Isabella Gesualdo
Isabella Gesualdo, née à Venosa le 13 septembre 1611, morte à Rome le 8 mai 1629, est une princesse de la noblesse italienne de la Renaissance. Descendante de Guillaume de Gesualdo, apparentée aux rois normands de Sicile, princesse de Venosa et comtesse de Conza, elle est la fille d'Emmanuele Gesualdo et de Marta Polissena von Fürstenberg.
Elle est la petite-fille, et unique héritière, du prince et compositeur Carlo Gesualdo.
Biographie
modifier| Blasonnement :
d'argent au lion de sable accompagné de cinq fleurs de lys de gueules, deux posées en chef à dextre et rangées en barre, une posée au canton senestre du chef, une posée presque en abîme quelque peu à dextre et une en pointe[1],[2].
Commentaires : Un sonnet du Tasse adressé à Carlo Gesualdo fait allusion à ces armes, en s'ouvrant sur le vers « Carlo, il vostro leon ch'a nero il vello[3] [Carlo, votre lion dont le pelage est noir] ». |
Enfance
modifierElle est née au château de Venosa , deuxième enfant d'Emmanuele Gesualdo, fils ainé et unique héritier du prince Carlo Gesualdo, et de Marta Polissena von Fürstenberg : son frère ainé, Carlo, était né en 1610 et n'avait vécu que quelques mois[4],[5].
Le 20 août 1613, son père meurt, victime d'un accident de chasse qui laissait son épouse dans un état de grossesse avancée ; son grand-père meurt à son tour quelques semaines plus tard, le 8 septembre[6]. La naissance de sa sœur cadette Leonora (qui entra dans la vie monastique à l'âge adulte) laisse Isabella héritière des nombreux biens et fiefs familiaux. Éléonore d'Este, veuve de son grand-père, revenant à Venosa pour assister à l'accouchement de la princesse Marta Polissena, en rapporte la nouvelle à son frère Cesare en ces termes :
« J'ai fait baptiser la petite fille, et on lui a donné le nom de Leonora et Emanuela. Elle est jolie, et elle est née avec les cent mille écus de dot que lui a laissé le prince mon seigneur. Mais l'aînée, qui hérite de tous les états, aura pour dot plus d'un million en or sans compter le reste[7]. »
Mariage
modifierDevenue l'une des héritières les plus riches d'Italie, Isabella devait, selon le testament de son grand-père, épouser son cousin Domenico Gesualdo , marquis de Santo Stefano. Le testament du prince, rédigé quelques jours avant sa mort par Don Pietro Cappuccio[8], constituait une dernière tentative de conserver l'intégralité des titres, terres et domaines féodaux dans la famille, à défaut d'une filiation masculine directe :
« Si l'enfant posthume qui naîtra de ladite donna Polissena est une fille, j'institue comme héritière universelle de tous mes biens ladite donna Isabella, ma petite-fille. […] Je veux, j'ordonne et commande qu'elle prenne comme mari l'aîné de Don Cesare [Gesualdo] ou, à défaut, son deuxième ou troisième fils, ou un autre dans cet ordre, et si la lignée dudit Don Cesare venait à s'éteindre, qu'elle prenne, dans le même ordre, un des fils de Cesare Gesualdo, fils de Michele Gesualdo, et si pareillement la lignée de Cesare venait à s'éteindre, qu'elle prenne pour époux un autre de la maison Gesualdo, le plus proche de ladite famille[9]. »
La mère de la jeune princesse s'oppose cependant à ce mariage, car le fiancé était « non seulement bossu de devant et de derrière, mais aussi complètement difforme et stupide ». Aussi, après avoir déménagé avec sa famille de Calitri à Caserte, elle organise le mariage avec Niccolò Ludovisi[10], neveu du pape Grégoire XV, né Alessandro Ludovisi, sans relation avec la maison de Gesualdo[11]. Le fiancé avait douze ans, et la fiancée seulement onze ans.
Le mariage est célébré par procuration à Caserte le 1er mai 1622. La cérémonie de mariage a eu lieu dans la chapelle Sixtine le 30 novembre de la même année.
À Rome, la princesse s'opposa à sa belle-mère, Lavinia Albergati, qui l'accusait de prodigalité excessive, d'abord par des paroles acerbes, puis par des insultes et des menaces. Irritée par les humiliations et les mauvais traitements, Isabelle exprime à plusieurs reprises son désir de dissoudre son mariage et de se retirer dans un monastère.
En 1627 naît sa fille Lavinia, nommée en hommage à sa grand-mère paternelle. Deux ans plus tard, le 8 mai 1629, Isabella, qui n'avait pas encore dix-huit ans et après une courte maladie, meurt. Avec sa mort, et la mort prématurée de sa fille Lavinia en décembre 1634, la lignée principale de la famille Gesualdo s’est éteinte[12].
Postérité
modifierGlenn Watkins considère que la fresque dans la Chiesa degli affliti de Gesualdo [13], montre la princesse Isabella Gesualdo di Venosa et son époux Don Niccolò Ludovisi[14], suivant le pape Libère, parmi une procession de cardinaux et sous le regard bienveillant de la Vierge et de l'Enfant Jésus[15].
Références
modifier- ↑ Rietstap 1884, p. 768.
- ↑ Armes de compositeurs célèbres sur www.heraldica.org
- ↑ Gray & Heseltine 1926, p. 9.
- ↑ Deutsch 2010, p. 105.
- ↑ Watkins 2010, p. 34.
- ↑ Deutsch 2010, p. 143.
- ↑ Cogliano 2006, p. 51.
- ↑ Deutsch 2010, p. 111 et 143.
- ↑ Cogliano 2006, p. 54-55.
- ↑ Gray et Heseltine 1926, p. 50.
- ↑ Deutsch 2010, p. 148.
- ↑ Deutsch 2010, p. 147.
- ↑ Watkins 2010, p. 311.
- ↑ Watkins 2010, p. 312.
- ↑ Deutsch 2010, p. 129.
Bibliographie
modifierOuvrages généraux
modifier- (it) Erasmo Ricca, La nobilità del Regno delle due Sicilie, vol. 1, Naples, Stamperia di Agostino De Pascale, , p. 400-428
- (it) Erasmo Ricca, Istoria de' feudi d'Italia intorno alle successioni legali ne' medesimi con documenti de' pubblici archivi pel cav. Erasmo Ricca, vol. 1, Naples, Stamperia di Agostino De Pascale,
- (fr) Jean-Baptiste Rietstap, Armorial général, précédé d'un dictionnaire des termes du blason, vol. 1, Gouda, Éditions G.B. van Goor Zonen, , 1150 p. (lire en ligne)
Monographies
modifier- (it) Annibale Cogliano, Carlo Gesualdo : Omicida fra storia e mito, Naples, Edizioni Scientifiche Italiane, (ISBN 88-495-1232-5)
- (fr) Catherine Deutsch, Carlo Gesualdo, Paris, Bleu nuit éditeur, coll. « Horizons » (no 23), , 176 p. (ISBN 978-2-35884-012-5)
- (en) Cecil Gray et Philip Heseltine, Carlo Gesualdo : musician and murderer, Londres, Trubner & Co., 1926 (réed.2012), 145 p. (ISBN 978-1-275-49010-9)
- (fr) Denis Morrier, Carlo Gesualdo, Paris, Fayard, , 118 p. (ISBN 2-213-61464-4)
- (en) Glenn Watkins, The Gesualdo Hex : Music, Myth, and Memory, New York, W. W. Norton & Co., , 384 p. (ISBN 978-0-393-07102-3).