Ivoire (sculpture)

sculpture réalisée en ivoire

Dans le domaine de l'histoire de l'art, des collectionneurs d'art et de la sculpture, on appelle « ivoires » les sculptures ou petits objets réalisés en ivoire ou matériaux assimilés. L'ivoire est de moins en moins utilisé car son commerce contribue à menacer les espèces qui le produisent. Les sculptures anciennes sont néanmoins toujours collectionnées.

Plaque d'ivoire ayant servi de plat de couverture pour les Évangiles carolingiens de Lorsch, v. 810. Londres, Victoria and Albert Museum.

Histoire

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Préhistoire

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Le travail de l'ivoire est attesté dès la préhistoire. La statuette féminine dite Vénus de Hohle Fels, taillée dans de l'ivoire de mammouth il y a au moins 35 000 ans, compte parmi les plus anciennes œuvres figuratives connues[1]. La sculpture sur os et sur ivoire est ainsi considérée comme l'une des premières manifestations artistiques de l'humanité[2].

Antiquité

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Depuis l'Antiquité, l'ivoire est travaillé par les Grecs et les Romains, dans le bassin méditerranéen et en Europe, ainsi qu'en Asie. À cette époque, c'est l'ivoire d'éléphant qui est le plus utilisé.

Antiquité tardive et Byzance

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L'Antiquité tardive (IVe-VIe siècle) est une période charnière dans tous les domaines et la production d'objets en ivoire. L'ivoire est alors considéré comme un produit exotique de luxe que l'on fait venir d'Afrique ou d'Inde. La production d'ivoirerie connaît alors un essor sans précédent. Dans l'empire byzantin, il est utilisé pour représenter des empereurs tel l'ivoire Barberini ou des impératrices ou des scènes religieuses comme pour le triptyque Harbaville et la chaire de l'évêque Maximien[3]. La production d'ivoire, très importante dans le premier art byzantin s'arrête assez brusquement entre le VIIe siècle et le Xe siècle, pour plusieurs raisons, notamment la crise iconoclaste et l'arrivée de l’Islam, qui prend le contrôle du commerce de l'ivoire. Il faut attendre le milieu du Xe siècle et Constantin VII Porphyrogénète (913-959) pour voir renaître une production d'objets d'ivoire. Elle sera pourtant de courte durée, puisqu'aucun ivoire ne sera plus produit dans le monde byzantin après le milieu du XIe siècle.

Haut Moyen Âge

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En Occident, la période carolingienne apporte vers l'an 800 un nouvel épanouissement à la sculpture de l'ivoire notamment pour orner les reliures des manuscrits. L'on peut ainsi mentionner les miniatures du groupe Ada qui ornait les couvertures d'évangiles. Vers l'an 1000, on voit apparaître les ivoires anglais (miniatures de Winchester). Ils sont également présents dans les ouvrages exécutés en Espagne du Nord. L'Espagne du Sud sous domination islamique produit de nombreux coffrets et étuis ornés de décors floraux et animaliers. Le coffre de la cathédrale de Pampelune est ainsi daté de 1005. En Sicile où les civilisations chrétiennes et musulmanes s'entremêlent, les pièces siculo-arabes, pyxides et coffrets sont exécutés à Palerme[4]. L'ivoire était notamment privilégié pour la fabrication d'olifants richement sculptés tel que celui qui apparaît dans La Chanson de Roland.

Moyen Âge central et tardif

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Diptyque en ivoire représentant des scènes de la Passion du Christ, vers 1350, Musée des beaux-arts de Montréal.

Au Moyen Âge, la pratique des ivoiriers occidentaux se développe et donne naissance à de nombreux chefs-d'œuvre : pyxides, diptyques, statuettes, coffrets et crucifix se multiplient, aux côtés d'objets domestiques de toilettes : peignes, valves de miroir, parure, objets de jeu ou de vaisselle[5].

A Paris, dès la fin du XIIIe siècle, on compte parmi les ivoiriers des spécialistes, les "pigniers" et les "tablettiers", dont l'activité principale est la sculpture d'objets profanes[6].

Jusqu'au début du XVIe siècle, les ivoiriers ne forment pas une corporation autonome et demeurent rattachés à celle des peintres et des "imagiers"[7]. La production parisienne atteint son apogée avec les ivoires gothiques, dont les ateliers répondent aux exigences de cadence et de qualité de la demande[2].

De la Renaissance au XIXe siècle

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Le renouveau formel de la Renaissance touche peu cette matière, contrairement au marbre, au bronze ou au bois : les formes s'appauvrissent et le rendu se dégrade par rapport à la période précédente[2].

Le travail de l'ivoire perdure néanmoins jusqu'au XXe siècle, avec quelques regains d'intérêt. Au XVIIe et XVIIIe siècles, les miniatures peintes sur ivoire connaissent un engouement, pratique plus proche de la tradition des orfèvres et des médailleurs que de celle des ivoiriers médiévaux. Au XIXe siècle, la demande de crucifix et de Vierges de petite dimension, destinés aux classes aisées et moyennes, entretient une production intensive d'objets de piété[2].

Ivoire et colonisation du Congo (fin XIXe siècle - début XXe siècle)

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Entre 1890 et 1910, grâce à la mise à disposition de défenses d'éléphant à la suite de la colonisation du Congo par le roi Léopold II de Belgique, la sculpture sur ivoire connaît un renouveau en Belgique. À travers des salons coloniaux et des expositions internationales, l'administration de l'État indépendant du Congo promeut ces œuvres dans son discours colonial visant à favoriser les débouchés économiques de la nouvelle colonie[8].

Extrême-Orient

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L'ivoire tient une place importante dans l'art de la Chine, où il est travaillé depuis plus de trois millénaires. L'ivoire d'éléphant devient le matériau le plus fréquemment utilisé à mesure que les outils s'améliorent, à partir de la fonte du bronze au XIVe siècle avant notre ère[9]. Maurice Paléologue attribue la passion des Chinois pour l'ivoire à la transparence laiteuse et légèrement jaunâtre de la matière[10].

Au Xe siècle, les échanges maritimes avec la côte orientale de l'Afrique permettent d'importer des défenses africaines, préférées pour leur poids plus élevé et leur grain plus fin. Les artisans chinois peignent, laquent, dorent ou teignent l'ivoire ; les sujets les plus fréquents sont des personnages du confucianisme, du taoïsme ou du bouddhisme, des divinités, des ascètes ou des héros de contes[9].

Au Japon, l'ivoire n'apparaît que tardivement : avant le XVIIe siècle, les seuls ivoires connus sont importés. La première défense brute est offerte par les Hollandais au shogun Tokugawa Hidetada au début du XVIIe siècle. Dans un premier temps, l'ivoire ne sert qu'à la fabrication de netsuke et d'instruments de musique[11].

Le netsuke est un accessoire que l'on glisse sous la ceinture du kimono pour retenir, au moyen d'un cordon, une bourse ou un inrô, petite boîte destinée à transporter des objets tels que des sceaux, du parfums ou des médicaments. L'ivoire d'éléphant est utilisé pour les netsuke à partir du XVIIIe siècle. Après la restauration de Meiji en 1868, le costume européen supplante le kimono, privant netsuke et inrô de leur fonction première. L'engouement occidental pour ces objets ouvre toutefois un nouveau débouché : de 1868 à 1925, les artistes japonais adaptent leur production au goût de la clientèle européenne et américaine[11].

Matériau et techniques

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L'ivoire est une substance osseuse et fibreuse, tirée des défenses de l'éléphant, des dents de l'hippopotame ou des canines du morse. A grain serré, elle se contracte en séchant et offre plus de résistance que la pierre. Sa compacité, son élasticité et son lustre naturel permettent d'obtenir des creux, des pleins et des effets de ciselure d'une grande finesse[12]. Avec le temps, l'ivoire se pare d'une patine jaune ou brun roux.

Le sculpteur dégrossit la matière au ciseau ou à la scie, puis la modèle avec des outils proches de ceux du sculpteur sur bois, mais plus fins. La finition s'effectue au burin et le polissage par frottement d'un chiffon ; les pièces les plus ambitieuses sont taillées dans un seul morceau. Quelle que soit l'époque ou la région, la forme et les dimensions de la défense contraignent la composition et dictent leurs formes au sculpteur[12].

Types d'ivoires

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L'ivoire utilisé par les sculpteurs ou utilisé pour les touches de piano provenait généralement de la défense d'éléphant ou de mammouth, ayant l'inconvénient de posséder en leur sein une cavité pulpaire réduisant la surface de taille possible, mais d'autres matériaux ont été utilisés, dont :

  • les dents de morse, de cachalot, de phacochère, d'hippopotame, de sanglier ou d'autres espèces,
  • le casque osseux (il ne s'agit en fait pas véritablement d'ivoire) qui orne la tête de l'oiseau Rhinoplax vigil. Cet oiseau indonésien aujourd'hui menacé de disparition a fourni une sorte d'ivoire (nommé Hornbill ivory pour les anglophones). Ce pseudo-ivoire a été utilisé depuis le XIVe siècle en Asie, puis exporté vers l'Europe pour la joaillerie au XIXe siècle et jusqu'au début du XXe siècle où l'espèce était presque éteinte à cause de la chasse qu'on lui donnait[13],[14].

Impacts sur la biodiversité

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Le commerce (légal ou non) de l'ivoire a encouragé un trafic international, et une chasse et un braconnage qui ont décimé les populations d'éléphants et de rhinocéros.

Notes et références

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  1. ↑ (en) Conard Nicholas J., « A female figurine from the basal Aurignacian of Hohle Fels Cave in southwester Germany », Nature, vol. 469, no 7244,‎ , p. 248-252 (DOI https://doi.org/10.1038/nature07995)
  2. 1 2 3 4 Tardy, Les ivoires. Evolution décorative du Ier siècle à nos jours, Paris, Tardy, , « Avant-propos de Janine Wettstein », p. 5-7
  3. ↑ L'histoire de l'art, Bruxelles, Erasme,
  4. ↑ Eugen von Philippovich, « Du Moyen Âge au XXe siècle », sur Encyclopédia Universalis (consulté le )
  5. ↑ Gaborit-Chopin, Alcouffe et Bardoz, Ivoires médiévaux : Ve-XVe siècle, Paris, RMN,
  6. ↑ Tardy, Les ivoires, t. I,
  7. ↑ Koechlin, Les Ivoires gothiques français, Paris, Picard,
  8. ↑ Sébastien Clerbois, « Or blanc : sculpture en ivoire, Congo et discours colonial sous le règne de Léopold II (1885-1909) », sur mollat.com, (consulté le )
  9. 1 2 Tardy, Les ivoires, t. II, , p.241-247
  10. ↑ Maurice Paléologue, L'Art chinois, Paris, Quantin, (lire en ligne), p. 62
  11. 1 2 Tardy, Les ivoires., t. II, p.291-307
  12. 1 2 Tardy, Les ivoires. Deuxième partie : Antiquité, Islam, Inde, Chine, Japon, Afrique noire, régions polaires, Amérique, Paris, Tardy, , p. 2-4
  13. ↑ (en) Page consacrée à l'ivoire aviaire produit par le Rhinoplax Vigil
  14. ↑ (en) Article sur les différentes sortes d'ivoire,dont celui produit à partir du casque de l'oiseau Rhinoplax Vigil

Voir aussi

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Bibliographie

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  • Pierre Baptiste (dir.), 30 siècles d'ivoires du Musée des Arts Asiatiques Guimet : Château-Musée de Dieppe, 16 juin - 30 septembre 2012, Dieppe, Château-Musée de Dieppe,
  • Ezio Bassani, Ivoires d'Afrique dans les anciennes collections françaises, Paris, Actes Sud/Musée du quai Branly-Jacques Chirac,
  • (en) Raymond Bushell, The Inro Handbook: Studies of Netsuke, Inro, and Lacquer, Weatherhill,
  • (en) Craig Clunas et William Watson (dir.), Chinese Ivories from the Shang to the Qing, Londres, British Museum Publications,
  • (en) Anthony Cutler, Late Antique and Byzantine Ivory Carving, Aldershot, Ashgate Variorum,
  • Danielle Gaborit-Chopin, Daniel Alcouffe et Marie-Cécile Bardoz, Ivoires médiévaux : Ve-XVe siècle : catalogue, musée du Louvre, Paris, Réunion des musées nationaux,
  • (en) Julia Hutt, Japanese Inrō, New York, Weatherhill, coll. « Far Eastern Series »,
  • (en) Julia Hutt et Ian Thomas, Japanese Netsuke, Londres, V&A Publications, coll. « Far Eastern Series »,
  • Pierre Ickowicz et Philippe Malgouyres, Ivoires du musée du Louvre, 1480-1850 : une collection inédite, Dieppe, Château-Musée de Dieppe/Somogy,
  • Raymond Koechlin, Les Ivoires gothiques français, Paris, Auguste Picard,
  • Philippe Malgouyres, Ivoires de la Renaissance et des Temps modernes : la collection du musée du Louvre, Paris, Musée du Louvre éditions/Gourcuff Gradenigo,
  • Philippe Malgouyres et Philippe Pagnotta, Histoires d'ivoire : collections du musée du Louvre et des Musées de Châlons-en-Champagne, Châlons-en-Champagne, Musée des beaux-arts et d'archéologie de Châlons-en-Champagne,
  • (en) Alfred Maskell, Ivories, Londres, Methuen and Co.,
  • (en) William Maskell, Ivories, Ancient and Mediaeval, Whitefish, Kessinger Publishing, (ISBN 1104871238 et 9781104871239)
    réimpression de l'édition de 1875
  • (en) Oscar White Muscarella, The Catalogue of Ivories from Hasanlu, Iran, Philadelphie, University of Pennsylvania, Museum of Archaeology, (ISBN 0934718334 et 9780934718332, lire en ligne)
  • (en) Ferencz Aurelius Pulszky et Joseph Mayer, Catalogue of the Fejérváry Ivories in the Museum of Joseph Mayer, Liverpool, David Marples, (lire en ligne)
  • Tardy, Les ivoires. Évolution décorative du Ier siècle à nos jours : Première partie : Europe, Paris, Tardy,
    avant-propos de Janine Wettstein
  • Cécile Jacquot, Mayssa Mahmoud, R. Servoise et Tardy, Les ivoires. Deuxième partie : Antiquité, Islam, Inde, Chine, Japon, Afrique noire, régions polaires, Amérique, Paris, Tardy,
  • (en) Michael Vickers, Ivory: A History and Collector's Guide, Londres, Thames and Hudson,
  • Alphonse-Jules Wauters, « La sculpture en ivoire et les ivoiriers flamands », Le Congo illustré, vol. 3, no 24,‎ , p. 185-187 (lire en ligne)
  • Alphonse-Jules Wauters, « La sculpture en ivoire et les ivoiriers flamands (suite) », Le Congo illustré, vol. 3, no 26,‎ , p. 203-206 (lire en ligne)
  • (en) Kurt Weitzmann, Catalogue of the Byzantine and Early Mediaeval Antiquities in the Dumbarton Oaks Collection : Ivories and Steatites, vol. 3, Washington, Dumbarton Oaks, (ISBN 088402038X et 9780884020387, lire en ligne)

Articles connexes

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Liens externes

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