passée d'un immense lac dans cette région, non seulement aux scientifiques, mais aussi au grand public. En 1922, Large publia dans la revue Science ses observations sur les glaciations et les inondations possibles, et baptisa ce lac hypothétique « lac Spokane »
Estimations des inondations
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Ces inondations font l'objet de recherches depuis les années 1920. Lors de la dernière déglaciation qui a suivi la fin du dernier maximum glaciaire, les géologues estiment qu'un cycle d'inondation et de reformation du lac a duré en moyenne 55 ans et que ces inondations se sont produites des dizaines de fois au cours des 2 000 années comprises entre 15 000 et 13 000 ans avant notre ère. Jim O'Connor, hydrologue à l'Institut d'études géologiques des États-Unis (USGS), et Gerardo Benito, scientifique au Musée national des sciences naturelles d'Espagne ont mis en évidence au moins vingt-cinq inondations massives, la plus importante ayant atteint un débit d'environ 10 kilomètres cubes par heure (2,7 millions de m³/s, soit 13 fois celui de l'Amazone)[7],[8]. D'autres estimations du débit de pointe de la plus grande crue varient jusqu'à 17 kilomètres cubes par heure[9]. La vitesse maximale du courant a frôlé les 36 mètres par seconde (130 km/h)[9].
Dans le bassin versant du Columbia, une étude détaillée des dépôts fluvio-glaciaires des inondations de Missoula, connus sous le nom de formation de Hanford, a mis en évidence la présence de dépôts datant du Pléistocène moyen et inférieur dans les chenaux d'Othello, les gorges du Columbia, les zones de Channeled Scabland, le bassin de Quincy, le bassin de Pasco et la vallée de Walla Walla.
L'étude de la présence de multiples calcrètes interglaciaires interstratifiées avec les dépôts d'inondation, ainsi que les analyses magnétostratigraphiques, la datation par luminescence stimulée optiquement et l'analyse des dykes clastiques tronqués par discordance, ont permis d'estimer que les plus anciennes inondations de Missoula du Pléistocène se sont produites il y a plus de 1,5 million d'années. En raison de la nature fragmentaire des dépôts glaciofluviaux plus anciens, qui ont été en grande partie enlevés par les inondations ultérieures de Missoula, au sein de la formation de Hanford, le nombre exact d'inondations de Missoula plus anciennes, connues sous le nom d'inondations cataclysmiques anciennes, qui se sont produites au cours du Pléistocène ne peut être estimé avec aucune confiance[10],[11].
Historique
modifierLe géologue J Harlen Bretz est le premier à identifier des preuves de ces inondations catastrophiques, qu'il a appelées « Spokane Floods » (inondations de Spokane), dans les années 1920. Il mène des recherches dans les Channeled Scablands à l'est de l'État de Washington, la gorge du Columbia et la vallée de la Willamette en Oregon. Durant l'été 1922, et pendant les sept années suivantes, Bretz effectue des recherches de terrain sur le plateau du Columbia. Il s'intéresse aux phénomènes d'érosion inhabituels de la région depuis 1910, après avoir consulté une carte topographique récemment publiée des Potholes Cataract. Bretz forge le terme « Channeled Scablands » en 1923 pour décrire la zone proche du Grand Coulee, où une érosion massive a creusé des dépôts de basalte. Bretz publie un article en 1923, dans lequel il soutient que les zones d'érosion canalisées de l'est de l'État de Washington sont dues à des inondations massives survenues dans un passé lointain.
La thèse de Bretz, perçue comme une explication catastrophique de la géologie, s'oppose à la théorie uniformitariste dominante et est d'abord ignorée. La Société géologique de Washington invite le jeune Bretz à présenter ses recherches, déjà publiées, lors d'une réunion le 12 janvier 1927, où plusieurs autres géologues présentent des théories concurrentes. Un autre géologue présent à cette réunion, Joseph Pardee, qui a collaboré avec Bretz, possède des preuves de l'existence d'un ancien lac glaciaire qui corroborent les théories de Bretz. Ce dernier défend ses théories, déclenchant un débat houleux qui dure quarante ans sur l'origine des Scablands. Pardee et Bretz poursuivent leurs recherches pendant les trente années suivantes, collectant et analysant des preuves qui permettent à Bretz d'identifier le lac Missoula comme la source de l'inondation de Spokane et l'origine des Channeled Scablands[12],[13].
Après avoir étudié le canyon de la Flathead, Pardee estime que des eaux de crue supérieures à 72 km/h sont nécessaires pour déplacer les plus gros rochers emportés par les eaux. Il estime le débit à 38 km³/h, soit plus que le débit cumulé de tous les fleuves du monde[14]. Des estimations plus récentes évaluent ce débit à dix fois celui de tous les fleuves actuels réunis[9].
Les inondations de Missoula sont également appelées inondations de Bretz, en hommage à Bretz.
Référence
modifier- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Missoula Floods » (voir la liste des auteurs).
- ↑ Jean-Michel Sallmann, L'Amérique du Nord : de Bluefish à Sitting Bull, Belin, coll. « Mondes anciens », (ISBN 2410015867), chap. 1 (« Au commencement »), p. 26.
- ↑ (en) Thomas Morning Owl (Umatilla), « Indigenous Flood Stories From 14000 years-ago », sur Ice Age Floods Institute, (consulté le )
- ↑ (en) Melville Jacobs, « Kalapuya texts. Part I.Santiam Kalapuya ethnologic texts », University of Washington Publications in Anthropology, vol. 11, (lire en ligne)
- ↑ David G. Lewis, « Kalapuyan Eyewitnesses to the Megaflood in the Willamette Valley », sur The Quartux Journal by David G. Lewis PhD, (consulté le )
- ↑ (en) Cassandra Tate, « Ice Age Floods in Washington, a HistoryLink Essay », sur HistoryLink, (consulté le )
- ↑ (en) Dean Kiefer et Richard Sola, « Welcome to Our World, Professor Bretz, Spokane and the Inland Empire Ice Age Floods Controversy, 1920–1930 », The Pacific Northwesterner, Spokane, Washington, vol. 67, no 2, (ISSN 0030-882X, lire en ligne)
- ↑ (en) Richard Hill, « Science writer Richard Hill gives a brief geologic history of the Columbia River Gorge », The Oregonian, (lire en ligne [archive du ], consulté le )
- ↑ (en) K.E. Lehnigk et I.J. Larsen, « Pleistocene megaflood discharge in Grand Coulee, Channeled Scabland, USA », Journal of Geophysical Research: Earth Surface, vol. 127, no 1, (DOI 10.1029/2021JF006135
, Bibcode 2022JGRF..12706135L, S2CID 245545657) - 1 2 3 (en) Bruce N. Bjornstad, On the trail of the Ice Age floods: a geological field guide to the mid-Columbia basin, Sandpoint, Idaho, Keokee Books, c. 2006 (ISBN 978-1-879628-27-4), p. 2
- ↑ (en) E. Medley, Ancient Cataclysmic Floods in the Pacific Northwest: Ancestors to the Missoula Floods (Mémoire de maîtrise non publié), Portland, Oregon, Portland State University, , 174 p..
- ↑ (en) P. K. Spencer et M. A. Jaffee, « Pre-Late Wisconsinan Glacial Outburst Floods in Southeastern Washington—The Indirect Record », Washington Geology, vol. 30, nos 1/2, , p. 9–16.
- ↑ (en) J Harlen Bretz, « The Channeled Scabland of the Columbia Plateau », Journal of Geology, vol. 31, no 8, , p. 617–649 (DOI 10.1086/623053, Bibcode 1923JG.....31..617B, S2CID 129657556)
- ↑ (en) J Harlen Bretz, « The Spokane flood beyond the Channeled Scablands », Journal of Geology, vol. 33, no 2, , p. 97–115, 236–259 (DOI 10.1086/623179, Bibcode 1925JG.....33...97B, S2CID 140554172)
- ↑ (en) David Alt et Donald W. Hundman, Northwest Exposures: A Geologic History of the Northwest, Mountain Press, , 381–390 p. (ISBN 978-0-87842-323-1)