Jean-Michel Sultzer
Jean-Michel Sultzer, parfois orthographié Sulzer, est un révolutionnaire français, né le à Strasbourg, mort dans la même ville le au 20 place du Dôme[1].
Biographie
modifierIl est le fils de Jean Adam Sultzer et de Catherine Jacob[1].
Marié avec Madeleine Drouël[1], il est le père de Charles Sultzer (1770-1854), médecin cantonal de Barr, membre correspondant de l'Académie de médecine, et de Sœur Vincent (1778-1868), supérieure générale des Sœurs de la Charité[1].
Serrurier comme son père, il adhéra aux idées révolutionnaires dès 1789[2].
Il est élu représentant du Tiers État de Strasbourg en , puis en août, échevin, puis membre du comité de l’artisanat de l’Assemblée générale des 300 échevins en décembre[2].
Le , il devient membre de la société des Jacobins de Strasbourg (issue du club des Jacobins) et présenté aux élections municipales de décembre mais non élu. Il est membre du Comité de surveillance de cette société en [2].
Nommé membre du conseil général de Strasbourg le par les commissaires envoyés par la Convention nationale, Philippe Rühl, Jean-Pierre Couturier et Georges Frédéric Dentzel qui suspendirent la municipalité élue, il occupe cette fonction jusqu'à l'épuration du 21 nivôse an II () où il fut promu officier municipal[2].

Après Thermidor, Sultzer est maintenu dans ses fonctions par le représentant Foussedoire, puis destitué par le représentant Bailly le 28 nivôse an III ()[2].
Le 19 messidor an III () il fut mis en arrestation, et le 16 thermidor () le jury du tribunal du district déclara qu'il y avait lieu d'accusation contre lui comme prévenu de complicité avec l'ex-maire Monet de dégradation de la cathédrale[2].
La maison qui fut celle de Sultzer (24 place de la Cathédrale) est de nos jours ornée de son buste en bronze, surplombant une enseigne représentant la cathédrale coiffée de son bonnet jacobin[3], un regard protecteur tourné vers la tour.
Épisode du bonnet phrygien de la cathédrale
modifierLe 4 frimaire an II (), les représentants Saint-Just et Le Bas lancent les destructions de l'ensemble de la statuaire[4] de la cathédrale de Strasbourg, ainsi que les ornements de bronze de ses portails, les boiseries du chœur, ses épitaphes. La cathédrale est alors transformée en temple de la Raison. Le même jour, le conseiller municipal Antoine Téterel exige la démolition de la haute tour qui, selon lui, « blesse le sentiment d’égalité de la république », et qui fut élevée par la « superstition » du peuple. Il réitère au Conseil général de la commune en avec le soutien de quelques officiers municipaux, dans le contexte où déjà à Paris, Jacques-René Hébert avait fait voter au conseil d'abattre tous les clochers de la capitale. Son collègue Jean-Michel Sulzer intervient alors pour démontrer l'importance stratégique d'une tour d'observation si haute et aurait convaincu le conseil d'en coiffer la pointe d'un immense bonnet phrygien pour faire connaître aux peuples « esclaves » d'outre-Rhin « le triomphe de la liberté »[5],[2]. En proposant de faire de cette tour un symbole de la république en la coiffant la flèche d’un bonnet phrygien géant en tôle, il la sauva[6]. Fait de tôle peinte en rouge vif[7], ce bonnet de plus de 10 m de haut est hissé[8] après un mois de travaux (effectués du 23 floréal au 5 prairial, c'est-à-dire du au selon les procès-verbaux manuscrits du Conseil municipal du 9 thermidor an II[7]), et reste juché sur la flèche du au [9],[10].
Après la Terreur, il fut réclamé par le bibliothécaire de la ville Jérémie-Jacques Oberlin et conservé parmi les curiosités historiques de la cité, à côté de la marmite des Zurichois et la vieille bannière strasbourgeoise, dans une salle du second étage du Temple-Neuf[7]. Il fut détruit le lors du bombardement de la bibliothèque municipale où il était entreposé[5].
Opinions politiques
modifierDans sa fonction d'officier municipal, il approuve l'arrestation de plus de cent suspects de la ville (26 et ), il adhère aux mesures de sûreté générale proposées par Bierlyn () et il soutient la confection d'un vaisseau de premier rang contre l'Angleterre ()[11].
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 Véronique Muller, « L'ascendance de Jean-Michel Sultzer (1740-1799), l'homme qui a sauvé la flèche de la cathédrale à l'occasion du millénaire de l’édifice », Bulletin du Cercle généalogique d'Alsace, no 191, , p. 689 (lire en ligne).
- 1 2 3 4 5 6 7 Claude Betzinger 2000, p. 3823-3824.
- ↑ « Un bonnet phrygien sur la flèche de la Cathédrale Notre-Dame », rubrique “Le saviez-vous” du site officiel de la cathédrale de Strasbourg en ligne
- ↑ Doré, Rapp et Jordan 2010, p. 95.
- 1 2 Jean Stouff, « Le bonnet phrygien de la cathédrale de Strasbourg ou la fabuleuse histoire de Jean-Michel Sultzer », Biblioweb, 27 février 2026 en ligne
- ↑ « Retour sur : le millénaire des fondations de la cathédrale », France 3, 25/12/2015 en ligne
- 1 2 3 Rodolphe Reuss, La cathédrale de Strasbourg pendant la Révolution. Études sur l'histoire politique et religieuse de l'Alsace (1789-1802), 1888, p.500 en ligne
- ↑ Eugène Seinguerlet, Strasbourg pendant la Révolution : l'Alsace française, 1881, p.203 en ligne
- ↑ Bengel, Nohlen et Potier 2014, p. 84-85.
- ↑ Doré, Rapp et Jordan 2010, p. 96.
- ↑ Étienne Barth, « Notices biographiques sur les hommes de la Révolution à Strasbourg et les environs », Revue d'Alsace, 1882, p. 535 en ligne
Voir aussi
modifierArchives
modifier- Archives municipales de Strasbourg, AA-1999, 19-20 ; registres 270 et 271 ; Conseil municipal, 91/874, 879 et 881 ; Police 243/813 ; Div. II-473/2726.
- Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg, M 5.941, 123 et M 6.809, 11.
Bibliographie
modifier- Le Moniteur, t. 18, p. 409
- Eugène Seinguerlet, Strasbourg pendant la Révolution : l'Alsace française, 1881, p.203 en ligne
- Étienne Barth, « Notices biographiques sur les hommes de la Révolution à Strasbourg et les environs », Revue d'Alsace, 1882, p. 535 en ligne
- Rodolphe Reuss, La cathédrale de Strasbourg pendant la Révolution. Études sur l'histoire politique et religieuse de l'Alsace (1789-1802), 1888, p.500 en ligne
- D. Schönpflug, « Das Munster unter dem « bonnet rouge » », Francia, n° 25/2, 1998, p. 105-129.
- Robert Walter, « Le citoyen Sultzer », dans Robert Walter, Histoire anecdotique de la cathédrale de Strasbourg, Strasbourg, .
- Claude Betzinger, « Sultzer Jean Michel », dans Nouveau Dictionnaire de biographie alsacienne, (lire en ligne), t. 36, p. 3823-3824.

- Joseph Doré, Francis Rapp et Benoît Jordan, Strasbourg, Strasbourg, La Nuée bleue, coll. « La grâce d’une cathédrale », , 511 p. (ISBN 9782716507165)
- Sabine Bengel, Marie-José Nohlen et Stéphane Potier, Bâtisseurs de cathédrales : Strasbourg, mille ans de chantier, Strasbourg, La Nuée bleue, coll. « La grâce d’une cathédrale », , 275 p. (ISBN 978-2-8099-1251-7).
- Véronique Muller, « L'ascendance de Jean-Michel Sultzer (1740-1799), l'homme qui a sauvé la flèche de la cathédrale à l'occasion du millénaire de l’édifice », Bulletin du Cercle généalogique d'Alsace, n° 191, , p.689 en ligne
- Jean Stouff, « Le bonnet phrygien de la cathédrale de Strasbourg ou la fabuleuse histoire de Jean-Michel Sultzer », Biblioweb, en ligne