Jardin colonial des Plantes de Saint-Pierre

jardin botanique français

Le Jardin colonial des Plantes était le jardin botanique de Saint-Pierre, situé le long de la route des Trois Ponts, à l'extrémité orientale du quartier du Centre, en Martinique. Après 1861 il est parfois aussi appelé jardin de Tivoli.

Jardin colonial des Plantes
Image illustrative de l’article Jardin colonial des Plantes de Saint-Pierre
Plan topographique du Jardin des Plantes de Saint-Pierre en 1823.
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Colonie Martinique
Commune Saint-Pierre
Quartier Centre
Superficie 6 hectares
Cours d'eau Rivière du Jardin des Plantes
Histoire
Création
Personnalité(s) Gabriel Castelnau d'Auros, Charles Bélanger
Caractéristiques
Type Jardin botanique
Essences 1850
Gestion
Ouverture au public Jusqu'au
Localisation
Coordonnées 14° 44′ 59″ nord, 61° 10′ 04″ ouest
Géolocalisation sur la carte : Petites Antilles
(Voir situation sur carte : Petites Antilles)
Jardin colonial des Plantes
Géolocalisation sur la carte : Martinique
(Voir situation sur carte : Martinique)
Jardin colonial des Plantes

Il est détruit par l'éruption de la montagne Pelée en 1902.

Histoire

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En 1786 Jean-François Foulquier, intendant des Îles-du-Vent de l'Amérique et passionné de botanique, demande au roi Louis XVI l'autorisation d'établir un jardin botanique[1], sous le nom de Jardin du roi, dans le quartier de Saint-Pierre appelé Parnasse ; ce jardin servirait à envoyer en France des plantes des Antilles ou à acclimater des plantes européennes qui pourraient être utiles aux îles. Mais le roi n'accède pas à ce désir. « Nous ne pensons plus, précisent, en 1787, le gouverneur Damas et l'intendant Foulquier, à l'établissement d'un jardin botanique puisque vous ne l'avez pas jugé convenable. »

Peu après la paix d'Amiens (25 mars 1802) qui signe le retour de la Martinique dans le giron de la France, un arrêté de Napoléon du (30 pluviôse an XI) marque la création du Jardin colonial des Plantes de Saint-Pierre[2]. Pour le préfet colonial Charles-Henri Bertin et l'amiral Villaret-Joyeuse (gouverneur de la Martinique 1802-1809), cette création est l'une des actions entreprises à Fort-de-France et à Saint-Pierre pour reprendre la main sur l'île après l'occupation anglaise ; c'est aussi le remplacement du jardin botanique de Saint-Domingue, dont la maîtrise est perdue suite à l'insurrection anti-esclavagiste de 1791 (début de la révolution haïtienne) et, subséquemment, la perte définitive de la colonie de Saint-Domingue ; enfin, il s'agit aussi de ne pas être trop en reste vis-à-vis des Anglais, qui ont un jardin botanique à Saint-Vincent, un autre en Jamaïque et un troisième à Trinidad[1].

Le jardin est établi le long de la route des Trois Ponts menant au Morne-Rouge, sur le morne Parnasse, dans l'habitation de Corinthe[réf. nécessaire] au bord de la rivière dite le Poirier, dépendante autrefois du couvent des Ursulines. L'accès au jardin depuis Saint-Pierre se fait en remontant la Savane du Fort le long de la Roxelane jusqu'au Boulevard, puis par la route nationale des Trois Ponts, en passant devant le grand morne Labelle, jusqu'au morne Parnasse situé sur la droite de la route et sur les pentes duquel s'étale le Jardin des Plantes[3],[4].

Le jardin est conçu à la fois comme un jardin d'essai, d'acclimatation et un lieu de promenade où se développe et s'expose la riche production des îles. Dès l'origine et durant toute son existence, le Jardin botanique de Saint-Vincent, celui de Cayenne et le Jardin du Roi de l'île Bourbon l'enrichissent d'un grand nombre de plantes précieuses. Son directeur, Gabriel Castelnau d'Auros, entretient des relations suivies avec M. Anderson, directeur du Jardin des plantes de la colonie britannique de Saint-Vincent, riche aussi en productions des Antilles. Le principal but du Jardin des Plantes de Saint-Pierre est de naturaliser dans la colonie les plantes des Indes orientales, et principalement les épices ; de fournir au Jardin des Plantes de la métropole celles qui pourraient y manquer ; de rassembler des plantes indigènes ; et de former un dépôt de plantes médicinales.

En 1810, les habitants craignant une dégénération complète du caféier s'adressent à ce sujet au gouverneur anglais de la Martinique, John Broderick, qui fait venir de jeunes plants de cet arbuste de la Guyane néerlandaise pour former une pépinière dans le jardin de Saint-Pierre.

Le Jardin des Plantes est ceinturé d'un mur de clôture du côté de la route des Trois Ponts, construit en 1817 par l'administration coloniale pour la somme de 3 444,80 francs[5].

La crise du sucre de 1838, associée à l'émancipation des esclaves dix ans plus tard, porte un coup sévère à la prospérité du jardin. Sa gestion est confiée à la Société d'Agriculture en 1840 et on procède, à cette date, à la réparation du mur de clôture. Après la restauration entreprise par son charismatique directeur Charles Bélanger en 1853, le jardin retrouve son rayonnement d'antan. En 1856, 1850 espèces y sont répertoriées et il fournit en plantes rares de nombreux jardins d'Europe et des colonies françaises. Le jardin est agrandi en 1861 par l'annexion de l'habitation domaniale de Tivoli. En 1886, le jardin acquiert sa dimension définitive, s'étendant alors sur six hectares. Devenu un établissement scientifique important, un laboratoire agricole y est rattaché la même année.

La renommée du jardin attire des visiteurs illustres, parmi lesquels le prince Alfred d'Angleterre qui s'émerveille lors d'une escale en Martinique en 1861.[réf. nécessaire] Le botaniste Édouard Marie Heckel en étudie les plantes dans le début des années 1860[6].

Le Jardin des Plantes a fait partie intégrante du cadre de vie des Pierrotins pendant près d'un siècle. Ce vaste domaine naturel est devenu au fil du temps un site patrimonial à part entière, véritable conservatoire des richesses végétales originaires des quatre coins du monde. Si l'éruption de la montagne Pelée le 8 mai 1902, sonne le glas de ce bel édifice, l'œuvre accomplie pendant près d'un siècle se poursuit au sein des nouveaux jardins d'essai installés à Fort-de-France : celui de Tivoli dès 1902, pour relancer l'agriculture auprès des réfugiés de Saint-Pierre, et celui de Desclieux en 1918 où la multiplication des espèces végétales et l'expérimentation de nouvelles méthodes de cultures se poursuivent. Il faut attendre 1940 pour voir se créer en Martinique, au jardin d'essai de Tivoli, un enseignement agricole pérenne.

Directeurs

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  • [7] - fin 1814[8] : Gabriel Castelnau d'Auros
  • fin 1814[8] - [9] : Rolland Le Grand[10]
  • [11] - [12] : Artaud
  • [13] - [14] : Monfleury de l'Horme[15]
  • [14] - [16] : Célestin Desravinières
  • 1839[16] - [17] : Mancet[18]

 : arrêté donnant la charge du jardin à la Société d'Agriculture[19] et d'économie rurale de la Martinique (fondée le )[20]

  • [16] - 1841 : Victor Segond
  • -  : Artaud[21]
  • [22] - ? (après 1846[23]) : Charles Barillet
  • 1853 -  : Charles Bélanger[24]
  • ?

1902 : destruction du jardin par l'éruption de la montagne Pelée[24].

Description

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Le Jardin des Plantes s'étale sur les pentes du morne Parnasse. Il inclut des bassins, un château d'eau, une cascade, des canaux pour l'irrigation, un vivier, des lacs et des îlots artificiels. Des allées ombragées invitent à la promenade, et parmi elles, la célèbre allée des duels bordée de gigantesques palmiers aux troncs blancs, atteignant jusqu'à soixante mètres de hauteur, où les Pierrotins impétueux viennent y régler leurs litiges.

Précédant l'entrée, deux énormes fromagers appelés « les avant-gardes du Jardin des plantes » par la célèbre voyageuse Adèle Hommaire de Hell. Une partie du jardin est consacrée à une pépinière, « enceinte réservée à la culture des fleurs, des plantes, des arbrisseaux » non seulement de la région des Antilles mais des 5 continents ; on y trouve des bosquets d'arbres exotiques, des bassins où fleurissent des plantes aquatiques, des plates-bandes et parterres de fleurs avec roses de Caracas, hibiscus, lis de la Guyane, jasmin du Cap, etc. En dehors de cette pépinière, la végétation tropicale offre une grande variété. « Tout ce que l'Inde, la Chine, le Brésil, la Guyane ont de précieux s'y trouve acclimaté, nous dit encore Mme Hommaire de Hell, et s'y reproduit avec une fougueuse activité. » Il y pousse ainsi des acajous, palétuviers, balatas, pachiras de la Guyane, palmistes à colonnes, sabliers, frangipaniers roses, mombins, flamboyants, aréquiers, chênes d'Amérique, figuiers maudits, roseaux d'une hauteur prodigieuse. Tous ces arbres sont souvent enlacés d'immenses lianes, très remarquées aussi des visiteurs.

« C'est une des merveilles du monde, mais une merveille inconnue. Les pittoresques replis du terrain dans ce lieu féerique, où la flore tropicale si luxuriante étalait toutes ses grâces, la multitude des plantes exotiques qu'on y cultivait aussi, les productions géantes des mornes d'alentour, les palmistes reliés les uns aux autres dans un capricieux réseau de lianes, les eaux jaillissant des blocs de lave, enfin, l'imposante cascade de cet Éden, laissaient une impression et des souvenirs ineffaçables dans l'esprit de tous ceux qui le visitaient. »[25]

Plantes du jardin

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Plantes de la Martinique

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Le Jardin des Plantes est riche d'une grande variété de plantes rares et exotiques, mais il est également le conservatoire des plantes et végétaux alimentaires (fruits et légumes) couramment utilisés aux Antilles. Quelques exemples de ses plantes :

Arbres fruitiers

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Végétaux alimentaires

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Plantes de l'île Bourbon

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Par les soins de M. Boudin, négociant, le Jardin colonial des Plantes de Saint-Pierre s'enrichit en 1816 de plusieurs plantes rares de l'île Bourbon :

Notes et références

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  1. ↑ Capraria (en) biflora, appelé par le père Labat « thé sauvage », croît naturellement dans plusieurs endroits de l'île. C'est un arbrisseau de 4 à 5 pieds de hauteur. Un chirurgien avait amassé une quantité considérable de ses feuilles qu'il vendit en France comme du thé de la Chine. Cette plante croît aussi dans l'Amérique méridionale où elle est connue sous le nom de thé du Mexique. Voir « Capraria biflora L. », sur powo.science.kew.org, Plants of the world, base de donnée des Kew Gardens (consulté en ).

Références

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  1. 1 2 Chevallier 2026.
  2. ↑ Reissier 1846, p. 10.
  3. ↑ Chevallier 2026, voir le plan de 1823.
  4. ↑ Reissier 1846, p. 9.
  5. ↑ Compte rendu au Roi, par le ministre de la Marine et des Colonies, des recettes et des dépenses faites pour le service intérieur des colonies, sur l'exercice 1817, Paris, Imprimerie royale, mars 1827.
  6. ↑ Georges Aillaud, « Édouard Heckel, un savant, organisateur : de la botanique appliquée à l'Exposition coloniale de 1906 », Provence Historique, t. 43, no 172 « Les Sciences à Marseille au XIXe siècle »,‎ avril-mai-juin 1993, p. 153-166 (présentation en ligne, lire en ligne [PDF] sur aaap13.fr, consulté en ).
  7. ↑ Reissier 1846, p. 12.
  8. 1 2 Reissier 1846, p. 24.
  9. ↑ Reissier 1846, p. 15, 31.
  10. ↑ Reissier 1846, p. 22.
  11. ↑ Reissier 1846, p. 31.
  12. ↑ Reissier 1846, p. 33.
  13. ↑ Reissier 1846, p. 35.
  14. 1 2 Reissier 1846, p. 40.
  15. ↑ Reissier 1846, p. 36.
  16. 1 2 3 Reissier 1846, p. 41.
  17. ↑ Reissier 1846, p. 43.
  18. ↑ Reissier 1846, p. 48.
  19. ↑ Reissier 1846, p. 42.
  20. ↑ Reissier 1846, p. 46.
  21. ↑ Reissier 1846, p. 34.
  22. ↑ Reissier 1846, p. 45.
  23. ↑ Reissier 1846, p. 81.
  24. 1 2 Denis Barabé, Alain Cuerrier et Angélique Quilichini, « Les jardins botaniques : entre science et commercialisation », Natures Sciences Sociétés, vol. 20, no 3,‎ , p. 334-342 (lire en ligne, consulté en ).
  25. ↑ Charles L. Lambolez, Saint-Pierre-Martinique 1635-1902, éd. Berger-Levrault & Cie, , 509 p. (lire en ligne [PDF]), p. 83.

Voir aussi

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Articles connexes

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Bibliographie

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  • [Reissier 1846] Louis François Elisabeth Rémy Reissier, Historique du Jardin-des-plantes de Saint-Pierre-Martinique, Fort-Royal, impr. E. Ruelle et Ch. Arnaud, (lire en ligne). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article.

Liens externes

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