Jack Mapanje
Jack Mapanje, né le est un linguiste et poète malawite. Responsable du département d'anglais à l'Université du Malawi, il est emprisonné en 1987 pour son recueil de poésie Des Caméléons et des Dieux, qui critique indirectement l'administration du président Hastings Banda. Libéré en 1991, il émigre au Royaume-Uni, où il enseigne et publie plusieurs ouvrages de poésie.
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Prix PEN Barbara Goldsmith pour la liberté d'écrire (en) () |
Biographie
modifierFils de parents Nyanja et Yao[1], John Alfred Clement, dit « Jack » Mapanje, naît dans le village de Kadango, dans le district de Mangochi, au Malawi. Il obtient une licence en éducation à l'université de Londres et enseigne au Malawi à partir de 1975 avant de retourner au Royaume-Uni pour étudier la linguistique à l'University College de Londres au début des années 1980[2].
De retour au Malawi, il est nommé chef du département de langues et de linguistique de l'Université du Malawi. Il publie en 1981 son recueil de poésie Des Caméléons et des Dieux. Il est arrêté sans motif avancé, ni acte d'accusation, en [3], et libéré en [2]. Selon lui, cette arrestation serait due au fait qu'il n'a pas demandé de visa préalable à la commission de censure, une obligation qui s'imposait même s'il était à l'étranger lors de la publication de son livre[4].
Devant les menaces, il choisit de s'exiler au Royaume-Uni[1], ou il mène une carrière d'enseignant en linguistique.
Œuvre
modifierEn 1969, il fonde à l'université tout juste créée un groupe d'écrivains, (« The Writers Group »), où il écrit prose puis poèmes en chichewa et en anglais[1].
En 1981, Des Caméléons et des Dieux' est un recueil de poésie qu'il dit avoir maturé pendant dix ans, critiquant de façon voilée, par un recours à la symbolique[5], le gouvernement en place[6].
En 1993, The Chattering Wagtails of Mikuyu Prison, autre recueil de poèmes, se livre à une critique du gouvernement malawite qui l'a emprisonné, tout en célébrant son amour pour sa famille et ses amis, ainsi que l'état d'esprits de ses co-détenus[2].
En 2002, il dirige Gathering Seaweed. African Prison Writing, une anthologie qui rassemble des textes d’individus arrêtés « pour leurs points de vue et croyances en désaccord » avec le pouvoir en place, couvrant les époques coloniale et postcoloniales en Afrique[7].
Paraissent ensuite respectivement en 2004 et 2007, d'autres recueils de poésie, The Last of the Sweet Bananas: New and Selected Poems, puis The Beasts of Nalunga.
En 2011 And Crocodiles are Hungry at Night – a memoir[8], revient en prose son séjour à la prison de Mikuyu.
En 2016, Greetings from Grandpa, son sixième recueil de poésie, prolongement des premiers, est centré sur la politique, l'expérience de l'exil et la religion. Il s'intéresse à la situation politique du Malawi et du reste de l'Afrique, notamment dans les pays arabes, tout en restant ouvert à la politique et à l'économie mondiales en Afrique et en Occident. Le thème de l'exil, présent dans ses ouvrages précédents, se juxtapose avec lcelui de l'importance du foyer[9].
Analyse
modifierSelon le journaliste et spécialiste de l'Afrique Claude Wauthier[10], les écrits de Jack Mapanjé s'inscrivent dans un courant global où les auteurs africains dénoncent dictateurs et excès du pouvoir dans de nombreux pays, quelquefois frontalement, avec des descriptions sans concession, sous forme de satire ou sous couvert d'humour noir rompant avec le réalisme, en faisant appel à un imaginaire permettant l'ubuesque. Toujours est-il que certains ont chèrement payé cette opposition au pouvoir en place, comme le poète mauritanien Youssouff Gueye, mort des suites d'une longue détention. Mapanjé, lui, a connu l'emprisonnement comme Wole Soyinka, Ngugi wa Thiong'o ou Sylvain Bemba, quand d'autres ont choisi l'exil[11]. Christopher Winks, professeur de littérature comparée à Queens, arrive à la même conclusion en 2005[12].
Références
modifier- 1 2 3 Jack Mapanje, Christine Ayorinde et Jôm Kalinski, « Jack Mapanje, poète du Malawi », Politique africaine, vol. 55, no 1, , p. 146–152 (ISSN 0244-7827, DOI 10.3406/polaf.1994.5808, lire en ligne, consulté le )
- 1 2 3 African Writers Series, « 2002: Jack Mapanje - The African Literature Association », sur africanlit.org, (consulté le )
- ↑ (en) Susan Heller Anderson, « Chronicle : Two writers will be honored, but one won't know it. », The New-York Times, , p. 36 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Jack Mapanje, Christine Ayorinde et Jôm Kalinski, « Jack Mapanje, poète du Malawi », Politique africaine, vol. 55, no 1, , p. 146–152 (DOI 10.3406/polaf.1994.5808, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) Steve Chimombo, « The Chameleon in Lore, Life and Literature - the Poetry of Jack Mapanje », The Journal of Commonwealth Literature, vol. 23, no 1, , p. 102–115 (ISSN 0021-9894 et 1741-6442, DOI 10.1177/002198948802300110, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) « Of Chameleons and Gods », sur www.litencyc.com (consulté le )
- ↑ Christine Deslaurier, « Penser la prison politique en Afrique: », Politique africaine, vol. n° 155, no 3, , p. 25–54 (ISSN 0244-7827, DOI 10.3917/polaf.155.0025, lire en ligne, consulté le )
- ↑ Jack Internet Archive, And crocodiles are hungry at night : a memoir, Banbury, Oxfordshire : Ayebia Clarke ; [London] : Arts Council England, (ISBN 978-0-9562401-7-0, lire en ligne)
- ↑ Olufemi Dunmade, « Jack Mapanje, Greetings from Grandpa », dans ALT 39, Boydell and Brewer, , 251–254 p. (ISBN 978-1-80010-289-7, DOI 10.1515/9781800102897-029, lire en ligne)
- ↑ « Décès du journaliste et spécialiste de l’Afrique Claude Wauthier », sur Livres Hebdo (consulté le )
- ↑ Claude Wauthier, « Les écrivains africains : De la négritude à la contestation du pouvoir », La Quinzaine littéraire, no 560, aoùut 1990 (lire en ligne
) - ↑ Wrinks 2005.
Bibliographie
modifierDe Jack Mapanje
modifier- (en) Jack Mapanje, « Censoring the African poem », Index on Censorship, vol. 18, no 9, , p. 7–11 (ISSN 0306-4220 et 1746-6067, DOI 10.1080/03064228908534713, lire en ligne, consulté le )
- David Kerr et Jack Mapanje, « Academic Freedom and the University of Malawi », African Studies Review, vol. 45, no 2, , p. 73 (DOI 10.2307/1514788, lire en ligne, consulté le )
Sur Jack Mapanje
modifier- (en) Reuben Makayiko Chirambo, « “Vipers who minute our twitches”: Psychopaths That Served Banda’s Malaŵian Dictatorship in Jack Mapanje’s Prison Poetry », Matatu, vol. 39, no 1, , p. 133–161 (ISSN 1875-7421 et 0932-9714, DOI 10.1163/9789401200745_009, lire en ligne, consulté le )
- (en) Christopher Winks, « Communion in the house of the dead: notes on some African prison poets », Revue canadienne de littérature comparée, vol. 32, nos 3/4, , p. 482-498 (lire en ligne [PDF])
- (en) Reuben Makayiko Chirambo, « ‘The sinking cenotaph’: Jack Mapanje’s and Steve Chimombo’s contestation of monumentalised nationalist public memories of Malawi’s President Banda », Social Dynamics, vol. 36, no 3, , p. 547–564 (ISSN 0253-3952 et 1940-7874, DOI 10.1080/02533952.2010.517626, lire en ligne, consulté le )
Liens externes
modifier- Site officiel
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