Jean-Marc Manach
Jean-Marc Manach, né en 1971, est un journaliste d'investigation français, spécialiste d'Internet et des questions de surveillance et de vie privée[1],[2]. Il a notamment enquêté à partir de 2024 en partenariat avec CheckNews, pour identifier plusieurs milliers de sites d'information générés par intelligence artificielle.
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Biographie
modifierAu début des années 1990, Jean-Marc Manach étudie le cinéma à l'université Paris VIII[3]. Il cofonde la revue l'Armateur, qui s'intéresse au cinéma underground et, plus largement, au nouveau statut de l'image dans la culture numérique alors à ses débuts[3].
Travaux
modifierD'après le magazine Le Point, "Manach est l'un des journalistes français ayant enquêté sur les questions de surveillance et de vie privée sur le Web"[4]. Membre fondateur des Big Brother Awards en France[5], il est connu pour son blogue en ligne consacré aux libertés numériques, Bug Brother hébergé par Le Monde, pour ses contributions sur des sites web tels que Transfert.net, Internet Actu, OWNI, ainsi que pour sa participation à l'émission de télévision « Le Vinvinteur » sur France 5.
Coauteur avec Julien Goetz et Sylvain Bergère d'Une contre-histoire de l'Internet, documentaire et webdocumentaire donnant la parole à de nombreux défenseurs des libertés sur Internet.
Avec OWNI et plusieurs autres médias et associations, il a notamment contribué à la publication en 2011 par le site WikiLeaks des « Spyfiles », un ensemble de documents dévoilant les pratiques sur le marché des outils de surveillance et d'interception des communications. Ces fichiers montrent entre autres que des entreprises de pays occidentaux, notamment françaises, ont vendu à des régimes autoritaires des moyens de surveiller leur population[6]. Il a aussi contribué au Mémorial des morts aux frontières de l'Europe, une carte interactive destinée à visualiser le nombre de migrants morts en tentant d'atteindre l'Europe.
En 2011, Jean-Marc Manach compte parmi les journalistes ayant documenté la vente, par l'entreprise française Amesys (alors filiale du groupe Bull), d'un système de surveillance des communications baptisé Eagle au régime de Mouammar Kadhafi[7]. Ce dispositif, retrouvé dans les locaux de la police politique libyenne après la chute du régime, a permis d'intercepter les communications d'opposants ensuite arrêtés et torturés, ce qui a valu à Amesys, devenue depuis Nexa Technologies, la mise en cause pour complicité d'actes de torture dans le cadre d'une information judiciaire ouverte en France[8]. Ce travail d'enquête a nourri le livre Au pays de Candy ainsi que la bande dessinée Grandes oreilles et bras cassés.
Enquête sur les sites d'information générés par IA
modifierÀ partir de début 2024, Jean-Marc Manach entame pour le site Next une enquête sur la prolifération, en langue française, de sites d'actualité générés en tout ou partie par intelligence artificielle, dont les contenus sont plagiés ou inventés et diffusés sans mention de leur origine automatisée[9]. Partie d'une veille de routine sur Google Actualités, cette enquête permet d'identifier environ 1 000 sites à fin janvier 2025. À partir de février 2025, elle se poursuit en partenariat avec le service de fact-checking CheckNews du quotidien Libération, avec lequel Manach collabore pour recouper et publier ses résultats ; le décompte atteint plus de 18 000 sites en septembre 2026[10].
L'enquête établit que plusieurs dizaines de ces sites figurent parmi les contenus les plus recommandés par Discover, l'algorithme de recommandation de Google, et que certains ont été utilisés comme sources sur Wikipédia avant d'être identifiés. Une étude de Médiamétrie commandée par le Groupement des éditeurs de services en ligne confirme l'ampleur du phénomène : les sites d'information générés par IA les plus recommandés par Google touchent 14 à 16 millions d'internautes français par mois en octobre 2025, une audience qui atteint environ 23 millions en avril 2026, soit près de 40 % des internautes français[9]. Pour permettre au public de se prémunir, Next développe et met à disposition gratuitement une extension de navigateur qui signale la consultation de ces sites[10]. Ce travail est répercuté par plusieurs organisations professionnelles et médias français[11],[4]et étrangers[12].
L'enquête donne également lieu à un différend déontologique. Le 26 mars 2025, France 2 diffuse dans son journal de 20 heures un reportage intitulé « Enquête : sur Google, le règne des sites générés par IA », consacré au même sujet. Estimant que ce reportage reprenait les termes et découvertes de son enquête sans le citer, Jean-Marc Manach saisit le 21 avril 2025 le Conseil de déontologie journalistique et de médiation (CDJM). Le CDJM juge la saisine partiellement fondée : il retient que l'obligation de citer un confrère n'a pas été respectée par France 2, tout en écartant le grief relatif à l'exactitude de l'information, considérant que la chaîne était en droit de ne retenir que les éléments qu'elle avait pu vérifier elle-même[13].
Autres activités
modifierJean-Marc Manach siège au comité de déontologie de l'association Nos oignons[14] dont l'objet est « de participer au développement du réseau de communications électroniques Tor, cela afin de garantir les libertés d'information, d'expression et de communication ».
Il intervient en outre dans plusieurs écoles de journalisme, dont l'Institut d'études politiques de Paris[15], le Centre de formation des journalistes de Paris et l'École supérieure de journalisme de Lille.
Entre et il présentait toutes les deux semaines, le mardi à 14 h 42, une émission filmée (de type Web TV) de 42 minutes[Notes 1] sur les sites web d'Arrêt sur images et de Next INpact[16].
En 2016, il présentait avec Sylvain Lapoix l'émission de fact checking What the Fact, sur la plateforme YouTube[17].
Ouvrages
modifier- Les Rapports vert, gris et vert-de-gris : Années 70 en France, le cinéma expérimental ou l'institutionnalisation impossible, Paris expérimental, coll. « Les Cahiers » no 4, Paris, 2001, 21 p. (ISBN 2-91253-904-8) [présentation en ligne] [lire en ligne]
- Big Brother Awards : Les surveillants surveillés, avec Jean-Pierre Garnier, Anne-Lise Martenot, Jérôme Thorel et Christine Treguier (préf. de Maurice Rajsfus), Zones, 2008, Paris, 187 p. (ISBN 2-35522-014-X) [lire en ligne]
- La Vie privée, un problème de vieux cons ?, FYP éditions, coll. « Présence/Essai », 2010, 224 p. (ISBN 9782916571393) [présentation en ligne]
- Au pays de Candy[18], enquête sur les marchands d’armes de surveillance numérique (livre numérique), OWNI Éditions, 2012, 118 p. [présentation en ligne]
- Grandes oreilles et bras cassés (scénario et découpage), BD de Nicoby, Futuropolis, 2015
Notes et références
modifierNotes
modifier- ↑ Cette répétition du nombre 42 est une référence à La Grande Question sur la vie, l'univers et le reste de Douglas Adams.
Références
modifier- ↑ Jacques Rosselin, « BugBrother is blogging for you », dans Un jour, un blog, sur France Info, 11 août 2009.
- ↑ Alexandra Guillet, « Sécurité ou vie privée : a-t-on le choix ? », LCI Radio, 27 mai 2009.
- 1 2 Jean-Marc Manach, « Historique du festival des cinémas différents de Paris », sur cjcinema.org.
- 1 2 « Ces milliers de faux sites d’info générés par l’IA qui inondent le Web », Le Point.fr, (lire en ligne [archive du ]
, consulté le ). - ↑ Présentation de Big Brother Awards : Les surveillants surveillés, sur le site des éditions Zones.
- ↑ Jean-Marc Manach, « Internet massivement surveillé », sur OWNI, (version du sur archive.org).
- ↑ France Inter, « Libye : les preuves de la surveillance numérique Made in France », sur radiofrance.fr, .
- ↑ « Procès Amesys (Libye) », sur Business & Human Rights Resource Centre.
- 1 2 Libération/CheckNews, « Comment le site «Next», partenaire de «Libé», a identifié un millier de sites d'informations générés par IA », Libération, (lire en ligne).
- 1 2 Jean-Marc Manach, « [Récap] Nous avons découvert des milliers de sites d'info générés par IA : tous nos articles », sur Next.ink, .
- ↑ « Enquête : sur Google, le règne des sites générés par IA », sur franceinfo, (consulté le )
- ↑ (en) « He's found 15,000+ fake AI news sites. Here's what you need to know », sur WAN-IFRA, .
- ↑ « Avis sur la saisine n° 25-037 (Manach c. France 2) », sur Conseil de déontologie journalistique et de médiation,
- ↑ « Nos oignons, L'association », sur nos-oignons.net.
- ↑ « Les enseignants », sur sciences-po.fr (consulté le ).
- ↑ « [https://web.archive.org/web/20130907184236/http://www.pcinpact.com/news/82043-14h42-arret-sur-images-et-pc-inpact-creent-leur-emission.htm
- 14h42 : Arrêt sur images et PC INpact créent leur émission] », sur pcinpact.com, (version du sur archive.org)
- ↑ « What The Fact », sur YouTube (consulté le )
- ↑ Titre inspiré de la chanson générique (Au pays de Candy) d'un dessin animé (Candy Candy). Candy était le nom du code donné par Amesys à un projet de surveillance destiné à la commande faite par Mouammar Kadhafi.
Sources : CyberCulture. 12 mai 2012 – Entretien avec Jean-Marc Manach.
« Copie archivée », sur zataz.com (version du sur archive.org).
Annexes
modifierArticles connexes
modifierLiens externes
modifier- Site officiel
- Ressources relatives à l'audiovisuel :
- Ressource relative à plusieurs domaines :
- Ressource relative à la bande dessinée :
- Ressource relative à la musique :
- Ressource relative à la recherche :
