Jean Ratier
Jean Ratier[a],[1] naît en France vers 1643 et émigre au Canada comme soldat du régiment de Carignan en 1665 avant de devenir agriculteur à Saint-François-du-Lac. Condamné à mort pour le meurtre de Jeanne Couc, il accepte en 1680 le poste de bourreau afin d'avoir la vie sauve. Il est le quatrième maître officiel des hautes œuvres du Canada[2]. Il meurt en 1703 à Québec[2].
| Naissance | |
|---|---|
| Décès | |
| Époque |
17e siècle, 18e siècle |
| Nationalité |
française, canadienne |
| Domiciles |
Trois-Rivières (jusqu'en ), seigneurie de Saint-François (d) (- |
| Activité |
domestique, agriculteur puis bourreau |
| Conjoint |
Marie Rivière (à partir de ) |
| Condamné pour | |
|---|---|
| Condamnation |
Biographie
modifierJean Ratier naît vers 1643 à Saint-Jean-d'Angély, Saintonge, en France[1],[3]. Il est le fils de Pierre Radier et d'Ozanne Chassé. Le 19 avril 1665, il s’embarque à La Rochelle à bord du navire le Vieux Siméon[b] comme soldat du régiment de Carignan, compagnie de Chambly,[4] et arrive à Québec le 19 juin de la même année[5]. Avec la compagnie de Chambly, Ratier participe à la construction du fort Richelieu (aujourd'hui Sorel), à l’embouchure de la rivière des Iroquois (aujourd'hui rivière Richelieu)[5]. Puis, du 1er mai 1666 au 31 décembre 1667, il est l'un des domestiques de sieur Jean Godefroy de Lintot à Trois-Rivières[6]. Le 16 février 1672, il épouse la fille du Roy[c], Marie Rivière (aussi appelée Miville) à Trois-Rivières[d],[1],[3]. Par la suite, la famille s’installe le 28 janvier 1676 dans la bourgade de Saint-François-du-Lac où Ratier cultive la terre[2]. La seigneurie de Saint-François-du-Lac est décrite comme une « seigneurie agricole tout autant qu’avant-poste militaire »[5].
En 1679, au cours d’une bagarre à laquelle Jean Ratier prend part, Jeanne Couc, fille de Pierre Couc, un ancien soldat, meurt. Tenu responsable de cette mort, Ratier est arrêté et conduit à Trois-Rivières pour y être jugé. Sous la torture, il livre les noms de ses complices et lui-même est condamné à être « attaché à une pottence y estre pendu et estranglé » puis exposé pendant une journée entière sur la place du marché, en Basse-Ville de Québec[7]. Le dernier jour d’octobre 1679, il interjette appel de ce jugement par-devant le Conseil souverain de la Nouvelle-France, qui constitue le tribunal de dernière instance[5]. Il est transféré dans les prisons royales situées dans la Haute-Ville de Québec[7] en novembre 1679, pour y être rejugé[5]. Après que Ratier a passé plus d’un an en détention, le Conseil souverain confirme sa condamnation à mort le 31 décembre 1680. La sentence rendue en appel comprend notamment l'extrait suivant[8] :
« … condamné d’être pris et enlevé des prisons et conduit par l’exécuteur de la haute justice à la place du marché de la basse-ville pour y être pendu et étranglé à une potence qui pour cet effet y sera dressée, et en la somme de trois cents livres d’intérêts civils envers ledit Couc, en cents livres d’amende envers le Roi et aux dépens du procès tant de la procédure en première instance qu’en ceux de l’appel qui concernent ledit meurtre, le surplus de ses biens acquis et confisqués à qui il appartiendra, et sous le bon plaisir du Roi… »
Cependant, à l’époque, il n’y a pas de bourreau en Nouvelle-France. Ne pouvant exécuter le condamné, les autorités proposent à Jean Rattier de prendre le poste[7],[8] :
« … attendu qu’il n’y a point d’exécuteur de haute justice ordonné qu’il tiendra prison jusqu’à ce qu’il y en ait d’établi, si mieux il n’aime en accepter l’office, auquel cas les prisons lui seront ouvertes. »
En 1681, placé devant l’alternative, Jean Ratier accepte la charge de bourreau également appelée maître des hautes œuvres. Il est aussitôt libéré de prison. Sa famille le rejoint à Québec[1],[9] où une maison située à l'extérieur de la ville lui est attribuée comme logement de fonction[5]. Il occupera ce poste de bourreau jusqu'à sa mort. À cette époque en Nouvelle-France, le poste de bourreau est rejeté par la population qui le méprise. Ratier, sa femme et ses enfants sont insultés, comme le montre l'ordre suivant[10] :
« Le Conseil a fait et fait très expresses inhibitions et défenses à toutes personnes d’aller chez ledit Rattier et de l’insulter en sa personne ou en celles de sa femme et enfant, à peine de punition corporelle, ce qui sera lu publié et affiché aux lieux ordinaires en cette ville à la diligence dudit procureur général, à ce qu’aucun n’en ignore. »
En 1695, Marie Rivière, l'épouse de Jean Ratier, et leur fille Charlotte sont reconnues coupables de recel et de vol perpétrés chez deux veuves[7]. Le 5 juillet de la même année, Jean Ratier, comme bourreau, doit exécuter la sentence prononcée contre sa femme, qui est mise au carcan pendant une journée de marché avec un écriteau sur son estomac où son méfait est mentionné[2],[11]. Leur fille Charlotte est condamnée « à être détenue dans une chambre à l'hôpital général pendant quinze jours, pour être enfermée et corrigée secrètement par la Correctrice du lieu »[12]. Le 21 mai 1703, Jean Ratier meurt à l’Hôtel-Dieu de Québec.
Notes et références
modifierNotes
modifier- ↑ Également nommé Rat, Rahier, Rattier, Radier dit du Buisson, Ratel dit Rattier
- ↑ Aussi appelé le Vieux Siméon de Dunkerdam.
- ↑ L'expression « Filles du Roy » sous-entend que ces immigrantes au Canada étaient les pupilles de Louis XIV et qu'à titre de protecteur, celui-ci suppléait aux devoirs de leur père naturel en veillant sur elles et en leur fournissan une dot.
- ↑ Fille d’Abraham Rivière et de Judith Pelisson, elle naît vers 1646, et est aussi originaire de Saint-Onge
Références
modifier- 1 2 3 4 Généalogie Québec 1998.
- 1 2 3 4 Lachance 2003.
- 1 2 Généalogie Roy 2019.
- ↑ « Le Vieux Siméon de Dunkerdam», section « Liste des passagers ».
- 1 2 3 4 5 6 Armand 2020.
- ↑ Sulte-a 1998.
- 1 2 3 4 Chabot-Scrosati 2025.
- 1 2 Conseil souverain 1680.
- ↑ Sulte-b 1882, p. 51-84.
- ↑ Conseil souverain 1686.
- ↑ Garneau 2009, p. 88.
- ↑ Conseil souverain 1695.
Bibliographie
modifier- Frédéric Armand, « Le cas du bourreau Jean Ratier », Le Devoir, (lire en ligne, consulté le )
- Lydia Chabot-Scrosati, « Portraits de sept bourreaux en Nouvelle-France », sur Le Journal de Québec,
- Conseil souverain, « Arrêt condamnant à mort le nommé Jean Ratier dit Dubuisson, convaincu du meurtre de Jeanne Couc », sur Bibliothèque et Archives nationales du Québec, (consulté le )
- Conseil souverain, « Défense à toutes personnes d’aller chez Jean Rattier, exécuteur de la haute justice (bourreau) et de l’insulter en sa personne ou en celle de sa femme et de ses enfants, sous peine de punition corporelle », sur Bibliothèque et Archives nationales du Québec, (consulté le )
- Conseil souverain, « Sentence condamnant Marie Rivière, femme de Jean Rattier, maître des hautes oeuvres (bourreau) et Marie-Charlotte Rattier, leur fille… », sur Bibliothèque et Archives nationales du Québec, (consulté le )
- Jean-Philippe Garneau, « Rendre justice en Nouvelle-France : les voies et les limites de l’obéissance », Bulletin d'histoire politique, vol. 18, no 1, , p. 87-102 (DOI 10.7202/1054770ar, lire en ligne)
- Généalogie Québec, « Jean Rat (1643-) », sur Généalogie.Québec, (consulté le )
- Généalogie Roy, « Fiche individuelle : I1113 (Arbre JR) », sur Généalogie des Roy, (consulté le )
- André Lachance, Dictionnaire biographique du Canada, vol. 2, Université Laval/University of Toronto, (lire en ligne), « Jean Rattier »
- « Le Vieux Siméon de Dunkerdam », sur Geni.com (consulté le )
- Benjamin Sulte-a, Histoire des Canadiens-Français : Compilation du recensement de 1666, t. IV, Compilation par Jean-Guy Sénécal, (lire en ligne), « Recensement de 1666 en Nouvelle-France »
- Benjamin Sulte-b, Histoire des Canadiens français, t. IV, Montréal, Wilson & Cie, (lire en ligne)