Jean-Pierre Derriennic

politologue et professeur à l'Université Laval

Jean-Pierre Derriennic, né le 22 décembre 1943 à La Forest-Landerneau, dans le Finistère, et mort le 4 décembre 2023, est un politologue français ayant fait l'essentiel de sa carrière au Québec, professeur au Département de science politique de l'Université Laval de 1975 à 2009, puis professeur associé. Spécialiste des relations internationales, de la guerre, des conflits civils et du Moyen-Orient, il s'intéresse également au nationalisme, aux institutions démocratiques, aux modes de scrutin et aux inégalités politiques[1].

Jean-Pierre Derriennic
Biographie
Naissance
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Directeur de thèse

Ses principaux ouvrages comprennent Israël en guerre (1974), Le Moyen-Orient au XXe siècle (1980), Nationalisme et démocratie (1995), Les Guerres civiles (2001), Essai sur les injustices (2015), Un meilleur système électoral pour le Canada (2016) et Les Inégalités contre la démocratie (2019)[1].

Biographie

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Formation et débuts en France

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Jean-Pierre Derriennic naît le 22 décembre 1943 à La Forest-Landerneau, en Bretagne. Les données françaises d'état civil disponibles publiquement donnent cette date et ce lieu de naissance ; l'Université Laval confirme pour sa part qu'il est né en 1943 et devait avoir 80 ans le 22 décembre 2023[1].

Il étudie la philosophie à la Sorbonne ainsi que la philosophie des sciences à la London School of Economics. À Paris, il travaille de 1966 à 1975 comme chercheur à la Fondation nationale des sciences politiques. Son parcours l'amène à côtoyer plusieurs intellectuels, notamment Raymond Aron, son directeur de thèse, ainsi que René Dumont, Alfred Grosser, Pierre Hassner, Stanley Hoffmann, René Rémond et Georges Vedel[1].

Sous la direction de Raymond Aron, il rédige une thèse intitulée Esquisse de problématique pour une sociologie des relations internationales. Les catalogues bibliographiques et les Presses de Sciences Po la rattachent à Paris II et à l'année 1977, tandis que l'Université Laval indique qu'il complète son doctorat en 1978 à l'Institut d'études politiques de Paris[1].

Ses premiers travaux paraissent alors qu'il est encore en France. Dès 1967, il publie dans la Revue française de science politique. Au début des années 1970, il travaille notamment sur l'équilibre nucléaire et les négociations SALT, ainsi que sur la terminaison des conflits armés[2].

Carrière à l'Université Laval

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Derriennic est invité à l'Université Laval en 1973, puis devient professeur régulier au Département de science politique en 1975. Il y demeure jusqu'à sa retraite en 2009. Dans un mémoire présenté à l'Assemblée nationale du Québec en 2020, il résume lui-même son parcours en indiquant avoir été chercheur à la Fondation nationale des sciences politiques de 1966 à 1975, professeur régulier à Laval de 1975 à 2009, puis professeur associé donnant deux cours par année.

Son enseignement couvre notamment les relations internationales, la guerre et la paix, ainsi que la violence et les conflits au Moyen-Orient, en Europe et en Afrique. Il enseigne également sur les régimes démocratiques et les systèmes électoraux. Au cours de sa carrière, il supervise de nombreuses thèses de doctorat et mémoires de maîtrise et enseigne également dans des universités à Shanghai, Bordeaux et au sein de l’Université du Québec[1].

Après sa retraite, il continue pendant plusieurs années à enseigner à Laval. Un plan de cours de 2022 le donne encore responsable du cours Origines et évolution des régimes démocratiques, tandis qu'en 2021 il enseignait Guerres et paix au Moyen-Orient. Il intervient encore comme conférencier invité en février 2023 sur les « risques démocratiques en France »[1].

En 2004, l'Université Laval lui décerne son Prix Carrière en enseignement[3]. Il fait don des 10 000 dollars associés à cette distinction au Département de science politique. Le Fonds Jean-Pierre-Derriennic sert par la suite notamment à soutenir financièrement la participation d'étudiants à des conférences scientifiques.

Travaux

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Relations internationales, guerre et Moyen-Orient

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Une grande partie des premiers travaux de Derriennic porte sur la guerre et les relations internationales. En 1974, il publie Israël en guerre : succès et échecs d'une politique de défense à la Fondation nationale des sciences politiques[4]. L'ouvrage fait notamment l'objet d'une recension dans Études internationales[5].

En 1980 paraît Le Moyen-Orient au XXe siècle : sociétés politiques et relations internationales, chez Armand Colin, dont une deuxième édition paraît en 1983[6]. L'ouvrage est utilisé comme manuel universitaire et porte à la fois sur les structures politiques des sociétés moyen-orientales et sur leurs relations internationales.

Son ouvrage Les Guerres civiles, publié aux Presses de Sciences Po en 2001 avec une préface de Pierre Hassner, propose une typologie des guerres civiles fondée notamment sur les conflits partisans, socio-économiques et identitaires. L'ouvrage fait l'objet de recensions dans la Revue française de sociologie et dans la Revue canadienne de science politique[7].

Derriennic poursuit par la suite ses réflexions sur les transformations contemporaines de la guerre. Dans un article de 2007, il conteste notamment l'idée selon laquelle les conflits apparus après la guerre froide constitueraient un type historiquement entièrement nouveau de « nouvelles guerres [8]».

Nationalisme et démocratie

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En 1995, au moment du second référendum sur la souveraineté du Québec, il publie chez Boréal Nationalisme et démocratie : réflexion sur les illusions des indépendantistes québécois. L'ouvrage examine les rapports entre principe démocratique, nationalisme, autodétermination et définition de la communauté politique. Il donne lieu la même année à une recension substantielle de Guy Lachapelle dans la revue Politique et Sociétés[9].

Ses travaux l'amènent également à intervenir dans les débats parlementaires canadiens et québécois. En 1999, il témoigne devant un comité de la Chambre des communes étudiant le projet de loi sur la clarté référendaire. Il est ensuite entendu à plusieurs reprises sur les modes de scrutin, notamment par l'Assemblée nationale du Québec en 2005 et en 2020 et par le Comité spécial de la Chambre des communes sur la réforme électorale en 2016[10].

Justice, inégalités et systèmes électoraux

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À partir des années 2010, ses publications portent davantage sur la philosophie politique appliquée, les inégalités et les institutions démocratiques.

Dans Essai sur les injustices (2015), il part notamment des travaux de John Rawls, Amartya Sen, Raymond Boudon et Thomas Piketty et privilégie l'étude d'injustices déterminées et de leurs remèdes institutionnels plutôt que la recherche d'une théorie unifiée de la justice[11].

En 2016, Un meilleur système électoral pour le Canada développe ses propositions de réforme du scrutin canadien. Derriennic défend notamment la combinaison d'un vote préférentiel avec une forme de représentation proportionnelle modérée[12]. Ces propositions sont également exposées dans la Revue parlementaire canadienne et devant le comité parlementaire fédéral consacré à la réforme électorale[13].

Il publie enfin en 2019 Les Inégalités contre la démocratie, consacré aux interactions entre inégalités économiques, inégalités de représentation et fonctionnement des institutions démocratiques[14]. L'ouvrage est recensé dans Politique et Sociétés en 2021.[15]

Enseignement à l’Université Laval

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Jean-Pierre Derriennic rejoint l’Université Laval en 1973 comme professeur invité, avant d'y devenir professeur régulier en 1975. Il y enseigne jusqu'à sa retraite en 2009, tout en poursuivant par la suite ses activités d'enseignement comme professeur associé. Au cours de sa carrière, il dirige de nombreux mémoires de maîtrise et thèses de doctorat et se fait notamment connaître pour son enseignement des relations internationales, des conflits armés et de l'histoire des régimes démocratiques[1].

Après sa retraite, Derriennic choisit de poursuivre bénévolement son enseignement. En février 2022, ''Le Devoir'' rapporte qu'il a alors donné 25 cours complets sans rémunération, considérant que l'Université Laval l'avait « déjà assez payé dans sa vie ». La même année, un différend l'oppose à la direction du Département de science politique au sujet de sa méthode d'évaluation. L'administration lui reproche notamment de n'avoir prévu qu'une seule évaluation formelle dans l'un de ses cours, alors que le règlement en exige deux. Derriennic refuse de modifier une méthode qu'il affirme utiliser depuis plusieurs décennies. Le Département met alors fin à son enseignement bénévole. La décision suscite la contestation d'étudiants, qui lancent deux pétitions demandant son maintien et soulignent la qualité de son enseignement et son dévouement envers ses étudiants[16].Il est finalement réintégré quelques jours plus tard dans ses fonctions de professeur non rémunéré.

Il continue par la suite à enseigner et à intervenir dans les cours de ses collègues. Encore en 2023, malgré la maladie, il avait prévu de donner à l'hiver 2024 un cours consacré aux origines et aux conséquences du conflit israélo-palestinien[1].

Réception auprès des étudiants

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Jean-Pierre Derriennic jouit d'une forte popularité auprès de plusieurs générations d'étudiants en science politique à l'Université Laval. Son style d'enseignement, son suivi individualisé des travaux et son exigence concernant la qualité de l'expression écrite sont régulièrement soulignés. Cette réputation contribue à l'obtention, en 2004, du Prix Carrière en enseignement de l'Université Laval.

Cette popularité donne également lieu à diverses manifestations humoristiques au sein de la communauté étudiante. Un groupe Facebook intitulé ''La Secte de Derriennic'' est notamment créé par des étudiants et anciens étudiants afin de rendre hommage, sur un mode parodique, au professeur. Des étudiants s'amusent également à reproduire certains éléments caractéristiques de sa tenue vestimentaire. Ces pratiques témoignent de la place singulière qu'il occupe dans la culture étudiante du Département de science politique.

En 2022, lorsque le Département de science politique met fin à son enseignement bénévole à la suite d'un différend concernant ses méthodes d'évaluation, deux pétitions étudiantes sont lancées pour demander son maintien. Les signataires mettent alors de l'avant son dévouement, la qualité de son enseignement et l'importance qu'il avait acquise dans la communauté universitaire. Derriennic est finalement réintégré quelques jours plus tard[16].

Décès

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Jean-Pierre Derriennic meurt le 4 décembre 2023, à l'âge de 79 ans, des suites d'un cancer. Il enseignait et donnait encore des conférences peu avant sa mort. Selon l'Université Laval, malgré sa maladie, il avait prévu de donner à l'hiver 2024 un cours intitulé Origines et conséquences du conflit israélo-palestinien[1].

Principales publications

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  • Israël en guerre : succès et échecs d'une politique de défense, Paris, Fondation nationale des sciences politiques/Armand Colin, 1974.
  • Le Moyen-Orient au XXe siècle : sociétés politiques et relations internationales, Paris, Armand Colin, 1980, 2e édition, 1983.
  • Nationalisme et démocratie : réflexion sur les illusions des indépendantistes québécois, Montréal, Boréal, 1995.
  • Les Guerres civiles, Paris, Presses de Sciences Po, 2001, préface de Pierre Hassner.
  • Essai sur les injustices, Québec, Presses de l'Université Laval, 2015, édition de poche, 2018.
  • Un meilleur système électoral pour le Canada / A Better Electoral System for Canada, Québec, Presses de l'Université Laval, 2016.
  • Les Inégalités contre la démocratie, Québec, Presses de l'Université Laval, 2019.

Notes et références

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  1. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 « Décès de Jean-Pierre Derriennic », sur www.fss.ulaval.ca (consulté le ).
  2. Jean-Pierre Derriennic, « Bergeron (Gérard) - Fonctionnement de l'Etat. Préface de Raymond Aron », Revue française de science politique, Association française de science politique, vol. 17, no 1, , p. 136–139 (lire en ligne, consulté le )
  3. (fr-CA) Bernard Jean-François, « Décès de Jean-Pierre Derriennic - Département de science politique - UQAM », sur Département de science politique, (consulté le )
  4. (en) giantchair.com, « Israël en guerre - Presses de Sciences Po », sur www.pressesdesciencespo.fr (consulté le )
  5. Baghat Korany, « Recension dans Études internationales — Érudit »
  6. « Derriennic, Jean-Pierre - Persée », sur www.persee.fr (consulté le )
  7. François Gresle, « Derriennic Jean-Pierre, Les guerres civiles. », Revue française de sociologie, Editions OPHRYS, vol. 43, no 3, , p. 600–602 (lire en ligne, consulté le )
  8. Jean-Pierre Derriennic, « Quelle est la nouveauté des « nouvelles guerres » ? », Revue des Sciences Sociales, Persée - Portail des revues scientifiques en SHS, vol. 37, no 1, , p. 128–137 (DOI 10.3406/revss.2007.1039, lire en ligne, consulté le )
  9. Guy Lachapelle, « Nationalisme et démocratie de Jean-Pierre Derriennic, Montréal, Boréal, 1995, 141 p. », sur https://www.erudit.org/en/journals/ps/1995-n28-ps2485/040011ar.pdf
  10. (en) « Journal des débats (Hansard) of the Select Committee on the Election Act » [archive du ], sur www.assnat.qc.ca (consulté le )
  11. « Essai sur les injustices », sur Presses de l'Université Laval (consulté le )
  12. « Un meilleur système électoral pour le Canada / A Better Electoral System for Canada », sur Presses de l'Université Laval (consulté le )
  13. (fr-CA) « Un meilleur système électoral pour le Canada : Le vote préférentiel et la représentation proportionnelle modérée – Canadian Parliamentary Review – La Revue parlementaire canadienne », (consulté le )
  14. « Quelle égalité pour quelle démocratie? », sur Revue Les libraires, (consulté le )
  15. Frédérick Guillaume Dufour, « Les inégalités contre la démocratie, de Jean-Pierre Derriennic Québec, Presses de l’Université Laval, coll. « À propos », 2019, 145 p. »
  16. 1 2 Jean-François Nadeau, « Un professeur réputé de l’Université Laval remercié », Le Devoir, (lire en ligne, consulté le )

Liens externes

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