Iouri Alexeïevitch Dmitriev
Youri Alexeïevitch Dmitriev (en russe : Юрий Алексеевич Дмитриев), né le à Petroskoi en république de Carélie, est un historien et prisonnier d'opinion carélien[1].
| Naissance | |
|---|---|
| Nom dans la langue maternelle |
Юрий Алексеевич Дмитриев |
| Nationalités | |
| Activités |
| Membre de | |
|---|---|
| Distinctions |
Croix d'or du Mérite () Prix Lev-Kopelev (d) () Prix Sakharov de la Liberté (en) () |
Recherches
modifierDmitriev est un chrétien orthodoxe russe[2], né orphelin en 1956 à Petrozavodsk, capitale de la Carélie russe[3]. Il envisage dans un premier temps des études de médecine à Leningrad et vit de petits boulots[3].
À la fin des années 1980, à la faveur de l’ouverture politique permise par Mikhaïl Gorbatchev, il commence une carrière d’historien autodidacte en dressant des listes de victimes de la répression politique. Depuis le début des années 1990, il s'efforce de localiser les sites où ont été exécutées les victimes de la Grande Terreur de Staline en Carélie, en travaillant pour une ONG russe, Memorial, et, grâce à un travail de recherche dans les archives, d'identifier le plus grand nombre possible de victimes qui y sont enterrées[3],[4]. En 1997-1998, il découvre deux grandes fosses communes : la fosse commune de Krasny Bor (1 196 victimes) et la fosse commune de Sandarmokh (plus de 9 000 victimes).
Depuis plus de 30 ans, Youri Dmitriev fait des recherches sur les exécutions massives pendant l'Union soviétique de Staline. Entre autres choses, il découvre l'identité des victimes et réalise des livres commémoratifs à leur sujet. Son travail est également très apprécié par la communauté internationale[5], parce que la liste des noms des victimes disparues retrouvées comprend de nombreuses nations différentes, telles que Russes, Finlandais, Caréliens, Oudmourtes, Ukrainiens, Polonais, Allemands et Biélorusses[6].
Persécutions politiques
modifierLe , Dmitriev est arrêté une première fois[3] et accusé d'avoir créé des images pornographiques de sa fille adoptive, Natasha, qui avait 11 ans à l'époque[7],[8].
Dès le début, les collègues de Youri Dmitriev déclarent que les accusations sont sans fondement et motivées par une volonté de discréditer l'historien et son travail. Le procès à huis clos attire l'attention et les critiques nationales et internationales[9].

Le , une deuxième évaluation, par un organisme mandaté par le tribunal, des photographies de sa fille adoptive conclut qu'elles ne contiennent aucun élément de pornographie et ont été prises, comme l'avait affirmé l'accusé, pour surveiller la santé d'un enfant malade[10].
Le [3], Youri Dmitriev est acquitté de toutes les infractions mineures sauf une. Deux mois plus tard, il est arrêté et à nouveau jugé. Condamné à une courte peine à l'issue de son deuxième procès en [3], le verdict est annulé par la Haute Cour de Carélie et les charges renvoyées pour un troisième examen judiciaire sans précédent et à huis clos[3]. Youri Dmitriev et son avocat Victor Anoufriev se pourvoient en appel devant les tribunaux de Petrozavodsk, Saint-Pétersbourg et Moscou. En , l'affaire parvient finalement à la Cour suprême de la fédération de Russie. Mais le , sa peine est portée à 15 ans[11],[3].
Postérité
modifierPublications
modifier- Youri Dmitriev, Contre Iouri Dmitriev, les bourreaux défendent les bourreaux, (lire en ligne)
- (ru) Youri Dmitriev, Место расстрела Сандармох [« Sandarmokh, un lieu d'exécution »], Petrozavodsk, Bars Publishers, , 352 p. (ISBN 5-859-14062-2)[13]
- (ru) Youri Dmitriev, Bor, krasnoj ot prolitoj krovi [« La forêt, rouge de sang versé »], Petrozavodsk, , 214 p. (lire en ligne)
- (ru) Youri Dmitriev, Ivan Chukhin, Поминальные списки Карелии, 1937–1938: Уничтоженная Карелия, часть 2. Большой террор, (lire en ligne)
- (ru) Youri Dmitriev, Беломорско-Балтийский водный путь (от замыслов до воплощения) [« Le canal mer Blanche-Baltique, du projet à la réalisation : un recueil de documents »], Petrozavodsk, , 250 p. (lire en ligne)
- (ru) Youri Dmitriev, Место памяти Сандармох. Петрозаводск [« Sandarmokh, un lieu de mémoire »], А. Я. Разумов, , 520 p.
- (ru) Youri Dmitriev, Derniers mots, allocution de Yury Dmitriev devant le tribunal, 8 juillet 2020, 2020 -[14]
Notes et références
modifier- ↑ Youri Dmitriev, Contre Iouri Dmitriev, les bourreaux défendent les bourreaux, (lire en ligne)
- ↑ (ru) « Дело Юрия Дмитриева » [archive], sur "Дело" Дмитриева (consulté le )
- 1 2 3 4 5 6 7 8 Benjamin Quénelle, « Iouri Dmitriev, l’historien russe emprisonné pour avoir dénoncé la réécriture du passé par le Kremlin », sur Le Monde, 28 janvier2026
- ↑ (ru) « site de recherche des noms des livres du souvenir de la Russie » ("Kniga pamyati Karelii", 4,974 noms), sur Возвращенные имена.Книги памяти России (consulté le )
- ↑ (fi) « Stalinin vainoja tutkinut petroskoilaishistorioitsija vapautui lapsipornosyytteistä », Etelä-Suomen Sanomat, (consulté le )
- ↑ (fi) « Mihail Hudjakov Dorvyžy », sur Kiiltomato.net (consulté le )
- ↑ (ru) « Папа сказал, что со всем разберется » [« Yekaterina Fomina, " 'Papa a dit qu'il s'occuperait de tout': L'historien carélien Youri. Dmitriev est accusé d'avoir fait de la pornographie avec sa propre fille" »], Novaya gazeta, (consulté le )
- ↑ (en) « The charges », sur dmitrievaffair.com, 15.10 2017 (consulté le )
- ↑ (en) Sabra Ayres, « An outspoken researcher of Stalin's crimes fights for his own fate and freedom in Russia », sur latimes.com, Los Angeles Times, (consulté le )
- ↑ (en) « Photos not pornographic, say new forensic experts », sur dmitrievaffair.com, (consulté le )
- ↑ « Russie : Situation de Youri Dmitriev », sur ee.ambafrance.org, Ambassade de France en Estonie (consulté le )
- ↑ (en) Michael Baker, « The Dmitriev Affair and Putin's Russia », sur Workers' Liberty, (consulté le )
- ↑ (ru) « Юрий Алексеевич Дмитриев. Место расстрела Сандармох », sur imwerden.de,
- ↑ (en) « ‘Who’s a patriot?’ Facing 15 years in prison, Russian historian Yuri Dmitriev delivers closing statement in court. Verdict expected on July 22. », sur Meduza.io
Voir aussi
modifierLiens externes
modifier- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :