Giovanni Castellano

maître-verrier de la verrerie de Nevers
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Giovanni Castellano, aussi connu sous le nom de Jean Castellan, né en 1603 et mort en 1672, est un verrier italien, originaire d'Altare. Il s'établit dans un premier temps à Liège avec son frère Giuseppe, puis à Nevers à partir de 1647 en reprenant la verrerie d'Horazio Ponte. À son décès, son fils Michel Castellan et son beau-fils Marc de Bormiol décident de reprendre la fabrique.

Jean Castellan
Biographie
Naissance
Décès
Nom de naissance
Giovanni CastellanoVoir et modifier les données sur Wikidata
Nom officiel
Jean CastellanVoir et modifier les données sur Wikidata
Père
Gugliemo Castellano (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Mère
Petronile Castellano (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Conjoint
Maria Ponte (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Enfants
Marie de Bormiol (d)
Michel Castellan (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Parentèle
signature de Giovanni Castellano
Signature.

Biographie

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Famille

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Fils de Gugliemo di Giovanni et de Petronile, Jean Castellan, né Giovanni Castellano en 1603[1], a pour marraine Biancafiore Perrotto, fille de Francesco Saroldo et épouse de Francesco Perrotto dont le petit-fils Bernard Perrot connaîtra le succès en tant que verrier[2]. Bernard Perrot est par ailleurs le neveu de Jean Castellan[3].

Son frère Giuseppe, marié à Liège en 1643 et avec qui il travaille dans la ville à ses débuts, n'est jamais devenu propriétaire de verrerie : il n'a plus quitté Liège après son arrivée, devenant employé de la verrerie Bonhomme pendant une grande partie de sa carrière[4].

Il épouse Marie Ponte le en l'église Saint-Eugène d'Altare. Ils ont un fils et une fille : Michel (né à Altare en 1645) et Marie (née à Altare en 1641)[5]. On ignore le lien de parenté entre son épouse et le verrier de Nevers qui porte le même nom de famille qu'elle, Horazio Ponte dont Castellan reprendra la verrerie. Sa fille Marie est mariée à l'âge de 17 ans à un fils de verrier altarais, Marc de Bormiol, le à Nevers[1],[5]. Ils ont ensemble treize enfants. Quant à son fils Michel, il se marie trois fois : avec Louise Foucambargue en 1671, avec Françoise Coquard en 1685 et enfin avec Marie Gentil en 1699. Il est le père de six enfants : Gilberte, François, Louis Marie, Louis, Claude Marie et Philbert[1].

En 1645, Jean et Marie Castellan deviennent parrain et marraine de Marie Perrotto, sœur de Bernard Perrot, renforçant ainsi les liens avec cette branche de la famille[2].

Verrerie de Nevers

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La verrerie était située rue de la Tartre à Nevers. Cette rue détruite se situait à l'emplacement de l'actuelle rue du 14 Juillet, ici en 2023[6].

Originaire d'Altare, Jean Castellan est maître-verrier à la verrerie de Liège en 1638 avec son frère Giuseppe (ou Joseph), il y travaille d'ailleurs toujours en 1645[7]. Après l'échec d'Horazio Ponte[note 1], décédé sans descendance en 1645, à établir une verrerie à Nevers, Castellan tente de reprendre son initiative, en collaboration avec le verrier Bernardo Perrotto[note 2],[3], les deux verriers ayant préalablement signé un acte de société à Altare le qui expire en 1651[note 3],[8]. La succession de Ponte se passe sans grand heurt, sa veuve Suzanne d'Albane acceptant même de leur louer les bâtiments de la verrerie[1]. Ils signent ainsi un bail de trois années pour la location de la verrerie le [note 4],[9].

Les relations de la famille de son épouse, Marie Ponte, avec Nevers ont sans doute joué dans le choix de Castellan de reprendre la verrerie d'Horazio Ponte[2].

Ils demandent dans le cadre de cette reprise le soutien de Marie de Gonzague, tutrice de Charles II, qui a donc le contrôle du duché de Nevers : celle-ci recommande les deux verriers auprès des échevins de Nevers le ou , qui les autorisent à installer leur verrerie dans la commune le [10],[11],[3]. Ils sont par ailleurs exemptés de subsistance, de contributions et de logement des gens de guerre[7],[12]. Exemptions qui s'ajoutent sûrement à celles traditionnellement accordées aux verriers, cependant aucune preuve ne permet de le confirmer[12].

Les liens entre Bernardo Perrotto et Jean Castellan se renforcent d'ailleurs la même année : son épouse, Bernarda Sappa, devenant la marraine du dernier enfant de Castellan, Francesco Michele[2]. Le , Perrotto et Castellan signent un nouveau contrat de société poursuivant pour trois années le précédent contrat expiré[note 5],[10],[13]. Mal-en-point, Castellan rédige son testament le dans lequel il donne l'ensemble de ses biens à son épouse[14]. L'association entre Perrotto et Castellan n'est pas reconduite au terme de la période en 1654[1].

Ne laissant plus de trace après 1651, Perrotto est peut-être décédé entre 1656 et 1658, cette hypothèse expliquerait ainsi l'empressement de Castellan à marier sa fille si jeune : ce mariage lui permet de compter sur son gendre pour le travail et la gestion de l'entreprise, le contrat de mariage obligeant son gendre à travailler dans la verrerie pendant six ans[note 6],[2]. Sa date de décès reste toutefois incertaine : on sait seulement qu'il meurt avant sa femme, qui elle, décède en 1667 à Altare[15].

La verrerie connaît par ailleurs un certain passage à vide durant la Fronde. Le , Castellan obtient d'Anne de Gonzague une ordonnance confirmant ses droits et son entreprise, pour répondre aux difficultés qui lui sont faites par d'autres travailleurs italiens et français (Cuore, Rivettà, Rosetti)[3]. En 1657, Charles II lui accorde la jouissance quasi gratuite d'une grange proche du château[16].

Nouant des contacts avec Mazarin, héritier en Nivernais du duc de Mantoue, il obtient de lui que son privilège soit confirmé par Louis XIV le [17],[12]. Ce privilège lui assure un monopole de trente ans pour la fourniture des villes de la Loire et de ses affluents de Nevers à Poitiers, attisant la colère des verriers parisiens. Les opposants de Castellan empêchent ainsi l'enregistrement des lettres patentes au Parlement de Paris et Eustache Le Maréchal, propriétaire de la principale fabrique parisienne, se pourvoit contre l'acte en requête civile[note 7],[17].

Surtout en rapport avec l'intendant de Mazarin, Jean-Baptiste Colbert (qui compte parmi ses clients), celui-ci permet à Castellan de triompher des tentatives d'oppositions[17],[12]. Colbert et Castellan sont peut-être d'ailleurs entrés en contact à la suite de l'inventaire dressé par Colbert de la richesse des provinces, comme les lettres de leur correspondance semblent le montrer[12]. En reconnaissance de cette intervention, Castellan envoyait de belles pièces de sa production à Colbert, il demandait par ailleurs à Paris des avances pour combler des difficultés de trésorerie, comme en témoigne une lettre du adressée à Colbert et lui demandant un prêt de 1 000 écus[note 8],[19].

Castellan s'occupe ainsi de débaucher des ouvriers vénitiens pour les usines françaises, notamment par l'entremise de son gendre Marc de Bormiol. C'est ainsi que sont venus s'installer en France les verriers Antonio Cimegotto, Hieronimo Barbini, Giovanno Civrano et Domenico Morasse. Seulement six des verriers recrutés par Castellan restèrent finalement en France[note 9],[20]. Il est récompensé pour son zèle et reçoit une subvention de 4 600 livres en et voit les lettres du être confirmées le , réglant ainsi le différend avec Eustache Le Maréchal en autorisant Castellan à vendre partout, même à Paris en dépit du privilège de Le Maréchal[21],[22]. Le texte est enregistré définitivement au Parlement de Paris le , permettant ainsi à la verrerie de s'accroître. Pour que la verrerie conserve son caractère italien, Castellan n'hésita pas à recruter régulièrement des ouvriers altarais ou vénitiens[21].

En 1666, il touche à deux reprises 1 000 livres pour les missions de son fils Michel et de son gendre Marc de Bormiol débauchant des ouvriers de Murano[22],[23]. Le , le commissaire départi à la généralité de Nevers, Henri Lambert d'Herbigny, confirme la noblesse de Castellan. En , il intervient auprès de Colbert contre les verriers qui voulaient faire concurrence à son neveu Bernard Perrot, objectant que cette concurrence lui ferait également de l'ombre[23]. Castellan a d'ailleurs cédé à son neveu son privilège d'exclusivité de commerce le long de la Loire[12].

Postérité

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Après son décès, la verrerie est dirigée par son fils Michel et son beau-fils Marc de Bormiol à partir de 1673[24]. En 1682, Michel se retire de l'entreprise et laisse l'affaire à son beau-frère. Au décès de celui-ci, en 1685, Michel Castellan reprend la verrerie jusqu'à sa mort, en 1721[1]. Sa veuve Marie Gentil tente de continuer la fabrication, aidée de son neveu Bernard de Bormiol, mais elle abandonne en 1726 et lui vend la verrerie[1],[24]. La production est donc reprise par Bernard de Bormiol, fils de Marc de Bormiol, jusqu'à son décès en 1745[25]. Sa veuve, Catherine Levêque, en garde la gestion, alors même que son défunt mari avait assuré à ses neveux, Antonio Bormiolo et Louis Bormiol de Fouchambault, en 1736, qu'il leur laisserait la jouissance du bail de la verrerie à son décès. En 1771, l'entreprise finit par déposer le bilan[1].

La réputation de la verrerie continue de s'accroître au fil des ans. Au XVIIIe siècle, ses successeurs continuent de revendiquer la réputation de leur illustre ancêtre Jean Castellan, qu'ils considèrent comme le fondateur de la verrerie. La verrerie continue de se développer : en 1716, Bernard de Bormiol veut établir une verrerie en Champagne ; en 1743, Louis Castellan demande la confirmation du monopole de la fabrique de Nevers ; en 1772, l'héritière de la verrerie, madame de Bormiol, demande la confirmation de ses privilèges[23].

Notes et références

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  1. Horazio Ponte a peut-être bénéficié de l'aide de Giovanni Babino, Gio Antonio Massari et Ambrogio Travetto pour l'établissement de la verrerie à partir de 1626, un contrat ayant été établi à cette date entre les trois personnes. Le , ce contrat est résilié à Altare en présence de Jean Castellan (Archivio di Stato di Savona, notaire Rolando, 14/08/1646)[8].
  2. Il existe trois Bernardo Perrotto identifiés : le premier est le célèbre verrier d'Orléans Bernard Perrot ; le deuxième est l'oncle paternel du précédent, il est né en 1619 et mort en 1638 ; le troisième, fils de Gio Antonio Perrotto, est celui concerné ici, il est né à la fin du XVIe siècle à une date inconnue et s'est marié le à Bernardina de Gio Antonio Sappa[2].
  3. L'acte précise que les deux associés mettent la même part de capital dont le montant n'est pas précisé et que les bénéfices sont répartis à égalité. Cet accord conclu pour une durée de quatre ans peut être renouvelé ou dissout. Dans le cas d'une dissolution, les produits restants et les bénéfices sont répartis à moins que l'un des deux associés ne les rachète en argent sonnant et trébuchant selon l'estimation faite par les associés (Archivio di Stato di Savona, notaire Rolando, 29/8/1646)[8].
  4. Archives départementales de la Nièvre, 3 E 1 699 Casset.
  5. Archives départementales de la Nièvre, 3E 1/652 (notaire Michel Jean), renouvellement du marché Jean Castellan, Bernard Perrot, 23/6/1651.
  6. Archives départementales de la Nièvre, 1 E 87, famille Bormiol, contrat du 3/9/1658.
  7. Eustache Le Maréchal est propriétaire de la verrerie, héritée de son père Jean Le Maréchal, celui-ci est connu en 1606 pour avoir été le premier Français à avoir tiré les secrets étrangers du travail du verre et du cristal[18].
  8. Pour l'envoi de ses verreries, Castellan emploie l'aide de son neveu Bernard Perrot, alors verrier à Orléans[19].
  9. Il écrit d'ailleurs une lettre à ce sujet à Colbert en date du 19 juillet 1665, dans laquelle il évoque qu'un autre marchand lyonnais tenta de recruter ces ouvriers qu'il avait fait venir[20]. Seulement six verriers parmi ceux recrutés dans cet épisode arrivent finalement à Nevers[21].

Références

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  1. 1 2 3 4 5 6 7 8 Corine Maitte, « Héritiers de verre. Transmettre le métier et les entreprises chez les verriers italiens migrants en Europe, XVIe-XVIIIe siècles », dans Mobilité et transmission dans les sociétés de l’Europe moderne, Presses universitaires de Rennes, (lire en ligne Accès libre), p. 263-285.
  2. 1 2 3 4 5 6 Corine Maitte, « Bernardo Perrotto, un verrier migrant d'Altare au XVIIe siècle », Bulletin de l'Association Française pour l'Archéologie du Verre, , p. 5-8 (lire en ligne Accès libre).
  3. 1 2 3 4 Bondois 1932, p. 76.
  4. Maitte 2009 bis, p. 123-155.
  5. 1 2 Boutillier 1885, p. 63.
  6. Jorge Barrera, « Nevers. Verrerie des XIV-XVIIèmes siècles », dans Verrerie de l’Est de la France. XIIIe-XVIIIe siècles, (lire en ligne Accès libre), p. 107-115.
  7. 1 2 Boutillier 1885, p. 60.
  8. 1 2 3 Maitte 2009 bis, p. 91-121.
  9. Alain Bouthier, « L'implantation des verriers d'Altare à Lyon, Nevers et Paris à la fin du XVIe siècle », Bulletin de l'Association française pour l'archéologie du verre, , p. 33 (lire en ligne Accès libre).
  10. 1 2 Alain Bouthier, « Bernard Perrot entre secrets et innovations », Les Cahiers de Verre & Histoire, vol. 2 « actes du colloque Les innovations verrières et leur devenir », , p. 103-113 (lire en ligne Accès libre).
  11. Boutillier 1885, p. 58.
  12. 1 2 3 4 5 6 Maitte 2009 bis, p. 157-199.
  13. Boutillier 1885, p. 61.
  14. Boutillier 1885, p. 62.
  15. Corine Maitte, « Le « mystère » Bernard Perrot », Bulletin de la Société des amis des musées d'Orléans, (lire en ligne Accès libre).
  16. Boutillier 1885, p. 69.
  17. 1 2 3 Bondois 1932, p. 77.
  18. Bondois 1932, p. 90.
  19. 1 2 Bondois 1932, p. 78.
  20. 1 2 Bondois 1932, p. 79.
  21. 1 2 3 Bondois 1932, p. 81.
  22. 1 2 J. Guiffrey, Comptes des bâtiments du Roi, t. 1, .
  23. 1 2 3 Bondois 1932, p. 82.
  24. 1 2 Boutillier 1885, p. 57.
  25. Yves Roumégoux, « L’établissement des gentilshommes verriers italiens à Nevers à la fin du XVIe siècle », dans Ateliers de verriers de l’Antiquité à la période pré-industrielle : AFAV, 4e rencontres, Rouen, déc. 1989, Rouen, (lire en ligne Accès libre), p. 134-138.

Bibliographie

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Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • François Boutillier, chap. 3 « Deuxième époque : Les Castellan (1647-1726) », dans La verrerie et les gentilshommes verriers de Nevers : avec un appendice sur les verreries du Nivernais, Nevers, G. Vallière, (lire en ligne Accès libre), p. 57-87. Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Paul-Martin Bondois, « Les verreries nivernaise et orléanaise au XVIIe siècle : Jean Castellan et Bernard Perrot (1647-1709) », Revue d’histoire économique et sociale, , p. 75-95 (lire en ligne Accès libre). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Pascale Bouju, De Jacques Sarode à Jean Castellan : près d'un siècle de la verrerie de Nevers, 1585-1673 (mémoire de maitrise de l’université de Dijon, dirigé par Janine Fayard), .
  • Corine Maitte, Les chemins de verre : Les migrations des verriers d'Altare et de Venise (XVIe-XIXe siècles), Presses universitaires de Rennes, (lire en ligne Accès libre). Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article