Irminsul

tronc religieux vénéré par les Saxons

Irminsul (en allemand : Irminsäule, en vieux saxon : Irminsûl[1] : « grande ou puissante colonne ») était soit un arbre  plus précisément un frêne  soit un tronc totémique sculpté, dédié à une divinité saxonne (teutonique) de la guerre, nommée Irmin. Il est vénéré chez les anciens Saxons, à la fin du VIIIe siècle. Il est détruit sous ordre de Charlemagne en 772.

Irminsul
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Irminsul.

Histoire

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Les récits évoquant l’expédition de Charlemagne contre les Saxons en 772 mentionnent comme l’un de ses points culminants l’attaque d’une forteresse saxonne, l’Eresburg, qui s’accompagne de la destruction d’un site sacré nommé Irminsul. Les sources qui s’étendent le plus sur l’événement sont la Translatio Sancti Alexandri, rédigée vers 865 par Rudolf de Fulda, et la Res Gestae Saxonicae de Widukind de Corvey, écrite vers 970[2].

À partir de l’époque moderne, l’Irminsul devient un moyen de représenter symboliquement l’ancienne religion germanique, sur le modèle de la croix pour le christianisme. À ce titre, il est repris à partir du début du XXe siècle par les mouvements néopaïens ; il est par exemple l’emblème de la Nordischen Glaubensgemeinschaft de 1927 à la disparition de cette dernière en 1945 et apparaît en 1980 dans le nom du groupe néopaïen Treuerkreis Artglaube Irminsul[3].

Étymologie

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Irminsûl est un mot vieux saxon et vieux haut allemand composé de deux éléments et signifiant littéralement « grande colonne ». Parfois utilisé comme nom commun, le mot apparaît encore au XIIe siècle dans la Kaiserchronik avec le sens de « grande colonne »[4].

Le terme Irmin est toutefois parfois aussi parfois interprété comme étant le nom d’une divinité, et Irminsûl pourrait par conséquent se comprendre comme étant « la colonne du dieu Irmin ». Widukind de Corvey l’orthographie ainsi Hirminsul et fait un parallèle entre Hirmin et Hermès[4]. Cette lecture est toutefois fortement contesté. Rudolf Simek exclu ainsi qu’un dieu nommé Irmin ait existé en s’appuyant sur d’autres occurrences du mot irmin dans la littérature germanique où il ne sert que de superlatif. Par exemple dans l’Hildebrandslied, irmindeot fait simplement référence à un « grand dieu » générique plutôt qu’à une entité spécifique.

Localisation

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S’il y a un relatif consensus pour situer l’Irminsul dans la région correspondant à l’actuel land de Basse-Saxe, l’emplacement exact reste sujet à débat. Selon la tradition locale, l’abbaye d’Obermarsberg, proche de la forteresse de l’Eresburg détruite par Charlemagne en 772, serait construite à l’emplacement de l’Irminsul. Il n’existe toutefois pas de preuves archéologiques ou textuelles venant confirmer cette affirmation. Il en est de même pour la forteresse d’Iburg et la source du Bollerborn, vers Bad Driburg, pour lesquels l’attribution n’est basée que sur des légendes[5].

Parmi les sites les plus souvent proposés figurent également les Externsteine. Cette attribution est basée sur la présence d’un bas-relief représentant une Descente de Croix, que Wölf-Dieter Schröppe date du IXe siècle et relie à la fondation d’un monastère à proximité à cette époque et sur laquelle figure un objet interprété comme étant un arbre brisé[6]. L’hypothèse de Schröpe est néanmoins contestée, d’autres travaux datant le bas-relief du XIIe siècle[7].

Nature et fonction

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La nature et la fonction exactes de l’Irminsul ne sont pas clairement déterminées. Les termes utilisés dans les Annales franques pour le désigner sont en effet assez flous : fanum, lucum ou idolum. De leur côté les gloses médiévales apportent autant de confusion que de clarification : si « grande colonne » semble être l’explication la plus fréquente, les termes colossus (statue de grande dimension) et même pyramides pyramide ») sont aussi utilisés[3].

Rudolf de Fulda décrit l’Irminsul comme un grand pilier en bois érigé en plein air. Widukind de Corvey ne développe pas sur son aspect, mais indique qu’il s’agit d’un « symbole de victoire » dédié au dieu Hermès. Cela a amené les auteurs anciens à le rattacher aux colonnes de Jupiter qui se trouvent dans la région rhénane. Ce lien est toutefois désormais écarté : non seulement l’Eresburg se trouve en dehors de la zone concernée, mais il est désormais établi que ce culte est d’influence gallo-romaine et non germanique[3].

Jan de Vries relie l’Irminsul a un culte du pilier du monde, qui se retrouve dans l’Yggdrasil norrois[3]. Partant de là, Patrick Guelpa émet l’hypothèse qu’Irminsul serait en fait un arbre, à l’image de celui qui, selon Adam de Brême, se trouvait près du temple d’Uppsala[8]. Plus précisément, alors qu’Yggdrasil serait un frêne ou un if, il propose qu’Irminsul serait plutôt un chêne. Le culte de chênes apparaît en effet au travers de la destruction à Geismar en 723 par Boniface de Mayence d’un chêne consacré à Donar[9].

Rudolf Simek de son côté évoque la possibilité d’un lien avec le culte des dieux poutres, attesté depuis la fin de l’âge du Bronze, mais remontant probablement à l’âge de pierre[10]. D’après les exemplaires retrouvés au Danemark, en Allemagne et en Angleterre, ces images prenaient la forme de poutres droites ou fourchues, pouvant mesurer jusqu’à quatre mètres de haut. Plantées dans des tas de pierres, elles étaient dotées de traits anthropomorphique grossièrement taillés[11]. Ces dieux poutres se sont parfois vu rattacher à un culte phallique, qui transparaît chez les Norrois dans la Völsa þáttr. Adam de Brême évoque également une représentation du dieu Fricco dotée d’un phallus géant[12]. Rudolf Simek considère toutefois que le culte phallique n’a pas dû avoir chez les Germains une grande importance au sein du culte de la fécondité et qu’il pourrait tout autant s’agir d’un culte archaïque des arbres ou du pilier-monde[11].

Notes et références

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  1. (en) John D Bengtson, Iarl and Iormun-; Arya-and Aryaman-: A Study in Indo-European Comparative Mythology, Comparative Mythology, Décembre 2016, Volume 2, Numéro 1
  2. Simek 2006, p. 222.
  3. 1 2 3 4 Simek 2006, p. 223.
  4. 1 2 Simek 2006, p. 222-223.
  5. Guelpa 2003, p. 138.
  6. Guelpa 2003, p. 139-141.
  7. Guelpa 2003, p. 155.
  8. Guelpa 2003, p. 136.
  9. Guelpa 2003, p. 137.
  10. Simek 2006, p. 223, 335.
  11. 1 2 Simek 2006, p. 335.
  12. Guelpa 2003, p. 143.

Voir aussi

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Articles connexes

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Bibliographie

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  • Patrick Guelpa, « Irminsul, l’arbre du monde des Saxons », dans Michel Mazoyer, Jorge Pérez Rey, René Lebrun, L’arbre, symbole et réalité, Paris, L’Harmattan, (ISBN 2-7475-5320-5), p. 135-158.
  • (de) Rudolf Simek, Lexikon der germansichen Mythologie, Stuttgart, Kröner, .

Liens externes

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