Issa Amro

militant anticolonial, pacifiste et défenseur des droits de l'homme palestinien

Issa Amro (en arabe : عيسى عمرو), né le 13 avril 1980 à Hébron, est un militant anticolonial, pacifiste et défenseur des droits de l'homme palestinien.

Issa Amro
Issa Amro en 2012.
Issa Amro en 2012.

Naissance (46 ans)
Hébron, Palestine
Première incarcération 2008[1]
Nationalité palestinienne
Type de militance Résistance non-violente, désobéissance civile
Cause défendue Opposition aux colonies israéliennes, pacifisme, défense des droits de l'homme
Organisation La Jeunesse contre les colonies (depuis 2007)
Conflit Conflit israélo-palestinien
Années de service 2003 –
Profession Ingénieur

Il documente depuis les années 2000 les violations des droits de l'homme dans les territoires palestiniens occupés et mène de nombreuses actions de désobéissance civile à Hébron. Il cofonde en 2007 l'organisation La Jeunesse contre les colonies (Youth Against Settlements).

Il est poursuivi à plusieurs reprises devant les tribunaux militaires israéliens et est arrêté par les autorités palestiniennes en 2017.

Il est récompensé en 2010 par le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, qui le désigne défenseur des droits de l'homme de l'année en Palestine. Il reçoit en 2024 le Right Livelihood Award et le Prix franco-allemand des droits de l'homme et de l'État de droit, puis figure en 2025 dans la liste « 100 Next » du magazine Time.

Biographie

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Issa Amro naît le 13 avril 1980[2] dans le quartier de Tel Rumeida, à Hébron[3]. En 2003, alors étudiant en dernière année d'ingénierie à l'université polytechnique de Palestine, Amro organise avec d'autres étudiants des actions de désobéissance civile en réponse à la fermeture de l'établissement par l'armée israélienne, qui le classe en zone militaire[4]. Il organise notamment une occupation des bâtiments universitaires, qui aurait selon lui rassemblé 3 000 étudiants qui ont franchi les barrières militaires et ont tenu des cours en présence des soldats[5].

Après sept mois de résistance, l'armée israélienne renonce à appliquer la fermeture et l'université rouvre, ce qui constitue l'une des rares victoires palestiniennes de cette période en Cisjordanie. Il se met à la même période à s'intéresser aux écrits de Martin Luther King, du Mahatma Gandhi et du théoricien politique américain Gene Sharp[5].

À partir de 2006, il distribue des caméras à des familles palestiniennes pour documenter les violations commises par les soldats et les colons[6]. Il co-fonde en 2007 l'organisation La Jeunesse contre les colonies (Youth Against Settlements), partisane de la résistance non-violente à l'occupation israélienne. L'organisation documente les violations des droits de l'homme dans les territoires palestiniens occupés et fournit des caméras à des familles palestiniennes pour leur permettre de témoigner des violences quotidiennes qu'elles subissent[4]. Il organise des ateliers de documentation des violences, accueille des milliers d'Israéliens et de militants internationaux pour des visites de la ville[3], occupe des terrains convoités par des colons et aide au maintien de familles palestiniennes dans leurs logements[5]. Sa campagne « Open Shuhada Street » réclame la réouverture aux Palestiniens de l'artère commerciale principale d'Hébron, interdite aux véhicules palestiniens depuis l'assassinat de 29 palestiniens par Baruch Goldstein dans la mosquée al-Ibrahim en 1994[4].

En 2013, à l'occasion d'une visite de Barack Obama en Cisjordanie, Amro organise une manifestation au cours de laquelle des militants palestiniens portent des masques à l'effigie d'Obama et de Martin Luther King, accompagnés de tee-shirts arborant la mention « I have a dream ». Selon Amro, l'objectif de l'action « était de faire en sorte qu'« Obama » soit arrêté par les Israéliens, et c'est exactement ce qui s'est passé »[5].

En février 2023, Amro est agressé par un soldat israélien, dans un incident filmé par le journaliste américain Lawrence Wright. Le soldat le saisit par le col et le cou, le jette au sol puis le frappe à coups de pied avant d'être retenu par un collègue. L'armée israélienne reconnaît que le soldat n'a pas agi conformément à son code de conduite des et le condamne à dix jours de prison, peine qualifiée de « honte » par le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben-Gvir, qui apporte son soutien au soldat. Le porte-parole militaire avance qu'Amro aurait insulté le soldat, version démentie par Wright et par Amro lui-même, qui publie plusieurs vidéos des événements précédant l'agression[7].

Le 7 octobre 2023, jour de l'attaque du Hamas contre Israël, il est arrêté par des soldats israéliens et, selon ses déclarations, battu par des soldats israéliens pendant plus de dix heures. Libéré sans avoir été interrogé, il n'obtient aucune suite à sa plainte auprès des autorités militaires israéliennes[5].

Dans les mois qui suivent, ses actions sont davantage entravées par l'armée israélienne. Amro poursuit néanmoins son activité, mais estime que l'espace laissé à la résistance non violente s'est considérablement réduit depuis le 7 octobre[5].

Procédures judiciaires

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Devant les juridictions militaires israéliennes

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En mars 2011, Issa Amro est arrêté pour sédition et appartenance à une organisation illégale, deux chefs d'accusation fréquemment retenus contre des militants palestiniens non-violents. Il comparaît devant le tribunal militaire d'Ofer, où le parquet abandonne les charges avant même l'ouverture de l'audience, faute de preuves, et il est libéré[8].

En novembre 2016, Issa Amro est poursuivi par un tribunal militaire israélien. Il fait face à 18 chefs d'accusation pour des faits remontant aux années 2010-2013, et encourt une peine de dix ans de prison. Sa défense tente sans succès d'obtenir l'abandon de 14 de ces chefs d'inculpation, au motif que les faits sont anciens et que certains ont déjà donné lieu à des poursuites classées[9]. Amnesty International qualifie dès l'ouverture du procès, en décembre 2016, ces accusations comme étant sans fondement[4]. Le procès est présidé par un juge qui réside lui-même dans une colonie de Cisjordanie[6].

En janvier 2021, le tribunal militaire d'Ofer le reconnaît coupable de six chefs d'accusation : trois pour participation à des manifestations non autorisées, deux pour obstruction aux forces de sécurité, et un pour agression sur un garde de colonie. En mars 2021, il est condamné à trois mois de prison avec sursis, assortis de deux ans de probation et d'une amende de 3 500 shekels[10].

Devant les autorités palestiniennes

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En septembre 2017, Issa Amro est arrêté par la police palestinienne à la suite de publications sur internet dans lesquelles il critique l'Autorité palestinienne et défend la liberté d'expression[11]. Il affirme avoir été détenu dans une douche et avoir reçu des menaces de la part de gardiens lors de son incarcération. Lors de sa détention, il entame une grève de la faim et refuse les soins médicaux. Amnesty International réclame sa libération immédiate, et le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme exprime son inquiétude. Neuf membres du Congrès américain adressent une lettre à Mahmoud Abbas pour exiger l'abandon des poursuites et la libération d'Amro[12]. En avril 2021, le tribunal de Hébron abandonne finalement les charges qui pesaient contre lui[10].

Distinctions

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En 2010, il est désigné « défenseur des droits de l'homme de l'année en Palestine » par le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme[13]. En 2024, il reçoit le Right Livelihood Award[14], et le Prix franco-allemand des droits de l'homme et de l'État de droit[15]. En 2025, il figure parmi la liste « 100 Next » du magazine Time[16].

Références

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  1. (en) « Human Rights Defender Issa Amro », sur Front Line Defenders
  2. Agence France-Presse, « Issa Amro, militant palestinien pour les droits humains, lauréat du prix Right Livelihood » Accès libre, sur L'Orient-Le Jour, (consulté le )
  3. 1 2 (en) Amjad Iraqi, « For this Hebron activist, every protest could end in a trial » Accès libre, sur +972 Magazine, (consulté le )
  4. 1 2 3 4 Mathieu Ait Lachkar, « Issa Amro, défenseur palestinien des droits de l’homme jugé par un tribunal israélien » Accès libre, sur Libération, (consulté le )
  5. 1 2 3 4 5 6 (en) Nicholas Casey, « Issa Amro’s War », The New York Times Magazine, , p. 32 (ISSN 0362-4331, lire en ligne Inscription nécessaire, consulté le )
  6. 1 2 (en) Batya Ungar-Sargon, « A Palestinian in Israeli Military Court: Issa Amro, the Judge, & Me » Accès libre, sur The New York Review of Books, (consulté le )
  7. (en) « Israeli soldier filmed assaulting Palestinian activist Issa Amro in Hebron » Accès libre, sur Middle East Eye, (consulté le )
  8. (en) Joseph Dana, « A rare instance of justice at the Ofer military court » Accès libre, sur +972 Magazine, (consulté le )
  9. Guilhem Delteil, « Rencontre avec Issa Amro, figure du combat palestinien contre l'occupation » Accès libre, sur Radio France internationale, (consulté le )
  10. 1 2 « Acquittement d'Issa Amro » Accès libre, sur Front Line Defenders (consulté le )
  11. Marine Vlahovic, « Cisjordanie: arrestation du militant palestinien Issa Amro » Accès libre, sur Radio France internationale, (consulté le )
  12. (en) Yali Marom, « PA court orders activist Issa Amro to jail, int'l backlash grows » Accès libre, sur +972 Magazine, (consulté le )
  13. (en) « UN expresses concern over arrest of activist Issa Amro, demands his release », sur Ma'an News Agency, (version du sur archive.org)
  14. Agence France-Presse, « Issa Amro, militant palestinien pour les droits humains, lauréat du prix Right Livelihood » Accès libre, sur L'Orient-Le Jour, (consulté le )
  15. (de) « Deutsch-Französischer Preis für Menschenrechte und Rechtsstaatlichkeit 2024 » Accès libre, sur Office des Affaires étrangères, (consulté le )
  16. (en) Karl Vick, « Issa Amro » Accès libre, sur Time, (consulté le )