Jean-Baptiste-Antoine Suard
Jean-Baptiste-Antoine Suard, né le à Besançon et mort le à Paris 1er, est un homme de lettres, critique littéraire et censeur français, membre et secrétaire perpétuel de l'Académie française.
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Fils d’Edme Suard, il s’installe à Paris en 1751, où il collabore à plusieurs périodiques, dont le Journal étranger, et exerce la fonction de censeur royal. Son mariage en 1766, avec la femme de lettres Amélie, l’introduit dans les milieux intellectuels parisiens.
Secrétaire perpétuel de l’Académie française à partir de 1803, il exerce cette fonction sous le Consulat, l’Empire et la Restauration.
Biographie
modifierSon père, Edme, est l'appariteur de l'université de Besançon. Jean-Baptiste-Antoine étudie à l'université où travaille son père. Pour avoir refusé de dénoncer un condisciple, il est emprisonné pour une durée de dix-huit mois[1] et ne peut plus poursuivre ses études.
L’abbé Trublet l’introduit chez Marie-Thérèse Geoffrin, qui lui ouvre son salon et le présente, à son tour, à Fontenelle.
Il laisse passer de magnifiques situations, comme celle de secrétaire du comte de Gisors que lui offrait Marmontel, celle de Maitre des Pages du duc de Gotha, proposée par Grimm, préférant rester à Paris, auprès de sa maitresse, jusqu’à ce qu’un dérangement survenu dans les affaires paternelles le prive de la petite pension qu’il reçoit de Besançon. De retour à Paris, en 1758, Marmontel lui procure un emploi au Mercure de France[2]. abbé Raynal lui procure l’occasion de donner des leçons de littérature au prince de Nassau.
En 1759, il s’associe avec Arnaud, l’abbé Prévost et Pierre-Jean-Baptiste Gerbier, pour lancer le Journal étranger, journal consacré à la littérature étrangère contenant des extraits, des critiques d'ouvrages et des poésies diverses traduites par Suard. Il continue, en revanche, le Journal étranger, avec Arnaud, sous le même titre jusqu'en 1764, puis deux ans encore sous celui de Gazette littéraire de l'Europe.
Il épouse la salonnière Amélie Panckoucke, le . Il deviendra également un familier des salons de Julie de Lespinasse[3], lorsque celle-ci s’installera avec D'Alembert.
Élu à l'Académie française en 1772 au fauteuil de Charles Pinot Duclos, il voit son élection annulée par le roi sous le prétexte qu'il avait collaboré à l’Encyclopédie, mais en réalité parce que cette accusation a été formulée par le maréchal de Richelieu, qui voulait y faire entrer Lemierre et avait été très contrarié de cette nomination.
Il fait la connaissance de l'historien Robertson, qui, lui envoyant les feuilles de son Histoire de Charles-Quint à mesure qu’on les imprimait, lui permet d’en faire paraitre la traduction en même temps que l’original.
Le roi ratifie son élection et le nomme censeur des pièces de théâtre, fonction qu'il occupe jusqu'en 1790. À ce titre, il refuse son approbation au Mariage de Figaro de Beaumarchais[a].
Porté par ses lectures, par les discussions de questions économiques qu’il entendait entre ses amis Turgot, Morellet, Necker, Condorcet et autres, et par ses connaissances de la vie anglaise, à souhaiter un régime libéral, il se montre initialement favorable aux idées nouvelles, avant de s’en éloigner, lorsque celle-ci[Qui ?], abolissant la censure, lui fait perdre tous ses revenus de censeur des spectacles, censeur royal et censeur du Journal de Paris. Il regrette assez rapidement l’Ancien Régime, malgré tous ses défauts.
Lors de la journée du 10 août 1792, qui consomme la chute de la monarchie constitutionnelle, il prend parti contre les insurgés pour le roi, ce qui l’obligera à se cacher quelque temps à Neuilly chez Devaines, puis de se retirer dans une maison de Fontenay-aux-Roses qu'il a acquise dix ans plus tôt.
Pendant la Terreur, il se retire à Fontenay-aux-Roses. À la fin de la Terreur, il trouve des scellés posés sur sa demeure parisienne. La maison de Fontenay-aux-Roses subira le même sort et sera vendue comme bien d’émigré en 1800. Suard trouve refuge, d'abord chez un ami chez Sophie d'Houdetot et Saint Lambert[style à revoir], à Cernay, puis chez François de Pange à Passy. Sous le Directoire, Suard reprend la plume dans les Nouvelles politiques, nationales et étrangères[b].
Lorsque Germaine de Staël lui écrit de Paris pour l’avertir que le Directoire était mécontent du voir donner asile à des suspects[pas clair].
Suard n’est autorisé à rentrer en France qu’en , après la prise de pouvoir de Napoléon, avec le coup d'État du 18 Brumaire. Sous le gouvernement consulaire, il devient rédacteur au Publiciste, journal qui parait jusqu'en 1810. Il reprend, sous le titre de Publiciste, la rédaction du journal qui l’avait fait proscrire, jusqu’à sa suppression par Napoléon.

Comme membre du jury des prix décennaux, il a été accusé de sévérité et d’impartialité en faveur de[pas clair] la littérature du XVIIIe siècle, mais il a encouragé les débuts de Victorin Fabre, Hippolyte Auger, et surtout Abel François Villemain. Il sollicite le retour de son poste de censeur des théâtres, mais ne parvient qu'à se faire nommer censeur honoraire. Il a fait de nombreux rapports à son Académie, et fourni un très grand nombre d’articles à la Biographie universelle. Son dernier ouvrage est une édition soignée de sa traduction de l’Histoire de Charles-Quint sur Robertson, à laquelle il a joint une Notice sur l’auteur.
La paresse légendaire de Suard l’a empêché d’entreprendre aucun ouvrage de longue haleine. Se contentant de publier de temps en temps des articles dans les journaux, et de donner des éditions précédées de Notices, entre autres des maximes de La Rochefoucauld et La Bruyère, il a plus incarné, au sein de la nouvelle république littéraire des Lumières, la nouvelle classe de gens du monde éclairés par celles-ci que celle des gens de lettres[5]. Il a également édité un Choix des anciens Mercure (1757-1764, 108 vol.) et la troisième partie de la Correspondance de Grimm (1813, 5 vol.). Suard a néanmoins joué un rôle important, par ses nombreuses traductions, notamment Robertson, Ossian, Hume, dans la diffusion en France de la vision par les Lumières écossaises de la séparation de l’Histoire en quatre étapes[c].
Emporté en quelques jours par une grippe, son cortège funèbre comptait un grand nombre de ses confrères, d’hommes de lettres et de gens en place[style à revoir].
Suard a dû, en son temps, une bonne partie de sa renommée à son talent de conversation. Quant à l’importance de ses articles de critique littéraire auprès de ses contemporains, celle-ci a été fort exagérée par son ami et biographe Garat. Un demi-siècle plus tard, les jugements à l’égard de son œuvre sont fort mitigés.
Décoration françaises
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Officier de la Légion d'honneur (1804)- Chevalier de l’ordre de Saint-Michel (1817)
Publications
modifier- Lettre écrite de l’autre monde par l’A.D.F. à M.F., s.l. [Paris], s.n., , 37 p., in-8º (OCLC 1176720113, lire en ligne sur Gallica). — Lettre sur la guerre des bouffons, donnée comme écrite post-mortem par l’abbé Desfontaines à Élie Fréron.
- avec François Arnaud, Variétés littéraires : ou Recueil de pièces, tant originales que traduites, concernant la philosophie, la littérature et les arts, Paris, Lacombe, 1768-1769, 4 vol. ; in-12 (OCLC 8828562, lire en ligne).
- Discours impartial sur les affaires actuelles de la librairie, Paris, Imprimeurs-libraires de Paris, , 41 p., in-8º (OCLC 763195159, lire en ligne sur Gallica).
- « Lettres de l'Anonyme de Vaugirard », Journal de Paris, Paris, , p. 115-117, 125-152, 282-313, 354-374 (ISSN 2400-8354). — Série de huit lettres défendant principalement Gluck contre les attaques de La Harpe, et affirmant la supériorité de ce musicien sur les compositeurs italiens.
- Mélanges de littérature, Paris, Dentu, an xii (1803)-an xiii (1804), 1re éd., 5 vol. ; in-8º (OCLC 493225978, lire en ligne) ; 2e éd., rev. et cor., , 5 vol. ; in-16 (OCLC 777043517, lire en ligne).
- J. B. A. S., De la liberté de la presse : Seconde lettre, Paris, L.-G. Michaud, , 16 p., in-8º (OCLC 763276386, lire en ligne sur Gallica).
Traductions
modifier- Samuel Richardson, Clarissa Harlowe, 1748.
- Exposé succinct de la contestation qui s'est élevée entre M. Hume et M. Rousseau : avec les pièces justificatives (Déclaration adressée par M. d’Alembert aux éditeurs, p. 125-127), Londres [i.e. Paris], s.n., , xiv-127 p., 18 cm (OCLC 763697917, bpt6k57875157).
- Samuel Richardson, Lettres posthumes et testament de Clarisse Harlove…, 1766.
- John Byron, Voyage autour du monde fait en 1764 et 1765, 1767.
- Mary Wortley Montagu, Lettres de milady Worthley Montague, 1768.
- William Robertson, L’histoire du règne de l’empereur Charles-Quint précédée d’un tableau des progrès de la société en Europe depuis la destruction de l’Empire Romain jusqu’au commencement du seizieme siècle, 6 vols., 1771, rééd. 1817, rééd. 1843.
- William Robertson, Histoire d’Écosse sous les règnes de Marie Stuart et de Jacques VI, 1772.
- John Millar, Observations sur les commencemens de la société, 1773.
- James Cook et al., Relation des voyages entrepris par ordre de Sa Majesté Britannique et successivement exécutés par le commodore Byron le capitaine Carteret le capitaine Wallis & le capitaine Cook dans les vaisseaux le Dauphin le Swallow & l’Endeavour, 1774.
- David Hume, La Vie de David Hume écrite par lui-même traduite de l’anglois, 1777.
- James Cook, Voyage dans l’hémisphère austral et autour du monde, 1778.
- William Robertson (trad. avec H. Jansen), Histoire de l’Amérique, Paris, Janet et Cotelle, 1778, rééd. 1780, 1818, 1828, 1845, 1891, 4e éd., 4 vol. : cartes ; 21 cm (ISBN 978-0-66547-326-5, OCLC 1108739465, lire en ligne).
- James Cook, Voyage au pole austral et autour du monde fait sur les vaisseaux de roi l’Aventure & la Résolution en 1772, 1774 & 1775.
- William Cooke, Elémens de critique dramatique ; contenant une analyse du théâtre sous les titres suivans, 1799.
- William Robertson, Histoire de la découverte de l’Amérique.
- David Hume, Ma vie, 1992.
- David Hume, Essais sur le bonheur, 2011.
Notes et références
modifierNotes
modifier- ↑ Reçue à la Comédie-Française, le 2 septembre 1788, la pièce est jouée, le 4 novembre 1789, provoquant la scission de la troupe de la Comédie-Française, lorsque Talma emmènera les « patriotes », rue Richelieu[4].
- ↑ Interrompu au 18 fructidor, ce journal a reparu successivement sous les titres de : le Nouvelliste, le Narrateur universel, le Narrateur politique, et enfin le Publiciste, titre conservé du 7 nivôse an VI jusqu’au , époque à laquelle il cesse définitivement de paraitre.
- ↑ Chasse et cueillette, élevage, agriculture et enfin, commerce.
Références
modifier- ↑ « Jean-Baptiste-Antoine SUARD | Académie française », sur www.academie-francaise.fr (consulté le )
- ↑ Éric Francalanza, Jean-Baptiste-Antoine Suard : journaliste des Lumières, Paris, Honoré Champion, coll. « Les dix-huitièmes siècles », , 469 p., 24 cm (ISBN 978-2-74530-495-7, OCLC 49282660, lire en ligne).
- ↑ (en) Steven D. Kale, French Salons : High Society and Political Sociability from the Old Regime to the Revolution of 1848, Baltimore, JHU Press, , 320 p. (ISBN 978-0-8018-8386-6, OCLC 801665514, lire en ligne), p. 41.
- ↑ (en) Graham E. Rodmell, French Drama of the Revolutionary Years, Londres, Routledge, , 235 p., in-8º (ISBN 978-0-41500-808-2, OCLC 19981164, lire en ligne), p. 50.
- ↑ (en) Daniel Gordon, Citizens without Sovereignty : Equality and Sociability in French Thought, 1670-1789, Princeton, Princeton University Press, , viii, 270, in-8º (ISBN 978-0-69105-699-9, OCLC 29846828, lire en ligne), « The Virtues of Being Lazy », p. 143.
Liens externes
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