L’invitatoire (lat. Invitatorium) est une prière chrétienne, chantée ou récitée dans les églises de tradition occidentale (catholique romaine, anglicane et luthérienne), qui ouvre l'office divin, appelé autrement la liturgie des Heures, de la journée. Cette exhortation à la louange et à la prière précède la première ‘heure’ de l'office de la journée, que ce soit l’heure des vigiles, les laudes ou simplement la prière du matin.

Page d'un bréviaire manuscrit (vers 1520) avec le verset « Seigneur ouvre mes lèvres ; et ma bouche publiera ta louange »

La place de l'Invitatoire dans la structure de l'office

modifier

Il s'agit d'un psaume appelant les fidèles à la prière[1],[2], récité chaque jour avant la première heure canoniale, c'est-à-dire :

  • dans le rite romain traditionnel, toujours avant les matines ;
  • dans le rite romain réformé après le concile Vatican II, avant l'office des lectures ou les laudes, selon celle de ces heures qui ouvre la célébration de l'office ce jour-là[3].

Dans le rite traditionnel, l'Invitatoire est omis les trois derniers jours de la Semaine sainte (Ténèbres) ainsi qu'à la fête de l'Épiphanie[4]; cela s'explique probablement par le fait que l'Invitatoire est un ajout plus tardif à la liturgie romaine (datant de l'époque de Grégoire le Grand)[5], alors que la structure originelle de l'office a été préservée lors de ces jours particulièrement solennels. Dans le rite réformé, l'Invitatoire ouvre l'office chaque jour de l'année liturgique.

Structure de l'Invitatoire en rite romain

modifier

Structure générale

modifier
Dieu, viens à mon aide...

L'Invitatoire se compose :

  • du verset : « Seigneur ouvre mes lèvres ; et ma bouche publiera ta louange »[6]. En latin : ℣. Domine, labia mea aperies. ℟. Et os meum annuntiabit laudem tuam (Ps 50, 17) ;
  • des versets « Dieu, viens à mon aide... » (forme latine : ℣. Deus, in adjutorium meum intende. ℟. Domine, ad adiuvandum me festina), uniquement dans la forme extraordinaire — Ps 69, 2) ;
  • L’antienne de l’invitatoire de Noël avec l’incipit du psaume 94 en ton correspondant, en l’occurrence 4g (Liber responsorialis, 1895)
    du Psaume 94 (ou d'un autre ; voir ci-dessous) entrecoupé d'une antienne.

Contrairement aux autres psaumes de l'office, où l'antienne associée à un psaume donné est chantée deux fois (avant et après le psaume), dans l'Invitatoire, l'antienne est chantée après chaque strophe du psaume[2],[7].

L'antienne est le plus souvent tirée du psaume lui-même ou bien se rapporte à l'événement du jour ou au temps liturgique. Les antiennes issues du Psautier se terminent généralement par les mots « Venite adoremus » (Venez, adorons), ou bien « Venite adoremus, alleluia » durant le temps pascal[8].

Schéma du ton 4g pour le chant solennel du psaume de l’Invitatoire

Dans la version traditionnelle du rite romain, la doxologie est ajoutée à la fin du Psaume 95, sauf durant le temps de la Passion (en) — où elle est omise — et dans l'office des morts, où le verset « Requiem aeternam » est utilisé à la place[9]. Dans le nouveau rite romain, la doxologie est toujours incluse, sans exception[8].

Psaume de l'Invitatoire

modifier
Invitatoire de l’office des morts (sixième mode) : antienne et le début du chant solennel du psaume 94 (Psalterium monasticum, 1626)

Choix du psaume et de son texte

modifier

Le psaume 94  Venez, crions de joie pour le Seigneur... ») qui tous les jours suit immédiatement les versets d'introduction, est chanté avec une antienne variable. Dans le rite romain (sous ses deux formes), le psaume 94 est traditionnellement utilisé pour l'invitatoire tout au long de l'année[2], chanté sur l'une des mélodies solennelles issues d'une série spécifique[7]. Ces mélodies étant antérieures à l'adoption liturgique généralisée du texte de la Vulgate, c'est la version vieille-latine (Vetus Latina) qui est employée pour ce psaume (et ce psaume unjquement) dans la célébration chantée de la Liturgie des Heures[8].

Si l'office n'est pas chanté solennellement, on utilise le Psaume 94, récité selon la même traduction que celle employée pour les autres psaumes, à savoir la Vulgate, le Psalterium Pianum (pl) (rite romain traditionnel) ou la Néo-Vulgate (nouveau rite romain). Sinon, uniquement dans le nouveau rite romain, l'un des trois psaumes suivants peut remplacer le psaume 94 : le Psaume 99, le Psaume 66 ou le Psaume 23[2].

Texte vieux-latin du Psaume 94

modifier
  1. Veníte, exultémus Dómino, * jubilémus Deo, salutári nostro:
    Praeoccupémus fáciem ejus * in confessióne
    Et in psalmis * jubilémus ei.
  2. Quóniam Deus magnus Dóminus, * et Rex magnus super omnes deos ;
    Quóniam non repéllet Dóminus plebem suam, * quia in manu eius sunt omnes fines terræ,
    Et altitúdines móntium * ipse cónspicit.
  3. Quóniam ipsíus est mare * et ipse fecit illud, et áridam fundavérunt manus ejus :
    Veníte, adorémus et procidámus ante Deum ; * plorémus coram Dómino, qui fecit nos, quia ipse est Dóminus Deus noster ;
    Continuation du chant solennel du Psaume 94 : une double barre indique la fin d’une strophe (reprise de l’antienne)
    Nos autem pópulus ejus * et oves páscuæ ejus.
  4. Hódie, si vocem eius audiéritis, * nolíte obduráre corda vestra,
    Sicut in exacerbatióne secúndum diem * tentatiónis in desérto : ubi tentavérunt me patres vestri,
    Probavérunt et vidérunt * ópera mea.
  5. Quadríginta annis próximus fui * generatióni huic, et dixi semper hi errant corde ;
    Ipsi vero non cognovérunt vias meas. * Quibus jurávi in ira mea
    Si introíbunt * in quiem meam.

Église luthérienne

modifier

Dans l’antiphonaire luthérien, préparé par la fraternité Michaelsbruderschaft du Berneuchener Bewegung (de), la structure de l’invitatoire ressemble à celle du nouveau rite romain : verset, psaume 94 chanté solennellement, entrecoupé d’antienne. L’invitatoire précède la première heure canoniale du jour, soit les matines, soit les laudes[10].

Dans le rite byzantin

modifier

Tous les offices, excepté la liturgie, commencent par des formules invitatoires commençant par « Venez, adorons... ».

Au début des offices quotidiens, on dit : « Venez, adorons et prosternons-nous devant Dieu, notre Roi. Venez, adorons et prosternons-nous devant le Christ, notre Roi et notre Dieu. Venez, adorons et prosternons-nous devant le Christ Lui-même, notre Roi et notre Dieu. »

Au début d'un office de vigiles, après la bénédiction initiale (« Gloire à la Sainte, Consubstantielle, Vivifiante et Indivisible Trinité, en tout temps, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles », qui est quasiment identique à celle de Pâques), le clergé chante les mêmes invitatoires, en ajoutant à la fin « Venez, adorons et prosternons-nous devant Lui. »

Dans la Divine Liturgie, à la Petite Entrée, après les typiques et avant le trisagion, on chante « Venez, adorons et prosternons-nous devant le Christ ». Les typiques ayant été par le passé un office à part de la liturgie, l'invitatoire est donc bien la prière initiale de la liturgie telle qu'elle fut antiquement conçue.

Notes et références

modifier
  1. « Invitatoire », sur Liturgie & Sacrements (consulté le )
  2. 1 2 3 4 Institutio generalis de Liturgia Horarum, 34 [voir par ex.: Liturgia Horarum iuxta ritum Romanum. Editio typica altera. I: Tempus Adventus, tempus Nativitatis. Libreria Editrice Vaticana 1985, p. 40]
  3. Institutio generalis de Liturgia Horarum, 35 [patrz np.: Liturgia Horarum iuxta ritum Romanum. Editio typica altera. I: Tempus Adventus, tempus Nativitatis. Libreria Editrice Vaticana 1985, s. 40]
  4. Rubricae generales Breviarii Romani (1960), 182.
  5. (la) Callewaert, C., Sacris erudiri. Fragmenta liturgica collecta a monachis Sancti Petri de Aldenburgo in Steenbrugge ne pereant, Abbatia S. Petri de Aldenburgo in Steenbrugge, , XXIII+741
  6. Traduction de Joseph Gelineau, tirée du psautier de la Bible de Jérusalem
  7. 1 2 (la) Invitatoria cum Psalmo Venite exsultemus, per varios tonos pro officiis de tempore et de Sanctis, Parisiis–Romae–Tornaci, Desclée, , 80 p. (lire en ligne)
  8. 1 2 3 Liber hymnarius: cum invitatoriis & aliquibus responsoriis, Abbaye Saint-Pierre de Solesmes, coll. « Antiphonale Romanum, secundum liturgiam horarum ordinemque cantus officii dispositum », (ISBN 978-2-85274-076-1)
  9. Nocturnale Romanum: antiphonale Sacrosanctæ Romanæ Ecclesiæ pro nocturnis horis, Hartker-Verl., (ISBN 978-3-936476-01-9)
  10. Evangelisches Tagzeitenbuch, Vier-Türme-Verl. [u.a.], (ISBN 978-3-525-60290-4)