Jacques Crétineau-Joly

Jacques Crétineau-Joly, né à Fontenay-le-Comte (Vendée) le et mort à Vincennes (Seine) le , est un publiciste catholique et légitimiste français.

Jacques Crétineau-Joly
Portrait photographique par Nadar.
Biographie
Naissance
Décès
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VincennesVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
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Ludovic Crétineau-Joly
Henri Crétineau-Joly (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Parti politique
Mouvement
Distinctions
signature de Jacques Crétineau-Joly
Signature.

Biographie

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Années de formation et d'hésitations

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Né le 23 septembre 1803 à Fontenay-le-Comte, rue des Loges[1], Jacques-Augustin-Marie Crétineau est le fils de Rose Crétineau, née Ély (1779-1857), et d'Augustin Crétineau (1780-1855), marchand drapier. Le surnom Joly, accolé à son patronyme, aurait été celui d'un aïeul[2],[3] ou d'un bisaïeul, capitaine dans l'armée royale[4].

Élève du collège de Luçon[3], Jacques passe avec succès les épreuves du baccalauréat à Poitiers, à l'âge de dix-sept ans. Souhaitant devenir religieux, il entre au séminaire de Saint-Sulpice, à Paris, à l'automne 1820. Il y reçoit la tonsure l'année suivante[5]. En 1822, le grand-maître de l'Université de France, Mgr Frayssinous, lui confie la chaire de philosophie au collège de Fontenay-le-Comte. Il est cependant contraint d'interrompre cette activité en raison de problèmes de santé (crachements de sang, vomissements)[6].

En 1823, il devient le secrétaire particulier du nouvel ambassadeur de France à Rome, Adrien de Montmorency-Laval[7]. Le 25 août 1825, grâce à une dispense du pape Léon XII, « l'abbé Joly » prononce un panégyrique de Saint Louis devant le souverain pontife à l'occasion de la fête patronale de l'église Saint-Louis-des-Français[8]. À cette époque, Crétineau-Joly s'est essayé à la poésie. Ses Chants romains, publiés en 1826, bénéficient même d'une critique encourageante dans Le Figaro[9]. Malgré ce relatif succès puis la publication de plusieurs autres recueils de poésies à la fin de la décennie, il s'illustrera surtout dans la prose.

De retour en Vendée en 1827, Crétineau-Joly est pris de doutes sur sa vocation[8]. Malgré une retraite spirituelle effectuée en 1829 à la Trappe de Bellefontaine sur les conseils de l'évêque de Luçon, Mgr Soyer, le jeune homme décide de renoncer au sous-diaconat. On lui offre la chaire de rhétorique au collège de La Rochefoucauld (Charente), mais ses problèmes de santé l'empêchent à nouveau de conserver ce poste[10]. Il gagne ensuite sa vie comme professeur particulier. Avant de quitter la Charente, il se marie, le 11 août 1830 avec Clémence Labrousse (1808-1879), fille d'un marchand de Confolens[11]. Il retourne ensuite dans sa ville natale, où naît son premier fils, Ludovic, le 18 juillet 1831[12].

Journaliste légitimiste

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En 1831, Crétineau-Joly refuse la place de principal au collège de Niort, préférant débuter, dans cette même ville, sa carrière de journaliste militant, en rédigeant Le Vendéen (initialement intitulé Le Véridique), une feuille légitimiste farouchement opposée à la Monarchie de Juillet. Il est bientôt remarqué pour sa pugnacité par le comte de Sesmaisons, qui lui confie la direction de L'Hermine de Nantes. Crétineau-Joly assume ainsi les fonctions de rédacteur en chef de ce journal légitimiste de 1834 à 1837[10].

Il quitte ensuite Nantes pour la capitale, où il collabore à plusieurs journaux, dont la Revue du XIXe siècle, La Quotidienne, et la Gazette de France[13]. C'est à Paris, le 20 février 1838, que naît son second fils, Henri, dit « Didi », qui a pour parrain le marquis de La Rochejaquelein et qui deviendra prêtre[14]. L'année suivante, Crétineau-Joly devient le nouveau rédacteur en chef de L'Europe monarchique, où écrivent Arthur de La Guéronnière, Louis Revelière[15] et Victor Fialin. Mais ce journal est à bout de souffle[13] : deux mois plus tard, Crétineau et Revelière quittent L'Europe monarchique, qui est absorbée par la Gazette de France[16]. En 1841, à la demande du comte de Pont-de-Gault[17], Crétineau-Joly dirige brièvement la Gazette du Dauphiné[18].

En 1855, Crétineau-Joly deviendra le rédacteur en chef d'un nouveau journal officieux russe, Le Nord, mais il sera finalement remplacé par Victor Cappellemans[19],[20].

Historien de la Vendée militaire et des jésuites

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Outre ses activités journalistiques, Crétineau-Joly rédige des ouvrages d'histoire. Ainsi, dès 1838, il publie une Histoire des généraux et chefs vendéens[21], suivie, deux ans plus tard, par les deux premiers volumes d'une Histoire de la Vendée militaire. L'impression est financée par une ancien ministre de Charles X, le baron Dudon[22], que Crétineau a rencontré à Nantes quand il rédigeait L'Hermine[23].

En 1843, à l'occasion d'un voyage avec Dudon, Crétineau-Joly retrouve à Rome l'un de ses condisciples de Saint-Sulpice, le père jésuite Philippe de Villefort (1799-1866), qui le met en relation avec le supérieur général de la compagnie, le père Roothaan. Ce dernier demande à l'auteur vendéen de rédiger l'histoire de sa congrégation. Ce projet, également soutenu par le pape Grégoire XVI, se concrétise en 1844, avec la publication du premier des six volumes d'une monumentale Histoire religieuse, politique et littéraire de la Compagnie de Jésus, qui sera traduite dans de nombreuses langues[24]. Par la suite, Roothaan se désolidarise de Crétineau-Joly quand celui-ci écrit des ouvrages plus polémiques sur les relations entre la compagnie et Rome sous le pontificat de Clément XIV[25].

Caricature de Crétineau-Joly publiée dans La Silhouette du 5 décembre 1847.

L'auteur conserve en revanche de bonnes relations avec le pape Pie IX, qui le félicite pour L’Église romaine en face de la Révolution (1858), un ouvrage ambitieux entrepris à la demande du pape précédent[25]. Crétineau-Joly y développe des positions contre-révolutionnaires et ultramontaines[26] ainsi qu'une théorie du complot fondée sur un document (La Formation permanente de la Alta Vendita) attribué aux carbonari et censé expliciter leur projet d'infiltration et de corruption de l'Église catholique. Déjà neuf ans auparavant, dans son Histoire du Sonderbund (1850) rédigée avec le jésuite fribourgeois Pierre Hartmann, Crétineau-Joly attribuait la défaite des cantons suisses catholiques à un complot des sociétés secrètes.

Retiré à Vincennes, affaibli par deux attaques et accablé par les désastres de l'année terrible 1870-1871[27], Crétineau-Joly n'écrit plus au début des années 1870. Devenu presque aveugle[28], il meurt au tout début de l'année 1875, à son domicile du no 5 de la Villa Montmory[29]. Il est inhumé au Cimetière ancien de Vincennes[30], sous une croix ornée du christogramme, d'une fleur de lys et de son portrait peint sur émail par son fils Ludovic[31]. Cette croix a plus tard été remplacée par une chapelle funéraire, détruite par une torpille aérienne lors du raid allemand de la nuit du 8 au 9 mars 1918, reconstruite en 1923 et restaurée en 2024[32].

Regards d'historiens sur l'Histoire de la Vendée militaire

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Caricature de Crétineau-Joly par Nadar et Riou dans le Journal amusant du 11 février 1860.

Pour l'historien Alain Gérard, Jacques Crétineau-Joly est un « écrivain profond autant que partisan, et qui a le sens de la formule » et « qui non seulement ne cite pas ses sources mais qui, selon la mode du temps, ne s'embarrasse pas d'en inventer, pourvu qu'elles fassent vrai »[33]. De même pour l'historien Philippe Candé, Crétineau-Joly « était considéré par les survivants de la guerre comme un parfait affabulateur »[34].

Pour Jacques Hussenet, Jacques Crétineau-Joly donne « à la Vendée blanche l'œuvre la plus représentative du demi-siècle. [...] Salué par Chateaubriand, par la marquise de La Rochejaquelein et les Bourbons en exil, l'ouvrage recueille l'assentiment de la quasi-totalité des insurgés encore en vie et des héritiers moraux des Blancs. [...] Son auteur affiche ouvertement son aversion pour la république et son mépris pour l'orléanisme et le bonapartisme, « formes bâtardes », selon lui, de la Révolution. [...] Les talents de polémistes de l'auteur ne font pourtant pas oublier que ce dernier a pris la peine de réunir une documentation impressionnante et qu'en ce domaine, il précède Michelet dont par ailleurs il se rapproche par l'affirmation d'un ego exacerbé »[35]. Dans son ouvrage, Crétineau-Joly « rejette en bloc la Révolution, qui est assimilée à une entreprise de destruction. [...] Il multiplie les descriptions d'horreurs commises par les Bleus. [...] Cette litanie macabre a vraisemblablement incité Michelet et Louis Blanc à pratiquer la surenchère antivendéenne que l'on sait »[35]. Hussenet conclut que « La personnalité de Jacques Crétineau-Joly est si écrasante qu'aucune œuvre contre-révolutionnaire de son envergure ne verra le jour avant un tiers de siècle »[35].

Publications

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  •  Chants romains, 1826 (lire en ligne sur Gallica).
  • Les Trappistes, 1828 (lire en ligne sur Gallica).
  •  Inspirations poétiques, 1829 (lire en ligne sur Gallica).
  •  Charette, drame politique. Poésies vendéennes et mélanges, 1833 (lire en ligne sur Gallica).
  •  1793, 1815, 1832, épisodes des guerres de la Vendée, précédés d'un tableau historique de cette contrée depuis la révolution de Juillet, 1834.
  •  Histoire des généraux et chefs vendéens, 1838.
  •  Un Fils de pair de France, 1839.
  • Voyage à la vapeur, 1840.
  •  Histoire de la Vendée militaire, 4 vol., 1840-1842 (t. 3 sur Google Livres et t. 4 sur Google Livres).
  • Histoire contemporaine des hommes et des journaux politiques, par un ancien député. M. de Genoude et la Gazette de France, 1842 (lire en ligne sur Gallica).
  •  Histoire des traités de 1815 et de leur exécution, publiée sur les documents officiels et inédits, 1842 (lire en ligne sur Gallica).
  •  Histoire religieuse, politique et littéraire de la Compagnie de Jésus, composée sur les documents inédits et authentiques, 6 vol., 1844-1846 (t. 1 sur Google Livres, t. 2 sur Google Livres, t. 4 sur Google Livres et t. 6 sur Google Livres ; troisième édition (1851) à lire en ligne sur Gallica).
  •  Clément XIV et les Jésuites, (lire en ligne sur Gallica).
  •  Défense de Clément XIV et réponse à l'abbé Gioberti, (lire en ligne).
  •  Histoire du Sonderbund, 2 vol., 1850 (t. 1 sur Google Livres et t. 2 sur Google Livres).
  •  Scènes d'Italie et de Vendée, (lire en ligne).
  •  Le Pape Clément XIV, lettre au Père Augustin Theiner, 1853.
  •  Le Pape Clément XIV, seconde et dernière lettre au Père Augustin Theiner, 1853.
  •  L'Église romaine en face de la Révolution, 2 vol., Henri Plon, Paris, 1859 (t. I sur Google Livres et t. II sur Google Livres).
  •  Simples récits de notre temps, 1860 (lire en ligne sur Gallica).
  • Rome et le vicaire savoyard, 1861.
  •  Histoire de Louis-Philippe d'Orléans et de l'Orléanisme, 2 vol., 1862-1863 (t. 1 sur Gallica et t. 2 sur Gallica).
  •  Mémoires du cardinal Consalvi, avec une introduction et des notes, par Jacques Crétineau-Joly, 2 vol., 1864 (édition de 1895 à lire en ligne sur Gallica).
  •  Histoire des trois derniers princes de la maison de Condé : prince de Condé, duc de Bourbon, duc d'Enghien, d'après les correspondances originales et inédites de ces princes, 2 vol., 1867, (t. 1 sur Google Livres et t. 2 sur Google Livres, ou t. 1 sur Gallica et t. 2 sur Gallica).
  •  Bonaparte, le Concordat de 1801 et le cardinal Consalvi, suivi des deux lettres du P. Theiner sur le pape Clément XIV, 1869 (lire en ligne sur Gallica).

Notes et références

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  1. ↑ Maynard, p. 2.
  2. ↑ Maynard, p. 1.
  3. 1 2 Le Poitevin, p. 2.
  4. ↑ Régnault, p. 7.
  5. ↑ Maynard, p. 7-8.
  6. ↑ Le Poitevin, p. 3.
  7. ↑ (en) Patricius Schlager, Catholic Encyclopedia (lire en ligne), « Jacques Crétineau-Joly »
  8. 1 2 Le Poitevin, p. 4.
  9. ↑ Le Figaro, 27 septembre 1826, p. 2.
  10. 1 2 Le Poitevin, p. 5.
  11. ↑ Archives départementales de la Charente, état civil de Confolens, registres des naissances, mariages et décès de 1830, acte no 117 (vue 455 sur 462).
  12. ↑ Archives départementales de la Vendée, état civil de Fontenay-le-Comte, registre des naissances, mariages et décès de 1831, acte no 128 (vue 65 sur 347).
  13. 1 2 Maynard, p. 62-63.
  14. ↑ Maynard, p. 49, 155 et 196.
  15. ↑ Le Poitevin, p. 6.
  16. ↑ L'Hermine, 15 août 1839, p. 2.
  17. ↑ Maynard, p. 76.
  18. ↑ Le Poitevin, p. 8.
  19. ↑ Le Constitutionnel, 16 avril 1855, p. 2.
  20. ↑ La Presse, 5 août 1856, p. 3.
  21. ↑ Le Poitevin, p. 9.
  22. ↑ Le Poitevin, p. 10.
  23. ↑ Régnault, p. 14.
  24. ↑ Le Poitevin, p. 11.
  25. 1 2 Le Poitevin, p. 13.
  26. ↑ Sylvio De Franceschi, Antiromanisme doctrinal et romanité ecclésiale dans le catholicisme posttridentin (XVIe – XXe siècle), LARHRA, (ISBN 979-10-365-4322-7), p. 7
  27. ↑ Maynard, p. 492.
  28. ↑ Le Poitevin, p. 15.
  29. ↑ Archives départementales du Val-de-Marne, état civil de Vincennes, registre des décès de 1875, acte no 2 (vue 605 sur 708).
  30. ↑ Section 1, Ouest, emplacement 286 (cimetiere.gescime.com, consulté le 27 septembre 2026).
  31. ↑ Maynard, p. 502-503.
  32. ↑ « Chapelle Jacques Crétineau Joly à Vincennes » sur le site de la Fondation Maison de Bourbon (consulté le 19 septembre 2026).
  33. ↑ Gérard 2013, p. 563.
  34. ↑ Candé 2022, p. 153.
  35. 1 2 3 Hussenet 2007, p. 73-74.

Bibliographie

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  • Philippe Candé, La guerre de Vendée en pays angevin : une mémoire interdite, Centre vendéen de recherches historiques, , 432 p. (ISBN 978-2491575137). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Cortèse-Danrémont, Nouvelle biographie générale : depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, Firmin-Didot frères (Paris), 1854-1866 (lire en ligne sur Gallica), p. 449-450.
  • Alfred Dantès, Dictionnaire biographique et bibliographique, alphabétique et méthodique, des hommes les plus remarquables dans les lettres, les sciences et les arts, chez tous les peuples, à toutes les époques, A. Boyer (Paris), (lire en ligne sur Gallica), p. 213.
  • Alain Gérard, Vendée : les archives de l'extermination, Centre vendéen de recherches historiques, , 684 p. Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Jacques Hussenet (dir.), « Détruisez la Vendée ! » Regards croisés sur les victimes et destructions de la guerre de Vendée, La Roche-sur-Yon, Centre vendéen de recherches historiques, , 634 p. Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Le Poitevin (Jean-Emmanuel Drochon (d)), « Crétineau-Joly (1803-1875) », Les Contemporains, 11 février 1894, 16 p.
  • Michel-Ulysse Maynard (d), Jacques Crétineau-Joly. Sa vie politique, religieuse et littéraire, d'après ses mémoires, sa correspondance et autres documents inédits, Paris, Firmin-Didot, 1875, 541 p. (consultable sur Gallica).
  • Émile Régnault (d), Crétineau-Joly et ses livres, Paris, Lecoffre fils, 1875, 72 p. (consultable sur Gallica).
  • Gustave Vapereau, Dictionnaire universel des contemporains : contenant toutes les personnes notables de la France et des pays étrangers, L. Hachette (Paris), (lire en ligne sur Gallica), p. 488.

Liens externes

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