Jacob van Werden
Jacob van Werden ou Jacques van Werden, fl. 1643 et mort avant le 20 août 1669, est un dessinateur, cartographe, ingénieur militaire et archer flamand qui exerça son activité dans les Pays-Bas espagnols sous le règne des Habsbourg[1]. Ses dessins ont servi de modèles pour des gravures réalisées par divers graveurs. Il travailla sur des cartes, des vues topographiques, des scènes historiques, des portraits et des illustrations de livres,[2].Il mena une carrière d'ingénieur militaire et fut membre de la garde du roi d'Espagne[1]. Il prodigua des conseils sur divers projets de génie militaire et fut ingénieur de l'armée espagnole sous les ordres de l'archiduc Léopold-Guillaume d'Autriche lors du siège de Landrecies en 1648[3].
Biographie
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Peu de choses sont connues sur vie de cet artiste. Il est actif d'environ 1643 à 1669[4]. Il semble avoir d'abord résidé à Bruxelles, où il épouse Marie Granvelle le 9 janvier 1635[5]. Il réalise des dessins pour l'imprimerie Plantin entre 1648 et 1658, lorsque celle-ci était dirigée par Balthasar II Moretus[4]. Il vit peut-être alors à Anvers, car le missionnaire flamand François de Rougemont relate sa rencontre avec van Werden et son épouse à Anvers, probablement chez Balthasar II Moretus. Tout en travaillant pour l'imprimerie Plantin, il réalise également des commandes pour la famille Chifflet, lignée de scientifiques et d'écrivains originaires du comté de Bourgogne et installés à Anvers. Il créé des dessins pour diverses estampes incluses dans leurs ouvrages, qui sont ensuite publiés par l'imprimerie Plantin. Certains de ses dessins originaux sont conservés au musée Plantin Moretus, situé sur le site de l'imprimerie Plantin[6].

Selon certaines sources, il aurait mené une carrière militaire comme archer et membre de la garde du roi de France, mais cela semble peu probable, car son travail et ses activités témoignent d'une forte loyauté envers les souverains espagnols des Pays-Bas habsbourgeois,[3]. Diverses gravures réalisées d'après ses dessins mentionnent que le dessinateur était « I. van Werden, Archer et garde de corps de S. M.e' ». Il s'agit très probablement d'une référence à sa fonction d'archer et de garde de « Sa Majesté », le roi d'Espagne, un rôle auquel il aurait pu être nommé par le gouverneur général des Pays-Bas habsbourgeois[1]. Il est également désigné comme « Archer et garde du corps de Philippe IV », ce qui indique clairement qu'il était au service du roi d'Espagne Philippe IV et non du roi de France[7].

Il travaille sur diverses commissions officielles relatives aux travaux de défense dans les villes des Pays-Bas des Habsbourg. Le 9 juillet 1643, il est envoyé par le général Andrea Cantelmo, commandant des camps, inspecter les positions frontalières. Le 5 mars 1644, accompagné des ingénieurs Brunetty et Crespu, il mesure les travaux réalisés à la citadelle de Namur. Le 25 mai 1644, il envoieune lettre contenant son avis sur les travaux de protection contre les inondations proposés par Michael van Langren pour Bruxelles. Le 28 mars 1648, il est cité dans un rapport du Conseil des finances qui propose d'augmenter son salaire à 300 livres par an, car il est « l'un des premiers ingénieurs du pays à avoir établi des plans et des cartes ». Jusqu'en 1646, il perçoit 15 écus par mois du fonds d'artillerie. En 1646, il devient ingénieur avec un salaire annuel de 550 livres. Le 24 janvier 1656, il est envoyé à Ath avec Hendrik Janssens pour faire rapport et planifier les travaux de fortification nécessaires. En 1658, il critique les travaux de fortification de Bruxelles proposés par van Langren. L'année suivante, il signe une carte de la forêt de Sonie, qui est gravée et incluse dans les Regiae domus Belgicae d'Antonius Sanderus, dont deux copies manuscrites sont réalisées vers 1750[1].
Le 5 juillet 1660, il cosigne une critique des ouvrages défensifs de Michael van Langren pour Ostende et approuve une contre-proposition des ingénieurs Jan Heymans-Coeck, Hendrik Janssens et Pieter Mercx. Il imite également l'ingénieur-géographe français Sébastien Pontault de Beaulieu et illustre les sièges et les batailles remportés par le roi d'Espagne, mais avec une qualité inférieure à celle des cartes de son homologue français. La carte gravée du siège de Cambrai en 1649 par Lucas Vorsterman le Jeune est un exemple de son travail dans ce domaine. Dans le même esprit, il aurait réalisé une vue du château d'Ittre, gravée plus tard par Jacobus Harrewijn[1].

Van Weerden meurt avant le 20 août 1669. Son fils Jacob Frans mène, comme son père, une carrière d'ingénieur militaire et de cartographe[1].
Œuvre
modifierVan Werden est connu pour ses dessins et les estampes réalisées d'après ses dessins. Ses œuvres représentent principalement des vues d'actualité, des cartes et des vues de villes. Il a également réalisé des dessins préparatoires pour des estampes publiées dans diverses publications. Les dessins de van Werden ont été gravés par différents graveurs, dont Lucas Vorsterman le Jeune, Wenceslaus Hollar, Cornelis Galle le Jeune, Richard Collin et Gaspar Huybrechts[6].

Il réalise quelques cartes d'engagements militaires, gravées à l'eau-forte par Wenceslaus Hollar. On peut citer, par exemple, le <i id="mwkQ">Siège de Landrecies,</i> daté de 1648, une gravure sur quatre plaques reliées entre elles. Elle représente un plan de la ville de Landrecies, avec le Bois de Mourinal en haut à droite, assiégée par l'archiduc Léopold-Guillaume d'Autriche en 1647. Au premier plan, on aperçoit des troupes ducales sous un arbre, avec des chariots et des canons. La gravure offre également une vue schématique des différents régiments et forces commandés par plusieurs officiers, ainsi que de leurs positions autour de la ville. Au premier plan, à gauche, l'armée française s'approche pour attaquer les forces de l'archiduc.
Il réalise le dessin d'une estampe composite composée de 12 gravures représentant la proclamation à Gand de Charles II d'Espagne comme comte de Flandre en 1666. Elle offre une vue aérienne du Vrijdagsmarkt (place du Vendredi) à Gand, avec l'estrade dressée pour la proclamation du nouveau souverain, le roi d'Espagne, comme comte de Flandre. Le roi n'assiste pas à l'événement en personne, mais est représenté par Francisco de Moura Corte Real, 3e marquis de Castelo Rodrigo, gouverneur des Pays-Bas habsbourgeois. L'estampe composite montre une foule nombreuse au premier plan. Un cadre de 118 médaillons, représentant les portraits et les armoiries des dignitaires présents, entoure la scène du Vrijdagsmarkt. Bordure comprise, ces médaillons sont au nombre de 82. mm de large et 90 mm de hauteur, sans compter l'écusson. Dans le cadre entourant chaque portrait, le nom de la personne représentée est imprimé en écriture cursive[8].

Quelques-uns de ses dessins, gravés par Lucas Vorsterman le Jeune, sont inclus dans la Chorographia Sacra Brabantiae (Chorographie sacrée du Brabant ), un ouvrage d'Antoon Sanders qui offre une description historico-géographique du duché de Brabant, en accordant une grande importance aux édifices religieux tels que les monastères. Le peintre flamand Ignatius van der Stock réalisa en 1661 une grande carte de la forêt de Sonie . Cette carte, peinte à l'huile, d'une surface de plus de 8 m² (280 cm de haut et 285 cm de large), est conservée en excellent état aux Archives nationales belges. Très détaillée, elle fournit des informations historiques sur le paysage et l'urbanisation de la forêt de Sonie et de ses environs, près de Bruxelles[9]. Elle est basée sur une gravure de Lucas Vorsterman II d'après une carte de Jacob van Werden, incluse dans la Chorographia Sacra Brabantiae. Van der Stock y a ajouté des précisions sur les églises et les bâtiments[10].
Il est directement engagé par la famille Chifflet pour réaliser des illustrations pour certaines de leurs publications. Il travaille notamment sur des ouvrages botaniques et archéologiques de Jean-Jacques Chifflet, dont son Anastasis Childerici I, Francorum regis, sive Thesaurus sepulchralis Tornaci Nerviorum effossus et commentario illustratus (ex off. Plantiniana B. Moreti (Antverpiae), 1655). Ce livre décrit le lieu de sépulture de Childéric Ier, découvert à Tournai le 27 mai 1653. Les illustrations furent gravées par Cornelis Galle le Jeune d'après des dessins de van Werden. Deux de ces dessins sont toujours conservés au musée Plantin Moretus[11]. Il a également fourni les dessins des illustrations d'un livre de Jean Chifflet qui contient le manuscrit de Jean L'Heureux sous le titre Ioannis Macarii canonici ariensis Abraxas seu Apistopistus ; quae est antiquaria de gemmis basilidianis disquistio accedit Abraxas proteus seu multiformis gemmae basilidianae portentosa varietas (Anvers, Ex officina Plantiniana Balthasaris Moreti, 1657),. Il a notamment dessiné les camées qui forment les illustrations de ce livre qui est un traité archéologique sur les gemmes antiques. Le musée Plantin Moretus conserve au total 127 de ces dessins. Il réalise également les dessins des gravures représentant diverses variations de lys, ainsi que d'autres illustrations, pour l'ouvrage de Jean-Jacques Chifflet, Lilium Francicum, veritate historica, botanica et heraldica illustratum (1658, toujours chez Plantin), consacré à la fleur de lys et à ses aspects héraldiques, emblématiques, iconographiques, historiques, et botaniques. Cet ouvrage comprend une gravure d'après un dessin de van Werden montrant que le roi franc Clovis Ier utilisait des crapauds plutôt que la fleur de lys comme emblème royal[11].
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 5 6 Philippe Bragard, Dictionnaire biographique des ingénieurs des fortifications. Pays-Bas espagnols, principauté de Liège, Franche-Comté, 1504-1713, Namur, Les Amis de la Citadelle, 2011, 221-222
- ↑ Véronique Van de Kerckhof (ed.), Le peintre et l'arpenteur: images de Bruxelles et de l'ancien duché de Brabant, Musées royaux des beaux-arts de Belgique Renaissance Du Livre, 2000, p. 123-124
- 1 2 Michel Hennin, Georges Victor Antoine Gratet Duplessis, Inventaire de la collection d'estampes relatives à l'histoire de France léguée en 1863 ..., Henri Meny, Paris, 1877
- 1 2 Noël Golvers, François de Rougemont, Missionary in Ch'ang-Shu (Chiang-Nan): Study of the Account Book (1674-1676) and the Elogium, Leuven University Press, 1999, p. 12
- ↑ Jacques van Werden at the Belgian State Archives
- 1 2 (nl) Frank van den Wijngaert, De late Moretussen en de boekillustratie in "De Gulden Passer". Jaargang 25. De Nederlandsche Boekhandel, Antwerpen 1947, p. 192
- ↑ Sander Pierron, Histoire illustrée de la Forêt de Soignes, Volume I, Imp. scientifique Charles Bulens, Brussels, p. 22
- ↑ Ferdinand François Ernest Vander Haeghen, Inauguration de Charles II en Flandre: notice historique, E. De Busscher et fils, 1867
- ↑ « The Charting of the Sonian Forest » [archive du ] (consulté le )
- ↑ René Van Bastelaer, "Ignace van der ou van den Stock", in: Biographie Nationale, Volume 24, p. 50-53, Brussels, 1868
- 1 2 Vittoria Feolla, « Botanical, heraldic and historical exchanges concerning lilies : The background of Jean Jacques Chiffet's Lilium Francicum (1658) », dans Sven Dupré et Christoph Lüthy, The Silent Messengers : The circulation of material objects of knowledge in the early modern low countries, Berlin, Lit Verlag, , 387 p. (ISBN 9783825816353, lire en ligne), p. 13-42.
Liens externes
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