Janette Colas
Janette Colas est une résistante nivernaise, née à Clamecy le , ayant joué un rôle actif dans la Résistance contre l'Occupation allemande, pendant la Seconde Guerre mondiale, dans le Morvan. Elle est décédée le à Saizy.
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Jeanne Georgina Juliette Colas |
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Biographie
modifierJeunesse et formation
modifierFille d'un fonctionnaire, son éducation est imprégnée des valeurs républicaines, civiques et patriotiques. Après l'obtention d'un brevet d'enseignement supérieur, elle est, à la mort de son père, contrainte d'abandonner ses études. Elle est admise au concours des PTT, Postes, télégraphes et téléphone et devient téléphoniste à Clamecy.
Seconde Guerre mondiale
modifierPremiers engagements (1939-1941)
modifierJanette Colas s'engage dès le début de la guerre pour la défense nationale. En , accompagnée de Georges Moreau, coiffeur à Clamecy et futur chef du Maquis du Loup, elle participe au démantèlement d'un réseau d'espionnage opérant via l'ambassade de Norvège[1].
Janette Colas est profondément marquée par le massacre de 44 tirailleurs sénégalais et nord-africains à Clamecy le . Sous prétexte de l'agression d'un officier allemand par l'un de ces soldats coloniaux, engagés dans la défense de la France, un officier allemand fait exécuter arbitrairement une vingtaine de tirailleurs, puis vingt autres ayant refusé de creuser les tombes. Cette répression s'inscrit dans une série d'exactions similaires, telles que le massacre de Chasselay, et illustre l'idéologie nazie, le racisme et la xénophobie des forces allemandes envers les soldats noirs, perçus comme êtres inférieurs, voire comme des « bêtes sauvages »[2]. L'atrocité de cet événement répugne Janette Colas qui s'engage dès lors dans un soutien sans faille à la Résistance face à l'occupant.
Activités clandestines (1941-1943)
modifierÀ partir de 1941, face aux exactions et humiliations allemandes devenues régulières, voire systématiques, elle utilise son poste de téléphoniste à Clamecy pour espionner des communications, intercepter des courriers importants et de transmettre des informations aux réseaux clandestins. Elle intercepte notamment les dénonciations anonymes en provenance de la Kommandantur[3].
Elle participe à l'organisation de filières d'évasion avec la confrérie Notre-Dame qui, jusqu'à l'arrestation de ses chefs en , permet à une quarantaine de clandestins de passer au sud de la ligne de démarcation. Janette Colas participe également à la résistance en diffusant des tracts et journaux.
Entre et , Janette Colas assure la liaison avec les hommes de Georges Moreau, qui avait dû fuir face à la pression allemande. À la poste de Clamecy, elle est une employée modèle et n'est jamais inquiétée[1].
En , alors que toutes les commémorations patriotiques sont interdites, Janette Colas, aux côtés d'autres membres de la résistance locale, participe, à Clamecy, à la préparation d'un hommage rendu aux tirailleurs massacrés en . Elle contribue à la réalisation d'une composition florale en forme de Croix de Lorraine et à la confection de drapeaux alliés placés sur la fosse commune de ces tirailleurs [4].

Liaison avec le maquis Le Loup (1944)
modifierEn , Georges Moreau installe et dirige au lieu-dit de La Cage au Loup, à Creux, commune de Villiers-sur-Yonne, le maquis du Loup. Une ligne téléphonique clandestine y est installée et permet la liaison des maquisards avec la poste de Clamecy, où œuvre Janette Colas. Le développement de ces lignes de communication clandestines permet la liaison entre les différents maquis. Janette Colas communique activement avec l'état-major de la Nièvre basé au maquis Bernard à Ouroux-en-Morvan[5].
Le , c'est elle qui avertit la Résistance du départ imminent des troupes allemandes de Clamecy, ce qui permet aux maquisards de prendre la ville. Elle quitte son poste officiel pour devenir la secrétaire de Georges Moreau, contribuant à la mise en place du Comité départemental de libération (CDL). Elle revient à Clamecy en pour assurer la coordination entre les différents groupes de résistants locaux[6].

Après-guerre et mémoire
modifierÀ partir de , Janette Colas reprend son activité à la Poste de Clamecy. Par la suite, elle s'engage activement en faveur de la transmission de cette histoire et de cette mémoire, au sein de l'Amicale du Maquis du Loup et de l'Association pour la Recherche sur l'Occupation et la Résistance en Morvan (ARORM), à Saint-Brisson. Elle s'implique activement au sein de cette association et en devient, pendant de très nombreuses années, la trésorière. Aux côtés d'anciens résistants, résistantes et historiens de l'Université de Bourgogne, elle participe à la création du musée de la Résistance en Morvan, inauguré en 1983 par François Mitterrand.

Avec l'ARORM, elle participe à retracer l'histoire de la Résistance en Morvan et témoigne notamment de son engagement durant la guerre. En 2009 elle contribue à l'ouvrage Le Morvan pendant la Seconde Guerre mondiale, avec un article intitulé "L'audace incarnée : Le Loup et son maquis"[7].
Hommages et postérité
modifierQuelques années après son décès survenu en 2011, une plaque commémorative en son honneur est apposée sur la façade de l'ancien bureau de poste de la ville de Clamecy. Le , soit 75 ans après la libération de la ville, Claudine Boisorieux, maire de la ville, Marie-Loup Moreau, fille de Georges Moreau et Jean Vigreux, historien et professeur d'histoire contemporaine à l'Université de Bourgogne, rendent hommage à Janette Colas en dévoilant cette plaque sur laquelle il est écrit : « Janette Colas, résistante de la première heure et pour toujours 1918-2011 »[8].
Décoration
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Officier de la Légion d'honneur (décret du ) ; chevalier du [9]
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- MARCOT François (dir.), Dictionnaire historique de la Résistance, Paris, Robert Laffont, 2006, 1 187 p. (ISBN 2-221-09997-4), p. 393-394.
- MARTINET Jean-Claude, édition présentée par Jean Vigreux, Histoire de l'Occupation et de la Résistance dans la Nièvre 1940-1944, Dijon, Éditions universitaires de Dijon, 2015, 452 p. (ISBN 978-2-36441-127-2).
- PIEUCHOT Serge, « Janette Colas, des écoutes téléphoniques à l'engagement dans les maquis et les "combats de la mémoire" », Bulletin de la Société scientifique et artistique de Clamecy, 2012, p. 11-17.
- SCHECK Raffael, « Chapitre 3. Les massacres des prisonniers noirs par l'armée allemande en 1940 », dans Johann CHAPOUTOT et Jean VIGREUX, Des soldats noirs face au Reich. Les massacres racistes de 1940, Paris, Presses universitaires de France, 2015, p. 59 à 100.
- VIGREUX Jean, « Chapitre 6. Le et la mémoire du massacre de Clamecy », dans CHAPOUTOT Johann et VIGREUX Jean, Des soldats noirs face au Reich. Les massacres racistes de 1940, Paris, Presses universitaires de France, 2015, p. 153 à 171.
- VIGREUX Marcel, Le Morvan pendant la Seconde Guerre mondiale. Témoignages et études, Morvan terre de Résistances - ARORM, 1998, 303 p.,(ISBN 978-2-9508378-4-4), p. 279-289.
Articles de presse
modifier- BRERARD Pierre, « Un hommage vibrant et mérité à Janette Colas, héroïque résistante de Clamecy », Le Journal du Centre, https://www.lejdc.fr/clamecy-58500/actualites/un-hommage-vibrant-et-merite-a-janette-colas-heroique-resistante-de-clamecy_13625944/, consulté le .
- BRUNET Laure & PETIT Emilie, « La Résistance en Bourgogne, c'est aussi une histoire de femmes », Le Journal du Centre, , en ligne https://www.lejdc.fr/clamecy-58500/actualites/la-resistance-en-bourgogne-c-est-aussi-une-histoire-de-femmes_11354046/, consulté le .
- MARQUET Géraldine & CALLEWAERT Aurore, « Femmes et Résistance », Vents du Morvan, no 95, été 2025, p. 43 à 47.
- FORGES Alice, « Des ateliers pour créer les fiches Wikipédia de résistantes du Morvan », Le Journal du Centre, , https://www.lejdc.fr/saint-brisson-58230/loisirs/des-ateliers-pour-creer-les-fiches-wikipedia-de-resistantes-du-morvan_14636424/ consulté le .
- "Varzy. Hommage aux femmes du maquis du Loup", Le Journal du Centre, 19/03/2025. https://www.lejdc.fr/varzy-58210/loisirs/hommage-aux-femmes-du-maquis-du-loup_14657134/, consulté le .
- VIRON Clément, « Dans le Morvan, des femmes engagées dans la Résistance auront bientôt leur page Wikipédia », Ici Auxerre, , en ligne https://www.francebleu.fr/infos/insolite/dans-le-morvan-des-femmes-engagees-dans-la-resistance-auront-bientot-leur-page-wikipedia-6683379, consulté le .
- https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/carnets-de-campagne/carnets-de-campagne-du-mercredi-22-janvier-2025-1651636
Liens externes
modifier- Archives conservées par : Service historique de la Défense (GR 16 P 136313)
- Ressource relative aux militaires :
Notes et références
modifier- 1 2 François Marcot (dir.), Dictionnaire historique de la Résistance, Paris, Robert Laffont, , 1187 p. (ISBN 2-221-09997-4), p. 393-394
- ↑ Raffael SCHECK, « Les massacres des prisonniers noirs par l'armée allemande en 1940 », dans Johann CHAPOUTOT et Jean VIGREUX, Des soldats noirs face au Reich. Les massacres racistes de 1940., Paris, Presses universitaires de France, , 184 p. (lire en ligne), p. 59 à 100
- ↑ Aurore CALLEWAERT, « Les femmes dans la Résistance », dans Marcel Vigreux, Le Morvan pendant la Seconde Guerre mondiale. Témoignages et études., A.R.O.R.M, , 303 p. (ISBN 978-2-9508378-4-4), p. 285
- ↑ VIGREUX Jean, « Le 11 novembre 1943 et la mémoire du massacre de Clamecy », dans Johann CHAPOUTOT et Jean VIGREUX, Des soldats noirs face au Reich. Les massacres raciste de 1940., Paris, Presses universitaires de France, , 184 p. (lire en ligne), p. 153-171
- ↑ Jean-Claude MARTINET, édition présentée par Jean Vigreux, Histoire de l'Occupation et de la Résistance dans la Nièvre 1940-1944, Dijon, Éditions universitaires de Dijon, , 452 p. (ISBN 978-2-36441-127-2), p.249
- ↑ François MARCOT (dir.), Dictionnaire historique de la Résistance, Paris, Robert Laffont, , 1184 p. (ISBN 2-221-09997-4), p. 393-394
- ↑ COLAS Janette, « L'audace incarnée : Le Loup et son maquis », dans VIGREUX Marcel, Le Morvan pendant la Seconde Guerre mondiale. Témoignages et études., Morvan terre de Résistances - ARORM, , 346 p. (ISBN 978-2-9508378-4-4), p. 165-175
- ↑ Pierre BRERARD, « «Un hommage vibrant et mérité à Janette Colas, héroïque résistante de Clamecy» », Le Journal du Centre, (lire en ligne
) - ↑ JORF, « Décret du 31 décembre 2009 portant promotion et nomination dans l'ordre national de la Légion d'honneur »