Jean de Gassion
Jean de Gassion, né le à Pau, mort le à Arras et inhumé au temple de Charenton, était un chef militaire français du XVIIe siècle. Redoutable homme de guerre, il fut maréchal de France à 34 ans, servit Louis XIII et Louis XIV et mourut d'une blessure lors du siège de Lens.
Jean de Gassion, gravure de Gérard Edelinck | ||
| Surnom | La Guerre (donné par Richelieu) | |
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| Naissance | Pau (Royaume de France) |
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| Décès | (à 37 ans) Arras (Royaume de France) Mort au combat |
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| Origine | Béarn | |
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| Dignité d'État | Maréchal de France | |
| Conflits | Révolte des Nu-pieds Guerre de Trente Ans |
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| Faits d'armes | Siège de Dole Siège d'Arras Bataille de Rocroi Siège de Lens |
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| Hommages | Personnalité figurant dans la galerie des batailles du château de Versailles. | |
| Autres fonctions | Comte de Gassion Colonel du régiment homonyme Mestre de Camp Général de la Cavalerie Gouverneur général de Courtrai |
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Biographie
modifierJean de Gassion est issu d'une famille parlementaire et calviniste du Béarn, qui s'est installé en Bretagne au XVIe siècle. Son père, Jacques de Gassion, fut capitaine du château de Nantes et un fidèle du duc de Mercœur, célèbre ligueur. Jean de Gassion combattit l'armée royale lors des « guerres de Monsieur de Rohan », ultimes révoltes protestantes. Après la signature de la paix d'Alès (fin juin 1629), il passa en Piémont et assista au siège de Pignerol et au combat de Veillane[1]. Puis il entra au service du roi de Suède Gustave II Adolphe, pour lequel il leva une compagnie puis un régiment de cavaliers. Entre 1630 et 1632, il participa aux campagnes victorieuses de Gustave-Adolphe, qui, débarqué en Poméranie, arriva aux portes de la Bavière (journées de Leipzig, sièges et prises de Danawaert, d'Augsbourg et d'Ingolstadt, bataille de Lützen en 1632, blocus de Brisach[1]). Le souverain suédois avait réintroduit l'usage de la charge au galop, l'épée à la main. Il comptait sur la puissance de choc des chevaux lancés à pleine vitesse pour rompre les rangs adverses[2]. Sa mort à la bataille de Lützen en 1632, puis l'entrée en guerre de la France en 1635 incitèrent Gassion à entrer au service de Louis XIII, et il servit en Lorraine sous les ordres du maréchal de la Force.
Gassion profita de l'expérience acquise dans les armées étrangères pour introduire en France cette nouvelle donne tactique. Une commission lui fut accordée pour lever une troupe de 1 600 hommes. À la tête de cet énorme régiment, Gassion possédait un pouvoir absolu : il y distribuait les charges et y exerçait un droit de justice, privilège qui n'était accordé qu'aux unités de mercenaires. En effet, son statut était proche de celui des mercenaires étrangers qui menaient la guerre comme une entreprise privée. Comme eux, il portait le titre de colonel, alors que les Français étaient désignés comme « mestres de camp ». Il commandait donc un régiment considéré comme français avec les privilèges d'un colonel étranger. Cette délégation contractuelle du pouvoir souverain de faire la guerre représentait un risque pour le roi de France, qui y perdait une part de son autorité[3].

Il affronte les Espagnols et se signale en diverses rencontres : en 1636, il prit Charmes et Neufchâtel, et se trouva au combat de Ravon, puis se distingua au siège de Dole, sous les ordres de Condé, à Landrecies, puis aux sièges de Saint-Omer et d'Hesdin sous les ordres de La Meilleraye en 1639[4], et au combat de St Nicolas. La même année, le cardinal de Richelieu l'envoya en Normandie avec le chancelier Séguier réprimer la révolte des nu-pieds. Surpris par sa rapidité, les révoltés furent écrasés et sévèrement châtiés[5]. Il ravage le pays et se fait une épouvantable réputation de cruauté[6.1].
En 1640, il prend une part active au long siège d'Arras. L'année suivante, il rachète la charge de mestre de camp général de la cavalerie[6.2]. Il assiste au siège d'Aire (1641)[1].
Le , il contribue de manière décisive à la victoire de Rocroi, où il épaula le jeune prince d'Enghien, lui apportant la fougue de sa cavalerie, son expérience et sa connaissance des tactiques suédoises. Après avoir été dangereusement blessé au siège de Thionville, il reçoit en récompense de ses services le bâton de maréchal (17 novembre 1643), à l'âge de trente-quatre ans. Il est aussi nommé conseiller d'État la même année[6.2].
De 1644 à sa mort, il commanda l'armée de Flandre, bien que Mazarin "n'aimât pas l'aventurier" (selon Mme de Motteville)[6.2]. Il fut encore blessé au siège de Gravelines (juin-juillet 1644)[1]. Le , Gassion donna ordre au comte de la Feuillade d'attaquer l'Abbaye Sainte-Colombe de Blendecques qui fut endommagée par quelques coups de canons. Le maréchal y séjourna ensuite quelques jours[7].
Il participe à la prise du fort de Mardyck (juillet 1645). Le , il attaque Lille par la porte de Fives, la porte de la Barre et la batterie de la porte de Saint-Pierre, mais ses troupes sont repoussées par les bourgeois de la ville et les villageois d'alentour[8]. Durant les campagnes suivantes, il contribua beaucoup aux prises des villes de Linck, de Bourbourg, de Béthune, de St Venant, de Courtrai, de Furnes et de Dunkerque. Il défit deux mille Espagnols au combat d'Estaires (septembre 1647)[1].
Il meurt à Arras le 2 octobre 1647, d'un coup de mousquet reçu à la tête le 27[6.2] ou 28[1] septembre précédent, alors qu'il visitait les postes avancés du siège qu'il avait mis devant Lens. Il fut enterré au temple de Charenton près de Paris[1].
Jean de Gassion fut érigé en parangon des vertus guerrières. Jusqu'à sa mort, ses faits d'armes furent complaisamment célébrés dans La Gazette de France. Il y était représenté dans toutes les postures du guerrier intrépide, accumulant escarmouches, chevauchées, surprises et combats, défiant personnellement les chefs ennemis pour les étendre raides morts d'un coup de pistolet ou d'épée. Tallemant des Réaux raconte dans ses Historiettes que Richelieu, en lui parlant, avait fini par le surnommer « La Guerre » [9].
On ne doit pas le confondre avec ses homonymes, son frère aîné Jean, intendant et président, créé marquis de Gassion en 1660 ; un fils cadet de celui-ci, Jean, dit le comte de Gassion et chevalier de l'Ordre du Saint-Esprit (?), qui fut lieutenant général et non maréchal de France ; ou Jean, 4e marquis de Gassion, maréchal de camp. Jean, comte de Gassion, ne fut pas distingué dans cet ordre car il était protestant.
Quelques citations
modifierSon coreligionnaire Tallemant des Réaux (1619-1692) raconte dans ses Historiettes que Jean de Gassion (1609-1647) n'était point joueur, ni adonné aux femmes. « Femmes et vaches, disait-il, ce m'en est tout un, mordioux !»
Quelques citations :
« Le Prince à Dijon, après avoir levé le siège, on ne regardoit que Gassion. Il y eut un avocat qui se jeta à genoux devant lui, et lui dit, en lui montrant des dames du nombre desquelles étoit sa femme, qu'il n'y en avoit pas une qui ne voulût avoir un petit Gassion dans le corps pour servir le Roi et la patrie... »
« J'ai plus de joie que vous m'ayez baisée que si on m'avait donné cent mille livres ».
« C'était l'un des plus méchants courtisans de son siècle. À la cour, beaucoup de filles qui eussent bien voulu de lui, le cajolaient et lui disaient : Vraiment, Monsieur, vous avez fait les plus belles choses du monde. — Cela s’entend bien, disait-il. Une ayant dit : « Je voudrais bien avoir un mari comme M. de Gassion. — Je le crois bien, répondit-il. ».
Mais aussi à ceux qui le pressaient de se marier, il répondait : « Je n'aime pas assez la vie pour en faire part à quelqu'un. »
Titres
modifier- Comte de Gassion
- Mestre de camp général de la cavalerie de 1641 à 1646
- Maréchal de France en 1643
Armoiries
modifier| Figure | Blasonnement |
| Armes de Jean (son frère), marquis[10],[11] de Gassion
Écartelé : aux 1 et 4, d'azur à la tour d'or ouverte du champ et maçonnée de sable ; au 2, d'or à trois pals de gueules (de Foix) ; au 3, d'azur à l'arbre de sinople traversé au pied d'un lévrier passant de gueules, accolé d'azur bordé et bouclé d'or. Armoiries de la famille de Gassion, ici timbrées d'une couronne de marquis après que son frère ainé et héritier ait réuni les terres de la famille et obtenu leur élévation au rang de marquisat en 1660[12],[11], |
Notes et références
modifier- 1 2 3 4 5 6 7 Père Anselme, Histoire de la maison de France..., to 7 (1733), p 536.
- ↑ H. Drévillon, Batailles…, p. 136
- ↑ H. Drévillon, Batailles…, p. 135. Voir également L'héroïsme à l'épreuve de l'absolutisme…, p. 26.
- ↑ M. Foisil, La révolte des nu-pieds…, p. 290
- ↑ R. Mousnier, L'Homme rouge…, p. 717. « Il occupa d'abord Caen, dont il fit désarmer les habitants, fit rompre vif l'insurgé Bras-Nus, et contraignit les bourgeois de Caen de payer la subsistance […]. En décembre, il marcha sur Avranches. Les Nu-Pieds, surpris par sa rapidité, n'arrivèrent pas à regrouper leurs hommes dispersés dans les villages. Gassion attaque le 14 décembre 1639 ceux qui étaient dans les faubourgs d'Avranches. Leurs retranchements furent vite forcés […]. La ville d'Avranches se rendit. Les troupes y prirent leur quartier d'hiver. Des Nu-Pied pris les armes à la main, douze furent pendus, d'autres envoyés aux galères. »
- Dict. des Maréchaux Perrin.
- ↑ Hector Beaurepaire Piers - Petites histoires des communes de l'arrondissement de St-Omer : cantons nord et sud de St-Omer -Libert-Petitot, 1840 - 64 pages - À lire:
- ↑ Alexandre de Saint-Léger, Histoire de Lille (tome 1), Editions des régionalismes, 2013 (réédition d'un ouvrage de 1942) (ISBN 978-2-8240-0173-9), p. 164
- ↑ A. de Saint-Léger, Ibid., p. 137
- ↑ www.heraldique-europeenne.org
- 1 2 Michel Popoff et préface d'Hervé Pinoteau, Armorial de l'Ordre du Saint-Esprit : d'après l'œuvre du père Anselme et ses continuateurs, Paris, Le Léopard d'or, , 204 p. (ISBN 2-86377-140-X)
- 1 2 Johannes Baptist Rietstap, Armorial général : contenant la description des armoiries des familles nobles et patriciennes de l'Europe : précédé d'un dictionnaire des termes du blason, G.B. van Goor, , 1171 p. (lire en ligne), et ses Compléments sur www.euraldic.com
Voir aussi
modifierBibliographie
modifier- Théophraste Renaudot (1586-1653), La Vie et la mort du maréchal de Gassion, Paris, au Bureau d'adresse, 1647.
- Jean de Gassion, mareschal de France, dans Charles Perrault, Les Hommes illustres qui ont paru en France pendant ce siècle, chez Antoine Dezallier, 1700, tome 2, p. 33-34 (lire en ligne)
- Du Prat, La vie du maréchal de Gassion, 224 pages (Mss. présent à la Bibliothèque nationale sous la cote 5768). L’auteur était ministre de la religion réformée et aumônier du maréchal.
- Le portrait du mareschal de Gassion, 326 pages, à Paris chez Pierre Bienfait (cote de la Bibliothèque nationale : Ln27 8304). Même auteur.
- Histoire du maréchal de Gassion, par l’abbé Michel de Pure, qui consulta sans doute le manuscrit de Du Prat ; il fut publié à Paris chez G. de Luyne en 1673 et réédité à Amsterdam en 1696 (cote : 80 Ln27 8306).
- Henri Choppin (capitaine), Le Maréchal de Gassion, Paris, 1907.
- Dictionnaire des Maréchaux de France, Perrin, 1988, p 199-201.
Articles connexes
modifier- Jean de Gassion (intendant), frère aîné du maréchal.
Liens externes
modifier- Ressources relatives aux beaux-arts :